Archive pour la catégorie ‘Ados en souffrance’

Comment faire travailler un enfant ??? (suite…)

Dimanche 23 novembre 2014

Non, je ne donnerai pas ici de nouvelles idées pour répondre à cette question

Mais je tiens à demander aux parents angoissés de bien vouloir m’excuser si je ne réponds plus à leurs commentaires…

Commentaires qui le plus souvent n’en sont pas vraiment, d’ailleurs, mais bien l’exposé de situations douloureuses et demande de conseils personnalisés.

Ce billet a suscité 86 commentaires au fil des ans : un record pour mon modeste blog ! Évidemment, dans les 86, sont comptabilisées aussi mes réponses.

Je ne répondrai plus.

D’abord, cela fait plus de 5 ans que je n’enseigne plus, que je n’ai plus de contacts avec des enfants ou de jeunes ados. Et je n’ai pas, ici ou là, trouvé d’autres réponses que celles que j’ai déjà données.

Ensuite, je préférerais que les lecteurs se répondent entre eux : l’expérience de l’un pourrait être utile à l’autre…

Enfin (surtout ?), je n’ai jamais reçu de réponse à mes réponses… L’exposé d’un cas personnel demande une réflexion personnelle : pas de solution miracle ni de réponse toute faite. Aussi mes réponses m’ont-elles demandé du temps, de l’investissement… Pour n’en recevoir aucun écho par la suite : mes réponses correspondaient-elles à l’attente ? Ont-elles été utiles ? suivies ? Ont-elles déçu ? Le problème a-t-il été, sinon résolu, du moins en cours de résolution ?

Aucune idée…

Aussi, je ne chercherai plus à répondre…

Encore une fois, je vous demande de bien vouloir m’en excuser…

Être prof, c’est pas si facile…

Mercredi 5 septembre 2012

En ces temps de rentrée, permettez-moi d’égrener quelques souvenirs…

On a dit et écrit tant de choses sur le métier d’enseignant, qu’il semble que tout a été dit. Il est pourtant un aspect qui n’est, je pense, que peu éclairé, dans les rapports entre enseignants et parents.

Je ne veux pas parler ici de conflits. Seulement citer quelques petites phrases entendues lors d’entretiens avec des parents d’élèves. Ces phrases, que j’ai entendues ou que des collègues m’ont rapportées, ont bouleversé l’enseignant en le faisant s’interroger sur les rapports parent-enfant : son regard n’a plus été le même sur l’enfant en question…

* Sébastien, en 6ème. Le professeur explique que Sébastien s’amuse, ne fournit pas le travail demandé, distrait ses camarades.
La mère : Oui… mais il a une si jolie petite frimousse ! On lui pardonne tout, non ?

* Nicolas, en 5ème. Terriblement renfermé, évitant tout contact avec ses camarades. Parents divorcés, à la garde de son père.
Le père : Il a un sale caractère. D’ailleurs, c’est à cause de lui que sa mère est partie !

* Bastien, en 6ème. Ne suit pas, bavarde sans arrêt.
La mère : Oui, c’est un gros bébé… Il dort encore avec sa maman…

* Nicolas, en 3ème. Entretien dans le bureau de la principale, avec Nicolas et ses parents, suite au fait qu’il a rayé volontairement la voiture d’un enseignant.
Le père : Vous n’êtes pas sûre que c’est lui !
La principale : Pardon, il est parfaitement reconnaissable sur le film de la caméra de surveillance.
Le père, à Nicolas : Imbécile ! Tu n’avais pas vu qu’il y avait une caméra ?

* Lydie, en 6ème. Plutôt renfermée.
La mère : C’est tout le contraire de sa sœur ! Sa sœur est tellement jolie !

* Sandrine, en 4ème. Un mot sur son carnet se plaint qu’elle ne suit pas, bavarde, n’apprend pas, ne fait pas le travail demandé.
Réponse écrite du père : Elle veut peut-être être actrice !

* Candy, en 5ème. Parents divorcés, vit chez ses grands-parents. C’est d’ailleurs le grand-père qu’on voit le plus souvent. Exceptionnellement, là, c’est le père. Je ne saurais retrouver le déluge de mots blessants qu’il a eus pour qualifier Candy, une gamine pourtant de bonne volonté, qui fait de réels efforts. Au point que j’ai fini par lui rétorquer : Mais enfin, monsieur, c’est votre fille !

* Nicolas, en 4ème (oui, il y en a eu quelques générations, de Nicolas !). Peu actif, peu travailleur.
La mère : Oui, je me suis beaucoup occupée de ses deux aînés. Maintenant, je suis fatiguée !

* Sabrina, en 3ème. Se taillade les poignets (sans gravité… mais quand même ! La gamine m’a pourtant fait promettre que je n’en parlerai pas à sa mère, dépressive au point de faire des dizaines – oui ! – de tentatives de suicide par an…)
La mère : Elle est si gentille ! Le matin, avant de partir à l’école, elle me cache mes médicaments…

* Denis, en 3ème. Dyslexique, lit très mal et très lentement. A été un temps voir un orthophoniste, puis a arrêté. Le père n’a fait que signer le mot pour lui demander un rendez-vous.
Denis : Mon père, il a dit que si c’était pour voir encore un orthophoniste, c’était pas la peine !

* * *

Ce sont les premiers qui me reviennent à l’esprit, il y en a eu évidemment beaucoup d’autres, de ces entretiens qui ont changé brutalement le regard de l’enseignant sur l’enfant – et sa famille… Petites phrases meurtrières, qui éclairent singulièrement le comportement de l’enfant… Mais dont il n’est pas évident de « faire » quelque chose de constructif…

L’école de la tolérance…

Dimanche 8 janvier 2012

C’est le titre (sans les points de suspension) d’un article du Nouvel Obs du 5/1/2012.

Il y est question de l’ »Alliance School », dans le Wisconsin, « seul établissement public « gay friendly » des États-Unis »…

Une école pour les « gays » ? Quelle horreur ! C’est une nouvelle forme d’apartheid ???

