Archive for the ‘Enseignement’ Category

Sus aux Vandales !

samedi, août 20th, 2011

De retour de mes petites vacances lorraines, j’apprends – via le Nouvel Obs – que Jack Lang vient de sortir un livre : Pourquoi ce vandalisme d’État contre l’École ? Lettre au président de la République.

Je n’ai aucun souvenir de Jack Lang du temps où il était « notre » ministre… ce qui serait plutôt bon signe, vu que j’ai de mauvais souvenirs du passage de Ségolène et du chasseur de mammouths…

Ce qui m’amuse un peu, c’est que j’ai vu avant-hier dans une station d’autoroute Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? de Fanny Capel. Sorti en 2004, lui. Je ne l’ai pas lu, et ne lirai sans doute pas davantage le livre de Jack Lang, me contentant des « morceaux choisis » par le Nouvel Obs…

Celui-ci, par exemple, qui m’a fait sourire :

[Vos ministres] ont commencé par dire qu’on avait plus de professeurs que cinq ans auparavant, puis dix ans, puis vingt ans, et qu’il ne fallait pas venir se plaindre. Cet argument a un grand avenir derrière lui, si j’ose dire, car il est fort probable que le nombre actuel d’enseignants reste pour longtemps nettement supérieur à celui du paléolithique.

Quelques chevaux de bataille cités dans l’article : les suppressions de postes (- 160 000 depuis 2002, soit environ 15% de l’ensemble des personnels), la « réforme de la formation » (rappel des « formations privées » qui fleurissent et ont un certain succès auprès des élèves-maîtres), la réforme des programmes en primaire bâclée par Darcos, le livret de compétences :

On réduit ainsi la scolarité à un sinistre petit tas de compétences parcellisées à l’extrême, qui vont de « formuler un propos simple » à « comprendre quelques questions liées au développement durable et agir en conséquence », en passant par des centaines d’autres exigences éclatées et désordonnées où nul ne peut plus reconnaître les fondements du savoir et de la culture. Dire bonjour à la dame et trier ses poubelles, est-ce votre seule ambition pour la jeunesse ?

Sans oublier le nombre croissant d’élèves par classe (« Comment les professeurs de l’école maternelle, dont l’apport est décisif, tout particulièrement pour les enfants des familles défavorisées, peuvent-ils enseigner la langue orale dans une classe de trente ? Combien de minutes reste-t-il à un élève, dans de telles conditions, pour s’exprimer ? »), la suppression de la carte scolaire, qui revient à ghettoïser les enfants de milieux moins favorisés…

Bref, vous croyez au mérite naturel ou hérité, mais vous ne croyez pas aux vertus de l’école.

Ou, en tous cas, pas à celles de l’école publique…

Un peu de « bon sens » ???

lundi, août 1st, 2011

Je vous ai déjà parlé de ce « florilège » réalisé par le SNES à partir des témoignages de collègues au sujet du Brevet… J’ai eu beaucoup de mal à faire des choix dans ce corpus, qui vaut la peine d’être lu en entier !

– Dans un collège des Hautes Alpes (05) : la validation a été faite toute l’année sur Pronote mais les collègues ont appris le 24 mai que la validation sur Pronote n’était pas valable et qu’il fallait tout recommencer sur Notanet pour… le lendemain, dernier délai.

– Dans un collège de Saône et Loire (71), le conseil pédagogique a décidé que les items étaient répartis entre les disciplines mais que chacun faisait ce qui lui plaisait et qu’un enseignant pouvait invalider un item validé par un autre : c’est donc le dernier collègue qui est « passé » qui a eu le dernier mot.

– Dans l’académie de Montpellier, les IPR d’EPS prodiguent une page et demie de conseils aux enseignants d’EPS sur leur participation à la validation de la « compétence » n° 1 (maîtrise de la langue française) et … 3 lignes sur les deux items spécifiques à l’éducation physique !

– Entendu dans un collège de Guyane (973) :
Professeur d’EPS : Comment renseigner l’item « savoir nager » alors que les élèves de la classe n’ont pas eu piscine ?
Chef d’établissement : Pour ne pas les pénaliser, il suffira de demander aux élèves s’ils savent nager.

– Dans un collège de la Marne (51), un IPR a expliqué que l’on pouvait valider l’item « faire preuve d’initiative » si on voyait un élève ramasser les dictionnaires dans la classe.

Après une représentation particulièrement réussie de la chorale, un chef d’établissement est allé voir le professeur d’éducation musicale, a omis de la féliciter mais lui a fait remarquer : « Vous allez pouvoir valider plein d’items avec ça. »

– Dans un collège du Nord (59), le chef d’établissement a demandé que le socle soit validé pour tous les élèves, sauf ceux qui ont cumulé des problèmes « sérieux » dans le travail et dans la conduite (liste à établir avec les équipes pédagogiques).

– Entendu lors de l’audience du 26 mai 2011 obtenue au ministère à propos du LPC
SNES : Les enseignants de français ne se retrouvent pas dans un LPC où leur discipline est éclatée en plusieurs piliers et où la « compétence » n° 1 (maîtrise de la langue française) peut être validée par un professeur de n’importe quelle discipline.
Conseiller du ministre : Le fait que tout professeur de quelque discipline que ce soit puisse valider la « compétence » 1 est une avancée. Tous les professeurs disent en effet que les élèves qui ne maîtrisent pas le français rencontrent des difficultés dans les autres disciplines. Tous les enseignants sont donc amenés à enseigner le français (sic !) et à valider la maîtrise de la langue par les élèves.

Le ministère ne confondrait-il pas l’utilisation de la langue et son enseignement ?

– Entendu dans un collège de Seine-Saint-Denis (93) :
Professeurs : Comment savoir si une compétence est vraiment acquise ?
Administration : Eh bien, c’est simple, il suffit d’appliquer la règle des 3 fois.
Professeurs : [surprise générale]
Administration : Mais si, c’est simple ! Un élève qui dit bonjour trois fois a ses items « interaction » et « prise d’initiative » validées dans les piliers 6 et 7.

Administration : Comme nous ne consacrerons que 2 heures par classe pour établir le niveau d’acquisition des compétences, il va falloir aller à l’essentiel, j’ai donc décidé que tous les élèves avec au moins 12 de moyenne auront leur socle validé.

– Dans un collège du Puy de Dôme (63), le chef d’établissement a validé le socle pour tous les élèves et demandé aux enseignants de « dé-valider » ensuite les élèves posant « problème », ce qu’ils ont refusé de faire.

– Dans un collège du Gers (32), où le chef d’établissement a validé tous les élèves derrière les enseignants, un élève qui avait eu 2 de moyenne en anglais a eu son niveau A2 validé dans cette langue.

– Dans un collège de la Meurthe et Moselle (54), le chef d’établissement convoque depuis plusieurs années les profs de LV dans son bureau et les « cuisine » jusqu’à ce qu’ils acceptent de valider le niveau A2 de certains élèves faibles, en leur tenant des propos culpabilisants du style : « Si l’élève n’a pas le niveau, c’est que vous n’avez pas fait votre travail d’enseignant. Qu’avez-vous fait pour aider cet élève ? ».

– Dans un collège du Val d’Oise (95), le chef d’établissement a validé lui-même les items en se basant sur les résultats du brevet blanc.

– Entendu dans un collège de Seine et Marne (77) :
Professeur principal : huit items sur seize, cela fait 50%, on peut donc valider la « compétence » ?
Chef d’établissement : Oui bien sûr… Normalement, il faut 80% des items pour valider une compétence, mais c’est élastique.

– Dans un collège de l’Aube (10) : les équipes ont eu 3 semaines pour remplir les grilles mais il n’y a pas eu de réunion de concertation. Le chef d’établissement a ensuite réuni les professeurs principaux de 3ème un midi et leur a suggéré d’atteindre 90 % d’élèves validés (consignes de l’IA) et de ne pas valider les élèves dont tout le monde était sûr qu’ils n’auraient pas le brevet, afin de « garder une certaine crédibilité ».

– Dans un collège de la Haute Savoie (74), le chef d’établissement a demandé que les professeurs principaux ne dépassent pas « 3 ou 4 élèves maximum par classe » pour lesquels le socle ne serait pas validé.

– Dans un collège du Var (83), le chef d’établissement a déclaré : « il ne faut pas dépasser les 15% d’échec car c’est gênant pour les statistiques que l’on remonte au rectorat ».

– Dans l’académie de Mayotte (976), une IPR d’anglais a fait passer par écrit des consignes aux principaux de collèges pour que le niveau A2 en anglais soit validé pour un nombre plus important d’élèves.
Extraits du courriel qu’elle a envoyé le 4 avril : « Le niveau faible de beaucoup d’élèves et par conséquent le faible taux de validation du A2 les années précédentes, a placé l’académie dans une position très peu avantageuse … J’en appelle à votre pouvoir de persuasion pour amener les enseignants à comprendre que le niveau A2 est juste ce que l’on appelle le ‘niveau de survie’ qui correspond à l’expression ‘grand débutant’, et que c’est un niveau ‘socle’ … J’ai noté une certaine amertume chez les enseignants quand vous validez contre leur gré, mais vous avez ce pouvoir. Permettez-moi de vous signaler toutefois qu’il serait souhaitable de ‘négocier’ avec eux sur la base des considérations ci-dessus. Je compte sur vous pour les convaincre du bien-fondé de vos décisions afin qu’ils accueillent avec plus d’enthousiasme ces nouveaux modes d’évaluation et qu’ils leur accordent plus de crédit…. » .

– Dans un collège du Gard (30), un professeur de Français aboutit à la non validation de la « compétence » n° 1 pour près de 30% de ses élèves. Considérant que cela perturbait « ses quotas », le chef d’établissement a repris l’évaluation du collègue afin d’obtenir un résultat plus conforme à « l’objectif de performance assigné à l’établissement ».

Florilège sur l’épreuve orale d’histoire des arts

– Dans un collège du Gard (30), le chef d’établissement a imposé les consignes de notation suivantes : mettre entre 10 et 12 à ceux qui présentaient quelque chose de « pas terrible », entre 12 et 14 à ceux qui avaient un peu travaillé… et ainsi de suite jusqu’à 19.5 (car il a décidé que la note de 20 sur 20 n’était pas possible)

– Dans un collège de la Moselle (57), des jurys ont été composés de professeurs d’EPS et technologie qui n’avaient pas participé à l’enseignement d’histoire des arts. Les notes ont par ailleurs été communiquées aux élèves dès le lendemain des oraux.

