Archive for the ‘Livres’ Category

Erreur de diagnostic…

mardi, mars 4th, 2014

Le 5, lundi de la Pentecôte, à 8 heures 1/2 du soir, Mde Lemire, la jeune, de Nanteuil, est morte une demie heure après être accouchée d’un garçon (qui a été ondoyé et est mort un instant après) quoique les médecin et chirurgien (Alboy le fils) ayant toujours soutenu qu’elle n’était pas enceinte mais qu’elle était poulmonique, la traitant de petit génie à cause qu’elle leur soutenait toujours qu’elle était enceinte, jusqu’au moment où elle a accouché. Ils la traitèrent donc comme poulmonique et la firent malheureusement mourir, la réduisant comme un véritable squelette. Malgré cela, l’enfant vint au monde aussi défigurable que sa mère, comme pour confondre l’ignorance et l’orgueil des médecins et chirurgien qui la traitèrent (j’ai scu depuis que l’enfant était mort il y a longtemps ; malgré cela on l’a enterré avec sa mère).

Rassurez-vous : au cas où vocabulaire et orthographe ne vous l’auraient pas signalé, cette « légère » erreur de diagnostic ne date pas d’hier : il s’agit du 5 juin 1786…

Cela n’enlève rien à l’horreur de l’histoire… J’ai cru un moment que l’erreur venait du fait que les « médecin et chirurgien » avaient jugé la femme trop âgée pour être enceinte… mais les registres de Nanteuil-le-Haudoin (Oise) lui donnent 27 ans… Ils ne font d’ailleurs aucune mention de l’enfant (ondoyé et non baptisé, je suppose qu’il n’avait pas sa place dans les « BMS » (Baptêmes, Mariages, Sépultures). Et le décès est daté du 6, et non du 5.

L’extrait ci-dessus provient de Le journal d’un maître d’école d’Ile-de-France, 1771-1792, Silly-en-Multien, de l’Ancien Régime à la Révolution. Je l’avais commandé il y a 2 ou 3 mois, d’après un petit article de la Revue Française de Généalogie. Je me réjouissais de découvrir, « en vrai », comment travaillait un maître d’école à l’époque… Las ! L’ayant feuilleté, je vis qu’il n’était nullement question d’enseignement… Déçue, je l’abandonnai, et ne le repris que la semaine dernière…

L’auteur, Pierre Louis Nicolas Delahaye (dont figure ci-dessous la signature) était donc maître d’école et clerc : en tant que tel, il enregistrait scrupuleusement les actes religieux, mais pas seulement : notations météorologiques, événements de Silly et d’ailleurs, vie du village, achats et dépenses, etc.. Par la suite, il a repris ses notes et en a fait une autre version, plus élaborée, qui nous est présentée dans ce livre.

Les premières pages ne sont pas passionnantes : on a l’impression que l’auteur parle essentiellement d’argent (celui qu’il reçoit, celui qu’il dépense). La question d’argent est présente tout au long, mais je me suis vite intéressée à la vie de ce village, contée au jour le jour – ou presque. Fin de l’Ancien Régime (disettes et soulèvements populaires), premières années de la Révolution (et tous les changements apportés dans la vie du village) : le lecteur suit l’évolution au quotidien, émaillée de réflexions personnelles. Échos aussi de ce qui se passe à Paris (ou du moins des rumeurs qui en parvenaient), Grande Peur, fuite du roi à Varennes… On regrette que la suite du cahier (jusqu’en 1803) se soit perdue…

Reste que, concernant l’école… les renseignements sont rares et succincts, hormis pour les fêtes religieuses (Saint-Nicolas par exemple…) auxquelles les enfants sont conviés (et pour lesquelles ils ont congé…). Dommage…

Sorj Chalandon (suite)

samedi, janvier 25th, 2014

Bon.
Suite à mon coup de foudre pour Le quatrième mur, j’ai donc raflé tous les romans de Sorj Chalandon à la bibliothèque. et m’y suis attelée sans perdre un instant…

J’ai commencé, au hasard, par Mon traître.

Le titre m’a très vaguement évoqué quelque chose. Il faut avouer que le possessif « mon » s’allie mal, a priori, avec le mot « traître ». Que faut-il entendre ? Celui qui m’a trahi ? Le (seul) traître que j’ai(e) connu ?

