Archive for the ‘Enseignement’ Category

« Un prof, ça fait toujours la même chose »

dimanche, juin 22nd, 2014

C’est le titre du dernier billet de l’instit’humeurs… Qui m’a rappelé quelques souvenirs…

Je l’ai entendue, cette phrase, y compris d’un mien cousin qui argumentait : « La littérature ne change pas »… Comme si, sans parler même de méthodes d’analyse, il n’y avait pas eu quelques nouveautés littéraires en quelques dizaines d’années…

Souvenir : cette prof de Français de lycée qui donnait à photocopier, chaque année, la même liste d’œuvres pour le Bac de Français (à l’époque, pas d’œuvres communes à tous les élèves), un papier si usé que les plis s’en cassaient…

Souvenir : cette prof de Français de collège, qui faisait étudier chaque année à ses 3èmes Les raisins de la colère… Je n’ai rien contre ce roman, mais je me serais beaucoup ennuyée à le reprendre tous les ans…

A mes débuts de prof certifiée, dans le Nord, il était hors de question de demander aux familles d’acheter des livres à étudier en classe. On ne pouvait donc étudier que les livres en série de la bibliothèque… En 6 ans, j’ai bien dû étudier au moins 6 fois Les contes du chat perché, et au moins 4 fois La gloire de mon père… Quelle que soit mon affection (réelle !) pour ces livres… je ne les jamais repris dans les 30 années qui ont suivi !

C’était pour moi un des grands avantages de ma discipline : pouvoir, chaque année, choisir quelles œuvres j’allais étudier avec mes élèves, selon leur niveau et leurs goûts (« testés » via le formulaire que je leur faisais remplir à la rentrée). Il y a des œuvres que j’ai fait étudier 2 ou 3 fois en 30 ans : Intermezzo, La rencontre, Le bal des voleurs, Le dernier jour d’un condamné, diverses éditions de Contes de Maupassant… Et d’autres sans doute, qui ne me reviennent pas en mémoire… Pourquoi ces répétitions ? Parce que telle œuvre me paraissait correspondre aux intérêts des élèves, ou parce que d’autres aspects m’étaient apparus en cours d’étude, et que je voulais les approfondir…

Vocabulaire et rédaction étaient évidemment liés aux thèmes et à l’œuvre du trimestre…

En dehors de ces études d’œuvres, il est sûr que je n’ai pas tout repris à zéro chaque année ! D’autant que, dès 1990, mes cours étaient sur ordinateur, et qu’il était évidemment plus facile de les modifier que lorsque je les tapais à la machine. Je me suis constitué une base de données de textes courts pour démarrer une leçon de grammaire, j’ai ajouté/remplacé des exercices au gré de mes lectures de nouveaux manuels, repris mes progressions selon d’autres logiques… Et bien sûr, telle classe demandait un approfondissement de telle notion, telle autre classe de telle autre notion…

De même, l’étude de l’argumentation en 3ème m’a demandé un très gros travail, mis « au point » au bout de plusieurs années… Et repris différemment pourtant au fil des ans, même si la base restait…

Pour l’orthographe, qui a longtemps été mon gros problème (vu que, justement, je n’avais pas souvenir d’avoir bataillé dans cette discipline…), la « lumière » est venue des stages de gestion mentale (visuels/auditifs) qui ne m’ont certes pas donné un programme ou une méthode, mais qui m’ont permis d’envisager des approches différentes. Malgré tout, à mon grand regret, je ne suis pas parvenue à très bien comprendre ce qui posait problème : telle dictée préparée qui me semblait assez facile se révélait, à la correction, criblée de fautes… L’année suivante, je reprenais ma base de dictées dans un autre ordre, l’enrichissais de nouveaux textes… Et pareillement l’année d’après…

Tout cela, sans compter les différentes réformes et/ou nouvelles approches préconisées en 40 ans d’enseignement ! Par exemple : la disparition du « complément d’attribution » (mais je ne me suis jamais résignée à appeler « complément d’objet second » le « complément d’objet indirect », dont l’appellation me semblait plus claire pour les élèves… Je mentionnais simplement le « nouveau nom » pour les élèves qui l’avaient déjà étudié…), l’introduction des figures de style, de l’étude de l’argumentation ou du récit autobiographique, etc..

« Faire toujours la même chose », dans ce métier, cela me paraît non seulement ennuyeux, mais totalement impossible pour un prof de Français…

Erreur de diagnostic…

mardi, mars 4th, 2014

Le 5, lundi de la Pentecôte, à 8 heures 1/2 du soir, Mde Lemire, la jeune, de Nanteuil, est morte une demie heure après être accouchée d’un garçon (qui a été ondoyé et est mort un instant après) quoique les médecin et chirurgien (Alboy le fils) ayant toujours soutenu qu’elle n’était pas enceinte mais qu’elle était poulmonique, la traitant de petit génie à cause qu’elle leur soutenait toujours qu’elle était enceinte, jusqu’au moment où elle a accouché. Ils la traitèrent donc comme poulmonique et la firent malheureusement mourir, la réduisant comme un véritable squelette. Malgré cela, l’enfant vint au monde aussi défigurable que sa mère, comme pour confondre l’ignorance et l’orgueil des médecins et chirurgien qui la traitèrent (j’ai scu depuis que l’enfant était mort il y a longtemps ; malgré cela on l’a enterré avec sa mère).

Rassurez-vous : au cas où vocabulaire et orthographe ne vous l’auraient pas signalé, cette « légère » erreur de diagnostic ne date pas d’hier : il s’agit du 5 juin 1786…

Cela n’enlève rien à l’horreur de l’histoire… J’ai cru un moment que l’erreur venait du fait que les « médecin et chirurgien » avaient jugé la femme trop âgée pour être enceinte… mais les registres de Nanteuil-le-Haudoin (Oise) lui donnent 27 ans… Ils ne font d’ailleurs aucune mention de l’enfant (ondoyé et non baptisé, je suppose qu’il n’avait pas sa place dans les « BMS » (Baptêmes, Mariages, Sépultures). Et le décès est daté du 6, et non du 5.

L’extrait ci-dessus provient de Le journal d’un maître d’école d’Ile-de-France, 1771-1792, Silly-en-Multien, de l’Ancien Régime à la Révolution. Je l’avais commandé il y a 2 ou 3 mois, d’après un petit article de la Revue Française de Généalogie. Je me réjouissais de découvrir, « en vrai », comment travaillait un maître d’école à l’époque… Las ! L’ayant feuilleté, je vis qu’il n’était nullement question d’enseignement… Déçue, je l’abandonnai, et ne le repris que la semaine dernière…

L’auteur, Pierre Louis Nicolas Delahaye (dont figure ci-dessous la signature) était donc maître d’école et clerc : en tant que tel, il enregistrait scrupuleusement les actes religieux, mais pas seulement : notations météorologiques, événements de Silly et d’ailleurs, vie du village, achats et dépenses, etc.. Par la suite, il a repris ses notes et en a fait une autre version, plus élaborée, qui nous est présentée dans ce livre.

