Voici donc la suite de mon « dossier »…
Pièce 4 : Tract (?) du 6/3/1980 signé de l’équipe pédagogique du Collège Y
[Je n'ai aucun souvenir de ce qu'il a été fait de ce texte, présenté comme une lettre, mais sans apostrophe : distribué à tous les parents ? envoyé ? J'ai un double carbone (c'est sûrement moi qui ai tapé ce texte à la machine) et une photocopie : donc le texte a été photocopié... en combien d'exemplaires ? Le collège comptait plus de 1000 élèves, si je me souviens bien...]
Récemment, un professeur de la classe de la 4ème C, en butte à la mauvaise volonté dans le travail des élèves de la classe, a été amené à changer de méthode pédagogique.
Un groupe de parents, contre toute attente et sur la seule information fournie par les enfants, vient d’adresser à Monsieur le Principal une pétition contre cette décision d’ordre pédagogique et menace de porter la protestation auprès d’instances supérieures, si Monsieur le Principal n’y donne pas suite.L’équipe pédagogique
- ne peut admettre ni les moyens utilisés en la circonstance (pétition et menaces intolérables), ni l’ingérence des parents dans une question qui relève de la seule responsabilité des enseignants ;
- souligne qu’elle a toujours été prête à dialoguer autant lors des rencontres parents-professeurs qu’en dehors, et estime qu’il aurait mieux valu chercher à comprendre, auprès du professeur concerné, ses motivations ;
- déplore le manque de confiance des parents à son égard et dans le bien-fondé des décisions disciplinaires et pédagogique qu’elle est amenée à prendre, et souhaite une meilleure collaboration entre parents et enseignants, ainsi qu’un soutien efficace et réel dans leur commune action éducative ;
- et remercie de leur confiance les parents qui ne se sont pas associés à cette intervention peu coopérative.
Car, effectivement, la pétition n’était pas signée par TOUS les parents de la classe… Combien n’avaient pas signé ? J’ai oublié… Je me souviens par contre qu’un couple de parents nous soutenait, et je crois me rappeler que le principal (ou un prof ?) leur avait demandé un courrier.
Pièce 5 : lettre de Mme L.R. du 14/3/1980 (adressée à ???)
Suite à votre lettre du 6 courant reçue ce jour, j’ai l’honneur de vous faire connaître que je fais en effet partie des nombreux parents qui accordent confiance aux Professeurs.
Je trouve déplorable que certains parents ayant peut-être des problèmes n’aient pas cru bon de demander audience à Monsieur le Principal qui reçoit toujours avec grande courtoisie. Ceci aurait certainement évité d’en arriver à des moyens navrants tels de pétition et menaces.
Je renouvelle mon soutien et entière confiance à Mesdames et Messieurs les Enseignants en espérant que cette affaire trouve très vite une solution.
[Ces parents, présents à la réunion dont j'ai parlé, étaient les seuls à intervenir dans ce sens, les autres étant virulents contre les enseignants de la classe (et moi en particulier)... ou muets !]
Pièce 6 : lettre de Mme R à moi-même, non datée (écrite sur une petite copie double)
[parent ayant signé la pétition]
Mademoiselle,
Par trois reprises, j’ai essayé d’avoir monsieur le directeur au téléphone afin d’avoir un entretien. Je pense que vous pouvez me répondre.
Je vous remercie à l’avance et m’excuse de vous importuner par écrit. J’aurais préféré en parler avec vous. Il suffit d’être mal conseillé pour qu’il y ait des erreurs commises et quelquefois celles-ci peuvent être très graves : personne n’est infaillible, je m’en excuse.
Voici mon avis personnel sur les questions que je vous avais posées.Délégué de parents : représentant des parents mais surtout un médiateur entre ceux-ci et les professeurs, qui aurait le droit et le devoir d’avertir avec le consentement du corps enseignant de la classe les parents de choses importantes.
Pas en agressant mais en dialoguant avec confiance, car si certains parents ont du mal avec leurs enfants, il faut comprendre les professeurs qui ont des classes surchargées.
Je n’ai jamais été déléguée car je ne sais pas si mon jugement est bon.
