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Au sujet de l’illettrisme (suite)

vendredi, novembre 6th, 2009

Une fois « dégrossis » les chiffres balancés ici et là concernant l’illettrisme en France, il reste à s’interroger sur le problème. Même si 5% « seulement » de nos enfants sortaient de l’école illettrés (donc ayant des difficultés à comprendre et écrire, même des textes simples), cela serait encore trop, dans nos pays qui se targuent d’être « civilisés ».

Pourquoi des enfants quittent-ils l’école sans avoir acquis ce minimum qui leur permettra de se débrouiller seuls dans la vie ?

Il y a sans doute de multiples raisons, mais voici quelques hypothèses :

– L’acquisition « de base » (déchiffrage, puis lecture) n’a pas été faite, ou mal consolidée.

Notre « système », qui veut qu’un enfant de 6 ans apprenne à lire, et qu’un enfant de 7 ans sache lire, n’est pas adaptée à tous les enfants. Cet apprentissage requiert une « maturité » que tous les enfants ne possèdent pas à cet âge. On n’exige pas que tous les enfants marchent à 1 an, parlent à 18 mois et soient « propres » à 2 ans… Pourquoi exiger qu’ils soient « prêts » à 6 ans pour la lecture ? Il y en a qui sont prêts à 4 ans, d’autres à 7 (j’ai personnellement commencé mon cahier d’écriture « à l’encre » – à la plume, à l’époque ! – à 5 ans… ). Je ne sais plus où en sont les textes du primaire mais, dans un temps, il était admis que l’apprentissage de la lecture se poursuive en CE1, pour ceux qui en avaient besoin… J’ai applaudi à cette idée… mais qu’en a-t-il été, dans les faits ? Comment l’instituteur a-t-il pu gérer, avec ses 25 ou 30 bambins, les 6 ou 8 gosses qui n’avaient pas terminé leur apprentissage ? De quelles aides, quels aménagements, a-t-il pu profiter, pour les aider ? Et comme le redoublement est quasiment interdit, l’enfant passe de classe en classe sans avoir résolu ses difficultés de départ… A 16 ans, il termine sa 3ème (s’il a eu la « chance » qu’on le fasse redoubler un jour !), et n’a plus qu’à se trouver un apprentissage, vu que son « niveau » est insuffisant pour un enseignement professionnel…

Peut-être un jour s’apercevra-t-on qu’un certain nombre d’enfants dyslexiques ne le sont… que parce qu’on a essayé de leur inculquer des apprentissages pour lesquels ils n’étaient pas « mûrs »…

Pour l’enfant qui a « raté » ce premier apprentissage… il n’y a malheureusement plus de « rattrapage » possible par la suite… J’ai déjà parlé d’une « petite » Turque (elle avait 14 ans) en 6ème, à qui j’avais tenté d’apprendre quelques rudiments de lecture… Arrivée en France à 8 ans, elle avait été mise en cours préparatoire, puis avait monté de classe avec ses camarades… Elle ne connaissait pas toutes ses lettres (elle n’avait pas appris à lire en Turquie) et, évidemment, était bien incapable de lire. Quant à écrire… il fallait le plus souvent qu’elle vienne me dire ce qu’elle avait voulu écrire… C’est certes un cas limite (mais il y en a combien d’autres, en France ?) ; ce que je voulais signifier par cet exemple, c’est qu’il n’est pas possible, dans le cadre de la classe, de remédier à ce type de problème : il faudrait pouvoir prendre les enfants à part. Or, comme l’a rappelé Lullubie, les horaires de français s’amenuisent toujours… pas les programmes, toujours plus exigeants !

– Le milieu social et/ou familial n’est pas porteur.

Difficile d’obtenir d’un enfant des efforts de type « intellectuel » quand, à la maison, chez les copains, on dénigre ce type d’efforts. Quand la famille ne souscrit à l’obligation scolaire que, justement, parce que c’est une obligation, sans en voir les avantages. Quand les parents sont eux-mêmes illettrés, donc tout à fait incapables de « suivre » l’enfant dans son cursus scolaire. Quand il n’y a pas d’espace de travail à la maison, qu’on gribouille ses exercices sur un coin de la table de la cuisine, ou assis sur son lit, cahier sur les genoux, avec le petit frère et/ou la petite sœur qui crie à côté. Quand les seuls écrits qui pénètrent à la maison sont les emballages alimentaires…

Si je me souviens bien, dans l’enquête INSEE, il ressortait que pour 75% des personnes interrogées (ou des personnes rangées parmi les « illettrés », je ne me souviens plus), on parlait français à la maison quand elles avaient 5 ans. Bien. Mais quid des autres 25% ?