Les premières pages ne sont pas passionnantes : on a l’impression que l’auteur parle essentiellement d’argent (celui qu’il reçoit, celui qu’il dépense). La question d’argent est présente tout au long, mais je me suis vite intéressée à la vie de ce village, contée au jour le jour – ou presque. Fin de l’Ancien Régime (disettes et soulèvements populaires), premières années de la Révolution (et tous les changements apportés dans la vie du village) : le lecteur suit l’évolution au quotidien, émaillée de réflexions personnelles. Échos aussi de ce qui se passe à Paris (ou du moins des rumeurs qui en parvenaient), Grande Peur, fuite du roi à Varennes… On regrette que la suite du cahier (jusqu’en 1803) se soit perdue…

Reste que, concernant l’école… les renseignements sont rares et succincts, hormis pour les fêtes religieuses (Saint-Nicolas par exemple…) auxquelles les enfants sont conviés (et pour lesquelles ils ont congé…). Dommage…

Question de foi ?

dimanche, février 2nd, 2014

Une fois de plus, merci à L’instit humeurs de m’informer sur le soudain absentéisme dans certaines écoles…

Donc, une campagne par SMS et réseaux sociaux a incité des parents d’élèves à ne pas envoyer leurs enfants à l’école pour protester contre l’enseignement de la « théorie du genre » qui y serait enseignée…

J’ai déjà parlé ici de cette « fameuse » (fumeuse ?) « théorie du genre » qui enseignerait que le genre de l’individu n’a que peu (voire pas du tout…) de rapports avec son sexe physique/physiologique : c’était en 2011, alors qu’on osait aborder l’homosexualité dans les manuels de SVT de 1ère L et ES : Science sans conscience

Donc : retour à cette grave question… J’ignore pourquoi certains s’acharnent à démolir cette « théorie » qui n’existe pas : vouloir à tout prix que seul le physique/physiologique détermine le psychisme d’un individu me paraît aberrant… Bien sûr que si l’on est grand/ petit, mince/gros, malade/en bonne santé,… fille/garçon, cela joue un rôle important dans notre histoire. Mais pas que ! Notre entourage, nos rencontres, notre construction psychologique jouent aussi un rôle, qu’il me paraît important de reconnaître.
Sans parler des « anomalies » : Dans Marie Claire de janvier, un hermaphrodite conte son histoire : doté à la naissance d’un minuscule pénis (pas de testicules) et d’un vagin, il a subi toute son enfance et adolescence traitements et opérations pour en « faire » un homme…
Où les adeptes du sexe « purement physique » rangent-ils les hermaphrodites ? Ils les tuent à la naissance pour éviter les questions qui dérangent ? Ainsi que les enfants dont le sexe physique/hormonal/chromosomique n’est pas parfaitement « aligné » ?

Cette fameuse théorie n’aurait peut-être pas suffi à elle seule à déclencher une « grève » des parents… Il fallait donc en rajouter une « légère » couche :

Donc, attention !
Les instituteurs vont dispenser des cours d’éducation sexuelle et de masturbation dès la maternelle.
Ils vont aborder la question de l’homosexualité dès la maternelle
Ils présenteront aux enfants des peluches en forme de pénis et de vagin.

Ben oui, y a des gens qui y ont cru, qui y croient peut-être encore… (voir les commentaires de l’article… et aussi de celui du Nouvel Obs :

Guillaume Brossard, cofondateur de HoaxBuster.com (si vous ne connaissez pas ce site… allez-y vite, pour suivre (et voir démonter) les folles rumeurs qui courent via courriels et autres…) explique comment a été fabriquée la rumeur :

Cet appel au « boycott d’un jour de classe » a ceci d’intéressant qu’il est très politisé, très réfléchi, et que les réseaux sociaux et autres canaux viraux ont servi à blanchir son origine. Nous ne sommes pas face à un mouvement spontané d’internautes, mais face à une instrumentalisation mûrement réfléchie.

On touche ici au fonctionnement même de la rumeur. Un discours tenu par un individu n’a pas beaucoup de poids. Mais si 10, puis 20, puis 50 personnes tiennent le même discours, alors il commence à en avoir. Et peu importe que le propos soit vrai ou pas, puisque de toute façon l’internaute n’a « pas le temps » de vérifier.

C’est exactement ce qu’il s’est passé avec cette supposée « théorie du genre » enseignée à l’école et à l’origine du « jour de retrait ». Des interactions ont été créées pour que les gens en parlent entre eux, pour qu’il y ait de plus en plus de monde au courant.

Cet effet de masse s’est appuyé sur les réseaux sociaux, sur des listes de mails et sur des chaînes de SMS. Comment ces données ont-elles été collectées ? Via des pétitions signées dans la rue ou sur internet, via des « likes » de pages Facebook anonymes, qui permettent d’engranger des adresses mail et des profils « non politisés », ou encore via des abonnements à certaines newsletters.

Cet appel a tout de la rumeur, mais ce n’en est pas vraiment une. Il s’agit d’une manipulation orchestrée, s’appuyant sur les mécanismes de diffusion d’une rumeur. Toute cette histoire est instrumentalisée et parfaitement maîtrisée en amont.

Manipulation, donc… Par des organisations dont certaines sont clairement identifiables…

Et menaces, en prime :

« Ceux des vôtres qui la ramèneront sur ce sujet en conseil d’école seront automatiquement ciblés. » Les sections départementales franciliennes de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) ont reçu, mardi 28 janvier, un mail menaçant leur demandant de « stopper [leurs] activités pro théorie du genre », révèle Le Parisien (abonnés). La fédération de parents d’élèves a réagi en envoyant, jeudi matin, une plainte pour « menaces » au procureur de Melun (Seine-et-Marne).

Au passage, sur Hoaxbuster, j’ai découvert une rumeur concernant la taille des crêpes bretonnes… Laquelle vient du site legorafi.fr qui se définit ainsi :

Tous les articles relatés ici sont faux (jusqu’à preuve du contraire) et rédigés dans un but humoristique. L’utilisation de noms de personnalités ou d’entreprises est ici à but purement satirique.

(Ce qui n’empêche que ses « informations » sont relayées ici ou là !)

J’ignorais ce site… qui n’a pas manqué de s’intéresser au phénomène décrit plus haut : voir

Théorie du genre : Les enfants demandent à leurs parents d’agir un peu plus en adulte

Maintenant, si vous voulez vous informer sur le projet « ABCD de l’égalité »

L’éducation à l’égalité et au respect entre filles et garçons s’inscrit dans les objectifs du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Elle doit être mise en œuvre dans une approche transversale qui engage l’ensemble des matières enseignées et des activités vécues.

ou sur les indications de l’OMS : Standards pour l’éducation sexuelle en Europe (attention ! « indications » et non décrets de loi ! L’OMS n’émane pas du gouvernement, et le gouvernement n’est pas tenu de suivre ses indications !!!).

C’est moins croustillant… mais vous saurez au moins de quoi on parle réellement…

Bonnes lectures… et, s’il vous plaît, ne frisez pas l’infarctus en lisant certains commentaires des articles cités…

De l’accord du participe passé…

lundi, mai 7th, 2012

En lisant les commentaires du blog de l’instit’humeurs, j’ai eu comme des envies de répondre vertement à certains…

Je me suis retenue…

C’est vrai : toujours les mêmes propos accablant les enseignants qui ne fichent rien, ne savent rien, sont tous syndiqués pour défendre leurs privilèges… ça me fatigue !