Les deux, bien sûr… Le narrateur est un luthier parisien, qui va prendre fait et cause pour l’Irlande et l’IRA, et se lier d’amitié avec plusieurs combattants. Dont un… le traître…

Aucun souvenir précis au fil des pages… Mais la certitude que je l’avais lu… Heureusement, ma base de données (je lis tellement, et oublie tellement, que je note mes lectures grâce au petit logiciel gratuit Book’In) m’a précisé que j’avais lu ce roman en mai 2010… Et qu’il m’avait bien plu… Mais… à mon avis, il ne supporte pas la « comparaison » avec Le quatrième mur

J’ai attrapé ensuite La légende de nos pères. Et là, dès le premier chapitre, j’ai su que je l’avais lu (en mai 2010 aussi : j’avais vraiment apprécié l’auteur… alors que son nom ne me disait plus rien en 2014 !). Aucun souvenir de l’histoire… mais celui des chaussures rouges d’une protagoniste…

Narration à la première personne, là encore : un biographe, qui écrit à la demande des récits de vie et les fait imprimer. C’est un ancien résistant de la guerre de 39 qu’il écoute, cette fois, à la demande de la fille dudit (celle aux chaussures rouges). Mais le récit qu’il écoute est perturbé par les souvenirs de son propre père, résistant lui aussi, puis déporté. Et, contrairement à son rôle habituel, qui est d’écouter, de transcrire et de rendre le récit « lisible », il va enquêter, chercher « la vérité »…

Celui-là aussi, je l’avais apprécié il y a 4 ans… Beaucoup moins cette année : il m’a paru presque « bavard »…

J’ai attaqué alors Une promesse (prix Médicis 2006) : narration à la 3ème personne, cette fois. Des gens qui se rendent, un par un, dans une maison fermée, où ils accomplissent quelques tâches ordinaires (nettoyage, changement de draps, renouvellement de fleurs…). L’étrange est qu’ils semblent vaquer dans une maison vide, alors qu’un couple âgé les observe, de l’intérieur, et commente leur venue… Même si le lecteur pressent ce qui se passe, il ne le saura vraiment qu’à la fin, bien sûr.

Je me suis laissée prendre à ce récit, tout en regrettant l’aveu de « culpabilité » à la fin d’un des protagonistes : il m’a semblé tout à fait inutile, superflu.

Et j’ai terminé avec Retour à Killybegs (Grand prix du roman de l’Académie Française 2011) : ce roman reprend l’histoire de Mon traître, mais cette fois, c’est le traître le narrateur… Une narration beaucoup plus « épurée » que dans Mon traître, en ce sens que le narrateur décrit beaucoup moins ses sentiments, et beaucoup plus les faits marquants de son histoire personnelle. J’ai eu un peu l’impression que l’auteur, au fil de ses romans, dépouillait de plus en plus ses récits, et que ceux-ci gagnaient en force d’évocation. J’ignore si l’on peut lire celui-ci avant Mon traître : il me semble qu’on perdrait alors des éléments de l’histoire, et des rapports entre les personnages.

Bilan de mes lectures-relectures : Le quatrième mur (Prix Goncourt des Lycéens 2013) est vraiment un très très grand roman, à mon sens. Mais les autres méritent le détour…

Bonnes lectures !

De la guerre et de la paix…

samedi, janvier 18th, 2014

Ouf !

Je viens de terminer Le quatrième mur, de Sorj Chalandon.

Et mon Ouf ! n’est pas de soulagement : c’est plutôt celui que l’on pousse après avoir reçu un coup de poing dans le ventre.

Et que j’aurai poussé plusieurs fois au cours de ma lecture.

La preuve : j’ai mis plus de 2 jours à lire ces 327 pages…

Pour la lectrice rapide que je suis, c’est énorme !

Non que le roman m’ait ennuyée, bien loin de là ! Mais l’auteur m’a imposé son rythme, bien particulier.

(J’avais découvert, en lisant Le tambour, que l’auteur pouvait imposer un rythme de lecture au lecteur… Fascinante découverte ! Je m’étais aperçue qu’en lisant les différents récits de l’histoire de la tête de cheval, de plus en plus courts, je les lisais de plus en plus vite… Je suis, depuis, pleine d’admiration pour ces auteurs qui m’imposent leur rythme…)

Dans Le quatrième mur, la lecture rapide est impossible, à mon sens. D’abord, parce qu’on risquerait de manquer quelque chose. Ensuite, parce que c’est un récit très fort, et qu’on a besoin de respirer un peu après chaque coup dans l’estomac. Impossible, à mon sens, de le lire plusieurs heures d’affilée.

Et, surtout, parce qu’à mon avis, il n’y a pas un mot de trop, ni un mot de moins. Impression que le récit est ciselé, sans une bavure, sans une scorie, sans une écorchure. Œuvre pleine et entière, impossible d’en retrancher ou d’y ajouter quoi que ce soit.