– Dans un collège des Yvelines (78), le chef d’établissement a relevé « à vue de nez » les seules notes des élèves qui avaient des chances d’obtenir le DNB.

– Dans un collège de la Vienne (86), les enseignants ont été contraints, lors de l’harmonisation des notes, de mettre la moyenne à tout le monde, même si certains élèves avaient dit des inepties.

– Dans un collège de l’Essonne (91), le chef d’établissement a modifié, sans convoquer de réunion d’harmonisation, certaines notes attribuées par 3 des 4 jurys au motif que les notes attribuées par le 4ème jury avaient été bien supérieures.

– Dans un collège du Puy de Dôme (63), 4 jurys ont fait passer l’oral avec la même grille d’évaluation après harmonisation, en appliquant les recommandations d’une IPR venue expliquer ce qui était attendu lors de l’épreuve orale. Mais le principal adjoint a déclaré, lors des conseils de classe, qu’il avait dû gonfler les notes de vie scolaire pour contre-balancer « la catastrophe nucléaire des résultats de l’Histoire des Arts » (sic).

* * *

On pourrait conclure de ces extraits que les chefs d’établissement font parfois n’importe quoi… Ce serai oublier qu’ils sont, comme les Inspecteurs Pédagogiques, soumis à des « obligations de résultats » dont dépendent non seulement leur carrière, mais aussi les dotations horaires pour leur collège… Si le ministère a décidé qu’il fallait au moins 80% de « réussites », les établissements qui ne respectent pas ce taux risquent fort d’être « mal notés »… et d’en subir les conséquences du point de vue « moyens » octroyés (suppression de postes, augmentation du nombre d’élèves par classe, suppression d’options…).

Le « Brevet » n’a plus rien d’un examen : c’est un outil de chantage entre le ministère et les personnels de l’Éducation dite « Nationale »… qui n’a de « Nationale » que l’obligation de correspondre aux statistiques prédéfinies !

Nouvelles nouvelles de l’école (suite)

mercredi, juillet 27th, 2011

Fermetures de CIO

Les Centres d’Information et d’Orientation sont eux aussi dans le collimateur : à terme, ils seront regroupés avec « Pôle Emploi », supprimant ainsi un excellent outil dédié aux collégiens, lycéens et étudiants. J’ai eu à diverses reprises l’occasion de m’entretenir avec des conseillers travaillant dans le Centre le plus proche de mon collège. Entre autres, au sujet d’élèves turcs qui y suivaient, ou y avaient suivi, des séquences d’apprentissage du Français, de la lecture et de l’écriture… Toutes choses difficiles à assurer dans un collège – sauf si le nombre de ces enfants le justifie… Les Centres offrent aussi (dois-je dire « offraient » ?) entretiens et tests permettant aux jeunes de s’orienter au mieux dans la jungle des formations diverses, de préciser ce qu’ils attendent d’un métier, etc.. Il me semble évident que de tels centres s’adressant spécifiquement à des jeunes (et à leurs parents !) n’ont pas grand chose à voir avec l’ex-ANPE, rebaptisée Pôle Emploi… Par ailleurs, ces « regroupements » ne sont pas seulement « de fond », mais aussi locaux : si le collégien doit parcourir une centaine de kilomètres pour s’y rendre, au lieu des 15 ou 20 actuels… il y a de grandes « chances »… pour qu’il ne fasse pas le voyage ! « Chance », dis-je… car moins de clients, moins de conseillers à recruter… Toutes les économies sont bonnes à prendre ! (sauf sur le marketing et les « jets » privés… mais ceci est une autre histoire…)

Communiqués
Le Ministère de l’Éducation nationale affaiblit délibérément son réseau de CIO !

Par une série d’arrêtés parus au Journal officiel les 8 et 9 juillet, la fermeture et la fusion de plusieurs CIO en France sont désormais officielles. Sous prétexte du retrait des conseils généraux du financement de certains centres d’information et d’orientation, le Ministère de l’Education nationale décide la fermeture de 6 CIO du département du Nord, qui ne sera compensée que par la création d’un seul CIO à Lille et d’un CIO à Dunkerque.

[…]

Le SNES évalue aujourd’hui ces fermetures à une trentaine sur un effectif de 500. Les Centres d’information et d’orientation constituent pourtant les premiers services publics de proximité, inscrit dans un district scolaire, mettant à disposition des informations gratuites et fiables, des conseils personnels et un suivi sur tout ce qui concerne la scolarité et l’orientation.

[…]

Il est pour le moins paradoxal que parallèlement à la mise en place du service d’orientation tout au long de la vie le Ministère de l’Education nationale n’ait de cesse d’affaiblir le réseau public des CIO.

Concours de profs

On savait déjà qu’il y avait, dans certaines disciplines, moins de candidats que de postes ouverts. Les « Bac + 5 » seraient-ils plus mauvais que les « Bac + 3 » ? Peut-être, à en croire les résultats…

Des centaines de postes d’enseignant non pourvus, faute de candidats admis

Les résultats aux concours viennent de tomber et, dans quatre disciplines – mathématiques, lettres classiques, lettres modernes et anglais – au total 978 places offertes aux Capes externes ne sont pas pourvues, a expliqué la directrice générale des ressources humaines du ministère (DGRH), Josette Théophile.

Pas grave, explique cette brave dame, car on avait ouvert 300 postes de plus que nécessaire… Et puis, bien sûr, Pôle Emploi est là pour « boucher les trous » !

Allez donc savoir pourquoi, le SNES (Syndicat National des Enseignants du Second degré) n’est pas d’accord !

Communiqués
Snes Concours de recrutement : il faut pourvoir tous les postes !

Cette situation est la conséquence du sous-recrutement chronique depuis des années, de l’absence de pré-recrutements et de la dégradation des conditions d’entrée dans le métier.

[…]

Le SNES s’était, en janvier, adressé à la DGRH du ministère, pour demander et proposer des mesures permettant de combler les postes non pourvus. Des dispositions réglementaires permettent en effet de recruter parmi les candidats au CAPES interne ou à l’agrégation.

[…]

Dans un contexte de baisse très inquiétante du nombre d’inscrits aux concours, le ministère doit prendre la mesure de la situation et ne peut se permettre d’afficher un manque de recrutements.

A moins que… justement, ce ne soit une justification supplémentaire pour supprimer lesdits concours… et la titularisation, et le statut de fonctionnaire, et… la suppression, à terme, de l’Éducation qui ne serait plus nationale…

Si « on » tient à garder « intact » le niveau des concours de recrutement, « on » n’a pas les mêmes exigences pour les examens… Là, au contraire, il faut garder… le pourcentage de résultats positifs, ou l’augmenter, ce qui est encore mieux !

Le Brevet

Communiqués
Snes Diplôme national du brevet : tous les moyens sont-ils bons pour faire du chiffre ?

Lors de la délibération des jurys, souverains dans la délivrance du diplôme au vu des résultats obtenus en repêchant éventuellement les candidats aux résultats « tangents », des consignes précises semblent avoir été données aux présidents de jurys pour que le diplôme soit attribué à des candidats qui étaient très loin d’avoir obtenu la moyenne de 10 sur 20 : repêcher jusqu’à 8,5 de moyenne !
Déjà l’an dernier, des inspecteurs d’académie avaient fait pression sur certains jurys pour que le taux final de lauréats du diplôme soit au moins égal à celui de l’année précédente.

[…]

[Le ministère] se gardera sans doute de préciser que les enseignants ont été particulièrement déroutés par ce LPC qui comprend 98 items disparates et flous à valider, parfois sans lien direct avec ce qui est enseigné en classe, et qu’ils ont exprimé à plusieurs reprises et de multiples façons leur impossibilité de renseigner sérieusement ce livret.
Il se gardera sans doute aussi de préciser que les chefs d’établissement subissent également des pressions pour que leur établissement affiche un taux « présentable » de validation du socle (en lien avec le contrat d’objectifs qu’ils ont signé avec le recteur) et que c’est eux qui valident in fine les 7 compétences du socle, quoi qu’aient pu dire ou écrire les enseignants qui avaient eu les élèves en classe.

[…]

[Le SNES] demande solennellement au ministre de cesser de faire du « chiffre » en bradant un diplôme national, élément structurant du collège, qui garde une valeur symbolique et initiatique forte pour les élèves, et qui leur permet de passer quelques concours, notamment dans la fonction publique.

Il demande l’ouverture de discussions pour que l’évaluation des élèves soit plus soucieuse de repérer les réussites que de sanctionner les lacunes, mais sans démagogie, ni complaisance.

Au fur et à mesure qu’on le « réforme », ce pauvre Brevet, il perd de plus en plus de sens ! Si, en plus, « on » ne se soucie que de « faire du chiffre »… autant économiser l’examen et le distribuer dans les conseils de classe de fin d’année… en faisant attention à recevoir autant d’élèves que préconisé !

Je serais tout à fait incapable de me remémorer tous les avatars de ce malheureux « examen », mais en voici quelques-uns de ma mémoire de prof :

– examen portant sur toutes les matières enseignées en 3ème, dans un centre d’examen ;
– idem, sauf que certaines matières sont au choix (en 1974, par exemple, géographie ou 2nde langue…) ;
– examen seulement pour les élèves n’ayant pas la moyenne globale sur l’année ;
– retour à l’examen pour tous, avec moins de matières ;
– examen en Français, Maths et Histoire ; comptent également les moyennes de 3ème, sauf celles d’Histoire-Géographie ; l’examen se passe dans le collège ;
– idem, mais on y ajoute les moyennes de 4ème : ajoutées à celles de 3ème, elles comptent pour la moitié des points de l’examen ;
– idem, avec en prime une note de « conduite » (ça s’appelle pas comme ça, c’est un souvenir de mes années d’école… J’ai toujours refusé de participer à cette « notation », estimant que l’attitude d’un élève dans l’établissement n’avait strictement rien à voir avec ses résultats, et encore moins avec un examen ! C’est une aberration totale !) ;
– idem, avec en prime le niveau A2 de 1ère langue, obligatoire ;
– idem, avec en prime l’obtention obligatoire du B2i ;
– idem, avec livret de compétences (je suppose qu’on a supprimé les moyennes ?) et épreuve d' »Histoire des Arts »;
– (à suivre…)

Le SNES a concocté un joli « florilège » à partir de dysfonctionnements constatés dans divers collèges… Je vous en parlerai la prochaine fois…

Nouvelles nouvelles de l’école…

dimanche, juillet 24th, 2011

Des rythmes scolaires

Désolée, mais je n’ai pas eu le courage de lire le rapport en entier… Voici les 10 propositions de la commission :

