Archive for the ‘Livres’ Category

Les cerfs-volants de Kaboul

jeudi, septembre 3rd, 2015

J’ai terminé hier Les cerfs-volants de Kaboul. J’avoue avoir été rarement aussi bouleversée par la lecture d’un roman…

Ne m’a pas été indifférent que l’auteur, Khaled Hosseini, soit né à Kaboul – même si le fait que son père, diplomate, ait vécu avec sa famille dans divers pays (y compris en France, à Courbevoie…). En 1980 (l’auteur a 15 ans), la famille obtient le droit d’asile aux USA – l’Afghanistan est alors occupé par les Russes – où elle vit toujours (infos sur Wikipedia). Dans un tel roman, il m’a paru extrêmement important que l’auteur « sache de quoi il parle », pas seulement par de la documentation… En effet, l’Afghanistan est (presque) aussi important dans l’histoire que le « héros ».

Le « héros » n’en est pas un, d’ailleurs, du moins pas dans le sens où il accomplit des actes héroïques… Au contraire, il ne sait pas se défendre, encore moins défendre une autre personne. C’est lui le narrateur, qui nous conte son enfance « dorée » à Kaboul : son seul ami est le fils d’un serviteur, Hassan. Mais cette amitié va brutalement se terminer lorsqu’il est témoin d’une violente agression contre Hassan… Et tout à fait incapable d’intervenir au secours de son ami. Le remords va le poursuivre toute sa vie, même aux USA où son père et lui (sa mère est morte à sa naissance) parviennent à s’évader en 1981.

L’Afghanistan royaume, république, pays occupé par les Russes, puis gouverné par les talibans, évolue sous nos yeux atterrés… La vie des réfugiés aux USA aussi… Des gens qui ont été professeurs, médecins, importants dans leur pays, se retrouvent à mendier n’importe quel emploi, à tenter, par la brocante, de survivre un peu moins mal.

Le narrateur, devenu adulte, marié, va retourner en Afghanistan à l’appel d’un vieil ami… Bouleversant parcours qui lui permettra, peut-être, de se racheter à ses propres yeux…

Si vous avez déjà lu ce livre, je serais heureuse d’avoir votre opinion… Sinon… J’espère vous avoir donné envie de le découvrir…

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Rentrée des classes…

vendredi, août 28th, 2015

Oui, je sais, je suis un petit peu en avance… Mais comme les Bleues n’ont pas joué hier (elles jouent ce soir contre le Portugal), j’en profite pour vous parler de 2 livres qui viennent de sortir… Bon, d’accord, je ne les ai pas encore lus… Mais vu ce que je connais de leurs auteurs, nul doute que ce soit intéressant… Et drôle !

Le 1er m’est parvenu comme commentaire sur ce blog : merci beaucoup à cette lectrice :

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Nos chers petits, le dernier livre de Patrice Romain (Mots d’excuse, 300 000 exemplaires), paraît le 26 août aux éditions Flammarion. L’auteur y présente une collection de mots adressés cette fois par des professeurs aux parents.

Extraits :

Les illuminés
Suissesse
Priscilla se lève de sa chaise tous les quarts d’heure et souffle dans ses mains pour faire le coucou.

Les obsédés
Gomorrhe
Faissal a trouvé intelligent et spirituel, au cours de notre visite au musée de cet après-midi, de mimer ostensiblement un acte de sodomie sur une statue en marbre. Je lui donne une heure de retenue qu’il devra mettre à profit pour rédiger une lettre d’excuses à l’adresse du gardien qui a dû intervenir.

Les artistes
Moulin rouge
A l’intercours S2 – S3, en ouvrant la porte de ma salle, j’ai surpris Gilbert en train d’effectuer une danse lascive, debout sur une table, tout en ôtant ses vêtements un à un. Alerté par le silence soudain des spectateurs, il s’est retourné. Dès qu’il m’a vue, il a sauté de la table pour retourner à sa place. Ce faisant, il a trébuché et s’est entaillé l’arcade sourcilière. Je l’ai fait accompagner à l’infirmerie.