Un chef-d’œuvre !

De quoi s’agit-il ? Voici la 4ème de couverture de Sorj Chalandon :

« L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne… »

Projet insensé, même pour un narrateur très engagé politiquement dans les années 70… Qu’il va tenter, malgré tous les obstacles, de réaliser…

Je ne peux pas dire que c’est un livre « émouvant », car il me semble que l’auteur ne cherche absolument pas à émouvoir. Récit au scalpel, plutôt… Et bouleversant.

J’ignorais, jusqu’à jeudi, jusqu’au nom de cet auteur, pourtant plusieurs fois récompensé. Mais je vais mettre les bouchées doubles, et ai raflé hier tous ses romans à la bibliothèque…

Merci, grand merci à l’ancienne bibliothécaire qui m’a prêté ce roman. Elle m’a fait découvrir tant de livres, tant d’auteurs, depuis 13 ans…

Si vous l’avez lu, si je vous ai donné envie de le lire, je serais heureuse de lire vos commentaires…

Enigme (6… et fin !)

samedi, juin 8th, 2013

Eh oui ! La particularité de ce roman, La disparition, de Georges Perec, est que l’auteur a réussi le tour de force d’écrire un roman de plus de 300 pages (dans l’édition de Gallimard, collection L’imaginaire, de 1996) sans un seul E !
La lettre la plus fréquente dans notre langue (14,715 %), suivie – de loin ! – par le S (7,948 %) !

Je craignais un peu d’en aborder la lecture… mais, si l’on trouve parfois quelques accumulations de termes plus ou moins « exotiques », s’il arrive que l’auteur « triche » un peu (écrive par exemple « l’arbin » au lieu de « le larbin »), dans l’ensemble, ce roman se lit… comme un roman !

Effectivement, comme indiqué à la page 217, il n’y a pas un mot qui soit dû au hasard, tant la contrainte imposée est difficile à respecter !

(Au passage, je vous conseille aussi, du même auteur, W ou le souvenir d’enfance : récit autobiographique de l’enfance d’un enfant juif dans la tourmente des années 40… Et, bien sûr, La vie mode d’emploi, que je tiens personnellement pour un des 10 meilleurs romans, toutes époques et tous pays confondus, que j’aie jamais lus…)

Enigme (5)

vendredi, juin 7th, 2013

Cette double découverte des personnages va en introduire une troisième… Las ! Le personnage va en mourir !

Ottavio Ottaviani […] lut, sur un ton plutôt froid :
Ondoyons un poupon, dit Orgon, fils d’Ubu. Bouffons choux, bijoux, poux, puis du mou, du confit ; buvons, non point un grog : un punch. Il but du vin itou, du rhum, du whisky, du coco, puis il dormit sur un roc. L’infini bruit du ru couvrit son son. Nous irons sous un pont où nous pourrons promouvoir un dodo, dodo du poupon du fils d’Orgon, fils d’Ubu.
[…]
– Mais voyons, Savorgnan, il n’y a pas un « a » dans tout ça !
[…]
– Par surcroît, ajouta Aloysius, il n’y a qu’un « y » : dans « Whisky » !
[…]
S’affaissant, Ottavio Ottaviani murmura d’un ton mourant :
– Mais il n’y a pas non plus d’

Enigme (4)

jeudi, juin 6th, 2013

Deux clés suivent le passage de la page 296 :

Ottavio Ottaviani […] lut, sur un ton plutôt froid :
Ondoyons un poupon, dit Orgon, fils d’Ubu. Bouffons choux, bijoux, poux, puis du mou, du confit ; buvons, non point un grog : un punch. Il but du vin itou, du rhum, du whisky, du coco, puis il dormit sur un roc. L’infini bruit du ru couvrit son son. Nous irons sous un pont où nous pourrons promouvoir un dodo, dodo du poupon du fils d’Orgon, fils d’Ubu.

[…]
– Mais voyons, Savorgnan, il n’y a pas un « a » dans tout ça !
[…]
– Par surcroît, ajouta Aloysius, il n’y a qu’un « y » : dans « Whisky » !

Enigme (3)

mercredi, juin 5th, 2013

Encore une aide ? Allons, à la page 296, on peut lire :

Ottavio Ottaviani […] lut, sur un ton plutôt froid :
Ondoyons un poupon, dit Orgon, fils d’Ubu. Bouffons choux, bijoux, poux, puis du mou, du confit ; buvons, non point un grog : un punch. Il but du vin itou, du rhum, du whisky, du coco, puis il dormit sur un roc. L’infini bruit du ru couvrit son son. Nous irons sous un pont où nous pourrons promouvoir un dodo, dodo du poupon du fils d’Orgon, fils d’Ubu.

