Archive pour la catégorie ‘Classes difficiles’

Dossier « Parents contre prof » (suite)

Samedi 10 octobre 2009

Voici donc la suite de mon « dossier »…

Pièce 4 : Tract (?) du 6/3/1980 signé de l’équipe pédagogique du Collège Y

[Je n'ai aucun souvenir de ce qu'il a été fait de ce texte, présenté comme une lettre, mais sans apostrophe : distribué à tous les parents ? envoyé ? J'ai un double carbone (c'est sûrement moi qui ai tapé ce texte à la machine) et une photocopie : donc le texte a été photocopié... en combien d'exemplaires ? Le collège comptait plus de 1000 élèves, si je me souviens bien...]

Récemment, un professeur de la classe de la 4ème C, en butte à la mauvaise volonté dans le travail des élèves de la classe, a été amené à changer de méthode pédagogique.
Un groupe de parents, contre toute attente et sur la seule information fournie par les enfants, vient d’adresser à Monsieur le Principal une pétition contre cette décision d’ordre pédagogique et menace de porter la protestation auprès d’instances supérieures, si Monsieur le Principal n’y donne pas suite.

L’équipe pédagogique
- ne peut admettre ni les moyens utilisés en la circonstance (pétition et menaces intolérables), ni l’ingérence des parents dans une question qui relève de la seule responsabilité des enseignants ;
- souligne qu’elle a toujours été prête à dialoguer autant lors des rencontres parents-professeurs qu’en dehors, et estime qu’il aurait mieux valu chercher à comprendre, auprès du professeur concerné, ses motivations ;
- déplore le manque de confiance des parents à son égard et dans le bien-fondé des décisions disciplinaires et pédagogique qu’elle est amenée à prendre, et souhaite une meilleure collaboration entre parents et enseignants, ainsi qu’un soutien efficace et réel dans leur commune action éducative ;
- et remercie de leur confiance les parents qui ne se sont pas associés à cette intervention peu coopérative.

Car, effectivement, la pétition n’était pas signée par TOUS les parents de la classe… Combien n’avaient pas signé ? J’ai oublié… Je me souviens par contre qu’un couple de parents nous soutenait, et je crois me rappeler que le principal (ou un prof ?) leur avait demandé un courrier.

Pièce 5 : lettre de Mme L.R. du 14/3/1980 (adressée à ???)

Suite à votre lettre du 6 courant reçue ce jour, j’ai l’honneur de vous faire connaître que je fais en effet partie des nombreux parents qui accordent confiance aux Professeurs.
Je trouve déplorable que certains parents ayant peut-être des problèmes n’aient pas cru bon de demander audience à Monsieur le Principal qui reçoit toujours avec grande courtoisie. Ceci aurait certainement évité d’en arriver à des moyens navrants tels de pétition et menaces.
Je renouvelle mon soutien et entière confiance à Mesdames et Messieurs les Enseignants en espérant que cette affaire trouve très vite une solution.

[Ces parents, présents à la réunion dont j'ai parlé, étaient les seuls à intervenir dans ce sens, les autres étant virulents contre les enseignants de la classe (et moi en particulier)... ou muets !]

Pièce 6
: lettre de Mme R à moi-même, non datée (écrite sur une petite copie double)
[parent ayant signé la pétition]

Mademoiselle,

Par trois reprises, j’ai essayé d’avoir monsieur le directeur au téléphone afin d’avoir un entretien. Je pense que vous pouvez me répondre.
Je vous remercie à l’avance et m’excuse de vous importuner par écrit. J’aurais préféré en parler avec vous. Il suffit d’être mal conseillé pour qu’il y ait des erreurs commises et quelquefois celles-ci peuvent être très graves : personne n’est infaillible, je m’en excuse.
Voici mon avis personnel sur les questions que je vous avais posées.

Délégué de parents : représentant des parents mais surtout un médiateur entre ceux-ci et les professeurs, qui aurait le droit et le devoir d’avertir avec le consentement du corps enseignant de la classe les parents de choses importantes.
Pas en agressant mais en dialoguant avec confiance, car si certains parents ont du mal avec leurs enfants, il faut comprendre les professeurs qui ont des classes surchargées.
Je n’ai jamais été déléguée car je ne sais pas si mon jugement est bon.
Je crois aussi que celui-ci doit assister aux conseils de classe, non au conseil d’orientation.

Conseil de classe : réunion qui se déroule entre le délégué, un représentant de parents et professeurs afin de discuter de l’ensemble de la classe pour que les parents soient avertis si cela est nécessaire : des changements effectués, classe bruyante, endormie, impolie etc…

Veuillez agréer, mademoiselle, mes salutations distinguées.