Le tout au sujet du beau discours de Sarkozy fustigeant une fois de plus lesdits enseignants, qui n’enseignent plus l’excellence, comme leurs héroïques prédécesseurs, les instituteurs de la 3ème république (en a-t-il beaucoup connu ???) qui aimaient la République, EUX !

Je ne sais pas où notre ex-président est allé chercher cette idée d’excellence : les instituteurs d’autrefois (sont-ils si différents de ceux d’aujourd’hui ???) n’avaient qu’un but : amener l’ensemble de leurs élèves, villageois ou citadins, au meilleur niveau possible pour chacun d’entre eux. Non que l’enseignement fût « individualisé » comme on l’entend aujourd’hui, mais les enfants qui semblaient capables d’apprendre avaient droit à des travaux un peu plus difficiles, ou un peu plus longs. Le grand « mérite » de l’instituteur était de pouvoir présenter au certificat d’études quelques élèves soigneusement choisis comme susceptibles de l’obtenir. Et, dans les milieux « populaires », on se réjouissait quand un enfant avait obtenu de si bons résultats… qu’on lui proposait d’aller à l’École Normale… pour être instituteur(trice) ! J’en veux pour preuve les nombreux comptes-rendus d’inspecteurs de Seine-et-Oise que j’ai lus (les comptes-rendus, pas les inspecteurs !). Et… si l’on relit La gloire de mon père, de Marcel Pagnol, c’est bien cette école « pour tous », et non « pour les meilleurs », qui y est décrite…

Et le participe passé, me direz-vous, que vient-il faire dans cette affaire ?

Eh bien… il vient dans les commentaires dudit blog, justement. Citations :

C1 : Effectivement, l’école a bien changé

C2 : Sans doute vous-même,n’êtes-vous plus à l’école depuis longtemps, pour avoir oublié les règles élémentaires de l’accord du participe passé …(« elle a bien changé »)

C1 : Veuillez m’excuser en effet pour cette grossière erreur d’accord

C3 : Mais, » elle a bien changé « , c’est juste!

C4 : l’école a bien changée !! et l’orthographe aussi

La règle que j’ai apprise à l’école (dans les années 50 !) disait ceci :
« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct SI celui-ci est placé avant. »

La même règle est toujours enseignée, même si on dit COD au lieu de complément d’objet direct, et que la formule varie plus ou moins. Souvent, dans un premier temps, les élèves du primaire apprennent que « Le participe passé employé avec AVOIR ne s’accorde pas avec le sujet » : tant qu’ils ne savent pas reconnaître un complément d’objet direct… la règle complète n’a pas de sens…

Bon, ça, c’était « de mon temps » et « aujourd’hui ». Mais avant ?

Le Memento de poche du certificat d’études de ma mère (qui a passé ledit certificat en 1932) affirme :
« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, quand ce complément le précède. »

Le Cours primaire de Grammaire Française de J. Dussouchet (rédigé conformément à l’arrêté ministériel du 25 juillet 1910) indique :

« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct d’objet quand il en est précédé. »

L’Abrégé de la grammaire française de mon arrière-grand-père (décédé en 1900… donc le livre est antérieur !) stipule :

« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, s’il en est précédé. »

Enfin, le Cours Classique et raisonné de langue française (première partie : Grammaire élémentaire) édité en 1861 précise :

« Joint à AVOIR, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet, dont il exprime seulement l’action.
Étant précédé de son complément direct, le participe joint à AVOIR s’accorde avec ce complément, dont il marque l’état, en même temps qu’il exprime l’action du sujet. »

(Désolée : ma bibliothèque ne contient pas de références plus anciennes…)

* * *

Une chose au moins n’a pas changé, depuis les « instituteurs qui aimaient la République » : les difficultés que nous, Français, jeunes ou moins jeunes, avons à appliquer cette règle !

Voilà pourquoi votre fille est muette…

dimanche, février 5th, 2012

Suite à l’excellent billet de Lucien sur le « burn out » des enseignants,
Épuisement professionnel des enseignants : enfin une étude !
permettez que je m’interroge un peu sur les raisons de cet épuisement ressenti par beaucoup trop de collègues : qu’est-ce qui fait qu’un enseignant « lambda » va en être atteint ?

Je me garderai bien ici de faire des comparaisons avec tel ou tel autre métier, telle ou telle autre fonction ; je me contenterai de décrire, aussi objectivement que possible, les caractéristiques de ce métier.

« Lambda », donc, débarque dans un établissement fin août ou début septembre. Avec un peu de chance, c’est un établissement « lambda », sans (trop de) problèmes particuliers. Il fait connaissance avec quelques collègues, reçoit quelques conseils ou suggestions, est initié à quelques particularités administratives ou autres. Il reçoit son emploi du temps, la liste de ses classes (oui, je parle plus facilement d’un enseignant en collège… j’en ai davantage l’expérience… mes lecteurs auront l’obligeance d’adapter pour les autres enseignants…).

Une fois qu’il sait à qui il va s’adresser, rentré chez lui, Lambda prépare ses « cours de rentrée » qui sont à la fois prise de contact, annonce du programme et de la démarche pédagogique. Ce n’est pas très facile, avec un public totalement virtuel, c’est aussi un peu angoissant : comment va-t-il être perçu des élèves ? Comment ceux-ci vont-ils le « tester » ? Quelle image veut-il donner ? Les premières prises de contact sont toujours angoissantes, même quand on est dans le même établissement depuis plusieurs années : l’alchimie d’une classe est toujours imprévisible, quelles que soient les précautions prises pour la composer. Même une classe « qui marchait bien » et qu’on a quasiment reconduite l’année suivante, peut se montrer très différente : des évolutions personnelles pendant l’été, des événements qui ont affecté tel ou telle, l’irruption d’un nouveau, la contestation de l’emploi du temps ou de la liste des professeurs…

Face à la classe, Lambda se montre sûr de lui, tente de cerner son public, répond calmement aux questions (je ne parle pas ici d’un débutant sans formation, pour qui la situation est évidemment bien pire !), expose le travail de l’année. Il essaie de retenir quelques noms, quelques réactions, repère quelques têtes « sûres » ou « à suveiller »… Puis passe à une autre classe…

A la fin de la première journée, il essaie de se faire une idée des classes vues, de la manière dont il va aborder son programme avec celle-ci ou celle-là. Il va parfois se renseigner auprès d’un collègue sur tel élève qu’il a remarqué. Et il rentre chez lui…

Les non-enseignants ont tendance à penser qu’un prof a préparé ses cours « une fois pour toutes », ou à peu près. C’est loin d’être le cas pour la grande majorité des profs ! Même si le programme n’a pas changé (et il change quasiment avec chaque nouveau ministre !), l’enseignant adapte son cours à son public : une même notion grammaticale, par exemple, vue dans deux classes de même niveau, ne sera pas forcément étudiée de la même manière. Quand il prépare son cours, l’enseignant a en tête la classe à laquelle il va s’adresser : telle notion sera trop ardue, tel exercice trop difficile (ou trop facile !), un brin d’humour sera bienvenu ici, à proscrire là… Le travail de préparation est précis et contraignant… et ne garantit malheureusement pas le succès ! Avoir passé une ou plusieurs heures à préparer un cours et faire le bilan, une fois le cours terminé, que peu d’élèves semblent avoir bien compris la notion étudiée… est non seulement vexant, mais angoissant : comment faire pour revenir sur cette notion, comment aborder à nouveau le sujet pour une meilleure réussite – et sans que les élèves aient l’impression qu’on leur rabâche la même chose ?…