Pas tout à fait… Si « un peu plus de la moitié des élèves se disent gays, bisexuels, transgenres ou « pansexuels » (c’est-à-dire qu’ils refusent de se laisser enfermer dans un sexe défini) », les autres ont été en souffrance dans leur école pour d’autres raisons, tenant à leur physique ou à leur caractère. L’école accueille des enfants et ados de 11 à 19 ans à la condition « qu’ils soient prêts à respecter les autres »…

Une « école de la différence », donc… Qui apprend aux jeunes à être ce qu’ils sont et à accepter ce que les autres sont… Joli programme, non ? Mais pourquoi diable ne l’apprend-on pas à tous les jeunes ? C’est ce que plaident certains opposants (les autres protestant « au nom de la morale ou de raisons fiscales ») : « Plutôt que d’isoler ces enfants, ne vaudrait-il pas mieux enseigner le respect de l’autre dans les lycées ? ».

Évidemment…

Je ne me souviens pas avoir connu des collégiens souffrant de leur « différence sexuelle ». Mais j’en ai connu beaucoup, plusieurs chaque année, souffrant de leur différence : trop bons élèves, trop mauvais, trop timides, trop solitaires, trop gros, trop grands, trop petits… que sais-je ? Leur « différence » n’était pas acceptée par la classe, qui le leur faisait sentir, plus ou moins fort. Tous les enseignants en ont connu, je pense…

Comment lutter contre cela ? Pas par de grands discours moraux, bien évidemment : ils ne font que renforcer la ségrégation, car les enfants se retournent alors contre le « rejeté », le rendant coupable du « sermon » entendu.

En fait, selon ma propre expérience, on parvient plus ou moins à atténuer ces discriminations dans des projets collectifs. Travaux de groupes, bien sûr, où l’enseignant devra parfois intégrer lui-même (avec quelle prudence !) le « rejeté » dans un groupe. Projets de classe : quand on monte une pièce de théâtre, chacun doit donner la mesure de ce qu’il peut faire, et des talents nouveaux se révèlent.

J’ai aussi le souvenir de « réunions-bilans » de la classe, quand j’en étais prof principal : nous abordions toutes les questions concernant la vie de la classe, et si une question concernait un « rejeté », une discussion s’ensuivait. Dans une classe de 4ème avec laquelle j’avais de très bons rapports – mais qui posait problèmes dans d’autres matières -, j’ai tenu ainsi une « réunion-bilan » tous les 15 jours, pendant une période. Nous cherchions ensemble des solutions, un élève s’engageant par exemple à « contenir » un « perturbateur » pendant la quinzaine, à certains cours problématiques… La notion de « classe » évolue alors : d’un rassemblement d’individus, elle devient « groupe », et protectrice…

Mais… cela ne « règle » le problème que dans l’enceinte de la classe… Le « rejeté » l’est aussi dans la cour, à la cantine, à l’étude, dans les couloirs…

Outre le fait que dans l’école du Wisconsin les élèves ne sont acceptés que s’ils s’engagent à respecter les autres, un autre fait a son importance : il y a 165 enfants ! Tous se connaissent, donc… Dans un collège de 700 élèves, la réalité est bien différente (sans parler des lycées où les élèves se comptent par milliers…) : on s’en tient à la singularité de l’un ou de l’autre, à sa réputation, on ne cherche pas à le connaître. Pas plus que dans une ville où, croisant de temps à autre une personne, un adulte se dira « Il est drôlement habillé, celui-là ! » ; son « jugement » sera alors négatif sur la personne, il ne cherchera – éventuellement – à en savoir que des éléments qui confirment son jugement péremptoire…

Évidemment, des unités de moins de 200 (ou même 500 !) élèves, cela coûte cher… Et on n’est pas dans une période où… Bref… Cela vaudrait peut-être tout de même la peine de s’y pencher un peu : des écoles, collèges et lycées où l’enfant pourrait avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, cela pourrait lui redonner de l’importance à ses propres yeux ; cela pourrait l’aider à apprendre, à accepter les autres ; cela pourrait peut-être – qui sait ? – aider à former de futurs adultes plus à l’aise dans leur peau, et donc moins enclins à la violence…

Qui sait ?

Tous mes vœux à ces enfants d’aujourd’hui, aux adultes de demain…

P.S. En parlant de vœux… Lucien fait état de ceux de Notre Président Bien-Aimé à l’Éducation dite Nationale : Les anti-vœux de Sarkozy à l’éducation… Très intéressant !

P.S.2 Voir aussi les derniers « Délit Maille », entre autres Tricote ta leçon de campagne/ Leçon 1 – Subtilité (mais les suivants sont aussi superbes… et je ne dis rien de la statue de la Liberté tricotée !)

Bonnes visites !

Pour Patrice…

Mercredi 9 novembre 2011

J’ai lu ces jours-ci Elliot, de Graham Gardner : un roman décrivant les questions que se pose un enfant, puis un ado, face aux persécutions de ses « pairs »… Changeant de ville, donc de lycée, il essaie de se constituer une nouvelle personnalité, qui n’attirera plus sur lui les coups de ses « camarades »…

Et, au fil des pages, s’est imposée à moi l’image de Patrice…

C’était il y a une trentaine d’années… Patrice était dans une 5ème germaniste, d’un bon niveau dans l’ensemble. 4 ou 5 garçons, une petite quinzaine de filles… Parmi elles, 5 ou 6 d’un très bon niveau et d’une forte personnalité, assez mûres (l’une d’elles, à ma grande surprise, avait lu L’herbe bleue pendant les grandes vacances…)… Inutile de vous dire qu’on n’entendait guère les garçons dans cette classe…

Patrice était d’un niveau moyen, pas très grand (un seul des garçons avait une taille semblable à la plupart des filles), plutôt timide. Un élève comme on en croise beaucoup, qui n’attirait pas l’attention.