10 mesures pour des rythmes plus équilibrés

La journée
1/ amplitude journalière identique pour tous les écoliers et collégiens : 7 heures au moins, 8h30 pour ceux qui ne rentrent pas déjeuner chez eux.
Horaires d’entrée et de sortie fixes et réguliers : 8h30 – 17h par exemple
2/ limitation de la durée totale des cours :
5 heures par jour à l’école élémentaire et pour les deux premières années de collège,
6 heures par jour en classe de 4e et de 3e
3/ 1 à 2 heures par jour d’accompagnement éducatif pour tous :
– 2 heures par jour à l’école et en classe de 6e et de 5e au collège
– 1 heure en classe de 4e et de 3e
4/ pause méridienne qui ne peut être inférieure à 1h30 en principe à l’école et au collège, que les élèves rentrent chez eux ou non
La semaine
5/ étalement de la semaine sur au moins 9 demi-journées, dont, à l’école élémentaire,
une demi journée supplémentaire de trois heures d’enseignement (le mercredi ou le samedi)
6/ limitation de la durée hebdomadaire d’enseignement :
23 heures à l’école élémentaire et pour les deux premières années de collège
L’année : une répartition des temps plus régulière
7/ une année organisée en 38 semaines d’école et séquencée en 5 périodes d’enseignement d’une durée comprise entre 7 et 8 semaines:
– 8 semaines de petites vacances sur 4 périodes de 2 semaines
– 6 semaines de vacances d’été
8/ une organisation concertée et régulière, sur la semaine et sur l’année, pour les travaux et contrôles demandés aux élèves, notamment au lycée
9/ une division de la France en 3 zones pour toutes les vacances sauf celles de Noël.
Une plage commune est maintenue pour l’ensemble des zones entre le 13 juillet et le 16 août
Un partenariat modernisé
10/ une gouvernance et un partenariat renouvelés entre l’État et les collectivités territoriales, les enseignants, les familles, les établissements nationaux, les associations.

Quelques remarques :

« L’accompagnement éducatif pour tous » signifie : l’aide aux élèves (particulièrement ceux en difficulté), le travail personnel à fournir (plus de travail à faire à la maison), des activités culturelles et sportives.

– L’aide aux élèves : comment peut-on « aider » les élèves s’ils sont toujours en classe complète ? Sinon, cela signifie obligatoirement plus d’enseignants…

– Le travail personnel : qu’il soit fait entièrement à l’école ne me paraît pas vraiment souhaitable. D’abord, pour les apprentissages, qui gagnent à être repris plusieurs fois dans la semaine pour une meilleure mémorisation. Ensuite, pour les rapports enfants-parents : si des parents ne « suivent » pas, pour quelques raisons que ce soit, la scolarité de leur enfant, beaucoup d’autres s’y intéressent, jettent un œil aux devoirs, aident à un exercice, font réciter des leçons. Les priver de cet intérêt actif, c’est les obliger à tout remettre dans les mains des enseignants avec une « confiance aveugle ». Si les discussions parents-enseignants ne sont pas toujours faciles, elles sont généralement enrichissantes pour tous, élèves y compris. Mais comment discuter si vous ne savez presque rien de ce que fait l’enseignant, de ce qu’il demande à votre enfant ? Entre cette proposition et le fameux « livret de compétences », j’ai l’impression qu’on « vire » de plus en plus les parents de l’école… et cela me semble une très mauvaise chose !

– Les activités culturelles et sportives : envisage-t-on que l’Éducation Physique et Sportive (EPS) ne soit plus considérée comme un « enseignement » ? Ni l’Éducation Musicale ? Ni les Arts Plastiques ? Ce seraient seulement des « activités » ?

9 demi-journées en primaire : on revient donc sur l’absurde décision des 4 journées… Bravo !

Périodes de 7 à 8 semaines entre vacances : si je me souviens bien, cette périodicité avait été inaugurée par le ministre Jack Lang… cela remonte un peu… En tant qu’enseignants, nous avions apprécié, les enfants étant trop fatigués au bout de 7 semaines pour assimiler correctement, à notre avis…

6 semaines de vacances l’été, avec période commune aux 3 zones entre le 13 juillet et le 16 août : à ma connaissance, beaucoup d’entreprises ferment en juillet OU en août. Les parents devront donc trouver des solutions pour les 15 jours où l’enfant sera en vacances – et pas eux. Sans parler des cas – et il y en aurait forcément un certain nombre – où plusieurs enfants de la même famille sont scolarisés dans des zones différentes… Sans parler non plus de réunions familiales rendues plus difficiles. Il serait à prévoir un certain « absentéisme » pour les périodes de classe coïncidant avec les vacances des parents…

Sans parler de la question des enseignants… Si j’ai bonne mémoire, quand j’étais élève, la rentrée était fixée au 1er octobre. Quand j’ai enseigné, elle était au 15 septembre. Depuis X années, elle est au 1er septembre (voire fin août parfois). Les enseignants corrigeant ou interrogeant au BAC, au BTS ou autres, ont déjà, et depuis plusieurs années, 1 mois et demi de vacances au lieu de 2 mois : ils passeraient donc à 1 mois ? Avec quelles compensations, financières ou de temps de travail ?

Je sais, je sais : vous allez me rétorquer que des vacances, on en a plein ! Je vous rappellerai cependant ce que j’ai déjà expliqué ici : d’une part, notre temps de travail hebdomadaire a été calculé pour « résorber » les « petites vacances » ; d’autre part, nos « grandes vacances » ne sont pas payées : notre salaire mensuel – correspondant à celui des fonctionnaires de la même « classe » a été multiplié par 10… et divisé par 12 ! Que je sache, les différentes réductions des « grandes vacances » n’ont donné lieu à aucune réduction de temps de travail ni d’augmentation de salaire… C’est d’ailleurs un des reproches formulés par le SNES :

Communiqués
Snes Rythmes scolaires : de fausses réponses

Limiter la réflexion à la durée de la journée scolaire sans travailler sur l’organisation de la semaine et se focaliser sur le raccourcissement des vacances d’été n’est pas la bonne entrée sur cette question. Il est en outre inconcevable que soit imposée une augmentation du temps de travail des enseignants sans même que soit évoquée une augmentation de leur rémunération ou une diminution de leur maxima hebdomadaire de service.

Pour l’organisation « concertée et régulière, sur la semaine et sur l’année, pour les travaux et contrôles demandés aux élèves, notamment au lycée »… ce n’est pas beaucoup plus qu’un vœu pieux, particulièrement au lycée ! A moins qu’on allonge – gratuitement, sans doute – la journée des enseignants par une heure de concertation (mais au lycée, vu le grand intervalle des heures d’ouverture/fermeture, certains enseignants d’une même classe ne se rencontrent jamais !)… ou qu’on décide a priori d’un calendrier, sans tenir aucun compte des aléas de progression des classes et des élèves : en effet, chaque enseignant élabore en début d’année, de trimestre et éventuellement de mois, une progression… qu’il révise autant de fois que nécessaire, selon le rythme d’acquisition de ses classes.

Quant au « partenariat modernisé« … il fait état des nécessaires conditions financières… et je n’ai pas l’impression qu’on soit dans une période où augmenter le budget de l’Éducation Nationale soit une priorité…

Je voulais vous donner d’autres « nouvelles », mais ce sera pour une autre fois, car on billet commence à être bien long… Je vous laisse méditer sur les conclusions de Luc Chatel à ce rapport :

Rythmes scolaires : l’heure est à « la consultation des partenaires de l’école »

Le ministre a déclaré que s’ouvrait désormais la dernière phase, « la consultation des partenaires de l’école : organisations syndicales, associations de parents d’élèves, représentants des collectivités et des professionnels des différents secteurs économiques concernés par cet enjeu ». Bref, après un an de concertation, il relance une… concertation.

En (très) bref…

mercredi, juillet 13th, 2011

Suite au petit problème d’arithmétique que je vous avais posé, voici ce que je lis dans le Nouvel Obs (7/7/2011) :

Le ministre de l’Intérieur ne sait pas compter ou tient des propos malveillants. Contredit à plusieurs reprises par François Bayrou et « Libération », il continuait d’assurer que « les deux tiers des enfants qui sortent de l’école sans qualifications sont des enfants de familles immigrées ». L’insee a fini par le corriger officiellement : « La proportion d’enfants d’immigrés parmi les élèves sortant sans qualification de l’enseignement secondaire peut être estimée à environ 16% ».

Gageons que notre mauvais élève va trouver comment deux tiers équivalent à 16%…

Et, suite à mon billet Des nouvelles de l’école… où il était question d’une commission recommandant la suppression des concours de recrutement des enseignants, voici quelques extraits d’un article du Monde (d’accord, j’aurais pu m’en inquiéter plus tôt… mais vieux motard que jamais, non ?) :

Le rapport proposant la suppression des concours enseignants rejeté

La commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale a voté, mercredi 6 juillet, contre la publication du rapport d’information sur la formation initiale et le recrutement des enseignants.
[…]
Le rapport a recueilli 11 voix pour, 15 contre et deux abstentions. « Des députés de la majorité ont voté contre », rapporte Frédéric Reiss, député UMP du Bas-Rhin. Principale raison de ce rejet : la proposition n° 20 de supprimer les concours enseignants.
[…]
Je suis député depuis 1988 et n’ai jamais vu la publication d’un rapport d’information être rejetée en commission, a réagi le député PS du Nord Yves Durand.

Notre Bien-Aimé Ministre juge que la suppression des concours n’est pas d’actualité… mais pourrait l’être d’ici 15 ans… Wait and see…

De la Grammaire…

mercredi, juin 29th, 2011

Il y a quelque temps, ma sœur m’a apporté un article paru dans Télérama (27/4/2011) intitulé « Peut-on sauver la grammaire ? »

La journaliste dresse un tableau assez catastrophiste des « incompétences » des lycéens et étudiants (y compris futurs instituteurs…) quant à la maîtrise de l’orthographe, bien sûr, mais aussi de la syntaxe, des conjugaisons, de toute l’organisation de la phrase… et donc de la pensée. Car, bien évidemment, l’écrit (comme l’oral), ne fait que refléter, aussi précisément que possible, le raisonnement, l’enchaînement de la pensée.

Je ne me permettrai sûrement pas de contester quoi que ce soit dans ce tableau : d’abord, je n’ai pas connaissance de textes de lycéens ni d’étudiants ; ensuite, les raisons données par la journaliste pour expliquer cet état de fait me sont familières.

