Archive for the ‘Antoine de la Garanderie’ Category

Gestion mentale et orthographe

samedi, septembre 20th, 2008

Bien sûr, je me hâtai d’approfondir mes découvertes par des lectures, des discussions avec des collègues… et de les expérimenter en classe, particulièrement en orthographe, puisque maintenant, je disposais d’une "clef"! Encore fallait-il que je trouve comment m’en servir…

Au début, je distribuai aux élèves un questionnaire qui devait les amener à identifier leur mode de fonctionnement (visuel ou auditif); et je les aidai à trouver comment passer d’un mode à l’autre, comment utiliser tel mode pour telle tâche. J’approfondis particulièrement ce travail avec une classe de "5ème en 2 ans" qui se heurtait à de nombreuses difficultés, et dont j’étais professeur principal. Je rencontrais sur l’heure (bien courte!) du déjeuner les élèves qui le souhaitaient et qui me posaient des questions pour comprendre comment apprendre leur leçon de maths ou leur carte de géographie. Nous parvînmes ensemble à trouver parfois des réponses. Pas toujours…

J’abandonnai par la suite cette recherche du mode de fonctionnement de chacun. Sans doute quand une nouvelle réforme nous attribua 4 classes au lieu de 3 en français : utiliser ces données personnelles demandait un investissement dont je n’étais plus capable, compte tenu de la surcharge de travail. Plus de classes, donc moins d’heures dans chaque classe… mais le programme ne s’était pas allégé pour autant, et on (parents, élèves, administration) attendait toujours une quantité "raisonnable" de devoirs de grammaire, explication de textes, orthographe, rédaction… J’avoue que je ne réussis jamais à "me faire" à ces 4 classes, et retrouvai un plus grand plaisir à enseigner quand les "cessation progressive d’activité", préparation à la retraite, m’autorisa à moins d’heures… donc 3 classes au lieu de 4.

Fermons la parenthèse…

Non, finalement, rouvrons-la pour quelques lignes : on entend souvent les gens se plaindre que "le niveau baisse" (je reviendrai peut-être sur ce sujet une autre fois…). Mais, en français, j’ai fait un petit calcul : si on compare les horaires obligatoires en français au collège de 1969 et 2008, la différence équivaut à peu près à une année. Oui, les élèves qui sortent du collège aujourd’hui au bout de 4 ans ont eu autant d’heures de français que ceux de 1969 au bout de 3 ans. Je n’ai pas étudié comment cette même matière avait évolué en primaire, mais ce serait sans doute très intéressant de le faire.

Bon, revenons à l’orthographe. Je me souviens d’une classe de 6ème, d’un assez bon niveau global, à qui je donnais parfois des autodictées. Les résultats n’étant pas toujours conformes à mes attentes, je repris mes explications : pour écrire correctement une autodictée, il faut l’apprendre en la visualisant, par groupes de mots de préférence, par mots isolés si les groupes s’avéraient trop difficiles à visualiser. Et nous fîmes quelques essais à partir d’une phrase écrite au tableau. Soudain, une élève (qui avait des notes presque aussi mauvaises en autodictée qu’en dictée) s’écria: "Mais alors, c’est facile!".

Il faut croire qu’effectivement, c’était "facile "pour elle, car elle n’eut plus que des bonnes notes en autodictées… L’amélioration des résultats en dictée furent beaucoup moins spectaculaires…

Sur la route de la gestion mentale

vendredi, septembre 19th, 2008

J’avais été convaincue par les propos d’Antoine de la Garanderie parce qu’il m’avait "prouvé" que je fonctionnais essentiellement en visuelle : l’apprentissage de l’orthographe ne m’avait posé aucun problème, par contre, j’étais incapable de répéter un mot étranger, par exemple, dont je ne pouvais imaginer l’orthographe – fût-elle fausse. Il me restait à vérifier ses propos auprès d’autres que moi – et que mes co-stagiaires, tout aussi convaincus.

Justement, peu de temps après, j’avais deux enfants à la maison pour le week-end : deux garçons de 6-7 ans dont l’un lisait assez bien et l’autre n’arrivait pas à lire. Antoine de la Garanderie nous avait parlé des enfants auditifs au CP, qui ne parviennent pas à assimiler la lecture : quand on leur demande, le soir, par exemple, de "relire" la leçon du jour, on a l’impression qu’ils disent "n’importe quoi". En fait, ils ne disent pas "n’importe quoi" : ils se souviennent des mots ou des phrases étudiés en classe, et les redisent… mais comme ils n’ont pas "codé" la forme des mots… ils ne les disent pas forcément au bon endroit…

Les deux garçons étaient donc plongés dans la lecture d’Astérix. Je m’approchai de celui qui avait des difficultés et lui demandai si, dans les deux pages qu’il avait sous les yeux, il reconnaissait des mots. Il parcourut des yeux les bulles : non, il ne reconnaissait rien. Puis soudain, arrivant à la dernière vignette :
"Là, c’est "A l’attaque!"
– Ah? Comment tu le sais?
– Parce qu’il y a un A, et puis un L et encore un A, alors je me suis dit "A l’attaque!"