Les as de la répartie
Remède antiseptique
Eliott est venu hier en cours en bermuda et sandalettes. Je lui ai dit que nous n’étions pas à la plage. Il n’a rien trouvé de mieux ce matin, non seulement de revenir avec la même tenue, mais de déplier une serviette de plage sur sa chaise. Lorsque je lui ai demandé des explications, il m’a dit que c’était pour l’hygiène.
Devant tant de provocation, je l’ai renvoyé de cours avec des exercices à faire.

Les grossiers personnages
Mauvais tirage
Aujourd’hui lundi 7 décembre M4. Cours avec les 3ème D. J’annonce à la classe que je serai non gréviste demain. Isidore se permet de faire à voix haute une remarque pour le moins déplacée, surtout au vu de son niveau en mathématiques : « Putain ! On n’a vraiment pas de cul !

Les tricheurs
Oups !
J’ai mis zéro à l’excellent devoir d’Ingrid, dont la seule erreur a été d’oublier son antisèche dans sa copie double…

Les adeptes de la mauvaise foi
Superstitieux
Lucas refuse de faire le contrôle d’espagnol. Motif invoqué : nous sommes vendredi 13 et il risque d’avoir une mauvaise note. Où va-t-on ?

Contact :
Sandie Rigolt, attachée de presse
éditions Flammarion
01 40 51 34 28
srigolt@flammarion.fr

Blog de l’auteur : http://patriceromain44.blogspot.fr/
Page facebook : https://www.facebook.com/pages/Nos-chers-petits/1624307871183515
Contact auteur : patrice.romain@hotmail.fr

Le second… Son auteur est L’instit’humeurs, dont je suis toujours le blog avec intérêt et amusement, car l’auteur use d’un humour qui me plaît bien…

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Cette fois-ci ce n’est pas un billet que je poste, mais un livre que je livre. Ce ne sont pas quelques heures de travail, que je donne à lire, mais des centaines, un an d’écriture que je propose au lecteur. Imaginez l’inquiétude, visez la tronche de l’inconnue !

C’est que, ce livre, je le revendique ! Il est, d’une certaine manière, le prolongement et la quintessence de ce blog, comme s’il avait lentement infusé durant cinq ans de billets quasi-hebdomadaires. Le désir qui le sous-tend est le même que celui qui court dans les 280 posts de l’instit’humeurs : dire simplement, sincèrement, avec un peu d’humour et de dérision, la vie d’un instit, son quotidien, ses états d’âmes, ses joies, rendre compte d’un métier pas tout à fait comme les autres – parce qu’il s’agit d’enfants qu’on fait grandir. Dire aussi les bizarreries, les incohérences, les carences de l’institution.

Je pense que les collègues se retrouveront dans le livre : ce n’est pas l’histoire d’un instit en particulier, c’est l’histoire de nous tous, il n’y est pas question de l’exception, mais du commun.

Au-delà des enseignants, c’est un livre pour tout le monde, pour les parents, les grands-parents, notamment, et plus largement pour tous ceux qui veulent savoir ce qu’est, pour de vrai, ce métier, loin des clichés et des débats stériles.

Et, comme d’habitude (un peu plus sans doute) j’attends avec impatience et curiosité vos commentaires, sur ce blog ou sur les réseaux sociaux ! Les premiers retours sont très positifs, merci à ceux qui ont déjà lu le livre, merci à ceux qui ont aimé et le mettent en avant, sur les blogs (merci le C.I., merci JR), dans les médias (merci Marianne pour la Une)… Merci de dissiper un peu l’inquiétude !

Voilà. Le livre est à vous.

Lucien.

http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/08/23/vis-ma-vie-dinstit-sans-gif-anime.html

Bonnes lectures !

La fille du temps…

samedi, août 8th, 2015

C’est un polar tout à fait particulier que j’ai lu cette semaine, emprunté à la bibliothèque par hasard…

Jamais entendu parler de Josephine Tey, l’auteur… dont j’ai vu sur Internet qu’elle avait remporté des prix du « meilleur roman policier », entre autres pour ce titre… écrit en 1951 et traduit en français en 1969 ! Écossaise, elle est née (sous le nom d’Elizabeth Mackintosh) en 1896 et décédée en 1952 : une chance pour nous qu’elle ait eu le temps d’écrire ce roman !

Un « polar historique »… Mais qui n’a rien à voir avec les autres polars historiques… car l’enquête se fait dans l’Histoire, et non dans des personnages de roman…

Donc… de quoi est-il question ?