Tout d’abord, la réduction drastique, au fil des ans, du nombre d’heures d’enseignement du Français. J’en ai déjà parlé. La journaliste explique : « entre 1976 et aujourd’hui, les horaires dévolus au français entre le CM2 et la troisième ont diminué de 800 heures, soit l’équivalent d’une année et demie de cours de français ! ».

Là, tout de même, il y a un léger problème de chiffres… J’ignore quelle est la source de l’auteur, mais 800 heures… c’est tout de même beaucoup ! Si on estime à environ 37 semaines de classe par an, cela porterait le nombre d’heures de français par semaine à plus de 14 heures ! Horaire jamais vu en collège ! Ceci dit, mon calcul entre 1970 et aujourd’hui des heures de français en collège arrive, globalement, à l’équivalent d’une année de moins. Et un professeur des écoles pourrait sans doute y ajouter une année, en tenant compte des réductions dans le primaire.

Je sais, je sais : on ajoute des matières (l’informatique, par exemple), on en valorise d’autres (l’éducation physique et sportive, la technologie), et il faut bien prendre les heures quelque part, vu qu’on ne peut demander à des enfants de faire une semaine de 40 heures ! Mais cette réduction drastique des heures d’enseignement du Français rejaillit forcément sur les « compétences » (pour employer le mot à la mode !) grammaticales et syntaxiques du lycéen et de l’étudiant, où grammaire et syntaxe, considérées comme « acquises », ne sont plus enseignées !

Une autre explication donnée par la journaliste est le « décloisonnement » de l’enseignement du Français au collège en 1995 (si loin, déjà ?) et l »observation réfléchie de la langue » en primaire en 2002. Je laisse les professeurs des écoles s’exprimer sur cette dernière question, que j’ignore totalement. Pour le collège, je me suis déjà exprimée sur l’organisation de l’enseignement en « séquences », où l’on doit bâtir des progressions qui relient les différentes composantes entre elles. Par exemple, si on travaille sur le récit, on lira et on écrira des récits, évidemment, on étudiera l’expression du temps, la conjugaison du passé simple, l’orthographe des mots indicateurs de temps… Ce ne sont là que de petits exemples, juste pour donner une idée aux non-profs !

Cette réforme a séduit de nombreux enseignants : intellectuellement, elle est très satisfaisante, car elle relie entre elles des composantes habituellement coupées les unes des autres, chacune ayant sa propre progression. Pédagogiquement, à mon humble avis (que je partage… et ai appliqué toutes ces dernières années !), elle ne tient pas la route : d’abord, les impératifs de la séquence ne permettent pas de traiter tous les points du programme dans toutes les composantes. Ensuite, disparaît forcément la progression – que je juge fondamentale ! – de l’enseignement de la grammaire. Si l’on étudie l’expression du temps, c’est-à-dire, surtout, les compléments circonstanciels de temps, il faut, à mon avis, avoir déjà travaillé les compléments circonstanciels ; et, avant, les autres compléments (dits « essentiels »… mais c’est là encore une terminologie que je n’ai jamais utilisée !) ; et, avant encore, le groupe sujet-verbe… Tout cela ne fait pas partie de la séquence : peut-être, au détour d’une autre séquence, étudiera-t-on l’un ou l’autre de ces points… mais comment l’élève pourra-t-il structurer ces apprentissages éclatés ? La règle pédagogique qui veut qu’on aille du plus simple au plus complexe me paraît ici tout à fait valable… Et qu’on s’appuie sur le cours précédent pour entamer le suivant…

Je ne sais plus très bien où l’on en est de ces histoires de « séquences » : je sais que cela s’est modifié depuis que je suis partie, mais je crois qu’il en subsiste encore quelque chose…

Autre point qu’évoque la journaliste : l’introduction de « notions savantes mal stabilisées, déformées, très mal adaptées au niveau des élèves » (citation d’Éric Pellet, enseignant en grammaire et linguistique). Il est logique que l’enseignement de la grammaire évolue au fil des recherches linguistiques et autres. Mais parfois, on a introduit dans les programmes des notions trop abstraites, ou trop complexes, ou des dénominations aussi arbitraires que les précédentes, mais pas forcément plus éclairantes. La notion de « complément d’objet second », par exemple (dont je crois avoir déjà parlé). Elle recouvre essentiellement celle de « complément d’objet indirect ». Ainsi, dans « Je donne un gâteau à mon frère », « un gâteau » est « complément d’objet direct », « à mon frère », « complément d’objet second ». Mais dans « Je parle de mon devoir à mon père », « de mon devoir » est un « complément d’objet indirect » et « à mon père » un « complément d’objet second » : à quoi sert alors cette notion de « complément d’objet second » ? D’autant que je peux sans acrobatie syntaxique, inverser l’ordre des compléments : dans « Je parle à mon père de mon devoir », les fonctions sont inversées…

Ce n’est là qu’un tout petit exemple : l’article mentionne aussi les notions d' »énonciation » ou de « progression thématique », intéressantes, certes, mais un peu trop complexes pour être abordées avant la 3ème !

Je n’ai pas travaillé sur les « nouveaux programmes » de 2008, qui reviennent à des notions traditionnelles… dont certaines sont totalement périmées, comme le « complément d’attribution », hérité du datif latin, et n’ayant pas vraiment de sens en grammaire française…

La journaliste aborde aussi, rapidement, la question de la formation continue des enseignants : si j’ai – plus ou moins – subi un certain nombre de réformes dans l’enseignement de la grammaire… je n’ai eu pour les appliquer que les manuels des élèves (et parfois le « livre du maître »)… Il serait peut-être (!) souhaitable qu’avant de faire appliquer une réforme « de fond » on y sensibilise les enseignants !

Notre ministre, paraît-il, traite d' »amphigourique » le discours grammaticalement correct et « défend la syntaxe familière de Nicolas Sarkozy »… Mais la réflexion ne se bâtit pas sur des messages publicitaires ou des SMS ! Il lui faut une syntaxe plus solide, plus construite, pour s’élaborer, pour comprendre nettement les rapports entre les éléments, qu’ils soient philosophiques, mathématiques ou autres !

La journaliste conclut, « rassurante », que « pour une minorité capable de s’offrir les services d’officines privées florissantes, comme le Projet Voltaire, organisme qui propose la première certification payante en langue française », la grammaire continue de s’étudier… Rassurant, en effet…

Je lui laisse le mot de la fin :

« La guerre de la grammaire a commencé. Une guerre de classes… »

Petit problème d’arithmétique…

dimanche, juin 5th, 2011

Tiens, aujourd’hui, je vous propose un petit problème (n’étant pas très forte en math, je préfère avoir votre avis sur la question) :

Soit 14 300 personnes qui mangent au Mac Do. 13 000 ont pris des frites (dont 6 % avec du ketchup), 1 300 des pâtes dont 11 % avec du ketchup).
Peut-on en déduire que :

– 2/3 (environ) de ceux qui ont pris du ketchup mangent des pâtes ?

– 2/3 (environ) des mangeurs de pâtes prennent du ketchup ?

* * *

Un élève, Claude G., a répondu oui aux deux questions : qu’en pensez-vous ? Quelle note lui auriez-vous attribuée ?

* * *

Qu’est-ce qui me prend d’aller faire un problème de math ? C’est encore à cause de Lucien !

Il me renvoie à plusieurs articles de Libé :

Immigrés : Guéant en échec scolaire

On n’arrête plus Claude Guéant. Après avoir dénoncé le «problème» de l’accroissement des musulmans en France, après avoir annoncé la limitation de l’immigration de travail, le ministre de l’Intérieur diagnostique désormais le fiasco de l’intégration à la française. Sur Europe 1, Guéant déclarait ainsi dimanche : «Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés.»

Eh oui ! Notre petit élève qui mélange un peu les chiffres, c’est notre Ministre de l’Intérieur !


Guéant s’enfonce à pas de géant

Le dimanche, Guéant déclare que deux tiers de l’échec scolaire en France est imputable aux immigrés. Le mercredi, il affirme que les deux tiers des enfants d’immigrés sont en échec scolaire. A part le fait de suggérer que les enfants d’immigrés réussissent mal à l’école, il n’y a aucun rapport entre les deux affirmations.

Et il explique sa démarche « mathématique », notre « cancre » :

«L’étude de l’Insee […] précise que les enfants de familles immigrées sortent presque deux fois plus souvent du système éducatif sans qualifications que les autres. […] Cette conclusion vient forcément soit de chiffres exhaustifs, soit d’un échantillon qui se divise en trois tiers. Par conséquent, j’ai correctement cité l’étude en déclarant que les 2/3 des enfants qui sortent de l’école sans qualification sont des enfants de familles immigrées.»

J’ai parcouru rapidement (trop rapidement sans doute) l’étude de l’INSEE de 2005 sans trouver les chiffres indiqués. Je me suis donc reportée au Rapport au Premier ministre pour l’année 2010 : Les défis de l’intégration à l’école

… qui cite bien les chiffres indiqués (« Les enfants de famille immigrée sortent aussi presque deux fois plus souvent du
système éducatif sans qualification (11% contre 6% pour les non immigrés) ».) et précise dans l’introduction :

« En 2005, la proportion de jeunes de 0 à 18 ans d’origine immigrée (au moins un parent immigré) est de 18,1% »

Et plus loin :

« Deux tiers des élèves immigrés ou issus de l’immigration vivent dans des familles aux actifs ouvriers et employés contre un peu plus de la moitié pour les non-immigrés:6 (66% contre 53%). »

Car le rapport, bien loin de jeter le discrédit sur l’intégration des enfants immigrés (ou d’immigrés), pointe plutôt les problèmes sociaux que ce constat d’échec dénonce :

Les conditions socio-démographiques du milieu dans lequel vivent les enfants d’immigrés influent sur leur scolarité et leurs parcours scolaires. Rappelons ici que plus des deux tiers appartiennent à une famille ouvrière et employée contre moins d’un tiers pour les non immigrés. Les parents sont moins souvent diplômés : plus de 58% ont un père non diplômé et 62% une mère non diplômée, contre 12% et 14% des non immigrés.
Près des deux tiers des élèves immigrés (63%) vivent dans une famille d’au moins quatre enfants, contre moins d’un sur cinq chez les non immigrés.
Notons enfin que ces élèves sont plus souvent scolarisés en zone d’éducation prioritaire : près d’un sur trois (31%), contre moins d’un sur dix (8,5%) quand les parents ne sont pas immigrés.