C’est un métier où les constats d’échec sont fréquents : avec des élèves particuliers, bien sûr (faibles, inattentifs, contestataires…), mais aussi avec la classe, plus globalement. Et un constat d’échec oblige à une remise en question personnelle, ce qui est toujours douloureux. Avoir eu l’impression que les cours « passaient bien »… et s’apercevoir, lors d’un contrôle un peu global, que la majorité des élèves n’a rien compris… remet en cause le travail de plusieurs séances : frustrant ! Si Lambda a la chance de côtoyer un ou plusieurs collègues travaillant un peu dans le même sens, il essaiera d’en discuter avec eux. Ce n’est pas forcément possible : d’abord parce que, dans certaines matières, il est le seul de l’établissement ; ensuite, parce que les collègues de la même matière n’ont pas forcément les mêmes objectifs, les mêmes méthodes, les mêmes façons de percevoir les élèves… Si on lui répond, par exemple, « De toutes façons, ils ne fichent jamais rien ! »… Lambda n’est pas beaucoup plus avancé…

En dehors des strictes questions pédagogiques, se posent aussi des questions relationnelles, avec tel ou tel élève, avec telle ou telle classe… Un conflit avec une classe est une situation extrêmement pénible : si on ne parvient pas à le désamorcer rapidement, l’hostilité va grandir et devenir un état d’esprit… Il m’est arrivé de faire appel à un collègue ou à un principal dans certains cas… Si c’est un élève particulier qui est en conflit, après tentatives personnelles de le résoudre, mieux vaut faire appel à quelqu’un d’extérieur : collègue, parent, principal…

Ces remises en question, que tout enseignant fait de lui-même, ne sont pas les seules… Des collègues, des élèves, des parents d’élèves, des principaux, des inspecteurs… peuvent aussi contester tel ou tel aspect de l’enseignement. Il faut alors répondre, expliquer, se justifier, face à des accusations plus ou moins violentes, plus ou moins acerbes. C’est très difficile, d’autant plus si l’interlocuteur est agressif… Il m’est arrivé une fois de sortir de la salle où je recevais un parent d’élève, tant la discussion tournait à l’agression systématique… Garder son calme quand l’interlocuteur vous accuse d’incompétence est un exercice qui fait vite monter la tension !

Tout cela, c’est l’ordinaire « normal » d’un enseignant… A quoi il faut ajouter les remises en question « politiques » (les enseignants n’apprennent plus rien aux élèves, ne sont pas fichus de faire respecter la discipline, et autres critiques de ce genre émises par des personnalités diverses), reprises évidemment par les média… et donc par le public (les enseignants sont bien payés pour ne pas faire grand chose… Ils travaillent 18 heures par semaine…). A quoi il faut ajouter les réformes, la diminution drastique de la « formation continue », la disparition de la formation initiale, les exigences de plus en plus nombreuses quant aux « tâches annexes » (entre autres, de plus en plus de choses à rentrer dans les ordinateurs !), les menaces pesant sur la profession (accroissement du nombre d’élèves par classe, « assouplissement » de la carte scolaire, regroupement d’établissements, et j’en passe !)…

Il y a des enseignants qui craquent ou sont près de craquer ? Je m’étonne qu’il n’y en ait pas davantage…

Histoires de gros (et petits) sous…

dimanche, novembre 27th, 2011

Merci encore à Lucien qui m’informe de la « fracassante » annonce de Luc Chatel :

Luc Chatel porte à 2000 euros le salaire des jeunes profs


salaire brut, précise l’article, qui détaille :

Dans le détail, les 14.100 enseignants «à l’échelon 3», c’est à dire ceux qui viennent de réussir leurs concours recevront 2000 euros bruts lors de leur première année d’exercice, soit 100 euros de plus. Les 110 900 enseignants «à l’échelon 4 et 5», qui sont entre leur deuxième et leur quatrième année d’exercice recevront respectivement désormais 2060 euros et 2121 euros bruts, soit 64 euros et 23 euros de plus par mois.

Certes, on ne peut que se réjouir de cette augmentation… Encore que… il y ait plusieurs façons de voir les choses ! Je vous renvoie au billet de Lucien, dont j’extrais ces citations :

Salaire des enseignants : opération poudre aux yeux

En annonçant, dans une véritable tribune, une revalorisation salariale pour les jeunes enseignants, le ministre a réussi un coup à plusieurs ricochets.
Peu importe si cette annonce repose entièrement sur une manipulation éhontée, le ministre a atteint ses objectifs.
[…]
Plus que de l’ironie, il y a du cynisme dans cette annonce : on va vous augmenter avec l’argent que vous ne toucherez pas par la suite !

(voir le billet précédent, sur le projet qui réduit sérieusement les possibilités d’avancement des enseignants en les alignant sur le tableau actuel le plus défavorable…)

Je citais dernièrement Nicole Bricq qui mettait en parallèle le coût pour l’État de la défiscalisation des heurs sup’ des enseignants et celui de 40 000 postes… Dans une revue de la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale (MGEN), l’éditorialiste fait un autre parallèle :

« En 2012, en 5 ans de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce seront 80 000 postes qui auront été supprimés pour le seul ministère de l’Éducation nationale, fragilisant dangereusement le service public d’éducation et mettant en péril la société de demain.
Or il faut savoir qu’il faudra huit années d’application de ce dogme anti fonctionnaire pour compenser simplement une année de baisse de la TVA sur la restauration. Oui, vous avez bien lu : pour compenser le manque à gagner fiscal correspondant à une seule année de baisse du taux de TVA dans la restauration, il faut huit années de saignée dans toute la Fonction Publique d’État (Source : Cour des Comptes) ! Si gouverner c’est prévoir, lorsque la dette nationale est si importante, bien sûr qu’il faut être attentif aux dépenses, mais également veiller à ne pas réduire les recettes fiscales (bouclier fiscal, heures supplémentaires défiscalisées, baisse du taux de la TVA dans la restauration,…). Clientélisme toujours ! »

L’éditorial insiste surtout sur la grave injustice à taxer les mutuelles : l’augmentation de cotisation qui s’ensuit conduit tout simplement les familles en difficulté de se passer de mutuelle… et donc de soins… Mais, paraît-il, il y a tellement de gens qui grugent notre pauvre Sécu… ! Voir à ce sujet le « Délit Maille » du 15 novembre, où le Ministre de la Santé vient tirer de son lit d’hôpital une horrible fraudeuse :

Tricote ta Sécu

P.S. Je repense à ma mère… qui jugeait qu’elle n’avait pas à déclarer à la sécu consultations et médicaments, vu qu’elle « avait les moyens » de les payer (sa retraite de secrétaire)… Je me demande combien de gens, parmi ceux qui ont vraiment les moyens, raisonnent de cette façon…

Haro sur les ZEP !

mardi, novembre 15th, 2011

« Les ZEP n’auraient jamais dû exister »

C’est le (gros) titre de l’article de Rama Yade dans Marianne (5-11/11/2011). Qui m’a évidemment tout de suite donné envie de le lire… Depuis, il y a polémique autour de son livre, elle est accusée de plagiat… Mais ce n’est pas là mon propos…

Rama Yade nous conte qu’elle a fait toute sa scolarité dans le privé. C’est son droit. Je n’ai moi-même connu le « public »… qu’en Fac ! C’était le choix de ma mère. Je ne lui en veux pas ! Mais je n’ai curieusement pas la même vision que Rama Yade… Il est vrai que nous ne sommes pas de la même génération, et que les choses changent, au fil des ans…

Son panégyrique du privé me met un peu mal à l’aise… Que dit-elle ?