"je me suis dit…"

Un "auditif"… Par la suite, j’ai rencontré beaucoup d’auditifs qui avaient eu des difficultés en CP : tous ceux que je connais qui ont redoublé leur CP étaient des auditifs… Et comme la plupart des enseignants sont des visuels, ils enseignent naturellement pour des visuels, sans savoir que certains de leurs élèves ne comprennent pas un certain nombre de choses qui leur paraissent pourtant, à eux, enseignants, évidentes (évidentes : qui se voient!).

Par exemple : vous écrivez au tableau le plan d’une leçon, vous faites des titres, numérotés, des retraits pour les sous-titres, et encore des retraits pour des contenus. Vous passez dans les rangs… et vous vous énervez contre quelques élèves qui négligent vos beaux retraits et copient tout contre la marge : "Mais enfin! Tu ne vois pas ce qui est au tableau?"

Bien sûr que si, ils voient, quand ils regardent… mais tous vos beaux retraits ne leur disent rien, ils ne sont pas porteurs de sens pour eux…

J’ai donné quelques cours particuliers à une élève de 5ème, que je reconnus assez vite comme auditive. Je parlerai peut-être des cours particuliers : ils m’ont permis de découvrir certains problèmes… et d’apprendre à les traiter. L’élève en question devait faire le plan d’un texte. Le problème était qu’elle n’arrivait absolument pas à comprendre ce qu’on attendait d’elle : qu’est-ce qu’était un plan?
Elle lut le texte, puis me le raconta. Je m’aperçus alors qu’elle avait parfaitement compris, mais était incapable de retrouver dans le texte les différentes parties : l’auditif n’ayant pas de repères visuels, il est obligé de tout relire à chaque question pour trouver la réponse; alors que le visuel saura qu’il lui faut la chercher dans le 2ème paragraphe, par exemple. Pour faire le fameux "plan", nous nous basâmes donc uniquement sur l’oral : lui faisant redire l’histoire, je lui demandai de retrouver les différents épisodes et de les formuler sous forme de titre. Ce qui ne lui posa aucun problème.

Et l’orthographe, alors?

J’y viens, j’y viens…

Une découverte : la gestion mentale

jeudi, septembre 18th, 2008

Il me fallut encore quelques années où j’enseignais l’orthographe sans aucune conviction avant de rencontrer une réponse à mes questions…

La réponse était : la gestion mentale. Et son prophète : Antoine de la Garanderie.

Je rencontrai ce monsieur lors d’un stage pédagogique, où il nous expliqua ses recherches et ses découvertes. Au lieu de s’intéresser, lui, au problème : pourquoi certains apprenants ne réussissent-ils pas?, il avait inversé le problème : qu’est-ce qui fait que certains réussissent? Autrement dit: allons interviewer les forts en thèmes, les grands sportifs, etc., et essayons de trouver des dénominateurs communs.

Il découvrit qu’un skieur renommé, par exemple, se représentait mentalement son parcours avant la course, et se le "projetait" jusqu’à temps qu’il soit sûr de lui; qu’un autre se redisait ce parcours, se le répétant jusqu’à avoir l’impression qu’il le connaissait parfaitement.

La gestion mentale était née.

Je simplifie tellement que cela doit avoir un air de caricature, des tas de livres ont été écrits sur ce sujet, je ne peux les résumer ici. Disons, en gros, que nous avons chacun un mode préférentiel d’apprentissage, de compréhension et de mémorisation : certains vont "voir" la leçon, le trajet, la manipulation à effectuer ; d’autres vont "réentendre" ou se redire ce qu’on leur a dit. Les premiers (les "visuels") vous diront : "Ah oui! C’est en haut d’une page de droite, sur fond bleu"; les seconds (les "auditifs") vous diront : "C’est juste après la leçon sur la Tunisie". Beaucoup de gens manipulent les deux modes, certains n’en manipulent qu’un. Suivant le type d’apprentissage, il est préférable d’adopter tel ou tel mode… à condition de savoir le faire! Pour apprendre une récitation, le mode auditif est peut-être plus efficace; mais pour dessiner une carte de géographie, le mode visuel est sans doute plus commode.

En tous cas, j’avais découvert une réponse à mes questions :
Les "bons" élèves en orthographe sont ceux qui parviennent à visualiser les mots, à les "voir écrits dans leur tête" ; et les "mauvais"… sont ceux qui n’y parviennent pas.

En effet, si je dois écrire le mot "skieur" et que je visualise un skieur… cela ne me sera d’aucune aide pour l’écrire. Si je me l’épelle – à condition que j’aie réussi à en retenir l’orthographe – je pourrai écrire le mot… mais cela me prendra un peu plus de temps que de simplement "copier" le mot que je vois écris dans ma tête.

Evidemment, convaincue, soulagée, ravie de cette découverte, je voulus la vérifier sans retard…