[…]

La moindre réussite des enfants d’immigrés à l’école serait donc due pour une très large part au milieu socio-économique, familial, culturel et territorial dans lequel ils vivent. Et si l’on compare les résultats scolaires des enfants d’immigrés à sexe, structure, taille de la famille, diplôme, activité et catégorie socioprofessionnelle des parents comparables avec les élèves non immigrés, leur moindre réussite scolaire s’atténue fortement. Les risques de redoublement à l’école primaire, comme les écarts de performance aux épreuves d’évaluation sont plus ténus. Dans l’enseignement secondaire, à situation sociale, familiale et scolaire comparables, les enfants d’immigrés atteignent plus fréquemment une seconde générale et technologique, obtiennent plus souvent le bac général et technologique sans avoir redoublé et sortent moins souvent sans qualifications que les enfants de personnes non immigrées. Ce constat reflète, toutes choses égales par ailleurs, reflèterait des demandes et des perspectives familiales plus ambitieuses en termes d’orientation.

Nous voilà bien loin de la lecture (hâtive ? mal intentionnée ?) du ministre… qui aurait bien besoin d’un peu de soutien scolaire !

Vous avez dit « formation » ???

dimanche, mai 29th, 2011

Merci, une fois encore, à Lucien, qui suit beaucoup mieux l’actualité que moi (non, je ne parlerai pas ici de DSK ! – pas plus que Lucien, d’ailleurs !), et m’ouvre de nouvelles pistes de réflexion

(Photo sur le site Europe1.fr)

Ça vous intéressait ? Dommage… Le « recrutement » ne se passait que sur une journée…

A défaut de formation, allez donc faire un tour à « Pôle Emploi » (ça fait quand même plus smart que « ANPE », non ?)…

Extraits d’entretien :

Recrutement d’enseignants le 26 mai à Paris

Quel recrutement ?
Avant toute chose, le recrutement d’un enseignant passe par un concours, mais nous sommes amenés à recruter de temps en temps des contractuels pour pallier à des remplacements. Il s’agit de personnes pour le remplacement d’enseignants dans les établissements collèges, lycées généraux, technologiques et professionnels de la Ville de Paris.

Il fut un temps où existaient des « titulaires remplaçants »… Mais, évidemment, ça coûtait plus cher !

Les profils ?
Les pré-requis pour être enseignant contractuel, c’est d’abord un niveau universitaire attendu, le Master ou à défaut la Licence, ou même un niveau inférieur pour certaines disciplines professionnelles, une parfaite maîtrise de la langue française tant à l’écrit qu’à l’oral, une approche de l’animation, le fait de savoir mener un groupe de jeunes et puis une connaissance du monde de l’éducation et du monde de l’école en général.

Si je comprends bien, les « contractuels » seront mieux placés que les « stagiaires » pour affronter une classe : « une approche de l’animation, le fait de savoir mener un groupe de jeunes »… voilà des éléments que les « stagiaires » auraient aimer trouver dans leur « formation » ! (Je mets toujours « stagiaires » entre guillemets, car considérer comme « stage » la prise en responsabilité de classes, avec un emploi du temps de prof titulaire, c’est se moquer du monde ! Comme appeler « réforme de la formation » la suppression de toute formation préalable !)

Quelles perspectives ?
Pour un étudiant, cela peut être un marchepied pour ensuite passer le concours, c’est une excellente expérience professionnelle en vue de préparer ce concours.

Ben la voilà, la solution ! Une « formation » qui ne coûte pas cher !

Pour avoir été « maître auxiliaire » tout en préparant le concours… j’ai raté 2 fois ce dernier ! C’est que, mine de rien, ça prend pas mal de temps de préparer des cours, les assurer, corriger les devoirs… Pour peu que cela vous intéresse, il est difficile de trouver ensuite le temps de préparer sérieusement le concours !

Pôle Emploi recrute des profs remplaçants

Mais alors, comment s’assurer des qualités pédagogiques des candidats ? Selon Benoît Verschaeve, « toutes les garanties sont prises pour que ce soient des personnes en mesure de pouvoir travailler avec des élèves dès la rentrée ».
Un suivi sera mis en place ainsi que des inspections, rappelle en outre le DRH.
[…]
Les candidats recrutés mercredi seront rappelés en septembre. Un contrat de quelques mois ou d’une année entière leur sera proposé. Ils seront surtout sollicités pour des remplacements en urgence, parfois du jour au lendemain. De quoi remédier en partie aux absences ponctuelles, qui ne peuvent être comblés par les titulaires. Ces derniers sont en effet affectés en priorité à des postes à temps plein.

Pas un mot sur les salaires, sur les contrats… On gagne le droit de ne plus être inscrit au chômage (économies… et baisse du nombre de chômeurs !), et remplacements « au pied levé », car chacun sait qu’il n’est nul besoin de préparer quoi que ce soit avant de prendre en charge une – ou plusieurs – classe(s) !

Lisez donc le témoignage d’une de ces « candidates » !

Ma journée au grand marché aux profs de Pôle Emploi

Quiconque verrait un rapport entre ces recrutements « sauvages » et le nouveau projet de « formation des maîtres en alternance » du ministre aurait sans doute mauvais esprit…

Jeunes profs en alternance : nouvelle embrouille de Chatel

[…]

D’abord, il y a une manipulation sémantique. Les masters en alternance prévoient en général un temps quasi-équivalent de stage et de formation. Joël Péhau, secrétaire national du SE-Unsa :

« Dans le projet de Luc Chatel, il n’y a que trois à six heures de terrain prévu par semaine, c’est l’équivalent de 20% du temps sur l’année. C’est un ersatz de master en alternance. »

D’autre part, Luc Chatel n’a pas précisé quelles seraient les conditions d’encadrement de ces contrats d’enseignement. Des étudiants en M1 et M2 (à la fac, pas encore admis aux concours) peuvent-ils prendre en charge des classes ? Joël Péhau :

« C’est comme demander à un maçon de construire une maison tout seul pour se mettre dans le bain. Ce que nous souhaitons, c’est une formation pratique accompagnée. Mais je doute que des tuteurs soient débloqués pour les étudiants en cursus universitaire. »

Luc Chatel a précisé que les étudiants en contrat seraient rémunérés entre 3 000 et 6 000 euros par an. Selon le SE-Unsa, « c’est entre 10% et 50% de moins qu’un contractuel ou un remplaçant en titre ».

A l’IUFM, la formation pratique était assurée par des stages. Des stages d’observation étaient prévus en première année (l’année de préparation aux concours). Une fois admis aux concours, les professeurs-stagiaires alternaient pendant une autre année formation théorique et stages encadrés par des tuteurs.

Luc Bentz, de l’Unsa-Education, rappelle que la conférence des directeurs d’IUFM avait déjà travaillé sur des « vraies formations en alternance » plus exigeantes. Différents modèles ont été proposés. Il regrette que l’un d’eux n’ait pas été retenu.

J’ai déjà parlé ici d’une association des maires ruraux. Ils sont inquiets,les maires !

Luc Chatel : Il faut un traitement différencié en matière de suppression de postes pour l’école-primaire

Ce que vous reprochent un certain nombre de maires, c’est de poursuivre un objectif comptable sans tenir compte des enjeux de l’aménagement du territoire…

L’aménagement du territoire, c’est important. Mais ce qui m’importe le plus, c’est la réussite des élèves, la réussite de ceux qui habitent dans ces zones rurales. Je ne suis pas sûr qu’il soit bien raisonnable, du point de vue des pratiques pédagogiques, d’avoir 12 élèves par classe.

Voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! Le souci du ministre est la réussite des élèves ! Et il s’intéresse à la pédagogie : 12 élèves par classe, ça ne fonctionne pas ! C’est lui qui le dit, alors pensez si c’est vrai !

Pendant des années, les maires se sont battus pour conserver au moins une classe par village. Avec le recul, on s’est aperçu qu’il s’agissait d’une fausse bonne idée. Les enseignants se trouvent isolés, on ne peut pas mettre en place d’accueil périscolaire… Aujourd’hui, on privilégie les regroupements intercommunaux, sur un même lieu, souvent un bâtiment moderne, avec demi-pension et garderie.

Que proposez-vous pour éviter une fronde des maires sur les fermetures de classes ?

Je vais demander au premier ministre et au président de la République un traitement différencié pour le primaire. Il n’y aura pas de moratoire sur le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais, tout en réalisant le schéma d’ensemble, nous devrons veiller à fermer le moins de classes possible.

Donc, pour arriver au chiffre magique de « 1 sur 2″… il ne reste plus qu’à supprimer davantage de postes – et de classes – dans le secondaire… Ou j’ai mal compris ???

Je lisais dans le Nouvel Obs (25/05/2011) que, d’après un sondage, 72 % des Français font confiance à l’Éducation Nationale (contre 74,2 à la police, 84,8 à la gendarmerie… 55 à la justice et 42,1 à… Pôle Emploi !)… Le score risque de ne pas vraiment s’améliorer dans les années qui viennent…

Humour ?

mardi, mai 24th, 2011

J’ai déjà parlé ici de l’OCDE, organisme qui classe un certain nombre de pays selon des tas de critères dans tous les domaines. Qui a, entre autres, « inventé » le fameux PISA, qui évalue les compétences de nos écoliers dans des domaines précis.

Eh bien ! j’apprends dans le Nouvel Obs que l’OCDE a invité quelques journalistes pour leur confier une « bonne parole » un peu surprenante, au sujet des effets des classements sur les politiques universitaires :

« L’université a aussi une mission éducative, économique au plan régional, etc.. On ne peut pas s’intéresser qu’aux classements internationaux ! » a déclaré un chef de division de l’OCDE…

Infos complémentaires :

L’Unesco apporte sa pierre aux classements universitaires

Aujourd’hui, l’enseignement supérieur est « globalisé » et « les universités se livrent à une concurrence internationale dans tous les domaines ». C’est sur ce constat que la Directrice Générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a inauguré le forum mondial dédié aux classements et aux évaluations dans l’enseignement supérieur, que l’organisme international organisait les 16 et 17 mai à Paris.

Irina Bokova a également averti dans son discours qu’il fallait « réfléchir avec la plus grande vigilance à l’impact de classements sur les politiques gouvernementales » et invité « à penser les classements comme un outil au service des systèmes éducatifs, et ne pas mettre les systèmes éducatifs au service des classements ».

Ellen Hazelkorn met en garde les gouvernements contre l’obsession des classements

«Les gouvernements devraient arrêter d’être obsédés par les rankings globaux » a mis en garde Ellen Hazelkorn, vice-présidente à l’Institut de technologie de Dublin, dans son discours d’inauguration du forum mondial de l’UNESCO consacré aux classements, le 16 mai 2011 à Paris.