– La pédagogie de l’écrit est à revoir…

La plupart du temps, l’enfant parle, plus ou moins correctement, avec un vocabulaire plus ou moins riche, mais il parle tout de même français, et ne fait pas « tant de fautes » à l’oral. Je pense qu’on ne s’appuie pas suffisamment sur cette connaissance de la langue dans nos cours…

Un exemple : lors de mes contrôles de conjugaison, surgissaient des formes tout à fait improbables quant à des temps et des verbes couramment utilisés à l’oral (je ne parle pas ici du passé simple, évidemment !). Or, quand je faisais venir un élève au bureau et lui demandais de me faire une phrase commençant par « demain » avec le verbe « voir » (par exemple), il donnait une forme correcte oralement (« verra », par exemple, et non « voira »).

Peut-être que certains appliquent déjà une pédagogie qui se réfère davantage au parler de l’enfant. Peut-être avez-vous connaissance de cours, de livres sur cette question : j’espère bien que vous m’en ferez part…

Au sujet de l’illettrisme

jeudi, novembre 5th, 2009

Au retour de mon petit week-end lorrain, j’ai lu le dernier billet de Lullubie sur l’illettrisme.

J’avais abordé brièvement ce sujet dans un billet précédent, mais je voulais apporter ma petite pierre à sa réflexion sur la question.

Comme d’habitude, j’ai donc lancé quelques recherches sur Internet, histoire d’avoir quelques bases fiables…

Las ! Je suis tombée sur des chiffres allant de 9% à 24%, concernant des populations de 15 à 65 ans ! Découragée, j’ai remis la réflexion à plus tard… Et aujourd’hui, je reprends ces chiffres pour essayer d’en tirer quelque chose…

Première remarque :

Le chiffre de 12% indiqué par TF1 est celui des « évaluations en lecture dans le cadre de la journée d’appel de préparation à la défense » en 2008.

En voici le bilan global :

En 2008, près de huit participants à la JAPD sur dix sont des « lecteurs habiles ». Un peu plus de un sur dix rencontre des difficultés de compréhension. Les autres ont une maîtrise fragile de la lecture.

L’exploitation des résultats de l’année 2008 dessine une stabilisation relative de la proportion de jeunes en difficulté de lecture par rapport aux deux années précédentes. En 2008, près de 800 000 jeunes hommes et femmes de 17 ans ou plus, de nationalité française, ont participé à la journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), au cours de laquelle ils ont passé une épreuve d’évaluation de la compréhension de l’écrit. Cette épreuve d’orientation vise à repérer chez les faibles lecteurs, trois ensembles majeurs de difficultés

– une mauvaise automatisation des mécanismes responsables de l’identification des mots : plutôt que de pouvoir consacrer leur attention à la construction du sens du texte, des lecteurs laborieux doivent la consacrer à la reconnaissance de mots, ce qui devrait se faire de façon rapide et inconsciente ;
– une compétence langagière insuffisante, mise en évidence par la pauvreté des connaissances lexicales ;
– une pratique défaillante des traitements complexes requis par la compréhension d’un document : nombre de jeunes seront peu efficaces dans le traitement de l’écrit, soit par défaut d’expertise, soit par difficultés de maintien de l’attention…, bien que ni leur capacité à identifier des mots, ni leur compétence langagière ne soient en cause.

Deuxième remarque :

L’étude qui est faite est sans doute beaucoup plus poussée, précise, que les évaluations de l’INSEE à partir d’échantillons représentatifs. Mais le rapport est très prudent quant aux résultats obtenus, pour diverses raisons.

4,9% des participants à la JAPD 2008 ont de sévères difficultés face à l’écrit

26,3% des jeunes qui n’ont pas atteint la fin du collège sont en difficulté de lecture. Pour ceux qui suivent ou ont suivi un enseignement professionnel court, ce taux est de 21,8%

Comme on pouvait s’y attendre, les jeunes en grande difficulté de lecture sont de moins en moins nombreux à mesure que le niveau d’étude s’élève (voir le graphique). Leur présence dans les niveaux les plus élevés, qui est marginale (3 %), doit conduire à s’interroger sur le degré de sérieux de certains jeunes qui peuvent ne pas percevoir les enjeux de cette évaluation et la prendre à la légère. En revanche, la proportion de jeunes en difficulté est loin d’être négligeable chez ceux qui, à 17 ans environ, sont en enseignement professionnel court, en collège ou en SEGPA ou ont quitté la formation initiale à ces niveaux. Parmi les jeunes en difficulté, 80 % n’ont pas dépassé le collège ou un cursus professionnel court, alors que pour l’ensemble des participants à la JAPD, ces parcours ne concernent que 40 % d’entre eux.