Sauf que…

Leur prof de math (dont j’ai déjà parlé ici) a découvert un jour que Patrice arrivait au collège avec sa mère, laquelle lui portait son cartable…

Quelle importance ? dites-vous… Le prof, qui se jugeait chargé de former la mentalité des élèves, a cru bon accabler Patrice de sarcasmes à ce sujet. En pleine classe, évidemment. Du jour au lendemain, ce petit bonhomme qui ne voulait de mal à personne s’est retrouvé la cible de toutes les plaisanteries plus ou moins douteuses, d’apostrophes plus ou moins insultantes, de la part du prof d’abord, bientôt suivi des élèves. De la majorité des filles, plutôt.

A ma connaissance, il n’y a pas eu d’agressions physiques contre Patrice. Mais les agressions verbales étaient fréquentes. La classe, aisément manipulée par un pervers, fondait son unité – et sa complicité avec le prof – sur le dos de Patrice.

Au point que, au 2ème trimestre, la mère de Patrice a demandé à ce qu’il change de classe : il pleurait tous les matins, refusant d’aller au collège… (changement refusé, pour raison de langue ou autre).

Je n’ai découvert la situation que tardivement. J’avais d’excellents rapports avec cette classe (nous avons monté une pièce de théâtre), mais mon « collègue » avait bien fait les cloisonnements dans les têtes des enfants : ils étaient avec Mme X OU M. Y… Et, mise au courant, je me suis trouvée singulièrement démunie : que faire ? Intervenir auprès du collègue ? Cela ne lui aurait donné qu’un reproche de plus contre Patrice. L’administration ? Quels faits précis avais-je à citer ? De plus, j’étais mal vue de la principale de l’époque, contrairement au prof de maths.

Ai-je essayé de parler à Patrice ? Je ne m’en souviens pas, mais je ne crois pas : quel soutien pouvais-je lui apporter, quand tout se déroulait hors de ma présence ? J’ai continué à le traiter comme un élève ordinaire, sans rien de particulier, surveillant les éventuelles « attaques » de ses condisciples. Lesquels (lesquelles…) avaient bien compris que je ne jouais pas à ce jeu-là…

La mère de Patrice a du moins obtenu, si je me souviens bien, qu’il ne se retrouve pas avec le même prof l’année suivante. Certes, il se retrouvait tout de même avec les mêmes élèves ; mais, le manipulateur absent, il faut espérer que les élèves se sont lassés du « jeu »…

Je n’ai rien su de Patrice les années suivantes, mais j’ai souvent pensé à lui depuis. J’espère qu’il aura réussi à surmonter cette horrible épreuve, à devenir un adulte « debout » après avoir été un enfant « couché »…

Oui, Patrice, après toutes ces années, je pense toujours à toi. Aurais-je pu intervenir ? de quelle façon ? Tu restes pour moi un remords…

Fait divers…

Lundi 20 juin 2011

Dans ce même numéro du Nouvel Obs du 16/6/2011, un « fait divers » qui n’est pas sans rapport avec mon dernier billet…

Un collège. Des gamins. Qui jouent…

Le jeu, ici, consiste à faire la course dans les escaliers. Le dernier arrivé, évidemment, a perdu. Et le sort du perdant est de prendre des coups…

On attend tout de même d’être sorti du collège pour sanctionner le perdant : pas la peine de se faire punir pour un simple jeu !

Mais le « jeu »  dérape… A coups de pied, les « gagnants » ont fracturé le bassin du « perdant », lui ont déboîté une hanche. Peut-être des séquelles à vie… Il a 14 ans, le « perdant »…

*     *     *

La violence n’est pas un fait nouveau, on le sait. Elle est inscrite dans les gênes de tous les animaux « sociaux ». Dont nous faisons partie, ne l’oublions pas, malgré nos quelques millénaires de « civilisation ». Nous avons appris à ne plus nous battre en duel parce que les duels étaient durement réprimés par la loi. Nous avons appris que la Justice nous attendrait si nous nous laissions aller à la violence. Mais la violence en nous subsiste. Si nous ne trouvons pas des dérivatifs à notre agressivité « naturelle », elle nous emporte, bien au-delà de nos désirs et intentions conscients.

C’est évidemment encore plus vrai pour des enfants ou des ados. Et plus encore s’ils sont en groupe : l’ »autre » est alors tellement « chosifié » qu’ils ne sont plus conscients de ce qu’ils font réellement, de la portée de leurs gestes. Ils se conduisent comme une meute attaquant le plus faible : l’animal a pris le pas sur l’humain…

*     *     *

J’ignore quelles sanctions ont été ou seront prises contre les 5 « massacreurs ». Il en faut, de significatives. Mais cela ne résoud rien, pour eux comme pour les autres, de ce collège ou d’ailleurs. La société a ici un devoir avant tout d’éducation : maîtriser la violence qui est en soi, cela s’apprend. Garder conscience de ce que l’on fait, cela s’apprend. Voir « l’autre », quel qu’il soit, comme une personne, cela s’apprend. La famille, l’école, la justice ont tous ici un rôle à jouer. Très important.

Une autre réflexion – que vous qualifierez peut-être de « catégorielle » – porte tout de même sur l’encadrement de ces enfants et ados dans les écoles : depuis des années, on réduit le nombre de surveillants (pardon : d’assistants d’éducation !), qui finissent par avoir tellement d’élèves en face d’eux qu’ils n’en connaissent plus aucun. Or, leur rôle est primordial : étant plus proches (par l’âge entre autres) des élèves, ils sont les mieux placés pour recueillir leurs « confidences », et intervenir ou faire savoir les risques de bagarre ou autres. Je me souviens, il y a quelques années, que c’est grâce à l’un d’eux que l’on a connu un projet de « règlement de comptes » à la sortie du collège. Nous avons alors été nombreux à nous poster sur le parking, et bien nous en a pris, puisqu’un groupe est arrivé en voiture (pas des collégiens, donc…) armé de battes de base-ball…

S’ils peuvent être violents « à chaud », enfants et ados le sont rarement « à froid » : la violence leur fait peur, comme une chose qui peut les atteindre personnellement ; aussi, s’ils entendent parler d’une histoire de ce genre, il y en aura toujours un qui cherchera une oreille d’adulte pour lui confier ses craintes. D’où l’importance du nombre de ces « oreilles » ! Rien à voir avec le fait de poster ici ou là un agent de police ! C’est d’un vrai encadrement dont les écoles ont besoin ! Pas d’un assistant d’éducation pour 300 élèves !