Mme R.

Si vous jugez devoir faire lire ces lignes à monsieur le principal avant de me répondre, vous le pouvez.

Merci bien de l’autorisation ! A cette époque de conflit, nous nous serrions heureusement les coudes, et le principal m’avait soufflé dans quel sens répondre… d’autant que je ne comprenais pas bien ce qu’attendait cette dame ! Fallait-il voir dans cette lettre un « repentir » d’être montée au créneau parmi les premiers ? Pourquoi n’avait-elle pas demandé à me rencontrer, si tel était son désir ? En tous cas, elle ne nous avait pas habitués à une telle humilité…

Pièce 7 : lettre de moi-même en réponse à Mme R, datée du 21 mars

Madame,

Je vous remercie de votre lettre, et de votre définition du délégué de parents qui me semble fort juste. Nous travaillons nous-mêmes à toujours plus de dialogue et d’écoute, et souhaitons rencontrer la même attitude de votre part.
Pour des renseignements plus précis, je vous conseille de vous adresser à la Fédération des Parents d’Elèves, qui dispose de toute la documentation à ce sujet.
Par ailleurs, je vous rappelle que je me tiens à votre disposition si vous désirez me rencontrer.

Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Et enfin, cerise sur le gâteau, la plus belle ! Lettre de « celui par qui le scandale est arrivé », à l’initiative des pétitions, menaces et courriers divers :

Pièce 8 : Lettre de M. J.F. à l’inspecteur d’académie, datée du 2/6/1980

Monsieur l’Inspecteur,

Le 05 mars 1980 je vous avais adressé un courrier pour vous aviser d’un différend qui opposait des professeurs aux parents d’élèves quant à l’expérience pédagogique appliquée et qu’à ce sujet une réunion extraordinaire avait été fixé le 10 mars 1980 pour en débattre, réunion à laquelle j’avais sollicité votre présence.
Votre courrier en retour du 07 mars 1980 m’avait fait connaître que vous faisiez confiance à l’autorité directe du collège Y.
Cette réunion ouverte à toutes suggestions a été, avec recul, dans l’ensemble positive et je dois maintenant reconnaître le bien fondé de la confiance que vous portez aux instances de ce collège.
Ce sont les deux mois écoulés et la dernière réunion (12 mai 1980) qui m’installe dans ce point de vue.
Je souhaite donc, Monsieur l’Inspecteur, pour l’année prochaine des dialogues aussi bénéfiques avec les instances enseignantes.
Je vous prie d’agréer, Monsieur l’Inspecteur, l’expression de ma haute considération.

Joli, non ?

J’ignore si ce monsieur a appris d’autres méthodes pour avoir « des dialogues aussi bénéfiques avec les instances enseignantes »… que la pétition et la lettre au recteur ! Ce qui est certain, c’est que, l’année suivante, je n’ai pas eu la « chance » de le retrouver en parent d’élève…

C’était… il y a 29 ans…

Les choses ont empiré depuis ? Sûrement… Les parents d’aujourd’hui ayant fait globalement plus d’études que ceux d’hier, ils se sentent plus à même de critiquer l’enseignement fait à leurs enfants. Même s’ils n’y connaissent rien !

Et beaucoup de parents aujourd’hui font une confiance « aveugle » à ce que leur dit leur enfant (voir la lamentable histoire de l’an dernier, qui s’est conclue par le suicide d’un prof…). Ceux de ma génération vous diraient qu’ils se gardaient bien de se plaindre à leurs parents d’une punition jugée injuste : ils risquaient fort de la voir doublée par leurs parents, qui accordaient alors plus de confiance à l’enseignant qu’à l’enfant…

Parents contre profs ?

Mercredi 7 octobre 2009

Ma sœur m’a prêté un numéro de Marianne (19 au 25/9) qui consacre 6 pages à « La tyrannie des parents d’élèves »… Article intéressant, qui répertorie plusieurs types de conflits…

Cela m’a rappelé que j’avais retrouvé, dans mes rangements d’archives, le « dossier » concernant une histoire dont je vous ai déjà parlé (voir les articles du 29/9/2008 et suivants)… et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce dossier…

(N.B. Sauf erreur de frappe de ma part, l’orthographe des différentes pièces a été respectée.)

Pièce 1 : Lettre pétition adressée au principal du collège

(A vrai dire, il doit manquer une pièce à ce dossier, car je crois me souvenir que le principal n’a pas été averti par les parents… mais par un coup de fil de l’inspecteur d’académie ! Ce qui l’avait mis fort en colère !)