On suppose donc une « tricherie » (à la baisse !) chez certains jeunes. On a effectivement du mal à imaginer que 3% des lycéens de l’enseignement général soient illettrés…

Mais les corrections aussi peuvent être sujettes à caution :

Quelles conclusions tirer des variations observées depuis cinq ans ?

Les résultats de 2008 dessinent une stabilisation de la proportion de jeunes en difficulté de lecture. La variation à la hausse observée en 2006 est confirmée : en 2004 et 2005, cette proportion avoisinait les 11 % ; depuis 2006, elle approche les 12 %. Ce constat rejoint celui d’enquêtes récentes menées par la DEPP (1).
Cette apparente augmentation doit être relativisée compte tenu des nombreux facteurs qui sont susceptibles d’affecter cette proportion. Les erreurs d’échantillonnage ne sont pas en cause, les indicateurs issus des tests de la JAPD sont calculés à partir d’une population exhaustive, celle des jeunes participant à la JAPD une année donnée. En revanche, des erreurs de mesure sont à prendre en compte, notamment en ce qui concerne la correction des résultats. […]

Une meilleure qualité des corrections pourrait donc expliquer, au moins en partie, l’augmentation de la proportion de jeunes en difficulté de 2004 à 2008. […]

Depuis janvier 2009, les réponses des jeunes sont recueillies de manière informatisée. Ce nouveau dispositif de test permet donc de régler ces problèmes de correction et d’être plus proche d’une valeur vraie de la proportion de jeunes en difficulté de lecture.

Conclusion : des chiffres ne sont toujours… que des chiffres ! Ils n’ont pas de valeur absolue, et ne sont que des indicateurs. J’ignore comment TF1 les a utilisés, mais, de toutes façons, 12% de 800 000 jeunes ne font pas des millions d’illettrés…

Troisième remarque :

Si l’on se fie à l’étude INSEE de 2005 (je n’en ai pas trouvé de plus récente), l’illettrisme est beaucoup plus le fait des plus âgés que des plus jeunes. Cette étude a été menée sur un échantillon représentatif de 10 000 adultes de 18 à 65 ans, représentant donc près de 40 millions de personnes scolarisées en France.

Parmi les 3 100 000 personnes concernées :
9% sont âgées de 18 à 25 ans
15% sont âgées de 26 à 35 ans
23% sont âgées de 36 à 45 ans
30% sont âgées de 46 à 55 ans
23% sont âgées de 56 à 65 ans

Et voici le bilan global de l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme :

Des chiffres pour éclairer les politiques

9% de la population adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en situation que l’on peut qualifier d’illettrisme, soit 3 100 000 personnes en métropole.

Qui sont-elles ?

Sur ces 3100000 personnes en situation d’illettrisme :

* La moitié a plus de 45 ans. Attention aux idées reçues qui limitent ce phénomène aux classes d’âge les plus jeunes alors qu’ils augmentent avec l’âge
* Plus de la moitié exerce une activité professionnelle. La lutte contre l’illettrisme touche donc de très près le monde du travail, de l’entreprise.
* 74% d’entre elles parlaient uniquement le français à la maison à l’âge de 5 ans. Attention aux idées reçues qui assimilent illettrisme et immigration

Où vivent-elles ?

* 50% des personnes concernées en situation d’illettrisme, vivent dans des zones rurales ou faiblement peuplées, ce qui signifie que la politique doit s’organiser sur tout le territoire.
* 10% vivent dans les zones urbaines sensibles (ZUS).

Il faudrait donc conclure que l’illettrisme, comme le reste, « s’apprend »… On peut sortir de l’école « lecteur moyen » (ou « très moyen ») et, à force de ne pas exercer lecture, écriture et autres, on « devient » illettré…

A moins que de tels progrès aient été faits dans l’enseignement que de moins en moins de jeunes sortent de l’école sans maîtriser le minimum…

Une dernière remarque, tout de même : pour ma génération et les précédentes (quelques suivantes aussi, mais je n’ai plus les années en tête), l’école n’était obligatoire que jusqu’à 14 ans, et non 16…

Rédemptions…

jeudi, septembre 17th, 2009

Après L’élégance du hérisson, j’ai lu Malavita, de Tonino Benacquista. Si l’héroïne du premier trouvait son « salut » dans la lecture (et la culture, d’une façon plus générale), le héros du second trouve le sien dans l’écriture…

Très dissemblables, ces deux héros… et pourtant, tous deux « transcendent » leur destin, socialement tracé, par l’accès aux mots écrits…

La « révélation » (excusez tous ces termes religieux, mais, vraiment, ce sont ceux qui me semblent convenir ici…) de l’une est sa rencontre avec l’institutrice qui l’appelle par son prénom. Celle de l’autre est la rencontre… avec une vieille machine à écrire… qui va transformer l’ex mafioso en… écrivain ! Lui dont le fils dit « Mon père est un Américain de base, tu as oublié ce que c’était. Un type qui parle pour se faire comprendre, pas pour faire des phrases. Un homme qui n’a pas besoin de dire vous quand il sait dire tu. Un type qui est, qui a, qui dit et qui fait, il n’a pas besoin d’autres verbes. Un type qui ne dîne, ne déjeune ni ne soupe jamais : il mange. Pour lui, le passé est ce qui est arrivé avant le présent, et le futur ce qui arrivera après, à quoi bon compliquer ? ».