*     *     *

Rien à voir, mais permettez-moi de saluer ici la mémoire de Jorge Semprun : militant, résistant, écrivain, il a témoigné toute sa vie de ses engagements pour davantage d’humanité.

J’avais voulu lui écrire, après avoir lu Le Grand voyage et L’Écriture ou la vie… Non seulement parce que ces livres m’avaient profondément bouleversée, mais aussi parce qu’il avait fait son « voyage » vers Buchenwald dans le même convoi qu’un cousin (que je n’ai évidemment pas connu… vu qu’il n’est pas revenu). Je n’avais malheureusement pas réussi à trouver une adresse, courrier ou courriel… Cela restera un grand regret pour moi.

Jeunes délinquants : quel avenir ?

Samedi 18 juin 2011

L’article lu aujourd’hui dans le Nouvel Obs (16/6/2011) me semble comme un écho au poème que j’ai publié hier…

Il s’agit de la réforme prévue du traitement des mineurs délinquants par la Justice.

Un encadré cite le préambule de l’ordonnance du 2 février 1945 :

« Il est peu de problèmes aussi graves que ceux qui concernent la protection de l’enfance et, parmi eux, ceux qui ont trait au sort de l’enfance traduite en justice. La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains. [...]« 

Cette ordonnance, signée du Général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, présente donc la justice pour enfants comme ayant avant tout un devoir de « rééducation ». D’où la naissance des tribunaux et juges pour enfants.

Le président actuel n’a pas de ces états d’âme ; est citée dans l’article une phrase dite à la télévision : « Un braqueur de 17 ans, de 1,85 mètre, que l’on amène devant le tribunal pour enfants, ce n’est pas adapté. Un mineur d’aujourd’hui n’est pas un mineur de 1950. »

Thème repris au Sénat par le garde des Sceaux : « La délinquance évolue, le mineur de 2011 n’est plus celui de 1945. En 1945, la plupart avaient un travail. »

Petite pause sur ces deux citations :

Pour la première, je me garderais bien de toute allusion entre la taille du délinquant et celle d’autres personnes… Mais je propose un amendement à cette nouvelle loi : qu’elle tienne compte, effectivement, de la taille du délinquant. Un délinquant de 1,85 m est forcément beaucoup plus dangereux qu’un autre de 1,55 m. Qu’on décide donc de la taille « acceptable » pour un mineur, qui l’enverra donc vers un tribunal pour enfants ou en correctionnelle…

Pour la deuxième remarque… je la trouve particulièrement illogique : il me semble en effet qu’un jeune qui travaille est plus facilement assimilable à un adulte qu’un jeune encore au lycée… Si « le mineur de 2011 n’est plus celui de 1945″, il me paraîtrait que celui de 2011 est « encore plus mineur » que celui de 1945…

Que prévoit cette nouvelle loi ?

Justice des mineurs : ce que prévoit le projet de loi

* Le dossier unique de personnalité

* Le tribunal correctionnel pour mineurs

Les mineurs récidivistes de plus de 16 ans, ayant commis des délits passibles d’au moins trois ans d’emprisonnement, ne passeront plus devant le tribunal pour enfants, mais seront jugés par un tribunal correctionnel pour mineurs, où siégeront un juge pour enfants et deux magistrats non spécialisés.

* Le débat public pour les mineurs devenus majeurs

L’Assemblée a décidé mercredi que les audiences des procès des mineurs devenus majeurs « au jour de l’ouverture des débats » seront dorénavant publiques, si le ministère public, les accusés ou la partie civile en font la demande.

* Le placement en centre éducatif fermé et l’assignation à résidence avec surveillance électronique

Le projet de loi prévoit d’élargir les possibilités de placer les mineurs de treize à seize ans en centre éducatif fermé. Aujourd’hui, le seuil de la peine encourue permettant un placement en centre éducatif fermé est de sept ans. Il passerait à cinq. L’article 22 du projet de loi prévoit par ailleurs que les mineurs dès treize ans pourront être placés sous assignation à résidence avec surveillance électronique.

* La convocation devant le tribunal par le procureur

Ce texte de loi donne au procureur la possibilité de faire convoquer par des officiers de la police judiciaire un mineur dès l’âge de treize ans devant le tribunal pour enfants ou le tribunal correctionnel pour mineurs. Cette mesure, tout en accélérant le processus juridique, risque de priver les mineurs des avantages de la phase « pré-sentencielle ». C’est pendant cette période préalable au jugement que les juges pour enfants ont aujourd’hui la possibilité de mener une action de sensibilisation et d’accompagnement des mineurs.

* La contrainte des parents

S’ils ne se rendent pas à l’audience de leur enfant, la possibilité de contraindre les parents à comparaître serait rendue possible par cette loi.

Une « révision » donc du statut des mineurs délinquants : bien que la majorité pénale ne soit pas abaissée officiellement, elle l’est, de fait, par le traitement prévu pour les mineurs de plus de 16 ans (13 ans pour le bracelet électronique !). La France se situe donc « hors-la-loi » de la Convention internationale des Droits de l’Enfant, qui a fixé la majorité pénale à 18 ans. (Rappel dans l’article du Nouvel Obs par Pierre Joxe : 2 pays seulement n’ont pas ratifié cette convention : la Somalie et les USA…)

Les conséquences ?

Catherine Sultan, présidente de l’AFMJF et du tribunal pour enfants de Créteil
Réforme de la justice des mineurs : « C’est une justice qui renonce »

Quelles sont aujourd’hui les spécificités d’un juge pour enfant ?

Tel qu’il a été inventé en 1945, le juge pour enfants constitue la clé de voûte du système judiciaire des mineurs. C’est une pratique basée sur l’accompagnement et l’engagement autour des parcours individuels des enfants et adolescents. L’objectif est de construire, dans la durée, une réponse complexe adaptée à chaque mineur.