Monsieur le directeur,

Objet : Cours de Français de la classe 4 C

Les circonstances nous ont fait constaté que les cours de français avait été abandonné par Melle X depuis le 09-02-80.

Motif : Reste à déterminer ?

C’est pourquoi nous nous permettons de signer cette pétition pour la reprise des cours de français sans pour autant que nos enfants patissent de cette démarche.

Pour mémoire les propos tenus par nos enfants tendent à supposer que Melle X n’a nullement l’intention de reprendre régulièrement ses cours. Preuve en ait un programme de travail leur ont été distribué pour six semaines sans aucune explication. A faire ou ne pas faire seuls et selon leur désir mais sans notation ni correction.

Compte tenu de l’entretien que nous aurons avec Mnsieur le directeur du CES et Melle X nous enverrons ou n’enverrons pas le double de cette pétition à Monsieur le Recteur de l’académie.

Les parents :

[Suivent 24 noms et signatures]

Pièce 2 : Lettre du 6/3 adressée par M. J. F. au recteur :

Les parents d’élèves de la classe de 4 C du CES Y à Monsieur le Recteur de l’académie de l’Education Nationale.

Monsieur le Recteur,

Suite à un différend qui oppose les parents d’élèves de la classe de 4 C du CES Y et un professeur, nous avons sollicité et obtenu un entretien, sur cet état de faît, avec Messieurs le directeur et directeur adjoint et ce professeur.

Pour justifier cet entretien nous avons présenté, à Monsieur le directeur, une pétition (photocopie jointe).

Cette entrevue n’ayant rien apporté de concret entre les deux parties quand à la suite à donner, sur proposition de Monsieur le directeur nous avons accepté une réunion, de toutes les instances enseignants de cette classe et des parents accompagnés des enfants, le 10 Mars 1980 à 18 heures.

Afin de donner à cette réunion toute son importance surtout sur la façon de faire bénéficier les élèves du savoir et de l’expérience pédagogique des professeurs, voire également comment doit se coordonner les relations professeurs-parents…

Comptant beaucoup sur cette réunion, les parents d’élèves souhaiteraient la présence d’un représentant de l’académie.

Je vous saurai donc gré, Monsieur le Recteur, de bien vouloir, si possible déléguer le jour de cette réunion un membre de vos services afin que vous soient rapportées objectivement le déroulement et les conclusions de cette concertation.

Veuillez agréer, Monsieur le Recteur, l’expression de notre haute considération.

Signature des parents

[Suivent 19 signatures]

Pièce 3 : Réponse de l’inspecteur d’académie à M. J.F., datée du 7/3

Monsieur,

Par courrier du 6 mars 1980 vou m’avez transmis une pétition signée par certains parents d’élèves du collège Y relative à l’organisation pédagogique de cet établissement et vous souhaitez qu’un représentant de M. le Recteur de l’Académie participe à la réunion qui se tiendra à ce propos le 10 mars 1980.

J’ai l’honneur de vous faire connaître que l’organisation pédagogique des collèges découle du principe même de leur autonomie et se met en place sous l’autorité directe du Chef d’établissement.

Je place toute ma confiance dans le Principal du collège Y dont je connais l’objectivité et la compétence pédagogique et suis persuadé qu’en homme ouvert au dialogue il pourra vous apporter toutes les explications que vous souhaitez obtenir.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

Suite du dossier… la prochaine fois !

Quelques fleurs…

Vendredi 5 juin 2009

C’est bientôt mon anniversaire, alors permettez-moi de me jeter quelques fleurs…

J’espère que vous ne tenez pas ce blog pour la Vérité Pédagogique descendue sur Terre, et que vous ne me prenez pas pour SuperProf… Des erreurs, j’en ai commis, et j’en commets encore… comme, je pense, tous ceux qui travaillent sur/avec « la matière humaine »…

(Je ne regarde pas la télé… mais je lis les commentaires dans mon magazine. Dans celui évoquant le documentaire « Déni de grossesse », la journaliste évoque cette jeune femme entrée un jour à l’hôpital à cause de violentes douleurs : deux médecins diagnostiquent des coliques néphrétiques… mais c’est le 3ème qui a raison : la « colique néphrétique » est une petite fille d’aujourd’hui 5 ans… Remarquez, dans ma famille, il y a un « fibrome » qui doit avoir dépassé les 50 ans…)

Donc, même si j’essaie, le plus souvent, de « faire pour le mieux », conformément à ce que je pense, je ne suis pas pour autant sûre de le faire… Comme je l’ai déjà dit, j’essaie de ne jamais oublier que j’ai des personnes en face de moi. Mais je n’ai évidemment aucune prise sur ce que ressentent les élèves…