Pour poursuivre le parallèle, Ethan Frome, d’Edith Wharton, que j’ai lu juste avant, est aussi l’histoire d’une « rédemption ». Pour ce pauvre paysan, la révélation sera la rencontre avec une jeune cousine de sa femme. Plus que des mots, cette rencontre lui donnera accès au monde des sentiments…

Trois romans qui ne se terminent pas forcément bien… Mais qui sont « forts », chacun dans son genre…

Une amie m’avait offert il y a longtemps un roman d’Edith Wharton : je n’avais pas du tout accroché… Il faudra que je le relise… et que j’en lise d’autres : Ethan Frome m’a beaucoup touchée, par la délicatesse de l’auteur à évoquer cette vie de paysans frustes, dont les échanges se limitent aux indispensables informations concernant la vie de la ferme…

De l’élégance… de l’Art ?

mardi, septembre 15th, 2009

Un immense merci à Muriel Barbery (l’auteur de L’élégance du hérisson), pour m’avoir fait découvrir quelques peintres, dont j’ignorais même le nom : Pieter Claesz, Willem Claesz-Heda, Willem Kalf et Osias Beert, peintres hollandais du 17ème siècle, spécialistes de natures mortes.

Et merci à Internet (et aux moteurs de recherche), sans lesquels ces noms ne seraient restés à peu de chose près que des noms, nantis d’une biographie réduite et, avec un peu de chance, d’une photo de tableau… à supposer que j’aie eu le courage de consulter une encyclopédie…

Je ne suis pas une fan des natures mortes (d’autant qu’on y voit souvent des animaux morts…), mais j’avoue avoir été impressionnée par les jeux de lumières des tableaux que j’ai vus sur mon écran…

(Cela me fait penser qu’il faut que je réemprunte Le peintre des batailles, d’Arturo Perez-Reverte : dans ce superbe roman, sont cités de nombreux tableaux que j’aimerais voir… pour tenter de « reconstituer » la fresque du narrateur…).

Mon amour de l’art n’est pas celui de Renée, une des deux narratrices du roman : je n’y connais absolument rien, et me contente de « ressentir »… ou de ne pas ressentir, d’ailleurs. J’aime particulièrement les formes stylisées, les jeux de couleurs et de lumières… C’est à peu près tout ce que je peux dire sur mes préférences en ce domaine…

Citation extraite du roman :

« Car l’Art, c’est l’émotion sans le désir. »

J’ai beaucoup aimé ce roman… et l’aurais bien vu continuer encore pendant quelques centaines de pages, avec ces récits, réflexions et impressions à deux voix… J’aurais bien vu Kakuro jouer son rôle de catalyseur plus lentement, plus progressivement, pour me laisser le loisir de continuer à découvrir les deux narratrices…

Récemment, une cousine me parlait de ce roman (je n’ai pas osé lui dire que je ne l’avais pas encore lu !), qu’elle avait prêté à une tante : une dame de 96 ans… que son âge n’empêche pas de lire ni de discuter de ce qu’elle a lu.

Or, là : blocage complet ! « Une concierge ne parle pas comme ça ! ». Des discussions avec ma cousine (et une autre cousine) l’ont amenée à reprendre le livre abandonné… mais non, elle ne pouvait pas : une concierge ne parle pas comme ça !
Elle rejoignait ainsi l’opinion des riches propriétaires de l’immeuble de Renée… Une vision « de classe »…

Je dois beaucoup de remerciements à mes parents à ce sujet : ils étaient d’une toute petite classe moyenne (artisan et comptable), mais n’avaient aucun préjugé sur « les classes inférieures » (ni supérieures, d’ailleurs !). Leur premier achat immobilier a été un appartement dans un ancien hôtel particulier, divisé en 5 appartements. La voisine du dessus venait faire le ménage chez nous. Pour autant, elle ne perdait pas son statut de voisine et copropriétaire, donc d’égale ! Ma mère, travaillant par la suite dans un Centre de recherches, secrétaire de direction, côtoyant ingénieurs et autres messieurs importants, n’en tirait pas plus de gloire. Et mon père, passé de l’artisanat au statut de « pointeau » dans une usine de chaudronnerie, s’il regrettait un métier qu’il aimait (mais qui ne le faisait pas vivre), ne se sentait pas « déchu » pour autant.