En quoi cette loi pourrait-elle bouleverser la nature de la justice des mineurs ?

Dorénavant, le juge pour enfants interviendra de la même manière que le juge des majeurs : ponctuellement, sans accompagnement.

Pour les jeunes concernés, quelles seraient les conséquence d’une telle réforme ?

[...] la justice sera peut-être plus sévère et plus brutale mais une fois qu’elle aura pris sa décision ce sera terminé et le travail d’accompagnement n’existera pas. C’est une justice qui renonce.

Le Conseil National des Barreaux s’alarme :

Cri d’alarme contre le projet de réforme de la justice des mineurs

Le projet de réforme tend à instaurer « un processus de sanction pure et dure » à l’encontre d’un mineur délinquant, alors que l’ordonnance de 1945, référence en matière de justice des enfants, qui « a inspiré la plupart des pays occidentaux », fixe comme priorité de « le remettre sur le droit chemin », a estimé Thierry Wickers, président du CNB.

Cette délinquance a certes augmenté mais, proportionnellement, moins que celle des majeurs (8% contre 12% depuis 2002), ont-ils dit, et l’idée que les délinquants sont de plus en plus jeunes est elle aussi « contredite par la statistique ».

On sait tous, et depuis longtemps, que la prison ne « guérit » que très exceptionnellement. Le plus souvent, plongeant le délinquant dans un univers de délinquants, elle ne fait qu’exacerber ses révoltes… et lui apprendre nombre de « trucs » de la part de plus chevronnés que lui. Qu’on baisse les bras devant un adulte délinquant n’est évidemment pas une bonne idée ! Mais qu’on abandonne ainsi des mineurs qu’on devrait considérer, a priori, comme « récupérables » pour la société, c’est carrément absurde ! Et mortifère pour la société !

Non, un jeune de 17 ans n’est pas un « adulte » ! Il est encore en construction, et pour un bout de temps, quelle que soit sa taille ! Il est en recherche de lui-même et des autres. Il se laisse entraîner par les autres, par ses désirs, par ses colères. Bien sûr qu’il faut le sanctionner ! Mais aussi considérer qu’il y a besoin de l’éduquer à la vie en société…

J’avais d’autres choses à dire… mais ce billet commence à être un peu long ! Ce sera pour une autre fois…

Victimes oubliées…

Lundi 12 octobre 2009

J’ai lu la semaine dernière – entre autres… à ce rythme-là, je vais épuiser les ressources de la bibliothèque municipale en quelques années ! – La classe de neige, d’Emmanuel Carrère. Je n’ai pas vu le film, ne connaissais rien à l’histoire, et me suis laissé emporter, au fil des pages…

Résumons : un enfant doit partir en classe de neige. A ses angoisses s’ajoutent celles de ses parents : comme il y a eu récemment un accident de car, le père ne veut pas laisser partir son fils dans un transport si peu sûr… Représentant, il a l’habitude de parcourir les routes, et décide donc d’emmener le gamin lui-même. Ce qui redouble les angoisses dudit gamin, lequel ne se sent pas déjà complètement « comme les autres ».

Pour comble de malheur, père et enfant oublient malencontreusement de décharger le sac du gamin, qui contient toutes ses affaires… Un camarade lui prête un pyjama, source d’angoisses supplémentaires : et s’il faisait pipi dans ce pyjama prêté ?

D’angoisses en angoisses, le roman se poursuit, implacable. Disparition d’un enfant du village, pas de nouvelles du père qui aurait dû venir rapporter le sac, tentatives d’élucider ces mystères, avec beaucoup d’imagination…

Mais l’enfant a beau imaginer « le pire », il est très loin de pressentir quel « pire » va s’abattre sur lui à la fin. Il en décidera de ne plus jamais parler…

Ce roman m’a bouleversée. Je suis restée plusieurs heures sous son emprise. Avant de comprendre deux choses :

- A aucun moment, l’auteur ne dit exactement ce qui s’est passé. C’est évident pour le lecteur, les « clés » étant précises (et je ne vois pas très bien quelles autres interprétations on pourrait leur donner), mais l’auteur n’écrit pas les mots : c’est le lecteur qui doit se les dire. A mon avis, la force du roman tient beaucoup à ce non-dit, à cette obligation faite au lecteur de trouver lui-même les mots qui recouvrent l’horrible histoire. J’ignore comment cette fin a été traitée dans le film, si l’on a aussi laissé au spectateur le soin de mettre en image (ou en mots) la « réalité ». En tous cas, dans le roman, la part faite au lecteur renforce énormément l’impact de l’événement.

- Ce roman me rappelait une histoire vraie, que j’ai connue quand j’étais dans le Nord… Et qui m’avait durablement impressionnée…

Cette histoire, la voici :

J’étais rentrée dans le Nord fin août, comme d’habitude. Une collègue m’a demandé si j’étais au courant de la terrible histoire arrivée pendant les vacances : le père de Valérie (je change le prénom) avait été arrêté pour viols… Le marchand de journaux du centre commercial affichait d’ailleurs ces pubs racoleuses d’Ici Paris ou autres Détective, avec photos et nom de ce monsieur.

Les victimes étaient des jeunes filles de la cité, peut-être de plus de 18 ans, je ne me souviens plus. En tous cas, il y en avait plusieurs, et M. R. (ce n’est pas non plus la vraie initiale) avait été emprisonné.

Je connaissais bien Valérie, l’ayant eue en classe de 4ème l’année précédente. Une gamine sympa, dynamique, un peu bavarde peut-être. Et j’imaginais quel tonnerre avait éclaté dans sa vie en apprenant que son père était accusé de tels crimes. Comment une gamine de 14 ans pouvait-elle reconstruire sa vie, son existence même, après un tel bouleversement ? Imaginez : votre père, « ce héros au sourire si doux », se transforme du jour au lendemain en monstre répugnant, sans que rien n’ait laissé prévoir un tel séisme !