Parfois, je vois bien que « le courant passe », et j’en suis heureuse : avec cette classe-là, je peux aller plus loin, leur demander des choses plus difficiles. Parfois, le courant ne passe pas, et je bataille toute l’année pour réveiller une classe endormie. Enfin, il arrive aussi que la classe me soit sourdement hostile… C’est le plus dur. Après avoir tenté toutes les manières d’entrer en dialogue, d’éclaircir les éventuels malentendus, il me faut conduire cette classe et ses récalcitrants vers les objectifs fixés, malgré la mauvaise volonté évidente…

C’est dans une classe de ce genre qu’était « Carole » (ce n’est pas son prénom), qui m’a écrit en octobre, via Copains d’avant.

Une classe que j’avais presque oubliée… parce que je préfère en général évacuer les mauvais souvenirs. Et c’en était un !

Je n’ai plus en tête la composition exacte de la classe, mais je sais qu’une bonne partie des élèves venaient de la même 4ème, avec laquelle j’avais monté une série de sketches (écrits par les élèves) sur le thème de la médecine. Une 4ème qui « marchait bien », donc, vu le temps et l’énergie que demande ce genre de projet. J’étais évidemment heureuse de les retrouver en 3ème… mais ai vite déchanté : le courant ne passait plus avec mes « anciens » (et plus particulièrement quelques « anciennes », qui utilisèrent surtout leurs capacités à « faire du mauvais esprit », comme on dit…), et je ne réussis pas non plus l’accroche avec les nouveaux… Tous les profs – sauf un – rencontraient les mêmes difficultés que moi… mais les petit(e)s futé(e)s arguaient que, justement, si ça marchait bien avec tel prof, ça prouvait que ce n’étaient pas les élèves qui étaient en cause…

Et donc, voici qu’en octobre surgit de ce passé « presque oublié » d’il y a une douzaine d’années, Carole. Qui m’écrit alors :

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi : vous avez été ma professeur il y a quelques années à []. Il me semble que j’aie été suffisamment détestable pour que ce soit le cas…!

Moi, je fais partie de ceux que vous avez marqué. Oui, par vos tenues, et par votre personnalité. Par votre différence avec certains autres profs, dont on ne sentait pas de réel engagement avec nous, dans cette classe, avec K J, G L, N D, …. que j’imagine, on a dû qualifier de difficile, peut-être… A cette époque, je vous l’avoue, je ne vous aimais pas. Mais, je m’en suis rendue compte plus tard, c’est car je me le refusais… car je n’arrivais pas à vous faire face. J’adorais le français, mais j’adorais encore plus mes copains, et je ne me donnais pas les moyens de réussir. Disons que je préférais ne rien faire, plutôt que risquer de me planter…. Et j’avais la sensation que malgré tout, vous croyiez en nous, et que l’on vous décevait.

J’ai reçu un certain nombre de messages d’anciens élèves, à cette époque. Mais j’ose avouer que c’est celui qui m’a le plus touchée. J’avais tellement eu l’impression d’un échec, avec cette classe (même si la plus grande partie avait « scolairement » assuré le minimum), que j’étais – que je suis encore – sous le choc : malgré tout, j’avais quand même réussi à faire passer quelque chose…

Dans un courriel plus récent, Carole me lance à nouveau quelques fleurs :

Je pourrais résumer en disant que, par définition, l’homme a tendance à être un peu con entre 12 et 18 ans, que le rôle des enseignants (entre autres) est le tirer de là le plus vite possible, et que beaucoup ne le tentent pas. Vous, si. Et ceux qui sont passés dans votre classe se sont certainement dit, à un moment où à un autre, « Je compte, je suis quelqu’un ». C’est important.

Je n’oserais espérer que Carole a raison dans ces deux dernières phrases.

Mais, de tout cœur, je le souhaite…

Merci, « Carole » !

La 5ème d’appui (2)

Mercredi 10 décembre 2008

Voici d’autres « rédactions » (je dirais plutôt : réflexions) par cette même classe, sur Jonathan Livingston le goéland :

Jonathan Livingston n’est pas un oiseau quelconque : il n’est pas borné comme les autres goélands qui ne pensent qu’à manger. Il s’efforce d’oublier ses parents, ses amis, et tous les problèmes qui l’empêchent de voler. Tous ces goélands ont un point faible, une chose qui les tient, et à laquelle ils ne peuvent s’empêcher de penser.