Enigme (2)

mardi, juin 4th, 2013

Bon, une autre aide (p. 68) :

Il dit « Portons dix bons whiskys à l’avocat goujat qui fumait au zoo ».

Cette phrase vous fera peut-être penser, si vous êtes familiers avec les tests de polices de caractères, aux pangrammes suivants :

Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume.
Servez un whisky à ces deux petits juges blonds qui fument.

(On boit souvent du whisky, dans les pangrammes…)

Enigme…

lundi, juin 3rd, 2013

Je viens de lire un roman dont j’avais beaucoup entendu parler, mais que je n’avais pas encore lu.

Roman d’aventures, mais qui pose une énigme. Deux énigmes, à vrai dire : une aux personnages… et une aux lecteurs…

Et me vient l’envie de tester si un lecteur trouve le mot de l’énigme… (je le connaissais avant d’entamer la lecture, donc j’étais hors-jeu !)

Voici les 2ème et 3ème paragraphes dudit roman :

Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo ; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.

Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu’un glas, plus sourd qu’un tocsin, plus profond qu’un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.

Le roman offre de nombreuses pistes. En voici une, qui vous aidera peut-être (p. 217) :

« […] il y a là, pour moi, quasi la Loi du roman d’aujourd’hui : pour avoir l’intuition d’un pouvoir imaginatif sans limitation, allant jusqu’à l’infini, s’autonourrissant dans un surcroît colossal, dans un jamais vu allant toujours croissant, il faut, il suffit, qu’il n’y ait pas un mot qui soit fortuit, qui soit dû au hasard, au tran-tran, au soi-disant naïf, au radotant, mais, qu’a contrario tout mot soit produit sous la sanction d’un tamis contraignant, sous la sommation d’un canon absolu ! »

Alors ? Des réponses ???

(Peut-être, s’il y a des réponses justes, ne les afficherai-je pas tout de suite… pour faire durer le « suspense »…)

Re-Lectures…

lundi, janvier 28th, 2013

Momentanément en panne de nouvelles lectures, je suis repartie dans ma bibliothèque – section étranger. Allez savoir pourquoi, j’avais envie d’un auteur anglais ou américain…

C’est ainsi que je suis « tombée » sur Pourquoi j’ai mangé mon père, de Roy Lewis. Vous connaissez ? C’est un ancien élève qui me l’avait fait découvrir ; j’ai peut-être moins apprécié que lui l’humour de ce « roman » : en tant que « visuelle », j’apprécie surtout les « scènes » ; lui, en tant qu' »auditif », avait trouvé hilarants les propos du narrateur…

Pour ceux d’entre vous qui ne connaîtraient pas, un bref aperçu : le narrateur, Ernest, est un pithécanthrope. Son père, très soucieux de l’évolution, invente sans cesse de nouvelles techniques : il découvre le feu (et sa femme la cuisson de la viande, qui fera gagner beaucoup de temps au groupe, auparavant contraint de mastiquer pendant des heures la viande crue pour la rendre digeste), invente l’exogamie, l’habitat dans des cavernes, les vêtements, l’arc… que sais-je encore ? Le tout malgré les violentes diatribes de son frère, dont le mot d’ordre est « Back to the trees ! ».

L’humour tient essentiellement à la langue utilisée, moderne et totalement anachronique :

« Oh, psalmodia père, que ne donnerait-on pour la lumière et l’eau courante ! »

« Je doute de vivre assez vieux pour voir nos énergies s’appliquer plus à fond, et de façon vraiment humaine, aux tâches de l’évolution : vous, vous le verrez peut-être – avec la récompense, l’âge d’or où du pithécanthrope naîtra, enfin, l’homo sapiens ! »

J’avais par contre totalement oublié que la traduction était due, en partie, à Vercors… 30 ans après la parution en anglais (1960). Et la préface de Vercors, qui découvre ce livre sur les conseils de Théodore Monod : « c’est le livre le plus drôle de toutes ces années, mais ce n’en est pas moins l’ouvrage le plus documenté sur l’homme à ses origines », lui dit-il. Et il se réfère au roman de Vercors, Les Animaux dénaturés.

Du coup, j’ai également relu ce dernier titre, que j’avais découvert des années plus tard.

Dans Les Animaux dénaturés, une expédition scientifique anglaise découvre en Nouvelle-Guinée une espèce inconnue de quadrumanes. Des singes ? Oui… mais qui connaissent le feu, vivent dans des cavernes et enterrent leurs morts… Le chaînon manquant ? Des hommes ???