Ils m’ont ainsi donné une vision particulière du monde qui m’entourait, où la richesse et le statut social étaient moins importants que les personnes elles-mêmes… Ils m’ont permis de côtoyer sans effort particulier des gens très différents (quoique… j’aie toujours eu plus de mal avec ceux qui, justement, étalaient complaisamment leur « place élevée »), et de faire des rencontres quasiment impossibles dans des milieux plus « fermés ».

Ouf ! Que de remerciements, aujourd’hui !

De l’élégance de la grammaire

lundi, septembre 14th, 2009

Je suis en train de lire L’élégance du hérisson. Je sais, je suis un petit peu en retard mais mieux vaut tard que jamais…

Un passage m’a fortement intéressée hier.
Dans la pensée profonde numéro 10 de la jeune adolescente surdouée (c’est dans le chapitre consacré à la Grammaire et effectivement il est tout à fait question de la grammaire), je cite :

« Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d’en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux : parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, riche, subtil ! ». Moi, rien que de savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes… »

« une voie d’accès à la beauté »… Je ne suis pas très sûre d’avoir donné ce sentiment à mes élèves… En étais-je suffisamment consciente, et convaincue, d’ailleurs ? N’étais-je pas un avatar de Mme Maigre, répondant à l’inévitable question sur l’utilité de la grammaire : « Ça sert à bien parler et bien écrire. » ?

Peut-être que je vais mettre ce passage en introduction à mon site de Français… quand j’aurai le courage (le « temps mental », surtout !) de m’y remettre…

Le pullover rouge

samedi, août 29th, 2009

Parcourant ma bibliothèque (une de mes, devrais-je dire…) à la recherche d’un livre à relire (en attendant la réouverture de la bibliothèque intercommunale), j’ai eu envie de reprendre Le pullover rouge, de Gilles Perrault. Pourquoi ? Le souvenir qu’à l’époque, ce livre m’avait beaucoup marquée, sans doute…

Cette enquête est passionnante, et fort bien écrite. Je ne parle pas ici d’effets de style, mais du choix de l’ordre des éléments. Si l’on suit, globalement, la chronologie de l’enquête et du procès, les retours en arrière, dus aux témoignages recueillis par l’auteur, apportent des éclairages judicieux à l’affaire.

L’affaire… Elle a remué l’opinion française, et s’est conclue par la guillotine pour Christian Ranucci en 1976. Un des derniers guillotinés de notre beau pays civilisé. Il avait 22 ans, 20 ans au moment des faits qui lui étaient reprochés (la majorité à cette époque était à 21 ans).

En 1974, une fillette disparaît. Son petit frère dit qu’un monsieur en voiture (Simca 1100, précise ce petit passionné des voitures) cherchait son chien, et qu’il lui a demandé de l’aider. Quand l’enfant est revenu, sans avoir trouvé le chien, sa sœur avait disparu. La voiture aussi.

On va retrouver le cadavre de la petite fille 2 jours plus tard.

Une des premières bizarreries de l’affaire est le comportement d’un témoin d’accident de voiture, non loin du lieu où on a retrouvé la fillette. Un stop refusé (ou insuffisamment marqué), et c’est la collision. Le responsable prend la fuite. Un couple témoin de l’accident s’arrête et, sur la demande du conducteur de l’autre voiture, poursuit le fuyard.

Il retrouve le véhicule fautif (une 304) arrêté un peu plus loin : un homme s’en éloigne, tirant « un paquet assez volumineux ». Ne pouvant le rattraper, il note l’immatriculation du véhicule, et retourne vers le lieu de l’accident.

Or, quelques jours plus tard, le « paquet » est devenu une petite fille, vêtue comme l’enfant assassinée, et que sa femme et lui ont entendu parler…

C’est cette nouvelle déposition qui va piéger Christian Ranucci, responsable de l’accident…

C’est loin d’être la seule bizarrerie de l’enquête : les témoins de l’enlèvement ne reconnaissent pas le prévenu, un pull-over rouge est trouvé près de l’endroit où a stationné, ensuite, la 304… mais il n’est pas à Christian. L’instruction ne fera pas convoquer diverses personnes témoins d’un « homme en pull-over rouge » qui, sous prétexte de chercher son chien, a voulu emmener des enfants en voiture (une Simca 1100 !). Les psychiatres prennent pour acquis que leur « client » est coupable, et dressent de lui le portrait d’un criminel odieux, que ne reconnaissent aucun de ceux qui ont côtoyé Christian.