Le but de Jonathan est d’aller dans un autre monde pour faire mieux que d’habitude. Quand il revient du monde, qu’il a appris à se perfectionner, Jonathan Livingston montre à Fletcher qu’il ne faut pas être borné, qu’il faut sortir du lieu, qu’il faut s’évader, partir, et être plus fort que ses problèmes : il ne faut plus penser au passé.

(Graziella)

Moi je pense qu’il faut en premier comprendre et ensuite apprendre.

Nous ne pouvons pas nous donner un but sans avoir essayé de comprendre le sens de celui-ci, pour ne pas être déçus par la suite.

Mais je crois que nous ne pouvons pas apprendre sans avoir compris.

Ces deux mots n’ont pas une si grande différence finalement…

(Estelle)

Pour arriver à faire quelque chose, il faut se connaître. Pour savoir si on peut réussir à l’école, il faut d’abord savoir travailler, s’organiser. Jonathan, pour savoir s’il va réussir, il faut d’abord qu’il s’entraîne et qu’il travaille. Pour réussir, il faut s’apprendre.

Quand Jonathan veut voler plus haut et plus vite, il doit se connaître et s’apprendre : c’est pour ça qu’il réussit.

Quand Chiang veut lui apprendre à voler à la vitesse de la lumière, Jonathan doit encore apprendre et pour cela, il fallait qu’il s’apprenne et se connaisse. Une fois qu’il a réussi à voler le plus vite, il va vouloir apprendre aux autres.

(Marcel)

Faites comme Jonathan : enlevez de vos pensées les bornes qui vous retiennent. Comme Chiang nous le dit : « Pour voler à la vitesse de la pensée vers tout lieu existant, il faut commencer par être convaincu que tu es déjà arrivé à destination. »

Quand Jonathan voulut voler le plus haut possible, il dut enlever ses bornes pour y arriver. Il vola très haut, plus de 300 mètres, en retirant ses bornes.

Il voulut aussi apprendre l’omniprésence : il se concentra vraiment très fort, il oublia tous les problèmes qu’il avait en tête, il enleva aussi ses bornes intérieures, il pensa que son but était déjà atteint, qu’il était là où il voulait être, et il arriva sur un rivage inconnu.

Chaque effort donné et chaque borne retirée en lui l’ont aidé à réussir.

(Sylvie)

« Si j’étais fait pour apprendre tant de choses sur le vol, j’aurais des cartes marines en guise de cervelle. Si j’étais fait pour voler à grande vitesse, j’aurais les ailes courtes du faucon et je me nourrirais de souris et non de poisson. »

Pour voler, il faut se connaître soi-même. Pour se connaître, il faut dépasser les bornes.

Jonathan veut voler plus vite et mieux pour apprendre aux autres. Pour apprendre, il faut progresser dans la vie, apprendre à vivre. Il faut déjà s’apprendre soi-même, se donner un but, savoir de plus en plus, progresser.

Ça veut nous montrer que nous pouvons mieux faire que ce que l’on fait.

Quelqu’un qui se sent « mal dans sa peau » n’y arrivera jamais. Il faut tout oublier pour apprendre à voler.

Dès qu’on se connaît, on peut bien apprendre.

(Daniel)

En ce jour anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, j’espère de tout cœur que ces enfants ont réalisé leur rêve, chacun à sa façon. Ils le méritent amplement, ne croyez-vous pas ?

***

Je ne suis pas spécialement portée sur les célébrations et commémorations… mais en ces temps où, si nous sommes toujours dans « le pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », nous sommes de moins en moins dans un État de droits, et que nous n’avons pas à nous targuer d’être « le pays des Droits de l’homme », j’avais envie d’évoquer ce soixantième anniversaire… D’autres le font mieux que moi : voir le site de la Ligue des Droits de l’Homme

La 5ème en 2 ans

Mardi 9 décembre 2008

J’ai dit qu’il m’était arrivé plusieurs fois d’avoir des « classes faibles ». Parmi celles-ci, une tient une place particulière pour moi : la 5ème en 2 ans.

A cette époque, on avait inventé un nouveau dispositif : 6ème-5ème en 3 ans. Mais, dans mon collège, nous n’étions pas tellement d’accord pour regrouper dans une classe des enfants avec pour seuls indicateurs leurs bulletins du primaire. Les objectifs primaire-collège n’étaient pas forcément les mêmes, de nouvelles matières apparaissaient en 6ème… et puis, nous voulions « voir par nous-mêmes ». Aussi avions-nous opté pour une « 5ème en 2 ans », en regroupant des enfants qui avaient montré des difficultés en 6ème. Là encore, les professeurs étaient volontaires, et s’engageaient pour 2 ans. Théoriquement, du moins. En fait, seul le professeur de mathématiques a changé entre ces 2 années.