La découverte ébruitée, un industriel envisage de faire travailler ces « animaux », agiles de leur quatre mains et capables d’apprendre… Pour éviter cela, l’expédition va imaginer un moyen de forcer l’Angleterre à trancher : les « tropis » sont-ils des animaux ou des hommes ??? On s’apercevra alors que nulle définition de l’homme n’existe, dans aucune loi au monde…

Cette relecture m’a donné envie d’une autre : La guerre des salamandres, de Karel Capek, que j’ai découvert il y a une bonne trentaine d’années, que j’ai lu et relu… et prêté (et racheté !) à diverses reprises… Sans doute un des 10 livres que j’emporterais sur une île déserte…

Karel Capek, auteur tchèque, est né en 1890 et mort le 25 décembre 1938… 3 mois avant l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne. Figurant en 3ème position sur la liste des personnes à arrêter, il échappe donc au camp de concentration… ce qui ne sera pas le cas de son frère…

L’écrivain a été le premier à utiliser le mot « robot » (de « robota », travail, corvée, en tchèque) dans une pièce de théâtre  (R.U.R. – Rossum’s Universal Robots) en 1920. Avec le succès que l’on connaît…

En 1936, il publie La guerre des salamandres

Classé parfois en Fantastique ou en Science-fiction, ce roman me paraît surtout une fable, étrangement visionnaire.

Le sujet ? Un capitaine de bateau, cherchant des huîtres perlières pour ses employeurs, découvre près de Sumatra un groupe de « salamandres » : des animaux marins (mais venant la nuit sur la terre) se tenant debout, aux mains de 4 doigts agiles. Friands d’huîtres (quand ils parviennent à les ouvrir…), mais décimés par les requins. Le capitaine (tchèque) va ouvrir les huîtres pour les salamandres (et récupérer les perles qui s’y trouvent parfois), puis leur apprendre (ce sont des animaux très intelligents) à les ouvrir elles-mêmes, et enfin leur fournir des couteaux et de quoi lutter contre les requins. Il s’allie à un très riche entrepreneur tchèque pour exploiter les « gisements » d’huîtres perlières – avec l’aide des salamandres, évidemment…

Lesquelles salamandres, protégées désormais des requins, nourries et « apprivoisées » (elles apprennent aussi à parler…), se multiplient, et deviennent la proie de nombreuses sociétés et même d’États : leur spécificité de vivre sous l’eau marine en fait une main-d’œuvre très pratique – et peu onéreuse…

Le roman est axé sur les relations entre humains (sociétés, États, organisations diverses) et salamandres. On y croise tel pasteur noir américain soucieux de leur âme, tel savant allemand ayant découvert une espèce particulière, d’origine balte, supérieure aux autres, telle starlette rêvant de devenir la vedette d’un film où elle jouerait les Robinson(nnes)… Si aucune date ne figure dans l’historique couvrant plusieurs dizaine d’années, l’ambiance internationale est rien moins que pacifique, particulièrement entre la France, l’Angleterre et l’Allemagne d’une part, la Chine et le Japon d’une autre…

Le tout avec un humour particulier… De nombreuses notes en bas de page nous révèlent des articles (parfois tronqués ou censurés…), des communications scientifiques, des citations de personnes célèbres (Toscanini, Bernard Shaw, Mae West, Tony Weissmüller…), mais aussi des textes… dans une langue inconnue…

Petites citations :

« Nous sommes les hommes de l’Age des Salamandres », disait-on avec un légitime orgueil ; voilà bien autre chose que cet ancien Age des Hommes avec ses petits travaux lents, minutieux et futiles qu’on appelait art, culture, science pure et que sais-je encore ! Les hommes véritablement conscients de l’Age des Salamandres ne vont pas perdre leur temps à cogiter sur l’Essence des Choses ; ils ne s’intéresseront qu’à la quantité et à la production en série ; tout l’avenir du monde consiste à élever sans cesse la production et la consommation : donc, il faut toujours plus de salamandres pour produire plus et manger plus.

*     *     *

Que faire, peut-être le monde sera-t-il englouti et submergé ? Mais au moins cela se produira pour des raisons politiques et économiques généralement reconnues, au moins cela se fera-t-il avec l’appui de la science, de la technique, et de l’opinion publique et avec toute l’ingéniosité dont les hommes sont capables ! Pas de catastrophe cosmique, mais seulement des raisons économiques, politiques et d’État… On ne peut rien contre cela.

Si, par chance, je vous ai donné envie de lire – ou relire – un de ces livres (et le dernier en particulier…), je serais heureuse de connaître vos opinions…