Gilles Perrault insiste aussi sur le fonctionnement des dépositions : le témoin (« prévenu » ou non) est interrogé, puis le policier résume en tapant à la machine ce qui a été dit, à la 1ère personne (celle du témoin). Résumé forcément partiel, et même partial, dans la mesure où ce qu’il écrit est forcément vu et rédigé à travers son prisme personnel, et son interprétation. Ainsi, un garagiste qui a assisté à l’enlèvement, relisant sa déposition avant de la signer, conteste une phrase : « Il est donc possible que j’aie confondu une Simca 1100 avec un coupé 304 […] », et fait rajouter (en ces temps sans informatique, il est hors de question de retaper toute la déposition !) : « Je tiens à préciser que je suis mécanicien de métier et que je connais donc parfaitement tous les types de voiture ».

Je reviendrai sur cette question des dépositions…

Rentrer… en sixième !

mercredi, août 26th, 2009

Encore 5 jours de vacances… Après, je serai… à la retraite !

J’avoue que cela n’a pas encore beaucoup de sens pour moi… Cela viendra au fil des jours, je pense…

J’ai envie aujourd’hui de vous parler d’une rentrée particulière, riche en émotions de toutes sortes : la rentrée en 6ème !

Si vous connaissez un enfant qui va vivre cette difficile aventure, conseillez-lui donc la lecture de La Sixième, de Susie Morgenstern : l’auteur décrit ce difficile apprentissage… comme si elle l’avait vécu !

J’ai dû faire étudier ce roman 2 ou 3 fois à mes classes : en 6ème, bien sûr, mais aussi, si je me souviens bien, une fois en 5ème. En tous cas, ce sont des 5èmes qui m’avaient rédigé leurs souvenirs d’entrée en 6ème… qui ne démentaient absolument pas les propos de l’écrivaine !

On a beau, depuis quelques années, faire visiter le collège aux élèves de CM2, en fin d’année, ils sont toujours terrorisés quand arrive la fin du mois d’août. Tant de questions, tant d’inconnues !

La plus importante d’abord : est-ce que je serai dans la même classe que mon copain (ma copine) ?

Ces pauvres petits, qui étaient « les grands » de l’école primaire, vont en effet se retrouver les plus petits. Et non seulement ça, mais on va les mélanger, selon quelque ténébreuse alchimie, avec de parfaits inconnus venant d’autres écoles primaires. Dans ma banlieue, ils se retrouvent même avec des « étrangers » d’autres villages !

Si un grand frère ou une grande sœur a déjà fait l’expérience du collège, se joint la crainte de tomber sur tel ou tel prof, « une vraie peau de vache ». Et aussi, si « le grand » a fait un peu trop parler de lui au collège, la peur d’être trop vite étiqueté par les profs…

Tout cela, on ne peut le savoir que le jour de la rentrée : quelles affres !

En attendant, on la prépare activement, cette rentrée ! On fait les courses, on pointe sur la liste remise par le collège les fournitures achetées, en respectant bien le mot à mot. On achète un nouveau sac (les cartables, c’est terriblement « out » !), voire même un sac à roulettes, car on a entendu parler du poids des mots.

Et on prépare son sac, plusieurs jours à l’avance, qu’on vérifie quotidiennement pour voir si on n’a rien oublié. On va chercher la carte qui permettra d’utiliser les transports scolaires (bien que, le premier jour, on vienne souvent accompagné d’un parent), on repère bien où se trouve l’arrêt du car, et combien de temps il faut pour l’atteindre : si on manquait le car, ce serait terrible !

L’autre cause de souci, dans les préparatifs, c’est la tenue : comment m’habiller ? Souvent, les points de vue des parents et des enfants divergent, à ce propos. Il faut une tenue pratique, certes, mais surtout susceptible de séduire tous ces inconnus qu’on va côtoyer dans la classe. Du neuf, de préférence, mais pas trop classique, un zeste de fantaisie est indispensable. Le matin encore de la rentrée, on s’interroge encore sur le choix du plumage…

La gorge trop serrée pour prendre le petit déjeuner habituel, on presse les parents : et si on allait rater le car ? ou la sonnerie du collège ? Ce n’est pas tant la crainte d’être puni (encore que…), mais plutôt celle d’être remarqué (et moqué) par les futurs condisciples…

Que d’angoisses ! Et si on ne trouvait pas son nom sur les listes ? Et si on avait été oublié ? Et si on était dans la même classe que son pire ennemi ? Et si on avait cet horrible prof dont on nous a parlé ? Et si…

Tant de questions ! Et voilà qu’il est l’heure, qu’il faut absolument partir, qu’une envie irrépressible nous jette dans les toilettes comme dans un havre de paix…