Une équipe soudée, une classe de 19 élèves dont la plupart étaient calmes et désireux de bien faire. La plupart seulement, car j’avais insisté pour y mettre 2 « zozos », pas méchants pour 2 sous, mais un peu agités et n’ayant pas vraiment l’habitude de travailler (ni d’écouter les cours, d’ailleurs !). Certains avaient un an de retard, la plupart avaient 12 ans. Tous avaient évidemment des difficultés diverses.

Notre objectif était de reprendre le programme de la 6ème pendant les 5 ou 6 premiers mois, puis d’aborder le programme de 5ème, qui se poursuivrait sur la 2ème année. Avec, en fin de cycle, une entrée en 4ème.

J’étais professeur principale, et, aidée par l’équipe pédagogique, je jouais pleinement mon rôle. Nous communiquions beaucoup entre nous, nous informant mutuellement des réussites, des échecs, des problèmes rencontrés.

Et des problèmes… il y en avait !

Curieusement, quand j’ai commencé à écrire sur cette classe, j’avais totalement oublié ces problèmes… Mais je me suis replongée dans le dossier que je lui avais consacré et… le démarrage de la première année fut difficile !

Tant pis ! Je vous raconterai les débuts une autre fois. Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de la 2ème année…

La 2ème rentrée s’opéra avec un élève en moins… et un élève en plus ! En effet, un des élèves avait constamment régressé tout au long de l’année, posant de plus en plus de problèmes de comportement (eh non ! ce n’était pas un de mes « zozos » !). Ce n’était pas vraiment le but recherché ! Il intégra donc une 5ème « normale » (je le retrouvai 2 ans plus tard en CPPN…).

Quant à l’élève en plus… c’était une histoire bien douloureuse. Il avait redoublé sa 6ème (sans atteindre un niveau « terrible » d’ailleurs – je l’avais en classe lors de son redoublement), était passé en 5ème… mais sa scolarité avait été très réduite : cancer des os…

Chauve, amputé d’une jambe, il revenait au collège. Je suggérai qu’on l’accueille en 5ème d’appui : il avait été en 6ème avec plusieurs d’entre eux, ses 2 ans de retard y pèseraient moins lourd, et les 5èmes avaient acquis une certaine « maturité », me semblant donc capables de bien réagir à l’arrivée de cet élève.

C’est en pensant à lui – entre autres – que je décidai de travailler sur Jonathan Livingston le goéland. Il me semblait que les idées exprimées dans ce « conte philosophique » pouvaient l’aider.

Ce fut l’occasion de nombreuses discussions. A la fin, je leur donnai comme sujet de rédaction de choisir un des thèmes évoqués dans le conte. Voici ce qu’écrivit cet enfant :

« Le but est cité dans Jonathan Livingston le goéland presque tout le temps.

Le but de Jonathan est de faire des performances, d’aller plus vite, d’améliorer son vol et sa vitesse. De mieux voler, plus longtemps, en se fatiguant moins. De mieux planer, plus vite, à la vitesse rapide. De monter de plus en plus haut et de redescendre de plus en plus vite. Dans sa chute libre, de mieux se contrôler pour arriver à la perfection. De faire des tonneaux à plus de 300 km à l’heure, des loopings.

Son but est de toujours aller plus loin et d’apprendre aux autres. C’est aussi mon but : aller plus loin. »

Il lui restait alors quelques mois à vivre…

***

***

Pour ne pas rester sur une note triste, vous pouvez aller jeter un œil à cette coupure de journal… qui nous en apprend de belles sur notre ministre !

Des classes « faibles »… oui, mais…

Mardi 2 décembre 2008

J’ai dit que regrouper des élèves faibles si l’on n’avait rien de plus à leur proposer était non seulement inutile, mais dommageable pour les élèves, la classe, les enseignants concernés, et même l’établissement ! Car ces « zozos » ainsi armés de la force du groupe vont tenter de faire régner leur loi partout.

Il en va tout autrement si on leur fournit des objectifs clairs et accessibles.

Notre collège a comporté, pendant des années, une CPPN (Classe Pré-Professionnelle de Niveau) et une CPA (Classe Préparatoire à l’Apprentissage). Les élèves ne pouvaient y être admis qu’à partir de 14 ans pour la première, 15 ans pour la seconde. Le cursus le plus courant était 6ème, 5ème, CPPN et CPA. Mais il est arrivé que des élèves soient admis en CPPN après la 6ème, s’ils avaient l’âge requis (donc 2 ans de retard).