L’inspecteur Grant, cloué sur son lit d’hôpital, s’ennuie énormément. Pour le distraire, une amie lui apporte toute une série de reproductions de portraits. L’inspecteur est fasciné par l’un d’eux : il se targue de deviner la personnalité à partir du visage, ce qui lui a valu de nombreux succès lors de ses enquêtes, et ce personnage lui paraît riche de qualités et de possibilités… Aussi, quelle n’est pas sa surprise quand, retournant le portrait, il découvre qu’il s’agit de Richard III (1452-1485), le roi maudit qui fit assassiner ses deux neveux (« les Enfants de la Tour de Londres ») ! Pourrait-il s’être trompé à ce point dans son analyse du portrait ?
Il ne veut pas y croire, et va commencer par lire divers livres d’Histoire parlant du roi, lesquels le décrivent tous comme un odieux criminel. Mais, heureusement, son amie va lui envoyer un étudiant d’Histoire, lequel va commencer une longue enquête sur l’histoire de ce roi universellement décrié… L’étudiant découvre des documents d’époque… qui se contredisent parfois…

Nous suivons donc la patiente quête des deux hommes, leurs réflexions, leurs déceptions parfois… L’enquête rebondit à diverses reprises, lors de la découverte d’un nouveau document, ou lors du raisonnement de l’inspecteur. A la fin, le lecteur saura (presque) tout sur la véritable histoire de Richard III… Et n’aura qu’une envie : retrouver dans des textes d’Histoire si le roman dit vrai… Mais… dans les articles en français que j’ai consultés, le roi est toujours accusé ou soupçonné du meurtre de ses neveux… Peut-être dans des articles anglophones trouve-t-on d’autres échos…

D’autant que… c’est une histoire d’actualité !!! En effet, le 26 mars 2015, les restes du roi ont été inhumés dans la cathédrale Saint Martin de Leicester…

Un dernier mot, sur le titre : il n’y a aucune « fille » dans l’histoire ! Le titre fait référence à un « vieux proverbe » cité en exergue :

« La vérité est la fille du temps »…

Portrait sur wikipedia

Panne de blog…

jeudi, avril 30th, 2015

26 février : date de mon dernier billet… Pas très étonnant que le nombre de mes lecteurs diminue de manière dramatique : de plus de 5000 visites mensuelles, me voilà redescendue à 3200…

Il faut dire que…

D’une part, j’ai été durablement choquée par les assassinats à Charlie Hebdo… et que cela m’a conduite, dans un premier temps à chercher sur internet des dessins faits dans les jours qui ont suivi ; et, dans un deuxième temps, à les réunir en un album… Vu que, finalement, j’ai collationné environ 700 dessins… cela m’a pris beaucoup de temps ! Et cela m’a occupé beaucoup l’esprit !

D’autre part…

D’autre part, je n’ai plus – à ma connaissance – de lecteurs « habituels » : les seuls commentaires que je reçois sont, presque toujours, en écho à « Comment faire travailler un enfant ? », question à laquelle je ne veux plus répondre – sauf exceptions rarissimes – pour les raisons que j’ai déjà exposées.

blogdeprof ne mérite plus son nom, je le sais bien : bientôt 6 ans que je ne suis plus prof ! Mais je n’ai aucune envie de créer un nouveau blog… Quand celui-ci sera mort, faute de lecteurs… je le fermerai…

* * *

Mon dernier billet parlait de livres, et du Japon… Restons-en donc aux livres et au Japon…

Car j’ai découvert Haruki Murakami… et ne m’en lasse pas !

Le premier titre lu, Le passage de la nuit, m’a fascinée : ce roman où s’entrecroisent plusieurs histoires, rythmées par le temps, où le lecteur, pris à parti, se retrouve voyeur de scènes impossibles (au point de passer derrière l’écran de télévision) m’a envoûtée… et j’ai eu envie de lire d’autres œuvres du même auteur…
Par exemple : Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ; retour vers le passé, mais qui m’a moins durablement marquée que L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, où un homme va oser affronter ses amis de jeunesse, qui l’ont « banni » sans qu’il sache jamais pourquoi…

