Quand j’ai démarré le commentaire de cet article, je pensais naïvement que ce serait un sujet intéressant pour un billet… Je n’imaginais pas du tout qu’il faudrait QUATRE billets pour « cerner » (et non épuiser !) le sujet…
A quoi sert la note ? Car il faut bien se poser la question, à un moment ou un autre…
Pour moi, la note est avant tout (j’aimerais dire « exclusivement »… mais je sais que ce serait faux…) destinée à l’élève. Elle est un indicateur de ses connaissances ou savoir-faire sur tel ou tel point. Elle a le même genre de valeur qu’une prise de température : suivant les heures, les jours, la température peut monter ou descendre. Selon les personnes, la température « moyenne » est différente. Elle ne soigne pas, ne guérit pas, n’a pas d’autre vertu que d’indiquer ponctuellement à l’élève la « valeur » de ce qu’il a produit.
Pour l’enseignant, idéalement, la note est un échelon qui doit donner envie à l’élève de grimper un cran plus haut. La relative « indulgence » d’un enseignant qui note le devoir d’un élève « qui a du mal » s’explique ainsi : il voit que l’élève a fait un effort, il « valorise » cet effort en fermant les yeux sur tel ou tel point qu’il ne juge pas essentiel. Si, depuis longtemps, j’ai adopté différents « systèmes » de notation de dictée, c’est bien dans le but d’encourager des élèves qui, avec une notation « la même pour tous », auraient zéro du début à la fin de l’année (mais en étant passés, peut-être, de 50 à 20 fautes !), ce que je trouve décourageant et déprimant. Donc, évidemment, la « note » en tant que nombre n’a aucune valeur d’absolu ; et on peut la dire « subjective », dans la mesure où, effectivement, elle peut se moduler selon le « sujet » (c’est-à-dire l’élève, pas le prof !). Et quand on fait un mauvais procès aux établissements qui « notent large » ou « notent sec », on occulte complètement cette valeur de la note, qui a pour rôle d’indiquer à l’élève où il en est, et de lui donner envie d’aller un peu plus loin. Si on adopte les mêmes contrôles, les mêmes critères de notation, dans un établissement « de cité » et dans un établissement « bourgeois » (pour faire court), les élèves du premier établissement risquent d’atteindre rarement le fameux 10 qui leur indique la « moyenne »… D’où : « je suis nul, on est tous nuls… et on le restera, quoi qu’on fasse ! »
Maintenant… le problème est de savoir ce qu’on fait avec ces notes ! Qui prennent de plus en plus une valeur « absolue » ! Le système d’orientation à la fin du collège consiste à rentrer toutes les moyennes de l’élève dans l’ordinateur, avec ses vœux d’orientation… et le logiciel académique « kivaou » (c’est le poétique nom du système d’affectation – je ne sais si c’est toujours le même – décryptez : qui va où ?) « choisit » (!) . Pas d’appréciations pour moduler les fameuses moyennes (que peut faire un logiciel avec des appréciations ???), pas de modulation pour cause d’absences, de maladie ou je ne sais quoi : la note prend alors une Valeur Pure… responsable de l’orientation de l’élève !
Et là, il y a effectivement de quoi se poser des questions ! Car si la note que je mets à un élève doit refléter au plus juste son exacte « valeur », autrement dit perdre sa valeur pédagogique pour n’avoir plus qu’une valeur de constat, je risque de condamner son avenir ! Alors qu’on sait parfaitement qu’un ado de 15 ans sortant de 3ème peut encore beaucoup évoluer dans ses capacités et envies d’apprentissages !
D’ailleurs, à l’inverse, il est arrivé dans mon établissement qu’une principale particulièrement bienveillante nous demande quelque « indulgence » vis-à-vis de tel élève qui risquait de n’avoir aucune affectation avec les notes qu’il « méritait »…
Donc : oui, la note est relative, subjective, et discutable. La perception qu’a l’enseignant de l’élève va moduler sa notation… parce qu’il veut que l’élève y voie un signe de quelque chose (en baisse ou en hausse, pour schématiser).
Tout le problème est de savoir pourquoi on a voulu faire de cet indicateur pédagogique un système absolu pour l’orientation des élèves… Et de vouloir y remédier !