Cette classe marchait bien. Et ce, malgré leurs très nombreuses difficultés. En CPPN, ils bénéficiaient d’un enseignement adapté, et se construisaient peu à peu un avenir professionnel. S’ils avaient atteint un niveau acceptable en fin d’année, ils rejoignaient une 4ème CAP dans un lycée professionnel. Sinon, ils allaient en CPA, où des stages alternaient avec l’enseignement donné au collège.

Mais… Oui, il y a un « mais », et de taille ! Leur professeur (qui leur enseignait à peu près toutes les matières, sauf les disciplines sportives et artistiques) était formée pour ! Non seulement elle avait appris à les faire travailler selon leurs capacités – et leurs lacunes ! – mais encore, elle savait parfaitement les aider dans leur orientation, connaissait les entreprises qui pouvaient les accueillir en visite ou en stage. C’était épuisant, elle me l’a souvent dit, et je crois qu’elle a été plutôt soulagée quand elle s’est reconvertie en professeur de technologie…

Autre chose : on ne mettait pas n’importe qui en CPPN ! Le professeur en question assistait à tous les conseils de classe de 5ème en fin d’année, et, si le conseil de classe cherchait à se « débarrasser » d’un élève « à problèmes » en l’envoyant en CPPN, elle intervenait et rappelait les objectifs de la classe. Pas question d’y « fourrer » (excusez le terme, mais je sais que parfois, ailleurs, c’est ce qu’on a fait !) les paresseux, les agités, les « cas sociaux » ou psychologiques ! Je ne veux pas dire que l’on ne prenait en CPPN que les élèves travailleurs, calmes,… évidemment ! Mais ils étaient recrutés selon leur niveau, leurs possibilités, leurs objectifs. La CPPN n’était pas, chez nous, une « classe-dépotoir » !

Quand la professeur « traditionnelle » s’est reconvertie… la classe s’est retrouvée « mise au pot commun »… et attribuée à des enseignants par matière. J’eus ainsi le privilège de lui enseigner le français une année (et 3 mois… car l’année suivante a été interrompue par mon arrêt-maladie). Heureusement, la « titulaire » lui enseignait la technologie, et était le professeur principal : elle me fut d’un grand secours car, malgré mon « expérience », j’ignorais à peu près tout sur la façon de mener ce genre de classe…

Tout de même, je suis assez fière de leur avoir appris les figures de style… Mais oui ! Métaphores, comparaisons et autres antithèses furent à notre programme… en étudiant les publicités ! Et ils firent un excellent travail d’analyse sur des tas de pubs découpées dans des revues !

Les CPPN ont disparu, les 4èmes CAP aussi, d’ailleurs…

… mais tout n’est pas toujours rose !

Lundi 29 septembre 2008

J’ai tendance – je crois l’avoir déjà dit – à me souvenir surtout des bons moments, et cette "pluie de roses" en fut évidemment un. Mais les surprises ne furent pas toujours bonnes…

Celle-ci, par exemple : convoquée par le principal, j’apprends qu’une délégation de parents d’une classe de 4ème sont venus se plaindre. Et qu’ils ont même écrit à l’Inspecteur d’Académie. Ils n’ont jamais demandé à me voir. A l’heure où ils sont venus voir le principal, j’avais cette fameuse classe de 4ème, et rien dans leur comportement ne m’avait fait penser qu’il se passait quelque chose…

Heureusement, j’avais appris, depuis mes débuts, qu’il valait mieux tenir le principal au courant quand il se passait quelque chose d’"important". D’un autre côté, le principal avait découvert que, malgré mes airs "hippies" (on était dans les années 70 et j’affectionnais les longues jupes fleuries… "costume" inconnu dans cette région du Pas-de-Calais, au cœur du bassin minier), les travaux de groupes et autres méthodes peu orthodoxes que je pratiquais, je savais tenir mes classes et leur prodiguer l’enseignement requis…

Cette classe de 4ème, donc… Pas méchante, mais constamment agitée, donc peu attentive, ne participant pas, ne travaillant que très peu, même en classe. Quelques garçons, travaillés par l’adolescence, cherchaient partout des allusions possibles à la sexualité, et, quand ils n’en trouvaient pas, sortaient quelques "blagues" salées, quelques grossièretés. D’ailleurs, un jour, lassée de leurs interventions, j’en envoyai deux ou trois faire un travail de recherche sur la sexualité… Le jeu se calma un peu, mais l’ambiance restait aussi peu propice au travail. Un jour où j’arrivai devant leur classe, je vis la poubelle traverser le couloir devant moi. Comme "personne" ne l’avait lancée, je leur donnai un devoir à faire à la maison : "les règles du volley-poubelle"… Devoir qu’ils firent tous (j’avais dû menacer, ou bien ils avaient senti qu’il valait mieux s’exécuter), et certains avec humour.