Si je me souviens bien, elle avait un frère, un peu plus jeune, que je n’ai pas connu : pour lui, c’était le « modèle » qui se transformait en monstre…

Et les photos affichées au centre commercial, non seulement informaient toute la population de la honte soudaine, mais empêchaient tout « oubli » momentané…

J’ai retrouvé Valérie à la rentrée : elle était dans ma classe de 3ème. Je ne me souviens pas avoir échangé autre chose avec elle à ce sujet que des regards. Je ne me souviens pas non plus qu’elle ait montré des différences de comportement par rapport à l’année précédente. C’était une gamine courageuse, décidée. Au collège, elle était une collégienne comme les autres…

Je me souviens par contre avoir vu sa maman, qui m’a parlé sobrement des visites hebdomadaires à la prison… Là aussi, comment cette femme avait-elle surmonté l’épreuve ? Ce devait être difficile, d’autant qu’elle était sans doute plus que ses enfants exposée aux regards, aux questions des voisins, amis et autres…

Dans mon souvenir, il n’y avait pas de doute possible quant à la réalité des faits reprochés à M. R. Mais j’ignore tout de la suite.

Cependant, l’histoire de Valérie m’a profondément marquée, et pendant plusieurs années, je me suis demandé ce qu’elle était devenue, comment elle avait pu faire la synthèse entre son enfance protégée et cette révélation qui avait fait s’effondrer le sol sous ses pas…

On parle souvent des criminels, et l’on décortique leur vie, leur enfance, leurs motivations. On parle beaucoup aussi des victimes, et l’on s’émeut de ce qu’elles ont subi. A juste titre.

Mais… les criminels ont parfois aussi une famille, des enfants… Qui, du jour au lendemain, voient un abîme sous leurs pieds… Comment reprendre son équilibre, après une telle découverte ? Ces victimes-là, qui n’ont pas subi la violence du criminel, qui en parle ? Qui les aide ?

Aujourd’hui, Valérie doit avoir dans les 45 ans. Je l’espère heureuse, avec une famille bien à elle, ayant oublié le cauchemar de son adolescence…

A toi, Valérie, avec tous mes regrets de ne pas avoir pu (su) t’aider dans cette lourde histoire…

Vous avez dit : violence ? (suite)

Dimanche 7 juin 2009

Pourquoi « tant de violence » ?

Difficile de savoir s’il y en a réellement davantage aujourd’hui qu’il y a 50 ou 100 ans. Ce qui est certain, c’est qu’elle est davantage dévoilée.

Et la violence des jeunes… c’est sans doute aussi le reflet de la violence des adultes. Pas seulement ceux qui les entourent, mais ceux aussi qu’ils voient à la télé ou sur Internet. Ceux qui paraissent dans les actualités, mais ceux aussi qu’ils voient dans des films ou des vidéos (amateurs ou pas).

Fiction et réalité se mélangent. Les notions de bien et de mal s’effacent devant des images émotionnellement violentes : ne reste alors que cette violence subie…

Petit tour sur des sites officiels :

Enquête sur les meurtres entre époux en 2007 :

Les femmes sont toujours majoritairement les victimes (166 soit 86,5 % des cas).
Sur les 26 femmes auteurs d’homicide sur des hommes (11 en zone police et 15 en zone gendarmerie) qui ont été recensées, 10 d’entre elles étaient victimes de violences de la part de leur partenaire (dont 7 en zone gendarmerie).
Aucun fait dans des couples de même sexe n’a été répertorié cette année (4 en 2006).
Il ressort donc qu’au cours de l’année 2007, une femme est décédée tous les 2,5 jours, victime de son compagnon ou ex-compagnon et un homme est mort tous les 14 jours, tué par sa compagne ou ex-compagne.
Rappelons qu’en 2006, le rapport était d’une femme tous les 3 jours et d’un homme tous les 13 jours.

Enquête de victimation 2007 par l’Observatoire National de la Délinquance (c’est moi qui souligne)

Il apparaît ainsi que, selon leurs réponses aux questions de l’enquête, près de 2 millions de personnes de 18 à 60 ans, soit 5,6 % d’entre elles, ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours des années 2005-2006.

On compte d’une part 930 000 victimes de violences physiques commises par une personne qui ne vit pas avec elles, dites violences hors ménage, et d’autre part, 820 000 victimes d’un auteur qui vit avec elles (violences intra ménage).

Au sein des ménages, on compte plus de 530 000 femmes et 300 000 hommes victimes de violences physiques. Le rapport homme/femme est encore plus déséquilibré en matière de violences sexuelles hors ménage : alors que 260 000 femmes en ont été victimes en 2005 ou 2006, soit 1,5 % d’entre elles, ce nombre est inférieur à 100 000 pour les victimes masculines, soit 0,5 % d’entre elles.

Toutes formes de violences confondues, ce sont près de 1,1 millions de femmes de 18 à 60 ans qui en ont été victimes en 2005 ou 2006 et environ 900 000 hommes. Ce qui correspond à une proportion de femmes victimes de 6,1 % qui est significativement plus élevée que celle des hommes (5,1 %).

Que ce soit à la suite des violences physiques hors ménage ou en son sein, la proportion de victimes ayant subi des blessures est d’environ 40 %. La fréquence des violences suivies de blessures ne diffère pas selon le sexe lorsqu’il s’agit de violences hors ménage. En revanche, alors que 50 % des femmes victimes de violences intra ménage ont subi des blessures, cette part ne dépasse pas 20 % pour les hommes victimes.

Pour plus de 50 % des 890 000 victimes de violences physiques ou sexuelles au sein du ménage, soit 450 000 personnes, l’auteur des faits subis est le conjoint. On mesure ainsi que 1,8 % des personnes de 18 à 60 ans vivant en couple ont été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint en 2005 ou 2006. Cette part atteint 2,6 % chez les femmes de 18 à 60 ans vivant en couple. On estime le nombre de femmes victimes de leur conjoint sur 2 ans à plus de 330 000. Il est trois fois supérieur à celui des hommes ayant déclaré avoir été victimes de leur conjoint.