« Ce sont ainsi surtout les familles pauvres qui se ruent vers le privé, le succès de leur progéniture valant tous les sacrifices. Car, disait ma mère, c’est là que bat désormais le cœur de l’école républicaine, celle qui vous apprend à lire, écrire, compter, celle qui vous enseigne les savoirs fondamentaux, celle qui vous inculque une culture générale, celle où règne encore un peu de discipline, celle où l’on respecte l’autorité des maîtres, celle où l’on ne débat pas de rien du tout. »

Voilà, en négatif, un portrait bien négatif, justement, de l’école « publique » ! Dont je me demande quelle connaissance en a réellement l’auteur…

Encore une petite couche ?

« Les familles françaises l’ont compris : qu’elles soient catholiques, musulmanes, juives, agnostiques ou athées, riches ou pauvres, elles se ruent toutes vers le privé. » Le privé, « bouée de sauvetage de notre système scolaire »…

Je ne vais pas cracher sur le privé, sous contrat ou pas : j’y ai passé suffisamment d’années comme élève ou comme prof. Je n’ai pas souvenir d’élèves de « familles pauvres » – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas. C’étaient surtout des élèves de familles « moyennes » – sauf dans un établissement où j’étais surveillante d’internat, assez « classé », où les internes, du moins, étaient de familles aisées, voire très aisées…

Enfin bref, arrivons-en à nos ZEP (zones d’éducation prioritaire), que Rama Yade veut supprimer.

J’ai eu l’impression, à lire ce passage, qu’on avait créé les ZEP pour y regrouper les élèves de milieux défavorisés : « […] à chaque lycée de centre-ville correspond une ZEP de banlieue. Ce partage des tâches est la plus remarquable illustration d’une école à deux vitesses, qui permet aux uns d’avoir l’assurance que les seconds, parqués dans leurs bans, ne viendront pas perturber la tranquille reproduction de l’aristocratie scolaire et l’immobilisme du système. »

N’en déplaise à Rama Yade, les ZEP n’ont pas créé d’écoles, mais « classé » des écoles existantes pour leur donner davantage de moyens, et ainsi limiter un peu le fossé entre écoles de milieux aisés et écoles de milieux défavorisés… les ZEP étant souvent dans les « cités ». Certes, il y a eu des effets pervers : certaines familles, plutôt que de voir leur enfant dans une ZEP, l’ont fait domicilier ailleurs pour qu’il aille dans un autre établissement, moins « marqué ». Par ailleurs, les drastiques réductions de moyens, ces dernières années, ont touché les ZEP autant que les autres établissements. Enfin, « l’assouplissement de la carte scolaire », permettant aux parents de choisir plus ou moins l’école de leur enfant, n’a fait qu’accentuer la ségrégation. Faut-il pour autant jeter l’enfant avec l’eau du bain ?

Oui, répond sans hésiter notre auteur. Car l’enseignement qu’on a voulu y adapter est une aberration : « On a, avec la meilleure volonté du monde, déconsidéré les élèves en les renvoyant à leur milieu et à leur « culture ». ». On a interdit « l’accès à la littérature française à des enfants dont les ancêtres ne sont pas français ou bourgeois. ». « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. Leur conseiller de lire exclusivement des œuvres courtes, comme s’ils étaient débiles, c’est les humilier. Leur faire apprendre l’arabe alors qu’ils ne parlent pas encore le français, c’est ne rien comprendre à leurs besoins. »

Je n’ai pas connu d’établissement où l’on « faisait apprendre » l’arabe… En seconde langue, peut-être ??? Pour les « œuvres courtes », il serait bon que Rama Yade ne les confonde pas avec des livres « pour débiles », à moins de vouloir jeter à la poubelle les contes philosophiques, pas mal de pièces de théâtre, les nouvelles, et autres « romans courts » qui n’en sont pas moins des œuvres de « grands auteurs » français ou étrangers ! Je n’ai pas vu non plus des profs ne conseiller QUE des œuvres courtes…

Enfin, je m’insurge violemment contre l’idée que « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. » : quand j’étais dans le Nord, où la population issue de l’émigration était importante, j’avais fait travailler une classe de 3ème sur leurs pays d’origine (Pologne, Italie, Espagne, Portugal, Algérie, si je me souviens bien). Aucun mépris dans ce choix ! La simple volonté qu’ils prennent conscience de leur histoire familiale et de leur diversité ! Refuser de les prendre en compte me paraît, au contraire, un singulier mépris ! De même, quand un élève de 6ème, lors des ateliers généalogie, s’est intéressé à l’ethnie dont était originaire son grand-père (famille de « gens du voyage » sédentarisés), je l’ai aidé dans ses recherches, et j’ai eu la nette impression qu’il était heureux de voir que l’école prenait en compte sa « singularité » !

Quant aux « solutions » préconisées par l’auteur… personnellement, elles me font frémir !

« Arracher les jeunes à un tel environnement familial ou géographique [« une cité dangereuse »] pour leur donner la possibilité de s’instruire dans le calme est la première condition de leur réussite. »

Carrément !

Allons donc « arracher » les jeunes des banlieues à leurs familles ! Propulsons-les dans un bel environnement, sans cités autour… A Marly, peut-être ? Et prenons en charge, évidemment, les frais que cela implique, en internat entre autres… puisque les familles, par définition, ne pourront le faire… Assistanat ? Ou dictature ???

Bien sûr, les « internats d’excellence » sont vantés ici : « Comme sous la IIIème République, où la scolarisation a consisté à arracher des mains des prêtres les élèves pour les délivrer de l’emprise de l’Église, des familles et des puissances locales, l’intérêt des internats d’excellence réside dans le fait qu’après les cours, les élèves ne rentrent pas dans leur foyer ou dans la bande, mais dans ces structures où ils peuvent se concentrer sur leurs devoirs, continuer à étudier sereinement et bénéficier d’un encadrement éducatif plus strict (des surveillants, quoi !). »

Que je sache, la IIIème République n’a pas arraché les enfants à leurs familles ! Les internats ont été créés pour les enfants habitant trop loin d’un collège ou d’un lycée, et non pas pour priver les enfants d’un environnement familial !