Entre temps, j’avais pris à la bibliothèque le premier tome de 1Q84… Plus d’autres livres en rayon, mais je n’étais vraiment pas sûre du tout de m’intéresser au point de lire 3 tomes…
Eh bien ! Une fois le premier tome terminé, je me suis empressée d’aller chercher les 2 suivants ! Ce monde presque « normal » où se produisent d’étranges phénomènes que ne voient apparemment pas les gens, ces personnes d’un univers « décalé » qui peinent à comprendre ce qui leur arrive, la quête des deux « héros » en recherche de leur amour d’enfance, tout m’a fascinée ! Et j’ai dévoré les 3 tomes en un peu plus d’une semaine…

Je crois pourtant que celui que j’ai le plus aimé est Kafka sur le rivage. Là encore, une quête, là encore 2 univers qui se côtoient et parfois se pénètrent, des « réalités » qui s’entrecroisent, des personnages attachants…

Pour terminer, j’avoue que j’ai moins apprécié La fin des temps : 2 univers là encore… mais je n’y ai pas réellement pénétré, ni dans l’un ni dans l’autre…

Je serai heureuse si un autre lecteur – une autre lectrice – me donnait son avis sur cet auteur…

Dépaysements (suite…)

jeudi, février 26th, 2015

Je poursuis mes lectures dépaysantes, me baladant d’un continent à l’autre, parfois d’une époque à l’autre…

Mention spéciale à Le Chinois, d’Henning Mankell, qui allie ces deux sortes de voyages :
L’auteur nous conduit d’abord dans un petit village suédois, où l’on découvre que presque tous les habitants (une quinzaine) ont été tués… La fille adoptive d’un couple assassiné retrouve de vieilles lettres du siècle dernier, émanant d’un membre de la famille parti aux USA et travaillant à la construction de voies ferrées.
Mankell nous emmène donc un siècle plus tôt, mais pas aux USA (enfin, pas tout de suite…) : en Chine ! Puis aux USA.
Retour dans la Suède d’aujourd’hui, puis voyage en Chine et en Angleterre…
Dépaysements garantis !

On voyage aussi dans le temps avec Un train d’or pour la Crimée, de Michael Crichton, polar et roman historique. L’histoire part d’un fait authentique : le vol dans un train, en 1855, de 12 000 livres d’or en barre destinées au paiement des soldats anglais combattant en Crimée. Crichton relate minutieusement les préparatifs de ce « casse », à partir des comptes-rendus du procès. Mais là où, à mon avis, il devient passionnant, c’est dans sa description de la société anglaise, et de ses transformations dues aux débuts de l’industrialisation… et au chemin de fer ! C’est toute une ambiance (victorienne) qui se met en place sous les yeux du lecteur. J’ai vraiment beaucoup aimé !

Un petit (re-)tour en Chine ? De He Jiahong, Crimes et délits à la bourse de Pékin : roman policier là encore, auquel j’ai trouvé quelques longueurs (entre autres, la partie qui se passe aux USA). Mais ce qui m’a beaucoup intéressée, ce sont les destins croisés des personnages, dont la jeunesse s’est passée sous le régime maoïste : étudiants forcés d’aller passer des années dans les champs, loin de leurs familles, « révisionnistes » tués en assemblée par des « communistes » furieux, engagements dans l’armée « révolutionnaire »… Des ados, des jeunes, dont la vie sera brisée par ces expériences, et qui devront, pour survivre, se créer d’épaisses carapaces…

Allez, un petit dernier : japonais, cette fois : La hache, le koto et le chrysanthème, de Seishi Yokomizo. Encore un polar… Outre l’histoire elle-même (problèmes d’héritage d’un homme propriétaire d’un trust important), c’est le cadre historique qui m’a intéressée : le Japon d’après-guerre (1949), où des armées combattent encore en Birmanie, où de nombreuses personnes ont été déplacées, où les villageois se montrent d’une méfiance extrême vis-à-vis de nouveaux arrivants. Et le Japon d’avant, aussi : l’homme dont on doit lire le testament ne s’est jamais marié, mais a eu 3 filles de 3 concubines… auxquelles il ne s’est jamais beaucoup intéressé d’ailleurs…

Si vous avez lu l’un de ces romans, je serai ravie de savoir ce que vous en avez pensé !