Je crois aussi que celui-ci doit assister aux conseils de classe, non au conseil d’orientation.Conseil de classe : réunion qui se déroule entre le délégué, un représentant de parents et professeurs afin de discuter de l’ensemble de la classe pour que les parents soient avertis si cela est nécessaire : des changements effectués, classe bruyante, endormie, impolie etc…
Veuillez agréer, mademoiselle, mes salutations distinguées.
Mme R.
Si vous jugez devoir faire lire ces lignes à monsieur le principal avant de me répondre, vous le pouvez.
Merci bien de l’autorisation ! A cette époque de conflit, nous nous serrions heureusement les coudes, et le principal m’avait soufflé dans quel sens répondre… d’autant que je ne comprenais pas bien ce qu’attendait cette dame ! Fallait-il voir dans cette lettre un « repentir » d’être montée au créneau parmi les premiers ? Pourquoi n’avait-elle pas demandé à me rencontrer, si tel était son désir ? En tous cas, elle ne nous avait pas habitués à une telle humilité…
Pièce 7 : lettre de moi-même en réponse à Mme R, datée du 21 mars
Madame,
Je vous remercie de votre lettre, et de votre définition du délégué de parents qui me semble fort juste. Nous travaillons nous-mêmes à toujours plus de dialogue et d’écoute, et souhaitons rencontrer la même attitude de votre part.
Pour des renseignements plus précis, je vous conseille de vous adresser à la Fédération des Parents d’Elèves, qui dispose de toute la documentation à ce sujet.
Par ailleurs, je vous rappelle que je me tiens à votre disposition si vous désirez me rencontrer.Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Et enfin, cerise sur le gâteau, la plus belle ! Lettre de « celui par qui le scandale est arrivé », à l’initiative des pétitions, menaces et courriers divers :
Pièce 8 : Lettre de M. J.F. à l’inspecteur d’académie, datée du 2/6/1980
Monsieur l’Inspecteur,
Le 05 mars 1980 je vous avais adressé un courrier pour vous aviser d’un différend qui opposait des professeurs aux parents d’élèves quant à l’expérience pédagogique appliquée et qu’à ce sujet une réunion extraordinaire avait été fixé le 10 mars 1980 pour en débattre, réunion à laquelle j’avais sollicité votre présence.
Votre courrier en retour du 07 mars 1980 m’avait fait connaître que vous faisiez confiance à l’autorité directe du collège Y.
Cette réunion ouverte à toutes suggestions a été, avec recul, dans l’ensemble positive et je dois maintenant reconnaître le bien fondé de la confiance que vous portez aux instances de ce collège.
Ce sont les deux mois écoulés et la dernière réunion (12 mai 1980) qui m’installe dans ce point de vue.
Je souhaite donc, Monsieur l’Inspecteur, pour l’année prochaine des dialogues aussi bénéfiques avec les instances enseignantes.
Je vous prie d’agréer, Monsieur l’Inspecteur, l’expression de ma haute considération.
Joli, non ?
J’ignore si ce monsieur a appris d’autres méthodes pour avoir « des dialogues aussi bénéfiques avec les instances enseignantes »… que la pétition et la lettre au recteur ! Ce qui est certain, c’est que, l’année suivante, je n’ai pas eu la « chance » de le retrouver en parent d’élève…
C’était… il y a 29 ans…
Les choses ont empiré depuis ? Sûrement… Les parents d’aujourd’hui ayant fait globalement plus d’études que ceux d’hier, ils se sentent plus à même de critiquer l’enseignement fait à leurs enfants. Même s’ils n’y connaissent rien !
Et beaucoup de parents aujourd’hui font une confiance « aveugle » à ce que leur dit leur enfant (voir la lamentable histoire de l’an dernier, qui s’est conclue par le suicide d’un prof…). Ceux de ma génération vous diraient qu’ils se gardaient bien de se plaindre à leurs parents d’une punition jugée injuste : ils risquaient fort de la voir doublée par leurs parents, qui accordaient alors plus de confiance à l’enseignant qu’à l’enfant…