Plus de 75 % des victimes de violences sexuelles hors ménage et 84 % des victimes de violence intra ménage n’ont fait aucun signalement à la police ou à la gendarmerie, que ce soit sous forme de plainte ou de main courante.

Cette violence, qui se vivait cachée, se dévoile de plus en plus. Même si l’énorme majorité des victimes ne porte pas plainte, on en parle, on « sait » que la violence se niche partout parmi nous. (Je n’évoque « même pas » les enfants qui en sont témoins… ou victimes !)

Encore une fois, notre société est-elle plus violente aujourd’hui qu’hier ?

Difficile à savoir ! Les statistiques sont relativement récentes, et leurs critères ni leurs méthodes ne sont tous les mêmes, d’année en année. Et… n’oubliez pas que, jusqu’en 1990 (hier !) il n’y avait pas viol entre mari et femme !!!

Je crois qu’il y a une réelle cassure, plus forte encore chez les jeunes, entre ce qui paraît accessible (biens matériels, avenir professionnel mirifique, liberté, droits) et la réalité de la vie dans une société. Les freins puissants que constituaient la religion et la morale s’effacent devant les rêves offerts par une société « de consommation ». Pourquoi n’aurais-je pas ce que « tout le monde a » ? Et si je ne parviens pas à l’avoir, comment me venger de cette entrave à ma liberté ?

Hum… J’aimerais avoir vos opinions sur ce sujet…

Vous avez dit : violence ?

Samedi 6 juin 2009

De faits divers montés en épingle aux propos sécuritaires des uns et des autres, l’école apparaît vaguement à ceux qui ne la fréquentent pas comme l’équivalent, en plus jeune, du Chicago des années 30.

Certes, je n’enseigne pas en ZEP, et suis donc mal placée pour en parler. Mais, si l’on accepte comme véridiques et reflétant la réalité les conclusions de la SIVIS pour 2007-2008, on voit que :

- 37% des collèges contactés n’ont déclaré aucun « incident grave » (entre décembre et février) ; 19% en ont déclaré un, 25% 2 ou 3, 19% 4 ou plus.

- Sur ces « incidents graves », 39% sont des violences verbales, 38% des violences physiques, 7% d’ »autres atteintes aux personnes » (?) et 16% des « atteintes aux biens et à la sécurité » (parmi lesquelles figurent vol et dommages aux locaux ou aux biens personnels, mais aussi consommation et trafic de stupéfiants, port d’arme blanche – 1,3% ou à feu – 0,1%).

- Le « nombre moyen d’incidents graves déclarés » est de 13,1 pour 1000 élèves.

- Les « incidents graves » crées par des élèves contre des membres du personnels représentent 40% de l’ensemble ; ceux d’élèves contre d’autres élèves, 36%.

Qu’est-ce donc qu’un « incident grave » ?

« Dans le nouveau dispositif SIVIS, pour les faits n’impliquant que des élèves, seuls les incidents présentant un caractère de gravité suffisant, au regard des circonstances et des conséquences de l’acte, sont enregistrés. En particulier, il faut qu’au moins une des conditions suivantes soit remplie : motivation à caractère discriminatoire, usage d’une arme, utilisation de la contrainte ou de menaces, acte ayant entraîné des soins ou causé un préjudice financier important, porté à la connaissance de la police, de la gendarmerie ou de la justice, susceptible de donner lieu à un dépôt de plainte ou à un conseil de discipline. »

Qu’il y ait une « montée de la violence », c’est possible… Tout dépend de ce qu’on appelle « violence ». A l’évidence, en lisant ces statistiques, on ne sent pas bien la nécessité d’installer des portiques de détection, ni d’appeler la police à la rescousse…

Réfléchissons un peu…

Les insultes et les bagarres entre élèves ne datent pas d’hier, ni même d’avant-hier (je crois me souvenir que François Villon avait été arrêté à la suite d’une bagarre entre étudiants, justement) ; personnellement, je me suis assez souvent battue (en primaire, d’accord !)… y compris mon premier jour d’école, en juin 55 ! Je ne dis pas qu’il faille les accepter, voire les encourager, mais… s’interroger sur le fait qu’elles ne sont plus « tolérées » (par les parents, entre autres).

Là où je pense qu’il y a changement, c’est dans la violence, parfois, de ces bagarres (mais, encore une fois, ce n’est pas forcément le cas général) : peut-être que la bagarre d’autrefois avait surtout pour but de montrer qu’on était le plus fort, alors qu’aujourd’hui, il y a parfois le désir de « faire mal » – d’où, très rarement mais quand même, l’intervention d’armes (à peu près inaccessibles aux générations précédentes).

Pourquoi vouloir « faire mal » à un autre ?

Peut-être parce que, soi-même, on a mal. Peut-être parce qu’on ne sait pas très bien où on est, qui on est, où l’on va. La douleur de l’autre donne une certaine forme d’ »existence ».

Pourquoi à l’école ?

Rappelons tout de même que l’énorme majorité des problèmes de violence se situent hors de l’école !

Mais bon : pourquoi à l’école aussi ?

D’abord, parce qu’on y passe l’essentiel de son temps ; parce qu’on y est avec ses pairs ; parce qu’on est nombreux, donc anonymes ; parce qu’il y a peu d’adultes (et de moins en moins) pour voir et entendre… et intervenir !

Et puis…

Et puis je pense à tous ces enfants (pardon, ces ados !) souffrant de devoir user les chaises et les radiateurs jusqu’à 16 ans, alors qu’ils ne comprennent rien aux cours, ont abandonné tout espoir de n’importe quoi, et attendent, attendent… sans savoir quoi…

Je pense entre autres à un élève qui nous a posé pas mal de problèmes (mais il vivait avec son père… qui avait besoin qu’un assistant social vienne le faire lever pour aller travailler, alors…) ; orienté en BEP dans une section déficitaire (vu ses notes, il n’avait pas eu la possibilité de choisir…), revenu pour redoubler sa 3ème ; parti dans un autre BEP l’année suivante… qu’il a lâché au bout d’un mois peut-être… Un jour où il « traînait » devant le collège avec d’autres anciens, il me dit « j’attends mes 18 ans ».