My Bony is over the ocean…

mercredi, janvier 21st, 2015

… Et même plusieurs océans, vu qu’il est australien…

J’ai déjà évoqué ici Bony, de son vrai nom Napoléon Bonaparte…

Ah ! Mais non ! Pas celui-là ! Un homonyme imaginé par Arthur Upfield à la fin des années 20. D’après ce que j’ai lu (quatrièmes de couverture et notes de l’éditeur), l’auteur, anglais, a été envoyé par ses parents en Australie en 1907 (il a 19 ans), histoire de lui former un peu le caractère… trop indiscipliné… Coup de foudre pour ce pays-continent ! Il en part cependant pour la guerre de 14, mais y retourne après la guerre et sillonne le continent. Il se fait un ami d’un traqueur de la police, métis aborigène… Et commence à écrire… Quand les 2 amis se séparent, ils échangent quelques livres ; parmi ceux reçus par Upfield, une biographie de Napoléon Bonaparte… C’est ainsi qu’il baptise le héros de ses romans en cours d’écriture, et qu’il en fait un métis aborigène, s’inspirant dans ses histoires des récits de son ami… Une trentaine de romans conteront les enquêtes de l’inspecteur Bonaparte…

C’est ma principale qui m’avait fait découvrir ce héros pour le moins inhabituel… Merci à elle ! A vrai dire, j’ai du mal à comprendre pourquoi il a fallu 50 ou 60 ans pour que ces romans soient traduits en français – et jamais, à ma connaissance, réédités !

Aussi, quand j’ai vu que le bouquiniste du marché présentait des romans de cette collection (dont les couvertures, superbes, sont des détails d’œuvres aborigènes), je me suis empressée d’acquérir tous ceux que je voyais ! Et le bouquiniste m’en a présenté d’autres dernièrement… Ma collection (sans doute incomplète) se monte donc à 24 ouvrages…

Ce qui me fascine dans ces romans, c’est d’une part la description d’un pays aux dimensions très inhabituelles pour nous (les éleveurs y ont des propriétés de milliers d’hectares, il y a parfois une centaine de kilomètres entre 2 habitations isolées…), au climat tout aussi étrange, aux paysages surprenants (par exemple, ces lacs qui apparaissent une dizaine d’années, assez profonds pour y héberger toute une faune, et disparaissent soudainement pour 30 ans ou plus…). D’autre part, la description de personnages hors du commun : des descendants des colons, formés à une vie très dure, vu l’isolement dans lequel ils vivent, des immigrés d’Asie ou d’ailleurs… Et surtout, surtout, des aborigènes, plus ou moins « intégrés », dont Upfield a minutieusement étudié les croyances, les rites, les manières de vivre… Bien que son personnage principal, Bony, soit un métis intégré (et tiraillé entre ses deux ascendances), la critique de « l’intégration » plus ou moins forcée des aborigènes est patente : elle a transformé des tribus libres et itinérantes en groupes agglutinés aux abords des villes, totalement dépendants des Blancs… et de l’alcool…

Les romans ne sont pas tous d’un intérêt égal : vu le nombre, cela n’a rien d’étonnant ! Mais ils nous font voyager, découvrir des lieux et des gens difficilement imaginables pour des Européens…

Comme dans les romans de Tony Hillerman (lequel sacre Upfield « inventeur du roman policier ethnologique ») qui se situent en territoire navajo, le fait que l’auteur soit étranger à la culture et à la géographie du pays qu’il décrit accentue ses particularités ; un « polar » chinois ou japonais, par exemple, nous dépayse moins, dans la mesure où l’auteur décrit un monde où il vit, qui lui est « naturel ».

J’espère très fort que vous aurez l’occasion de faire connaissance avec Bony… Et qu’il aura droit à quelques rééditions !

Liberté…

dimanche, janvier 11th, 2015

« Pour un artiste, toutes les formes d’engagement sont une entrave : que ce soit pour son Église, dans un groupe politique et même pour son pays. Ils réduisent ton espace de liberté, et sans liberté il n’y a pas d’art… »