Cette focalisation excessive « risque de transformer les systèmes d’enseignement supérieur et de subvertir les politiques publiques » a estimé la spécialiste des classements internationaux (et consultante auprès de l’OCDE). « Aligner le système sur des indicateurs définis par d’autres à des fins commerciales ou autres, menace les fondements même de la souveraineté nationale et de la société. Cela dresse l’équité et l’excellence l’une contre l’autre, et cela favorise des modèles centrés sur les élites plutôt que des systèmes à vocation internationale. »

Amusant, non, que des responsables de ces classements mettent en garde contre l’utilisation qui en est faite ?

J’espère que nos chers ministres suivront ces recommandations…

De l’esclavage…

mardi, mai 10th, 2011

10 mai : « Journée de la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition » dans nos écoles…

Je ne suis pas une fan des célébrations, mais profite de l’occasion pour vous offrir quelques citations, issues de mon travail avec des classes de 3ème sur ce thème.

Les élèves étaient par groupes, devaient lire et étudier une dizaine de textes au choix (au moins 2 textes d’argumentation, 2 textes littéraires -1 extrait de roman ou de conte philosophique, 1 poème -, 2 textes de loi, 1 article de presse, 1 texte historique ou 1 document historique) parmi ceux que je mettais à leur disposition..

La plupart de ces textes proviennent de Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation, livre que je vous recommande si vous voulez vous pencher sur la question.

Aristote, Politique, livre I

De même également, la chose dont on est propriétaire est un instrument en vue d’assurer la vie, et la propriété dans son ensemble, une multiplicité d’instruments ; l’esclave lui même est une sorte de propriété animée, et tout homme au service d’autrui est comme un instrument qui tient lieu d’instruments.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Léon Tolstoï, La Sonate à Kreutzer

Mais, monsieur, l’esclavage n’est pas autre chose que le profit des uns obtenu par le travail forcé de beaucoup d’autres. Or donc, pour qu’il n’y ait plus d’esclavage, il faut que les hommes renoncent au travail forcé des autres, en le considérant comme un péché, comme une honte. Et cependant, on abolit les formes extérieures de l’asservissement, on interdit la vente des serfs, on s’imagine, on se persuade que l’esclavage n’existe plus, et l’on refuse de voir qu’il persiste, puisque les hommes aiment toujours à profiter de l’effort d’autrui, tout en croyant agir en pleine équité. Et du moment que le procédé est jugé équitable, il se trouvera toujours des hommes plus forts ou plus malins que d’autres pour savoir l’utiliser. Il en va de même pour l’émancipation de la femme. Son asservissement consiste dans le seul fait que les hommes trouvent équitable de la considérer comme un instrument de plaisir. Oui, bien sûr, on lui donne la liberté, on lui octroie les mêmes droits qu’à l’homme, mais on continue de la considérer comme un instrument de plaisir, ainsi l’élève t on dès son enfance, ainsi demeure t elle dans l’opinion publique. Et c’est pourquoi la femme reste une esclave humiliée et dépravée, et l’homme un esclavagiste débauché.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Diderot et d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers

Les Européens font depuis quelques siècles commerce de ces nègres qu’ils tirent de Guinée et des autres côtes de l’Afrique, pour soutenir les colonies qu’ils ont établies dans plusieurs endroits de l’Amérique et dans les Isles Antilles. On tâche de justifier ce que ce commerce a d’odieux et de contraire au droit naturel, en disant que ces esclaves trouvent ordinairement le salut de leur âme dans la perte de leur liberté ; que l’instruction chrétienne qu’on leur donne, jointe au besoin indispensable qu’on a d’eux pour la culture des sucres, des tabacs, des indigos, etc. adoucissent ce qui paraît d’inhumain dans un commerce où des hommes en achètent et en vendent d’autres, comme on ferait des bestiaux pour la culture des terres.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

La Case de l’oncle Tom, Harriet Beecher Stowe

Mais quoi ! voilà que mon maître vient… il m’arrache à mon travail, à mes amis, à tout ce que j’aime, et il me rejette dans la boue ! Et pourquoi ? parce que, dit il, j’oublie qui je suis… Il veut m’apprendre que je ne suis qu’un esclave ! mais voilà qui est la fin de tout, et pire que tout ! Il se met entre ma femme et moi… Il veut que je l’abandonne et que j’en prenne une autre… et tout cela, vos lois lui permettent de le faire… en dépit de Dieu et des hommes ! Monsieur Wilson, prenez y garde ! il n’y a pas une de ces choses qui ont brisé le cœur de ma mère, de ma sœur et de ma femme… il n’y a pas une de ces choses qui ne soit permise par vos lois. Chaque homme, dans le Kentucky, peut faire cela, et personne ne peut lui dire non ! Appelez vous ces lois les lois de mon pays ?

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Prosper Mérimée, Tamango

De la sorte, son navire contenait une dizaine de nègres de plus qu’un autre du même tonnage. À la rigueur, on aurait pu en placer davantage ; mais il faut avoir de l’humanité, et laisser à un nègre au moins cinq pieds en longueur et deux en largeur pour s’ébattre, pendant une traversée de six semaines et plus ;  » car enfin  » disait Ledoux à son armateur pour justifier cette mesure libérale,  » les nègres. après tout, sont des hommes comme les Blancs « .

[…]

Restait encore une trentaine d’esclaves : c’étaient des enfants, des vieillards, des femmes infirmes. Le navire était plein.
Tamango, qui ne savait que faire de ce rebut, offrit au capitaine de les lui vendre pour une bouteille d’eau de vie la pièce. L’offre était séduisante. Ledoux se souvint qu’à la représentation des Vêpres siciliennes à Nantes, il avait vu bon nombre de gens gros et gras entrer dans un parterre déjà plein, et parvenir cependant à s’y asseoir, en vertu de la compressibilité des corps humains. Il prit les vingt plus sveltes des trente esclaves.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

William Styron, Les Confessions de Nat Turner, Folio, 1969

Car, que pouvait signifier la liberté pour un homme comme Arnold ? Sans instruction, sans métier, maladroit par nature, enfantin et crédule, l’esprit abruti par les quarante années pendant lesquelles il n’avait été qu’un bétail, il avait sans doute trouvé la vie suffisamment douloureuse tant qu’il était esclave. Maintenant, libéré par la grâce et la piété de sa maîtresse (qui lui avait laissé cent dollars gaspillés en eau de vie pendant sa première année de liberté mais qui n’avait pas pensé à lui faire apprendre un métier), le vieil idiot n’existait qu’à la lisière de la vie, plus insignifiant, plus misérable qu’il ne l’avait jamais été au temps où il était esclave.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Aimé Césaire, écrivain et maire de Fort de France

1848-1998
Cent cinquantenaire des Révoltes d’Esclaves

Qu’est-ce que la haine sinon la bonne pièce de bois attachée au cou de l’esclave et qui l’empêtre, ou l’énorme aboiement du chien qui vous prend la gorge ?
Moi, j’ai une fois pour toutes refusé d’être esclave.
Architecte aux yeux bleus, je te défie !

site : Office Municipal de la Culture de Pointe-À-Pitre

Tourgueniev, Mémoires d’un chasseur

 » Dis moi, il y a longtemps que tu es pêcheur ? lui demandai je.
– Plus de six ans, répondit il en se redressant.
– Et auparavant, que faisais tu ?
– Avant, j’étais cocher.
– Qu’est ce qui t’a fait changer de métier ?
– La nouvelle maîtresse.
– Quelle maîtresse ?
– Celle qui nous a achetés dernièrement. Vous la connaissez peut-être : Aliona Timofievna, une grosse dame, qui n’est plus bien jeune.
– Pour quelle raison a t elle voulu que tu sois pêcheur ?
– Dieu sait !

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Eugène Sue, Atar Gull

BEUFRY. Moi j’ai un moyen bien commode, non seulement d’éviter la nourriture de mes vieux nègres hors de service, mais encore de rentrer dans mes fonds, et au delà…
WIL ET LES CONVIVES. Contez nous ça… c’est un miracle.
BEUFRY. Du tout, c’est bien simple, vous savez que le gouvernement donne deux mille francs de tout nègre supplicié pour assassinat ou pour vol, afin que le propriétaire n’essaie pas de soustraire les coupables à la justice, dans la crainte de perdre une valeur
WIL. Eh bien…
BEUFRY. Eh bien… les gueux de Noirs, arrivés surtout à un âge très avancé, ont bien toujours quelques peccadilles sur la conscience, c’est impossible autrement ; ainsi, on est toujours sûr de ne pas se tromper ; on aposte donc deux témoins qui affirment l’avoir vu voler, par exemple. Les preuves ne manquent pas ; on l’envoie à la geôle, et s’il est trouvé coupable, ce qui arrive ordinairement, on le pend… et en échange, on vous compte deux mille francs écus…

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Décret du 4 février 1794.

La Convention nationale déclare que l’esclavage des nègres dans toutes les colonies est aboli. En conséquence, elle décrète que tous les hommes SANS DISTINCTION DE COULEUR domiciliés dans les colonies sont citoyens français, et JOUIRONT DE TOUS LES DROITS assurés par la Constitution.

Disposition abolie par Bonaparte :

Décret du 30 floréal An X (20 mai 1802)

 » Article 1. L’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789.
Article 2. La traite des noirs et leur importation dans les dites colonies auront lieu conformément aux lois et règlements existant avant cette époque de 1789. « 

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Proclamation d’abolition 1863

Je, Abraham Lincoln, Président des États Unis en vertu du pouvoir qui m’est conféré comme Commandant en Chef de l’Armée et de la Marine des États Unis à une époque de rébellion armée effective contre l’autorité et le gouvernement des États-Unis, et comme mesure de guerre convenable et nécessaire pour anéantir la susdite rébellion, en ce premier jour de janvier de 1863, et en accord avec mon projet d’agir ainsi, publiquement proclamé, ordonne et déclare que toutes les personnes possédées comme esclaves dans les États et parties d’États ci dessus désignés sont libres et le seront à l’avenir ; et que le gouvernement exécutif des États-Unis, y compris ses autorités militaires et navales, reconnaîtra et maintiendra la liberté des susdites personnes.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Condorcet, Réflexions sur l’esclavage des Nègres, 1781

En supposant qu’on sauve la vie des Nègres qu’on achète, on ne commet pas moins un crime en l’achetant, si c’est pour le revendre ou le réduire en esclavage. C’est précisément l’action d’un homme qui, après avoir sauvé un malheureux poursuivi par des assassins, le volerait.