C’est l’heure. Il faut y aller. La peur au ventre, mais, si possible, la tête droite du fier conquérant…

Polar historique

mardi, août 11th, 2009

C’est une autre sorte de polar que j’ai attaquée hier. A vrai dire, c’est le premier de cette sorte que je lis, et j’ignore s’il en existe d’autres…

Le terme de « roman policier » recouvre tellement de « sous-genres » (« sous » n’est pas ici employé au sens d’inférieur, mais au sens de classification interne) que je ne me hasarderais pas à en faire la liste ! L’ancienne classification distinguant les « romans noirs » des « romans à énigme » est depuis bien longtemps dépassée. Si les romans à dimension politique, économique et scientifique se multiplient depuis quelques années, ceux à dominante psychologique ou déductive continuent à se répandre…

Mais celui-ci, je ne connaissais pas…

Il s’agit de L’affaire de Road Hill House, écrit par Kate Summerscale, édité l’année dernière.

En quoi ce roman est-il particulier ?

Eh bien, il s’agit d’une véritable enquête, menée en 1860 en Angleterre. Pas très nouveau ? Si, car l’auteur se garde bien (en tous cas pour le moment – j’en suis à la page 219, un peu plus de la moitié) d’écrire un roman « à partir de ». Elle a épluché soigneusement les nombreux rapports, articles et livres écrits à l’époque sur l’affaire, et s’y réfère constamment. C’est donc un livre d’Histoire autant qu’un roman policier. Qui pourrait d’ailleurs décourager certains lecteurs par la précision des données, tant géographiques qu’économiques, extraites de nombreuses archives. Mais si le lecteur n’est pas trop impatient de découvrir la clef de l’énigme, s’il accepte de se documenter au passage sur une région, une époque, et la naissance de Scotland Yard (car le détective est un des premiers à faire partie de cette illustre élite), alors c’est un vrai plaisir que de suivre cette enquête…

L’auteur insiste entre autres sur les réactions de l’opinion publique, pour qui la « vie privée » était inviolable. Les « bobbies » n’ont été créés qu’en 1829, et étaient obligés de porter l’uniforme, qu’ils soient ou non en service. La création, en 1842, d’une unité d’élite en civil, provoqua quelques remous : les agents étaient facilement assimilés à des espions… Alors, qu’ils se permettent d’entrer dans les maisons pour interroger les membres d’une famille « respectable » suscitait des protestations vigoureuses…

Cette atmosphère victorienne, très bien rendue, est un élément important du roman.

Mais… je vous laisse le plaisir de la découverte, si vous pensez qu’un tel roman peut vous plaire…

Séries noires, séries roses

lundi, août 10th, 2009

Je lis énormément. Est-ce un de mes moindres défauts ? En tous cas, je ne saurais imaginer une journée sans lecture…

Depuis quelques années, j’écume donc la bibliothèque de ma commune… Et, souvent, j’emprunte des romans policiers… par facilité, le rayon étant beaucoup moins vaste que celui de littérature, où, si l’on n’a aucune idée de ce qu’on veut lire, il faut au moins savoir si on se plante devant les auteurs dont le nom commence par un M ou par un B…

J’y ai fait d’intéressantes découvertes, qui m’ont parfois incitée à acheter des romans des mêmes auteurs : John Grisham, par exemple, Michael Crichton, Elizabeth George, Arthur Upfield (inventeur du « polar ethnologique »)… et bien d’autres !

Apprenant que la bibliothèque allait fermer pour les vacances, je me suis précipitée, la veille de ma crémaillère, pour emprunter de quoi nourrir ma faim. Pas trop le temps de choisir, j’ai même pris des romans que j’avais déjà lus (c’est pas grave : j’aime bien – aussi – relire !) et d’autres… dont j’aurais dû me dispenser…

Ainsi, celui que j’ai terminé hier…

Prologue : une gamine de 11 ans entend sa mère et son beau-père se disputer, une fois de plus. Plus tard, coup de feu. Elle découvre sa mère morte, son beau-père tenant le revolver à la main. Il sera condamné à la prison.

Premier chapitre : 15 ans plus tard, la gamine devenue adulte va, avec une collègue, faire visiter une maison à un éventuel acheteur, client de l’agence immobilière où elle travaille. Le client ne vient pas. Les deux jeunes femmes (très belles toutes les deux, élégantes et tout et tout) repartent vers leur voiture. Coups de feu : la collègue est tuée.
Affolée, notre héroïne se précipite vers la maison d’un ancien voisin, qu’elle a bien connu étant enfant. Mais c’est une jeune homme qui ouvre la porte, pas disposé du tout à la faire entrer. Heureusement, son père, l’ancien voisin, lui ordonne de laisser entrer la jeune fille. Et, comme elle se sent faiblir, le jeune homme porte la jeune fille dans ses bras jusqu’à l’intérieur…

Ça y est, le ton est donné… Et, un peu surprise, je lis plus attentivement la 4ème de couverture : l’auteur y est décrit comme « une des plus talentueuses émules de Mary Higgins Clark »… OK ! J’ai compris !