« Si ici à Amsterdam les gens admettent que chacun croie en son Dieu et interprète différemment les mêmes paroles sacrées, tu dois profiter de cette occasion qui est unique dans l’histoire de l’homme, car cette situation ne va certainement pas durer et je doute qu’elle se répète avant longtemps, parce que ce n’est pas normal : il se trouvera toujours des illuminés disposés à s’approprier la vérité et à essayer de l’imposer aux autres… Je ne t’enjoins pas de faire quelque chose, je te demande seulement de réfléchir : la liberté est le plus grand bien de l’homme, et ne pas s’en servir quand il est possible de le faire, c’est une chose que Dieu ne peut pas nous demander. En revanche, renoncer à la liberté est un terrible péché, presque une offense à Dieu. Mais tu dois déjà savoir que tout a un prix. Et celui de la liberté est généralement très élevé. Parce qu’il y aspire, même là où la liberté existe – ou là où on dit qu’elle existe, ce qui est le plus fréquent – l’homme prend le risque de beaucoup souffrir, car il se trouve toujours des individus pour comprendre la liberté différemment, comme cela arrive avec les idées sur Dieu, et le comble, c’est qu’ils vont jusqu’à penser que leur conception est la seule correcte, et décident donc d’utiliser leur pouvoir pour que les autres pratiquent la liberté à leur façon… Ce qui signifie la fin de la liberté : car personne ne peut te dire comment tu dois en jouir… »

Ces paroles, je les ai rencontrées ces derniers jours, dans le roman Hérétiques de Leonardo Padura. L’auteur les met dans la bouche de Rembrandt, en 1644, lequel s’adresse à un jeune élève juif… dont la religion condamne les images…

Merci à cet auteur, merci à tous les artistes passés, présents et à venir, qui ont pris, prennent ou prendront ce risque…

Lecture, quand tu nous tiens…

lundi, octobre 27th, 2014

J’aime lire… C’est mon moindre défaut…

Peut-être l’aviez-vous deviné ?

Quand j’étais petite (ben oui, j’ai été petite… il y a longtemps !), en mangeant, je lisais les étiquettes des bouteilles ou autres emballages posés sur la table… J’ai d’ailleurs conservé ce goût de lire en mangeant… Mais je ne me fais plus disputer (un avantage de vivre seule…) ! Par contre, je n’ai jamais imité le narrateur de La gloire de mon père… Ma grand-mère m’avait offert ce livre quand j’avais une dizaine d’années, et un passage m’avait fascinée : le narrateur profite du temps solitaire dans le cabinet de toilette… pour lire Les pieds nickelés, à grand renfort de bruits d’eau et de tuyauteries…
Mon amour de la lecture m’a portée, en 2nde,… à lire Arsène Lupin ou Sherlock Holmes pendant certains cours… Inutile de dire que je n’ai jamais autorisé ce type de comportement à mes élèves… sauf aux heures de lecture, évidemment !

Donc, j’aime lire… Et quand je tombe sur un livre qui me passionne, c’est le bonheur. Et quand, deux semaines de suite, je découvre un roman que je classe ****, c’est la fête !

Après le polar mongol, je suis donc partie à l’assaut de La vérité sur l’Affaire Harry Quebert, de Joël Dicker. Il vaut mieux aimer lire pour l’attaquer, car il pèse tout de même 672 pages…

Le narrateur est un jeune écrivain qui a remporté un grand succès avec son premier roman, a profité de sa célébrité toute neuve (et de l’argent qui l’a accompagnée)… mais ne parvient pas ensuite à vaincre les affres de la page blanche, malgré les pressantes invites de son éditeur. Il se souvient alors d’un ami un peu oublié (son seul ami, en fait…), auteur à succès lui aussi, qui a été son professeur.
Mais, peu après sa visite à son ami Harry, il apprend qu’on a retrouvé dans son jardin les restes d’une jeune fille disparue 33 ans plus tôt, et que Harry a été arrêté. Il vole à son secours…

Un polar ? Oui, puisque le narrateur va enquêter sur cette jeune fille, interroger les uns et les autres, découvrir des bribes d’indices ici ou là. Avec fausses pistes et silences butés des villageois vis-à-vis de cet « étranger ».

Mais pas seulement : une histoire d’amitié, des histoires d’amour, des drames familiaux… Et des réflexions que j’ai trouvé très intéressantes sur l’écriture… J’avoue ne pas avoir lâché le bouquin pour les 150 ou 200 dernières pages…

Dans un genre très différent, j’ai apprécié La fractale des raviolis, de Pierre Raufast (260 pages… qui se lisent assez vite !) : une fractale, en effet, car l’histoire des raviolis en contient une autre, qui en contient une autre, etc.. Construction en poupées russes, donc. Bien ficelé et agréable par la variété des sujets abordés.