Voltaire, Candide, chapitre XIX

Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.

site Vitellus

L’Œil le plus bleu, Toni Morrison, Christian Bourgois éditeur traduit par J. Guiloineau,1994 pour l’édition française

Elle lève les yeux vers lui, et voit le vide là où devrait se trouver la curiosité. Et quelque chose de plus. L’absence totale de reconnaissance humaine la séparation glacée. Elle ne sait pas ce qui retient ce regard suspendu ainsi. Peut être parce qu’il est adulte, que c’est un homme et elle une petite fille. Mais elle a déjà vu de l’intérêt, du dégoût et même de la colère dans les yeux des hommes. Pourtant ce vide n’est pas nouveau pour elle. Il a quelque chose de blessant ; quelque part, sous la paupière inférieure, il y a du dégoût. Elle l’a vu tapi dans les yeux de tous les Blancs. Voilà. Le dégoût doit être pour elle, pour sa peau noire. Ici tout est mouvement et anticipation. Mais sa peau noire est immobilité et crainte. C’est sa peau noire qui explique, qui crée le vide marqué par le dégoût dans les yeux des Blancs.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772

Tu n’es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l’être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t’emparer comme de la brute, le Tahitien, est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui, qu’il n’ait pas sur toi ?

site Vitellus

Article Traite des Nègres : 1766.

Jaucourt, in Encyclopédie

Il n’y a donc pas un seul de ces infortunés que l’on prétend n’être que des esclaves, qui n’ait droit d’être déclaré libre, puisqu’il n’a jamais perdu la liberté ; qu’il ne pouvait pas la perdre ; et que son prince, son père, et qui que ce soit dans le monde n’avait le pouvoir d’en disposer ; par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même ; ce nègre ne se dépouille, et ne peut pas même se dépouiller jamais de son droit naturel ; il le porte partout avec lui, et il peut exiger partout qu’on l’en laisse jouir. C’est donc une inhumanité manifeste de la part des juges des pays libres où il est transporté, de ne pas l’affranchir à l’instant en le déclarant libre, puisque c’est leur semblable, ayant une âme comme eux.

site Vitellus

Montesquieu , De l’Esprit des Lois, Livre XV, Chapitre 5

DE L’ESCLAVAGE DES NÈGRES

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique pour s’en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

(Si vous voulez le texte complet, voir http://blogdeprof.fr/?p=278)

Rousseau, Le Contrat social, livre 1 chapitre 4, avril 1762

Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, le droit d’esclave est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement ; soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé.

site Vitellus

Denis Diderot, Contribution à l’Histoire des deux Indes de l’abbé Raynal (1780)

Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n’est point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me défendre ; elle ne t’a donc pas donné celui de m’attaquer.

PRIS AU PIÈGE DANS DES GOULAGS TROPICAUX

C’est le jour de la première paye qu’explose à la face des péoès 3 la terrible réalité :  » J’avais fait 13 alqueires 4 de débroussaillage, raconte, encore vibrant, M. José Ribamar Diaz, quand je suis allé réclamer mon salaire : on m’a ri au nez ; il n’y avait pas de paye, il fallait continuer à travailler car… je devais de l’argent !  »
Une dette, en effet, les emprisonne, qu’ils découvrent soudain. Car, leur dit on, ils doivent rembourser le prix de leur voyage dans le camion à bestiaux. En outre, ils ont acheté, à la cantina, bottes, machettes, haches, ustensiles de cuisine, savon et aliments. Or, ils doivent tout payer, même l’eau !
 » Les prix ? On ne les connaissait pas. Quand on les a découverts, on s’est rendu compte que ce qui valait 10 000 cruzeiros à Redençao, on nous le facturait 30 000 ! Un sac de riz de 20 000, c’était 80 000 ! À l’heure de faire les comptes, ils nous expulsaient, ne nous laissaient pas calculer, faisaient comme ils voulaient les additions. Et l’on ne pouvait rien faire, ils étaient les patrons. « 

Maurice Lemoine, Le Monde diplomatique, Août 1993.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

LA PROSTITUTION DES MINEURS, COMMERCE MONDIAL

Les clients des prostituées craignent tant le sida qu’ils les recherchent de plus en plus jeunes, les pensant ainsi non contaminées. C’est ignorer l’habileté et le goût du lucre des souteneurs qui, louant très cher les services d’enfants vierges, leur font refaire à plusieurs reprises des  » virginités  » hautement rentables.
C’est ainsi que l’on compte en Thaïlande, selon l’estimation de l’Unicef, environ 300 000 enfants de moins de seize ans travaillant dans des bars et des maisons closes. Hermétiquement closes puisque ces enfants, dont la majorité ont été enlevés ou achetés dans le nord du pays partie la plus pauvre de la Thaïlande, peuplée de minorités , sont enfermés de jour comme de nuit. Ils sont d’abord livrés, dans une chambre gardée, à leurs premiers clients, qui défileront au rythme de dix à quinze par jour. Pour la plu-part, ces rapports sexuels contraints s’accompagnent de coups et de mauvais traitements de toutes sortes.

Claire Brisset, Le Monde diplomatique, Août 1996.
in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

L' » héritage  » de l’esclavage aux Antilles

A Fort-de-France, les élèves d’une classe d’hypokhâgne ont accepté d’évoquer l’esclavage et ses séquelles, cent cinquante ans après son abolition. Un débat serein entre des jeunes qui incarnent l’avenir des Antilles.

Je ne pourrai jamais oublier une scène qui s’est produite quand j’étais petite et qui illustre l’incroyable complexité des rapports hérités de l’esclavage. Ma tante était venue me chercher à la sortie de l’école. Il y avait plein d’enfants, et un petit Blanc s’est retrouvé près de moi. Ma tante l’a aperçu et, à ma grande stupéfaction, je l’ai vue le saluer, très respectueusement :  » Bonjour Monsieur de Lagarrigue. « … Cela m’a fait beaucoup de peine.

Annick Cojean, Vendredi 24 avril 1998
© Le Monde 1998
site Horizons

Des domestiques étrangers vivent dans des conditions de quasi-esclavage

Le Comité France contre l’esclavage moderne dénonce des « situations intolérables » d’exploitation de domestiques étrangers par leurs employeurs. Une dizaine d’affaires ont été portées à sa connaissance, dont la moitié font l’objet de procédures en justice. Les victimes sont le plus souvent des femmes, parfois des couples, originaires de pays en développement, venues en France pour échapper à la misère. En situation irrégulière ou privées de papiers, elles hésitent à porter plainte.
Lorsque leurs employeurs bénéficient de l’immunité diplomatique, le ministère des affaires étrangères tente de régler les dossiers à l’amiable

tiré du journal « Le Monde » – 15 juillet 1997
site ClioTexte

Code noir

Promulgué par Louis XIV en mars 1685, le Code noir réglementait l’esclavage aux Antilles et en Louisiane. Il ne fut définitivement aboli qu’en 1848 (voir texte n° 38). ses 60 articles étaient destinés à maintenir la  » discipline de l’Église catholique, apostolique et romaine  » et à régler  » l’état et la qualité des nègres esclaves « . ce texte longtemps méconnu est fondamental pour comprendre l’histoire de l’esclavage français.

Article 1. Voulons et entendons que l’édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.
Article 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achèteront des nègres nouvellement arrivés d’en avertir les gouverneur et intendant des dites îles dans huitaine au plus tard, à peine d’amende arbitraire […]

Article 26. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres selon que nous l’avons or-donné par ces présentes pourront en donner l’avis à notre procureur général et mettre les mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis lui en viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais, ce que nous vou-lons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. […]

Article 42. Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement.
Article 43. Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave sous leur puissance ou sous leur direction, et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et en cas qu’il y ait lieu de l’absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu’ils aient besoin d’obtenir de nous des lettres de grâce.
Article 44. Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire.[…]
Article 47. Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari de la femme et leurs enfants impubères, s’ils sont tous sous la puissance du même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine contre ceux qui feraient les aliénations d’êtres privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. […]

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

(Le plus horrible de ce texte… c’est qu’il tentait de « limiter » les exactions des « propriétaires »…)

Décret d’abolition

Le Gouvernement provisoire,
Considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine ;
Qu’en détruisant le libre arbitre de l’homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir
Qu’il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité ;
Considérant que si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l’abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres,
Décrète :
Article 1. L’esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d’elles. À partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres, seront absolument interdits.

Fait à Paris, en Conseil du Gouvernement, le 27 avril 1848.
Les Membres du Gouvernement provisoire.
in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN
Composée de 35 articles, cette déclaration servit de préface à la Constitution adoptée par la Convention en juin 1793.

Le peuple français, convaincu que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme, sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer, avilir par la tyrannie ; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur ; le magistrat la règle de ses devoirs ; le législateur l’objet de sa mission. En conséquence, il proclame, en présence de l’Être suprême, la déclaration suivante des droits de l’homme et du citoyen.

Article 18. Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie.

Pétition
Depuis 1844, les pétitions réclamant à la Chambre l’abolition de l’esclavage se multipliaient. Le 7 mai 1846, la Société française pour l’abolition de l’esclavage pétitionna en faveur de l’émancipation des esclaves en Algérie : les  » îles  » n’étaient en effet pas les seules terres à porter ce fléau. En avril 1847, elle reçut 11 000 signatures.
La plus marquante d’entre ces pétitions a été initiée par Victor Schœlcher en août 1847 : en voici la péroraison.

Nous demandons, Messieurs, l’abolition immédiate et complète de l’esclavage dans les colonies françaises ;
Parce que la propriété de l’homme sur l’homme est un crime ;
Parce que l’épreuve des lois des 18 et 19 juillet 1845 a rendu plus manifestes que jamais l’insuffisance et le danger des moyens prétendus préparatoires ;
Parce qu’aujourd’hui même ces lois ne sont pas encore appliquées dans leur entier ;
Parce qu’on ne peut détruire les vices de la servitude qu’en détruisant la servitude elle même ;
Parce que toutes les notions de justice et d’humanité se perdent dans une société à esclaves ;
Parce que l’homme est encore vendu à l’encan, comme du bétail, dans nos colonies ;

Rapport préparatoire au décret d’abolition.

Le rapport préparatoire au décret a été construit en se fondant sur l’état antérieur de l’esclavage, à la fois juridique (le Code noir) et économique (l’organisation des îles), et en réfutant tous les obstacles pressentis. Ce rapport est remis au Gouvernement provisoire le 15 avril 1848. En voici des extraits qui respectent l’architecture générale du document et en restituent les grandes articulations.