J’ai déjà parlé de ces « internats d’excellence », et m’interroge toujours sur les résultats, à moyen terme, de la dichotomie qu’on crée chez ces enfants « de cités » en les faisant vivre dans un milieu « de riches » : certes, ils peuvent étudier… mais comment vivent-ils les week-ends, les vacances, où ils retrouvent leur milieu de vie « normal » ? A mon humble avis, ou ils vont tourner le dos à leurs origines, ou ils sont bons pour la schizophrénie…

Sans compter que, évidemment, Rama Yade ne s’intéresse pas à ceux qui ne « mériteront » pas les internats d’excellence… Une fois les « bons » élèves, les élèves « méritants » enlevés de leur école (collège, lycée…), que devient ladite école, privée de ses « têtes de classe » ? Mon expérience m’a prouvé que, sauf conditions particulières, une classe d’élèves « médiocres » ne fait que s’enfoncer dans la médiocrité : les « bons » élèves n’étant plus là pour dynamiser la classe, les autres s’endorment, faute de « modèles »…

Je suis mauvaise langue : notre auteur s’intéresse également aux « autres », et préconise « des classes de remise à niveau en petits groupes pour les matières les plus fondamentales (français, mathématiques, langues) et des classes d’excellence pour chaque niveau et dans chaque collège ». Décidément, elle y tient : séparons les bons des mauvais, et les vaches seront bien gardées !

Je n’ai rien contre Rama Yade… mais beaucoup contre les gens qui ne connaissent rien aux questions de l’Éducation et se mêlent de faire des livres à ce sujet ! Un peu d’humilité, que diable ! Si vous ne connaissez rien à une question… apprenez !

Ou taisez-vous !

Améliorons notre français…

dimanche, octobre 23rd, 2011

Non, je ne vais pas vous faire la morale, et vous dire que nous parlons mal notre langue… Ce n’est absolument pas mon propos !

Mais j’ai effectué quelques recherches sur Internet sur ce thème : « Améliorer son français ». Et ai trouvé quelques sites qui peuvent intéresser certains d’entre vous (ou leurs enfants, ou leurs élèves, ou…). Vous trouverez sans doute un tas d’autres sites, axés davantage sur orthographe et grammaire, mais ce n’était pas là ce que je cherchais… Et des sites traitant de l’amélioration de l’expression, je n’en ai pas trouvé tant que ça…

Au Top des Top, le premier que j’ai rencontré :

http://www.ccdmd.qc.ca/fr/exercices_interactifs/

C’est un site québécois, et il est SUPER ! Avec des tas d’exercices qui sont presque plus des jeux que des exercices, tant leur présentation est soignée ! Exercices, jeux, conseils, portant sur de nombreux aspects du français (y compris grammaire et orthographe !).

Je n’ai pas cherché à voir si c’était ou non un site gouvernemental, mais j’ai vu qu’une directive du Ministère de l’Enseignement avait pour objectif « Améliorer son français »… avec des propositions quant à la formation des enseignants et à leur suivi… Ils doivent pas avoir les mêmes problèmes de budget que nous, les Québécois !

Si vous lancez une recherche avec ces termes… vous trouverez des dizaines (ou plus ?) de sites y faisant référence, et tous en termes élogieux… A croire qu’il n’y a que les Québécois pour s’inquiéter de bien écrire et parler français…

Mais un autre site présente pas mal d’exercices intéressants : « Cours toujours »

Et un autre site axé sur la production de textes : « Produire un texte »

Pour les enseignants, des tas de ressources sont disponibles sur Weblettres

D’ailleurs, je me permets de leur emprunter un dessin – écho au blog de Lucien sur le « burn out » :

http://www.weblettres.net/@images/soph/2011_09_rentree.jpg

Bonnes visites !

Demain : Grève…

lundi, septembre 26th, 2011

Peut-être le savez-vous déjà : une grève des enseignants est prévue pour demain… Je n’ai pas trouvé beaucoup d’articles sur cette question dans la presse nationale, hormis cet article de L’Humanité :

Forte mobilisation attendue mardi pour la grève des enseignants

Les organisations syndicales veulent peser sur le projet de budget 2012 qui passe mercredi en conseil des ministres et prévoit 14 000 nouvelles suppressions de postes dans l’Education nationale (ce qui en fera 80 000 sur le quinquennat), alors que les effectifs d’élèves augmentent.

[…]

L’enseignement privé sera également du mouvement. Son appel à la mobilisation est historique. Est réclamé « zéro retrait d’emploi pour 2012 ». Les enseignants du privé insistent sur le fait qu’ils sont chaque jour devant une classe, aucun professeur n’est en disponibilité, et qu’il n’y a pas de remplaçants.

Par contre, je suis tombée (non, non, je ne me suis pas fait trop mal…) sur un site « armees.com » : très étonnée qu’un site dédié à l’armée parle de la grève des enseignants, je suis allée voir… Il s’agit en fait du blog d’un certain Ivan… qui s’indigne qu’en France la rentrée scolaire soit toujours marquée par une grève, laquelle augmente le déficit de l’État… Visiblement, ce monsieur ignore que c’est tout le contraire, vu que l’État fait alors l’économie d’un certain nombre de journées de salaire (et qu’un prof « manque » ainsi une ou huit heures de cours, on lui soustrait pareillement un trentième de son salaire mensuel…). Profs privilégiés, mythe des classes surchargées… je vous passe les prises de position de ce monsieur…

Plus intéressant à mon avis, le courrier adressé par la FSU aux parlementaires :

Crise : la FSU adresse un courrier aux parlementaires !

La FSU a adressé le 6 septembre un courrier à chacun des parlementaires pour leur faire part de son analyse et de ses propositions.

[…]

Suite aux annonces faites par le Premier ministre « pour réduire le déficit de la France », le parlement examine dès cette semaine les propositions du gouvernement qui consistent à trouver 1 milliard sur le budget 2011 et 10 milliards sur celui de 2012. […]

La FSU estime que les mesures annoncées par le gouvernement s’inscrivent toujours dans la logique d’une politique d’austérité qui pénalise essentiellement les salariés.

En effet, le gouvernement met peu à contribution les hauts revenus (200 millions sur un plan de 11 milliards), de surcroît il le fait à partir d’un seuil élevé qui va exonérer une large part des bénéficiaires du « bouclier fiscal ». Il ne remet pas en cause la réforme de l’ISF (2 milliards de recettes fiscales en moins). […]

L’effort demandé face à la crise économique et financière n’est donc pas partagé. D’un côté des mesures ponctuelles et réduites de taxation des hauts revenus et de l’autre, réforme des retraites, suppressions massives d’emplois publics, Révision Générale des Politiques Publiques et stagnation du pouvoir d’achat pour les salariés. […]

A cela s’ajoute la taxation des contrats d’assurance solidaires. Il s’agit d’une mauvaise solution qui va mettre à mal des dépenses de santé et en difficulté des mutuelles et va aggraver ainsi les possibilités d’accès au soin pour les plus modestes.

Pour la FSU, l’argument de la dette publique dont d’ailleurs la hausse résulte pour l’essentiel des cadeaux fiscaux aux plus riches et des exonérations de charges pour des entreprises décidées ces 4 dernières années, relève d’une mauvaise analyse de la situation. […]

Dans la situation actuelle, pour faire face à la crise mais aussi aux défis à venir qu’ils soient économiques, scientifiques, culturelles et écologiques, la FSU propose d’agir sur :

La relance de l’emploi
L’Etat employeur devant montrer l’exemple en renonçant au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans la Fonction publique et en créant les emplois nécessaires. Il convient également de mettre fin au développement des heures supplémentaires dans la Fonction publique, comme dans le secteur privé, et de revenir sur les dispositions de la loi TEPA. Les politiques publiques de l’emploi doivent non seulement stabiliser l’emploi mais également participer au développement de l’emploi et de la formation professionnelle. Les minima sociaux et les indemnités chômage doivent être revalorisés.