Par contre, je ne sais pas si La chambre silencieuse de Herbjorg Wassmo est intéressant ou non : je me suis accrochée pourtant une dizaine de pages. Mais l’édition poche (Babel) vise sans doute des lecteurs ayant de meilleurs yeux que les miens : une quarantaine de lignes par page, quand les « poche » n’en contiennent généralement qu’une trentaine…

A part ça, je me suis replongée dans la lecture – ou relecture – d’Arturo Perez-Reverte… que décidément j’apprécie beaucoup !

Je serais heureuse si vous aviez des avis sur ces romans… Ou sur d’autres, que je pourrais découvrir grâce à vous (et à la bibliothèque de mon village).

Polar mongol…

jeudi, octobre 2nd, 2014

Je viens de terminer Yeruldelgger, de Ian Manook… Un polar impressionnant… 542 pages pas faciles à lâcher…

Yeruldelgger, commissaire mongol, vient de parcourir des heures de pistes pour répondre à l’appel d’un policier… Qui lui montre une pédale à demi enterrée…

« Et c’est pour ça que tu m’as fait venir ?
– Oui, commissaire…
– Tu m’as fait faire trois heures de piste depuis Oulan-Bator pour une pédale qui sort de terre ?
– Non, commissaire, c’est pour la main !
– La main ? Quelle main ?
– La main sous la pédale, commissaire. »

Vous avouerez que pour un début (3ème page), c’est un début qui promet !

Donc, sous la pédale, il y a une main… Des enfants de nomades, intrigués, ont creusé autour de la pédale et ont vu une main d’enfant… Et ils ont tout réenterré scrupuleusement « pour ne pas polluer la scène du crime »… Comme dans le feuilleton Les Experts Miami qu’ils regardent régulièrement…

Attention ! Ce polar n’a rien de comique ! Mais l’auteur ne dédaigne pas l’humour, de temps à autre…

Les enquêtes, en tous cas, n’ont rien de drôle : cette enfant enterrée, mais aussi 3 hommes tués et émasculés, 2 femmes tuées et tondues… Voilà les points de départ…

Mais – l’avouerai-je ? – ce que j’ai le plus apprécié, ce sont ces plages de calme, de pays mongol, de traditions, de chamanisme… Non seulement elles nous permettent de découvrir un pays inconnu (pour moi), mais encore elles permettent au lecteur de reprendre son souffle entre deux actions ou deux atrocités… On apprend beaucoup sur la vie en Mongolie, en ville ou dans les yourtes, sur les coutumes qui survivent ou s’effacent. Sur la distance infinie entre nos modes de pensée européens et ceux de gens à l’autre bout du monde qui ont une autre histoire, d’autres héros, d’autres références culturelles. J’apprécie les romans qui nous font voyager…

Pour en savoir plus sur ce passionnant roman (en attendant de le lire…),

– un article du Salon Littéraire ;
– sur le même site : Dix bonnes raisons de ne pas lire « Yeruldelgger » de Ian Manook, par l’auteur lui-même (où l’on apprend d’ailleurs qu’il s’appelle Patrick Manoukian : Manook Ian…) ;
– enfin, une interview de l’auteur : Le prix Quais du Polar/20Minutes 2014 est attribué à… Ian Manook.

Bonnes lectures !

Note de lecture (toute petite…)

samedi, mars 8th, 2014

Lu 2 polars de Ake Edwardson (Suédois) : récits bien menés, lenteurs de l’enquête vraisemblables, personnages principaux « humains »…

Et, au passage, un peu d’humour, ce que j’apprécie souvent.

Je ne peux résister au plaisir de vous citer cette phrase de Danse avec l’ange : le commissaire suédois se rend, pour l’enquête, à Londres et loge dans un hôtel qu’il apprécie pour y avoir fait auparavant plusieurs séjours :

« La salle de bain était fonctionnelle, ce qui la rendait remarquable en Angleterre : on pouvait tourner les robinets sans avoir auparavant étudié l’art des canalisations gréco-romaines. »

J’ignore tout des hôtels anglais, mais j’apprécie la manière dont est tournée la critique, qu’elle soit ou non justifiée…