La propriété sera donc libérée, en même temps que le travail aura été affranchi. Désormais, un mutuel accord réglera, entre le propriétaire et le travailleur, ce que le pouvoir absolu du maître imposait jadis à son esclave, et 1’on devra surtout s’appliquer à résoudre de la manière la plus équitable et la plus prompte les difficultés que ce nouveau régime peut susciter entre les deux parties.

La République n’entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle ne croit pas qu’il suffise, pour se glorifier d’être un peuple libre, de passer sous silence toute une classe d’hommes tenue hors du droit commun de l’humanité. Elle a pris au sérieux son principe. Elle répare envers ces malheureux le crime qui les enleva jadis à leurs parents, à leur pays natal, en leur donnant pour patrie la France et pour héritage tous les droits du citoyen français ; et, par là, elle témoigne assez hautement qu’elle n’exclut personne de son immortelle devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

Le sous secrétaire d’État président de la Commission : V. SCHŒLCHER.
Le secrétaire de la Commission : H. WALLON. « 

La Déclaration universelle des droits de l’homme,10 décembre 1948

Article 1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Une vente d’esclaves en 1806

Basse-Terre (Guadeloupe), le 19 décembre 1806.
Le Directeur particulier du domaine,
Prévient le public, qu’il sera vendu, conformément aux ordres de M. le Général Préfet, et par-devant M. l’Inspecteur colonial, le 5 janvier 1807, au plus offrant et dernier enchérisseur, les nègres ci-après, détenus à la geôle de la Basse-Terre, savoir :
Le nègre épave, 1 nommé Phaëton, menuisier, âgé d’environ 60 ans, se disant à M Jamet-Delorme, de la Martinique ;
La négresse Suzanne, âgée d’environ 20 ans, provenant des prises 2 ;
Le nègre épave, nommé Mathurin, âgé d’environ 15 ans, se disant appartenir à M. Dupaty, de Sainte-Anne ;
La cabresse 3 nommée Rose, âgée d’environ 6 ans, ne connaissant point de maître ; sa mère, nommée Praxelle, marronne 4 depuis longtemps.
Les réclamations, dans le cas, où il s’en présenterait, doivent être adressées à la direction particulière du domaine, avant le 4 janvier 1807.
Laniboire
Vu et approuvé par le Général de brigade Préfet colonial de la Guadeloupe et dépendances.

Texte intégral d’une annonce reproduite par Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, tome quatrième : 1803-1830, Basse-Terre, 1860, rééd. EDCA, 1976, p. 75.

1 Epave : esclave vieux ou malade, abandonné par le maître.
2 Prise : esclave pouvant provenir des prises en mer. La guerre de course avait été relancée en 1794 par Victor Hugues. Cette guerre, qui fit les beaux jours des corsaires et des entrepôts pointois, entraîna des hostilités entre la France et les Etats-Unis.
3 Cabresse ou capresse, capre : on désigne ainsi des personnes noires et relativement claires de peau (« claire de peau » est l’expression la plus commune en français des Antilles). Aux lecteurs métropolitains qui voudraient une définition plus précise, il faut préciser que ces taxonomies fondées sur des catégories pseudo-scientifiques erronées, ne se prêtent guère à des définitions précises et rationnelles.
4 Marron, marronne : de l’espagnol « cimarron », esclave en fuite. le marronnage pouvait être occasionnel ou définitif. Verbe : marronner.

Les Martyrs de la liberté

Les révoltes des esclaves débutèrent dès l’instant où la traite commença.
Des millions d’hommes et de femmes périrent autant par les maladies que par les sévices d’autant plus féroces que la ré-volte menaçait à tout instant.
La fin du 18ème siècle et le début du 19ème virent la résistance à l’oppresseur s’organiser constituant « l’Épopée noire ».
Les noms de ces martyrs héros de la liberté en Guadeloupe, en Haïti, en Martinique sont peu connus, exceptés les plus célèbres d’entre eux, tant il est vrai qu’un voile de méconnaissance recouvre « pudiquement » notre histoire et singulièrement le passé esclavagiste de celle-ci.
Profitons de l’intérêt suscité par la commémoration du 150e anniversaire de l’esclavage pour en rappeler les noms et les faits.

site Office Municipal de la Culture de Pointe-À-Pitre

HISTOIRE SUCCINCTE DE L’ESCLAVAGE ET DE SON ABOLITION
PAR Michel PUZELAT, professeur d’Histoire à la faculté de Paris VII Saint Denis

1492 : Colomb aborde aux  » Indes »
1500 : les premiers esclaves africains sont transportés aux Antilles.
1503 : la culture de la canne à sucre est introduite à Saint-Domingue
Moins de dix ans s’écoulent donc entre le premier voyage de Colomb et l’arrivée aux Antilles des premiers esclaves afri-cains. Rappelons aussi que le début de la tragédie africaine répond à la disparition dramatique des populations américaines, sous l’effet conjugué de la violence des  » conquistadores » et des maladies importées par les Blancs.
Quelques chiffres témoignent de l’ampleur de cette hécatombe : des 50 (peut-être 80) millions d’ « Indiens » qui peu-plaient l’Amérique lors de l’arrivée des Européens, n’en subsistent plus qu’une dizaine de millions un siècle plus tard. A Saint-Domingue, premier territoire colonisé, le bilan est encore plus effroyable : cinq millions d’autochtones en 1492, 125 en 1570…

site Mosaïque

PROPOSITION DE LOI
adoptée par l’assemblée nationale en première lecture, tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

Article 1er
La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.

18 février 1999

Le Président,
Signé : Laurent FABIUS.

site Assemblée nationale

4. Nul ne sera tenu en esclavage, ni en servitude, l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
Déclaration universelle des droits de l’homme

La lutte contre l’esclavage ne deviendra pleinement effective qu’après que le droit interne de chaque pays eut intégré dans sa législation une incrimination pour fait d’esclavage. C’est ce que le législateur français a opportunément décidé en incorporant au nouveau code pénal un article 212 1 qui punit de la réclusion criminelle à perpétuité les crimes contre l’humanité, parmi lesquels figure désormais la réduction en esclavage. La seule force des mots ne servirait, elle, qu’à occulter la question essentielle à laquelle ne répondent, ni la déclaration, ni le nouveau code pénal : qu’est ce que l’esclavage ?

Or, c’est sur le terrain de la violation de la liberté du consentement que les formes contemporaines de l’esclavage se manifestent :
– celle des trois cents millions d’enfants de cinq à quatorze ans asservis par le travail, la guerre ou la prostitution, comme celle des femmes victimes d’une traite qui n’est plus  » blanche  » ;
– celle des populations déplacées de force en Afrique, au Kosovo et ailleurs…

Monique Pelletier,
avocate au barreau de Paris, ancienne secrétaire d’État à la justice (1978) et ancienne ministre déléguée à la condition féminine et à la famille (1978-1981)

in La Déclaration universelle des droits de l’homme, Gallimard, Folio, 1998.

Le témoignage de Kaboli
 » Ma vie est perdue… « 

J’avais quinze ans quand mon père, qui tenait une petite échoppe de vêtements dans un village du Tamil Nadu [État du sud de l’Inde], est mort. Ma mère a gardé la boutique pour pouvoir s’occuper de mes trois sœurs et de mes deux frères, mais la vie était très difficile. Nous avions très peu d’argent et nous n’allions pas à l’école. Aucun de nous n’a appris à lire ou à écrire. Un jour, ma tante a expliqué à ma mère qu’elle pouvait trouver un travail pour moi, dans une bonne famille, avec un salaire correct. Ma mère lui a donné son accord et m’a dit d’y aller, alors même qu’elle ne savait pas où c’était.
J’ai donc pris le train avec ma tante. Après deux jours de voyage, nous sommes arrivées à Delhi. Là, une femme qui avait quarante ou cinquante ans nous attendait. Ma tante m’a demandé de la suivre en me disant qu’elle nous rejoindrait plus tard. Cette dame avait la peau claire : elle était bien habillée, elle parlait bien et j’ai accepté d’aller avec elle. Avant de partir, je l’ai vue remettre une enveloppe à ma tante, que je n’ai plus jamais revue. Elle avait beau habiter dans le même village que nous, nous ne savions pas ce qu’elle faisait. Bien sûr, nous savions qu’elle avait de l’argent, mais nous ne nous sommes jamais demandé pourquoi.
Quand on est arrivées à la maison, dans un quartier populeux du vieux Delhi, j’ai tout de suite vu que quelque chose n’al-lait pas. Il y avait beaucoup de filles, venant de tous les États. A la manière dont elles étaient habillées et à leur façon de s’ex-primer, j’ai compris. J’ai commencé à pleurer mais la dame m’a dit :  » Tu ne peux rien faire. J’ai payé pour toi, donc c’est mieux d’accepter la situation.  » Cela fait onze ans que je suis ici… Je vis toujours dans la même maison avec quinze autres filles qui se sont toutes retrouvées là dans des circonstances identiques aux miennes.

(Propos recueillis par Françoise Chipaux.)

in La Déclaration universelle des droits de l’homme, Gallimard, Folio, 1998.

René Depestre, MINERAI NOIR
(né en 1926, à Port au Prince, Haïti)

Quand la sueur de l’indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l’or draina au marché la dernière goutte sang indien
De sorte qu’il ne resta plus un seul indien aux alentours des mines d’or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l’Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l’inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l’épaisseur du minerai noir

in Le livre d’or de la poésie contemporaine, Marabout Université

Retour au Laogai
La vérité sur les camps de la mort dans la Chine d’aujourd’hui

Harry Wu est né à Shanghai en 1937. Il a été interné dans des laogai ( » camps de rééducation par le travail « ) pendant 19 ans. Libéré en 1979, il est aujourd’hui citoyen américain. Au risque d’être arrêté à nouveau, il est retourné en Chine pour témoigner des conditions de vie dans les laogai.

On m’autorisa ensuite à passer dans l’atelier de derrière où je découvris un prisonnier presque entièrement caché par une cuve d’un produit chimique destiné à saler les peaux d’agneau. Il s’avança et, à mon grand étonnement, commença à ôter son uniforme. Quand il fut entièrement nu, il descendit dans la cuve et entreprit d’en remuer le contenu avec son corps. .J’eus un frisson en pensant à l’effet que ce produit avait sur sa propre peau. .Je réussis à prendre quelques photos à la dérobée. Gao remarqua cependant l’intérêt que je prenais aux prisonniers.
– Laissez moi vous expliquer, dit il. Aux États Unis, ils ont leurs lois, et ils voudraient les imposer à la Chine.

Harry Wu et George Vecsey, Retour au Laogai, 1996
Éd. Belfond 1997 pour la traduction française.