Mais bon, tout cela ne réglait pas les problèmes d’attention et de travail. Quand j’eus épuisé toutes mes "recettes" sans aucun résultat, je décidai de passer à la vitesse supérieure – et en informai le principal (bien m’en prit!).

Un lundi, donc, j’arrivai en classe avec un certain nombre de photocopies et leur expliquai que, puisqu’ils ne voulaient pas écouter les cours ni faire le travail à la maison, j’arrêtais les cours. Je leur distribuai le programme de la semaine : leçons et devoirs à faire en grammaire, lecture, orthographe, rédaction. Ils pouvaient le faire dans l’ordre qu’ils voulaient, j’étais évidemment là pour toute explication qu’un élève me demanderait, mais je ne m’adresserais plus à toute la classe, jusqu’à temps qu’ils aient une attitude plus raisonnable. Je relèverais le travail à la fin de la semaine pour le corriger et le noter.

Mon petit discours fut suivi d’un grand silence. Et, une fois les feuilles distribuées, on se mit au travail…

… mais tout n’est pas toujours rose !

Lundi 29 septembre 2008

J’ai tendance – je crois l’avoir déjà dit – à me souvenir surtout des bons moments, et cette "pluie de roses" en fut évidemment un. Mais les surprises ne furent pas toujours bonnes…

Celle-ci, par exemple : convoquée par le principal, j’apprends qu’une délégation de parents d’une classe de 4ème sont venus se plaindre. Et qu’ils ont même écrit à l’Inspecteur d’Académie. Ils n’ont jamais demandé à me voir. A l’heure où ils sont venus voir le principal, j’avais cette fameuse classe de 4ème, et rien dans leur comportement ne m’avait fait penser qu’il se passait quelque chose…

Heureusement, j’avais appris, depuis mes débuts, qu’il valait mieux tenir le principal au courant quand il se passait quelque chose d’"important". D’un autre côté, le principal avait découvert que, malgré mes airs "hippies" (on était dans les années 70 et j’affectionnais les longues jupes fleuries… "costume" inconnu dans cette région du Pas-de-Calais, au cœur du bassin minier), les travaux de groupes et autres méthodes peu orthodoxes que je pratiquais, je savais tenir mes classes et leur prodiguer l’enseignement requis…

Cette classe de 4ème, donc… Pas méchante, mais constamment agitée, donc peu attentive, ne participant pas, ne travaillant que très peu, même en classe. Quelques garçons, travaillés par l’adolescence, cherchaient partout des allusions possibles à la sexualité, et, quand ils n’en trouvaient pas, sortaient quelques "blagues" salées, quelques grossièretés. D’ailleurs, un jour, lassée de leurs interventions, j’en envoyai deux ou trois faire un travail de recherche sur la sexualité… Le jeu se calma un peu, mais l’ambiance restait aussi peu propice au travail. Un jour où j’arrivai devant leur classe, je vis la poubelle traverser le couloir devant moi. Comme "personne" ne l’avait lancée, je leur donnai un devoir à faire à la maison : "les règles du volley-poubelle"… Devoir qu’ils firent tous (j’avais dû menacer, ou bien ils avaient senti qu’il valait mieux s’exécuter), et certains avec humour.

Mais bon, tout cela ne réglait pas les problèmes d’attention et de travail. Quand j’eus épuisé toutes mes "recettes" sans aucun résultat, je décidai de passer à la vitesse supérieure – et en informai le principal (bien m’en prit!).

Un lundi, donc, j’arrivai en classe avec un certain nombre de photocopies et leur expliquai que, puisqu’ils ne voulaient pas écouter les cours ni faire le travail à la maison, j’arrêtais les cours. Je leur distribuai le programme de la semaine : leçons et devoirs à faire en grammaire, lecture, orthographe, rédaction. Ils pouvaient le faire dans l’ordre qu’ils voulaient, j’étais évidemment là pour toute explication qu’un élève me demanderait, mais je ne m’adresserais plus à toute la classe, jusqu’à temps qu’ils aient une attitude plus raisonnable. Je relèverais le travail à la fin de la semaine pour le corriger et le noter.

Mon petit discours fut suivi d’un grand silence. Et, une fois les feuilles distribuées, on se mit au travail…