L’amélioration du pouvoir d’achat et la revalorisation des salaires et des retraites afin notamment de relancer la consommation

La fiscalité
Il s’agit de permettre un autre partage des richesses produites. La nécessité de travailler à la reconstruction d’un impôt réellement progressif s’impose aujourd’hui.

Des investissements productifs pour l’avenir
Les services publics, Education, Formation, Recherche, Santé, Culture, Justice, Logement, Energie, Environnement…sont des « biens communs ». Leur développement est indispensable et notamment en situation de crise. […]

De nouvelles recettes
En effet, il ne s’agit pas pour la FSU de regarder uniquement à réduire les dépenses mais bien aussi à trouver de nouvelles recettes. L’emploi est un facteur qui y contribue. La fiscalité doit être refondée dans le sens de plus d’équité et d’un autre partage des richesses produites. […]

Enfin, pour la FSU, il faut cesser de considérer les services publics et la Fonction publique comme une charge pour notre pays. Ce sont bien des investissements productifs indispensables qui sont une chance pour l’avenir de notre société.

Vous vous méfiez des arguments des syndicats ? Alors, peut-être serez-vous sensibles à ceux de l’OCDE, dans le rapport déjà cité :

L’avantage économique que procure l’élévation du niveau de formation profite non seulement aux individus, mais aussi à la société, au travers de la réduction des transferts sociaux et de l’augmentation des recettes fiscales, dès l’entrée des individus dans la vie active. Il est important de tenir compte de l’équilibre entre le rendement public et le rendement privé lors de l’élaboration des politiques.

[…]

Comme les secteurs des services et les systèmes de production deviennent de plus en plus complexes, ils requièrent des travailleurs plus qualifiés. Il est donc important de compter sur une main-d’œuvre hautement qualifiée, non seulement pour pourvoir les postes dans le segment supérieur de compétence, mais également pour garder un avantage salarial compétitif dans les segments inférieurs de compétence. Avec l’intensification de la mobilité des travailleurs dans le monde, il est plus important de trouver un juste équilibre entre l’amélioration de l’équité dans la société et l’offre d’incitations financières persuasives pour attirer et fidéliser des travailleurs qualifiés.

[…]

La littérature foisonne d’éléments à l’appui de la corrélation positive entre l’éducation et un éventail d’indicateurs sociaux, dont l’amélioration de la santé, le renforcement de l’engagement civique et la réduction de la criminalité (OCDE, 2007c ; 2010e). Quelques études, dont le nombre va croissant, suggèrent que l’éducation a un impact causal positif sur ces retombées sociales (voir, par exemple, Grossman, 2006, au sujet de la santé). Selon d’autres recherches, l’éducation peut être un moyen relativement rentable d’améliorer la santé publique et de réduire la criminalité (voir, par exemple, Lochner et Moretti, 2004).

[…]

Dans l’ensemble, les adultes dont le niveau de formation est plus élevé sont plus susceptibles d’être plus satisfaits de leur vie, de participer davantage à la vie de la société (se rendre aux urnes, s’intéresser à la politique et faire preuve de confiance interpersonnelle) et de s’estimer en bonne santé.

[…]

Dans tous les pays de l’OCDE qui ont participé à l’enquête, les élèves de 8e année ayant de meilleures connaissances civiques (c’est-à-dire qui connaissent et comprennent les principes et les concepts de la citoyenneté) sont plus susceptibles, une fois adultes, de voter et d’être favorables à l’égalité entre les sexes.

[…]

Connaissances civiques et retombées sociales

L’éducation peut améliorer les retombées sociales dans la mesure où elle aide les individus à prendre des décisions réfléchies en toute connaissance de cause, à s’informer, et à améliorer leurs aptitudes cognitives et leurs facultés socio-émotionnelles (zèle, image de soi et compétences sociales). En ce sens, l’éducation peut les amener à choisir des modes de vie plus sains et à s’engager davantage dans la société civile. Les établissements d’enseignement peuvent aussi offrir un environnement idéal pour amener les enfants à prendre des habitudes saines, à se montrer coopératifs et à adopter des normes favorables à la cohésion sociale : un climat d’ouverture en classe, une implication concrète dans des matières civiques et une philosophie qui promeut la citoyenneté active peuvent, par exemple, améliorer la participation à la vie de la société.

[…]

Force est d’ailleurs de constater que dans certains pays où le degré perçu de corruption est relativement élevé, plus les individus ont un niveau élevé de connaissances civiques, moins ils sont susceptibles de faire confiance aux institutions civiques (voir l’encadré A11.1). Il ne faut toutefois pas en déduire que l’éducation a nécessairement un « effet négatif ». En fait, si des institutions civiques sont effectivement corrompues dans un pays, une relation négative entre le niveau de connaissances civiques et la confiance vis-à-vis des institutions civiques peut indiquer que le système d’éducation de ce pays inculque aux élèves la faculté de juger les institutions de façon critique et en toute connaissance de cause.

L’Éducation n’est pas le gouffre financier sans fond qu’on voudrait nous faire croire : c’est un investissement à moyen et long terme qui bénéficie au pays tout entier, y compris financièrement. Cela a été la réflexion des politiques du 19ème siècle. Il est regrettable de constater que ceux d’aujourd’hui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez… ou de leur mandat !

Science sans conscience…

mardi, août 23rd, 2011

Si les élèves de 1ère L et ES, alertés par les débats de toutes sortes, se jettent à la rentrée sur leur manuel de Sciences de la vie et de la terre, ils risquent fort, à mon humble avis, d’être déçus…

Pourtant, la polémique fait rage, paraît-il…

L’homosexualité enseignée à l’école : une pilule qui passe mal

L’introduction, dans les manuels scolaires de la rentrée, d’un chapitre sur l’orientation sexuelle heurte plusieurs associations familiales.

Pour l’éditeur Bordas, «les textes évitent tout esprit polémique (notamment l’influence des religions) et ne font qu’aborder de façon non choquante des questions de société largement médiatisées par ailleurs». Nulle part en effet il est écrit que les élèves doivent multiplier les expériences sexuelles. Mais Familles de France redoute que ces quelques lignes n’entraînent «plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles».

Les paragraphes sur cette question dans le manuel Bordas.

Si vous avez la curiosité, comme moi, de lire la page incriminée (une page sur plus de 200…), vous contesterez peut-être le titre de Libération : peut-on dire que l’homosexualité soit « enseignée » ici ? On en parle, certes… et alors ?

J’aimerais bien que « Familles de France » m’explique comment parler de l’homosexualité risque d’entraîner « plus de grossesses précoces »… Voir leur lettre au président de la République :

Voulez vous être responsables de plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles ?

Les « protestataires » s’abritent derrière le fait que ces quelques paragraphes (dans cette édition ou dans une autre) s’appuieraient sur une théorie du « gender », laquelle serait philosophique et non scientifique. J’ignorais jusqu’à ce jour cette théorie qui dit, d’après ce que j’ai lu, que l’identité sexuelle résulte non seulement du sexe génétique, mais aussi de l’environnement socio-culturel. Suis-je totalement stupide ? Je ne vois rien de révolutionnaire là-dedans… Sauf erreur de ma part, l’homosexualité des Grecs anciens était en partie due au fait qu’ils passaient de nombreuses années dans l’armée… Je me trompe ?