Pour faire quoi ?

Il n’en avait aucune idée…

Comment faire travailler un enfant ???

Mercredi 25 mars 2009

Hier, j’ai vu un papa soucieux de faire « bien travailler » son fils. J’avais déjà le gamin l’année dernière : enfant intelligent, vif, aux résultats moyens (sauf en orthographe : franchement mauvais…). Caractéristique principale : un grand sens de l’humour. J’ai dû « me battre » un peu contre lui cette année, d’ailleurs, car ses interventions intempestives amusaient, certes, mais… déconcentraient aussi toute la classe, qui avait déjà bien du mal à se concentrer. Le genre de gosse à me demander, sur le point d’entrer en classe pour un contrôle : « C’est bien demain, le contrôle, madame ? » ou « Je suis malade, je peux aller à l’infirmerie ? » ou encore « Vous n’êtes pas là, madame, hein ? ». Petits exemples de son humour…

J’ai compris hier d’où lui venait ce sens de l’humour… Son père expliquait comment il le faisait travailler, espérant que le gamin pourrait bientôt travailler tout seul… Et moi :

« Vous voulez que je vous dise quelque chose ? »

Il me regarde, interrogateur. Puis :
« Non, je sens que ça ne va pas me plaire !

- D’après ma longue expérience, les garçons sont généralement autonomes dans leur travail en première…

- Je savais bien que ça ne me plairait pas ! »

Bien sûr, j’en ai rencontré, des garçons qui étaient autonomes bien avant. Mais ils représentent une toute petite minorité… Pour les filles, la plupart acquièrent cette autonomie en 4ème, toujours d’après mon expérience. Il s’agit là de « statistiques » (plutôt vagues, je le reconnais !), avec toutes les exceptions que requièrent ce genre de « moyenne »…

Je ne m’inquiète pas pour ce garçon en particulier : il aime jouer, s’amuser, raconter des blagues aux copains… Il a 13 ans, quoi ! Bien encadré par ses parents, il avancera sans trop forcer, mais arrivera sûrement au but qu’il se sera fixé.

L’enfant (ou l’ado) qui refuse de travailler est bien plus inquiétant. Je ne parle pas là d’un enfant plus ou moins livré à lui-même, qui découvre et adopte les règles « de la rue ». Non, je parle de l’enfant élevé dans un milieu lambda, par des parents soucieux de bien faire ; l’enfant en bons termes (hormis la question du travail scolaire…) avec sa famille ; l’enfant d’une intelligence « normale », sans problèmes particuliers. Et qui, pourtant, collectionne les mauvaises notes parce qu’il n’a pas fait le travail, n’a pas appris la leçon, quelle que soit la matière, ou à peu près.

Evidemment, ses parents lui ont expliqué tout ce qu’il y avait à dire sur la nécessité de travailler, l’orientation plus tard, et toutes ces sortes de choses. Ses profs aussi, d’ailleurs. Sans davantage de résultats.

Je ne suis pas parent, mais… en ai entendu pas mal, au long de ma « carrière »… Voici quelques-unes des méthodes que j’ai entendues :

- les parents (l’un ou l’autre, l’un et l’autre) s’attellent au travail scolaire dès leur retour du travail. Très difficile à tenir : le parent, fatigué de sa journée, manque de patience ; l’enfant se met en position de refus ; les rapports parents-enfant se compliquent d’un rapport profs-enfant difficile à gérer. Si le parent est prof, c’est encore plus vite dramatique : le parent-prof n’a aucune envie de reconnaître dans son rejeton les élèves en difficulté qu’il a eus en cours ! En fait, c’est un peu le même problème que le jeune enfant qui refuse de manger : plus ses parents insistent, plus il perçoit le message comme quoi la nourriture est « pour ses parents », pas pour lui ; leur insistance ne fait que le renforcer dans son refus.

- l’aide extérieure : un étudiant (ou un professeur) fait travailler l’enfant une, deux ou trois fois par semaine. Quelques fois, cela suffit à faire « démarrer » un enfant. En tous cas, cela dédramatise un peu les relations familiales. Il arrive aussi qu’un psychologue arrive à « débloquer » la situation.

- la surveillance : les parents vérifient quotidiennement (ou à peu près) cahiers, agenda, carnet de correspondance, devoirs rendus, etc. Et complètent éventuellement les informations obtenues en téléphonant à un voisin dont l’enfant est dans la même classe. Cela peut marcher avec un jeune enfant, en primaire. En collège, il y a beaucoup de chances pour que l’enfant se mette à dissimuler, tricher, mentir. Et quand il aura été pris sur le fait, il en voudra encore plus à ses parents.

- les privations : les parents suppriment ce qu’ils supposent être source de temps « perdu » : activité, console, ordinateur, portable… ou quelque chose (activité ou objet) dont l’enfant tire un grand plaisir. Si l’enfant n’est pas déjà entré dans une phase trop « rebelle », cela peut marcher. Sinon, c’est peine perdue : l’enfant affiche un « j’m'en-fichisme » consternant… et s’installe dans une révolte croissante.

Le problème est que l’enfant ressent de plus en plus que ses résultats scolaires (et surtout les mauvais !) sont « la chose » de ses parents, et non la sienne. Un ado dans ce cas, alors que je lui demandais comment il réagissait quand il avait une mauvaise note, me répondait : « Ça me fait mal au ventre… surtout quand je sais que le soir, ça va mal se passer à la maison ». A ce stade, est-il encore capable de dissocier SA réaction (dépit, déception, blessure d’amour-propre…) de celle de ses parents ?

Je suis évidemment très loin d’avoir fait le tour de la question… et encore davantage d’avoir présenté des solutions ! C’est que je compte sur vos commentaires, chers lecteurs, pour avancer dans ma réflexion…

Merci de voir aussi Comment faire travailler un enfant ??? (suite…)