Je poursuis quand même (j’ai beaucoup de mal à lâcher un livre en cours), je découvre qu’elle a les yeux violets, lui des yeux verts, ils sont assez agressifs l’un envers l’autre au début, puis, peu à peu… Enfin bref, ça se termine bien, malgré les cadavres émaillés au long des pages…

J’ai lu un jour un ou deux romans « Arlequin », par curiosité. Et, quand j’étais gamine, des romans de Delly. J’en déduirais assez facilement que l’homme (ou la femme) de votre vie se reconnaît au fait que, dès la rencontre, il ou elle paraît extrêmement antipathique… Curieux de voir que ce schéma est toujours utilisé… Bien sûr, s’ils tombent amoureux dès le début, il va être difficile d’établir une progression linéaire… Mais pourquoi diable vouloir une progression linéaire, justement ?

Je me souviens avoir lu, il y a longtemps, les « instructions » données aux auteurs de la collection Arlequin : elles étaient très strictes, le premier baiser ne devant pas intervenir avant la page tant, et tout à l’avenant…

Un autre polar (un vrai, celui-là !) pour terminer : La morsure du dragon, de Jean-François Susbielle.

4ème de couverture :

Que se passerait-il si la Chine décidait de fermer son marché à Microsoft ? Une telle décision pourrait bien être fatale à l’éditeur de logiciels informatiques. Avec lui, c’est toute l’hyper puissance américaine qui serait ébranlée… Partant de cette hypothèse, La Morsure du Dragon nous entraîne dans les arcanes du pouvoir, là où se joue l’avenir de notre monde. Dans ce thriller haletant, les espions de tous bords sont sans état d’âme, les bureaucrates du ministère chinois des Industries de l’Information zélés et le président des États-Unis… un peu dépassé par les événements. La Morsure du Dragon mêle géopolitique, hautes technologies et sociétés secrètes et propose une vision du nouvel ordre mondial plus effrayante et plus vraie que jamais.

Je ne vous en dirai pas davantage… si ce n’est que ce roman m’a passionnée !

Sigles et Abréviations

mercredi, août 5th, 2009

Parmi les cadeaux qui m’ont été offerts lors de mon anniretraimaillère, ce tout petit livre à feuilleter de temps en temps : Jeux de sigles ! de Pascal Petiot et Pascal Argence, aux éditions First. Les auteurs s’y amusent à imaginer des définitions pour un bon nombre de sigles, plus ou moins connus. Voici quelques extraits (je n’ai pas copié toutes les définitions pour chaque sigle…) :

MST

  • Microbes Salement Tenaces
  • Momentanément Sexe Terminé
  • Macho Sévèrement Touché
  • Maintenant Soirées Tranquilles
  • Mariage Sûrement Terminé
  • Maudit Souvenir Touristique
  • Misère Sexuelle Temporaire
  • Maudit(e) Sois-Tu !
  • PDG

  • Peur Des Grévistes
  • Parachute Doré Garanti
  • Patron Définitivement Gagnant
  • Président De Gala
  • Président Difficilement Généreux
  • VRP

  • Visiteur de Restaurant en Province
  • Vendeur Relooké Plouc
  • Vendeur Rarement Prospère
  • Voyage Rarement Payant
  • NRJ

  • Ne Répond Jamais
  • Niaiseries Radiophoniques Jubilatoires
  • Nouvelle Radio Jetable
  • Nous Ratissons Jeune
  • Nouvelle Restriction de Jugeotte
  • Et, pour terminer, ce sigle qui commence le recueil (je ne le connaissais pas, et ai mis la bonne définition parmi les autres… histoire de voir si vous saurez mieux que moi la découvrir !) :

    AAAAA

  • Association des Adolescents Acnéiques Affreusement Affectueux
  • Amants Adultères Allergiques Aux Alliances
  • Anti Association Anarchiste Absolument Antitout
  • Association Amicale des Andouilles Absolument Abrutis
  • Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique
  • Assemblée Anonyme des Apolitiques Anticonstitutionnellement Abstentionnistes
  • Amateurs Avisés d’Art Abstrait Albanais
  • Association d’Authentiques Amateurs d’Abus d’Alcool
  • Amicale des Anciens Acrobates Alcooliques Accidentés
  • D’autres extraits un autre jour, peut-être…