Je me souviens aussi avoir lu que le sexe génétique (XX ou XY) n’était pas toujours en accord avec le sexe physiologique (organes) ou hormonal… Anomalies, peut-être, mais bien scientifiques, celles-là…

Voici ce que dit le site Genethique sur cette théorie du genre :

La théorie du gender au lycée : un enseignement idéologique

la théorie du gender a d’abord été l’outil idéologique et subversif d’un féminisme militant : au nom de la non-discrimination entre l’homme et la femme, elle rejette le fondement biologique des sexes comme donné naturellement identifiant pour la personne et affirme que la différence entre l’homme et la femme relève exclusivement d’une construction sociale. Les genres masculins et féminins consistent en des « rôles » socio-culturels arbitraires qu’il est donc possible de déconstruire. En conséquence, aucun dynamisme naturel ne pousse l’homme et la femme l’un vers l’autre : cette inclination ne relève elle aussi que de conditionnements sociaux. Dans cette perspective, c’est l’orientation sexuelle (homosexuelle, hétérosexuelle, bisexuelle, transsexuelle) qui doit primer sur le sexe biologique, génétiquement déterminé par les chromosomes sexuels XX ou XY.

(C’est moi qui souligne : je n’irai sans doute pas lire les textes « officiels » de cette théorie, mais cela m’étonnerait qu’elle nie les différences biologiques !)

Le milieu éducatif et les parents d’élèves ont fermement dénoncé l’intrusion abusive de cette idéologie dans le programme de biologie. Regroupés au sein du collectif « L’école déboussolée », les enseignants du public ont envoyé au ministre de l’Education nationale Luc Chatel une pétition réunissant 33 000 signatures : celui-ci a refusé tout dialogue. Les Associations familiales catholiques (AFC) et l’enseignement catholique ont également protesté.

Je ne sais si L’école déboussolée est un regroupement d’enseignants : je n’ai rien vu dans ce site qui l’indique. Si le site comptabilise effectivement plus de 36 000 signatures à sa pétition, il n’affiche que 6 messages d’enseignants entre le 17 et le 27 juin, et aucun autre depuis…

Pour le philosophe Thibaud Collin, auteur d’essais sur ces questions, « la prime à l’indifférenciation sexuelle promeut en fait l’homosexualité. Ces théories sont une tête de pont pour un changement radical de société ». La dissociation de la sexualité et la procréation est alors consommée : la révolution culturelle voulue par le gender promeut les « droits » à la contraception, à l’avortement et à la procréation artificielle.

Oh ! Les vilains ! Vous vous rendez compte ? La CON-TRA-CEP-TION ! L’A-VOR-TE-MENT ! La PRO-CRE-A-TION AR-TI-FI-CIELLE ! Comment osent-ils !!!

Voir un peu plus bas la position de Christian Vanneste sur la « promotion de l’homosexualité »…

Conclusion
En Espagne, le gouvernement Zapatero a déjà rendu obligatoire les cours sur le gender, entraînant le retrait de dizaine de milliers de familles des écoles appliquant les programmes d’Etat.

Je ne ferai pas de recherches sur le bien fondé de cette conclusion… Si vous avez des lumières à ce sujet, merci de me laisser un commentaire !

Que demande L’école déboussolée dans sa pétition ?

Signez la pétition !

En conséquence, je vous prie donc, Monsieur le Ministre, de bien vouloir :

– Préciser la portée de la circulaire du 30 septembre 2010 et les programmes que vos services ont voulu définir.
– Interdire l’usage des manuels incriminés.
– Garantir que le thème du « gender » ne sera pas à la session 2012 des épreuves anticipées du bac ni aux sessions suivantes.
– Transférer au pire l’étude du « gender » dans le domaine du débat critique de l’éducation civique ou de la philosophie.

36254! signataires depuis le 15/06
RELAYONS
CONTINUONS OBSTINÉMENT !

Je ne connaissais pas Lextimes, mais voici quelques extraits de leur article :

FÉMININ/MASCULIN
Les nouveaux manuels de sciences s’ouvrent à la diversité

« Nous ne pouvons accepter que l’école devienne un lieu de propagande, où l’adolescent serait l’otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d’imposer une vision de la ‘normalité’ que le peuple français ne partage pas », écrit le 31 mai 2011 la présidente du parti chrétien-démocrate Christine Boutin au ministre de l’éducation nationale Luc Chatel

[…]

C’est donc bien un « détournement de l’enseignement au profit du lobby gay », tranche Christian Vanneste pour qui cette « théorie du genre sexuel » ne doit apparaître ni explicitement ni implicitement dans les manuels.

[…]

Un projet de lettre, cosigné par une cinquantaine de députés, circulerait en ce moment et devrait être remis prochainement à Luc Chatel pour dénoncer cette théorie et en exiger le retrait des manuels.

Le « lobby gay »… relayé par les Juifs et les Francs-maçons ?

J’ai lu une autre page… qui m’a laissée perplexe : je pense que, sous la violence des propos, il faut lire l’ironie… Mais celle-ci n’est pas, à mon avis, suffisamment perceptible pour que je puisse citer des extraits… A vous de vous faire une opinion, si vous le désirez :

Courrier des lecteurs
La voix de la sagesse

Bon. Revenons au sujet évoqué dans ces manuels si décriés : faut-il, ou non, aborder les questions de l’homosexualité, de la bisexualité, de la transsexualité ?

Je réponds oui, sans hésitation ! Il m’est souvent arrivé d’aborder le sujet de l’homosexualité avec des élèves, en classe complète, avec un groupe d’élèves ou un élève seul, généralement après qu’un élève avait prononcé l’insulte suprême de « pédé »… Il me semblait de mon rôle d’éclaircir avec eux ce que recouvrait cette insulte, le jugement qu’elle portait. De même qu’un jour j’ai interpellé dans un couloir un élève inconnu qui en appelait un autre « Négro ! ». Il ne s’agit pas de promouvoir tel ou tel « lobby » (!), mais de rendre les élèves conscients d’une diversité et de l’accepter.

Maintenant, que des enseignants se sentent gênés face à ces questions… c’est très dommageable ! Cela prouve une fois de plus que leur formation (quand il y en avait une…) ne les préparait pas suffisamment au dialogue avec les élèves. Et il est beaucoup de questions sur lesquelles le dialogue est primordial, et non pas le « cours », que ce soit sur les « races », l’esclavage, la colonisation, la peine de mort ou autres… Pour pouvoir « enseigner » quelque chose qui a trait à la vie des uns et des autres, il faut s’assurer qu’on est bien sur la même longueur d’ondes, et donc donner la parole aux élèves. Et répondre à leurs questions. Qu’en fin de discussion ils n’aient toujours pas compris, par exemple, que « Négro » était une insulte, n’est pas dramatique : il y a fort à parier que des fragments de cette discussion leur reviendront en mémoire la prochaine fois qu’ils lanceront cette épithète, ou même qu’ils la penseront. Nous n’avons pas à convertir qui que ce soit, mais simplement à expliciter les choses, et donner des arguments en réponse aux leurs.

Les pétitionnaires et autres protestataires exigeant la science « pure » feraient bien de retourner lire Rabelais :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »