En ces temps de rentrée, permettez-moi d’égrener quelques souvenirs…
On a dit et écrit tant de choses sur le métier d’enseignant, qu’il semble que tout a été dit. Il est pourtant un aspect qui n’est, je pense, que peu éclairé, dans les rapports entre enseignants et parents.
Je ne veux pas parler ici de conflits. Seulement citer quelques petites phrases entendues lors d’entretiens avec des parents d’élèves. Ces phrases, que j’ai entendues ou que des collègues m’ont rapportées, ont bouleversé l’enseignant en le faisant s’interroger sur les rapports parent-enfant : son regard n’a plus été le même sur l’enfant en question…
* Sébastien, en 6ème. Le professeur explique que Sébastien s’amuse, ne fournit pas le travail demandé, distrait ses camarades.
La mère : Oui… mais il a une si jolie petite frimousse ! On lui pardonne tout, non ?
* Nicolas, en 5ème. Terriblement renfermé, évitant tout contact avec ses camarades. Parents divorcés, à la garde de son père.
Le père : Il a un sale caractère. D’ailleurs, c’est à cause de lui que sa mère est partie !
* Bastien, en 6ème. Ne suit pas, bavarde sans arrêt.
La mère : Oui, c’est un gros bébé… Il dort encore avec sa maman…
* Nicolas, en 3ème. Entretien dans le bureau de la principale, avec Nicolas et ses parents, suite au fait qu’il a rayé volontairement la voiture d’un enseignant.
Le père : Vous n’êtes pas sûre que c’est lui !
La principale : Pardon, il est parfaitement reconnaissable sur le film de la caméra de surveillance.
Le père, à Nicolas : Imbécile ! Tu n’avais pas vu qu’il y avait une caméra ?
* Lydie, en 6ème. Plutôt renfermée.
La mère : C’est tout le contraire de sa sœur ! Sa sœur est tellement jolie !
* Sandrine, en 4ème. Un mot sur son carnet se plaint qu’elle ne suit pas, bavarde, n’apprend pas, ne fait pas le travail demandé.
Réponse écrite du père : Elle veut peut-être être actrice !
* Candy, en 5ème. Parents divorcés, vit chez ses grands-parents. C’est d’ailleurs le grand-père qu’on voit le plus souvent. Exceptionnellement, là, c’est le père. Je ne saurais retrouver le déluge de mots blessants qu’il a eus pour qualifier Candy, une gamine pourtant de bonne volonté, qui fait de réels efforts. Au point que j’ai fini par lui rétorquer : Mais enfin, monsieur, c’est votre fille !
* Nicolas, en 4ème (oui, il y en a eu quelques générations, de Nicolas !). Peu actif, peu travailleur.
La mère : Oui, je me suis beaucoup occupée de ses deux aînés. Maintenant, je suis fatiguée !
* Sabrina, en 3ème. Se taillade les poignets (sans gravité… mais quand même ! La gamine m’a pourtant fait promettre que je n’en parlerai pas à sa mère, dépressive au point de faire des dizaines – oui ! – de tentatives de suicide par an…)
La mère : Elle est si gentille ! Le matin, avant de partir à l’école, elle me cache mes médicaments…
* Denis, en 3ème. Dyslexique, lit très mal et très lentement. A été un temps voir un orthophoniste, puis a arrêté. Le père n’a fait que signer le mot pour lui demander un rendez-vous.
Denis : Mon père, il a dit que si c’était pour voir encore un orthophoniste, c’était pas la peine !
* * *
Ce sont les premiers qui me reviennent à l’esprit, il y en a eu évidemment beaucoup d’autres, de ces entretiens qui ont changé brutalement le regard de l’enseignant sur l’enfant – et sa famille… Petites phrases meurtrières, qui éclairent singulièrement le comportement de l’enfant… Mais dont il n’est pas évident de « faire » quelque chose de constructif…
