Archive pour la catégorie ‘Métier’

L’école de la tolérance…

Dimanche 8 janvier 2012

C’est le titre (sans les points de suspension) d’un article du Nouvel Obs du 5/1/2012.

Il y est question de l’ »Alliance School », dans le Wisconsin, « seul établissement public « gay friendly » des États-Unis »…

Une école pour les « gays » ? Quelle horreur ! C’est une nouvelle forme d’apartheid ???

Pas tout à fait… Si « un peu plus de la moitié des élèves se disent gays, bisexuels, transgenres ou « pansexuels » (c’est-à-dire qu’ils refusent de se laisser enfermer dans un sexe défini) », les autres ont été en souffrance dans leur école pour d’autres raisons, tenant à leur physique ou à leur caractère. L’école accueille des enfants et ados de 11 à 19 ans à la condition « qu’ils soient prêts à respecter les autres »…

Une « école de la différence », donc… Qui apprend aux jeunes à être ce qu’ils sont et à accepter ce que les autres sont… Joli programme, non ? Mais pourquoi diable ne l’apprend-on pas à tous les jeunes ? C’est ce que plaident certains opposants (les autres protestant « au nom de la morale ou de raisons fiscales ») : « Plutôt que d’isoler ces enfants, ne vaudrait-il pas mieux enseigner le respect de l’autre dans les lycées ? ».

Évidemment…

Je ne me souviens pas avoir connu des collégiens souffrant de leur « différence sexuelle ». Mais j’en ai connu beaucoup, plusieurs chaque année, souffrant de leur différence : trop bons élèves, trop mauvais, trop timides, trop solitaires, trop gros, trop grands, trop petits… que sais-je ? Leur « différence » n’était pas acceptée par la classe, qui le leur faisait sentir, plus ou moins fort. Tous les enseignants en ont connu, je pense…

Comment lutter contre cela ? Pas par de grands discours moraux, bien évidemment : ils ne font que renforcer la ségrégation, car les enfants se retournent alors contre le « rejeté », le rendant coupable du « sermon » entendu.

En fait, selon ma propre expérience, on parvient plus ou moins à atténuer ces discriminations dans des projets collectifs. Travaux de groupes, bien sûr, où l’enseignant devra parfois intégrer lui-même (avec quelle prudence !) le « rejeté » dans un groupe. Projets de classe : quand on monte une pièce de théâtre, chacun doit donner la mesure de ce qu’il peut faire, et des talents nouveaux se révèlent.

J’ai aussi le souvenir de « réunions-bilans » de la classe, quand j’en étais prof principal : nous abordions toutes les questions concernant la vie de la classe, et si une question concernait un « rejeté », une discussion s’ensuivait. Dans une classe de 4ème avec laquelle j’avais de très bons rapports – mais qui posait problèmes dans d’autres matières -, j’ai tenu ainsi une « réunion-bilan » tous les 15 jours, pendant une période. Nous cherchions ensemble des solutions, un élève s’engageant par exemple à « contenir » un « perturbateur » pendant la quinzaine, à certains cours problématiques… La notion de « classe » évolue alors : d’un rassemblement d’individus, elle devient « groupe », et protectrice…

Mais… cela ne « règle » le problème que dans l’enceinte de la classe… Le « rejeté » l’est aussi dans la cour, à la cantine, à l’étude, dans les couloirs…

Outre le fait que dans l’école du Wisconsin les élèves ne sont acceptés que s’ils s’engagent à respecter les autres, un autre fait a son importance : il y a 165 enfants ! Tous se connaissent, donc… Dans un collège de 700 élèves, la réalité est bien différente (sans parler des lycées où les élèves se comptent par milliers…) : on s’en tient à la singularité de l’un ou de l’autre, à sa réputation, on ne cherche pas à le connaître. Pas plus que dans une ville où, croisant de temps à autre une personne, un adulte se dira « Il est drôlement habillé, celui-là ! » ; son « jugement » sera alors négatif sur la personne, il ne cherchera – éventuellement – à en savoir que des éléments qui confirment son jugement péremptoire…

Évidemment, des unités de moins de 200 (ou même 500 !) élèves, cela coûte cher… Et on n’est pas dans une période où… Bref… Cela vaudrait peut-être tout de même la peine de s’y pencher un peu : des écoles, collèges et lycées où l’enfant pourrait avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, cela pourrait lui redonner de l’importance à ses propres yeux ; cela pourrait l’aider à apprendre, à accepter les autres ; cela pourrait peut-être – qui sait ? – aider à former de futurs adultes plus à l’aise dans leur peau, et donc moins enclins à la violence…

Qui sait ?

Tous mes vœux à ces enfants d’aujourd’hui, aux adultes de demain…

P.S. En parlant de vœux… Lucien fait état de ceux de Notre Président Bien-Aimé à l’Éducation dite Nationale : Les anti-vœux de Sarkozy à l’éducation… Très intéressant !

P.S.2 Voir aussi les derniers « Délit Maille », entre autres Tricote ta leçon de campagne/ Leçon 1 – Subtilité (mais les suivants sont aussi superbes… et je ne dis rien de la statue de la Liberté tricotée !)

Bonnes visites !

Histoires de gros (et petits) sous…

Dimanche 27 novembre 2011

Merci encore à Lucien qui m’informe de la « fracassante » annonce de Luc Chatel :

Luc Chatel porte à 2000 euros le salaire des jeunes profs


salaire brut, précise l’article, qui détaille :

Dans le détail, les 14.100 enseignants «à l’échelon 3», c’est à dire ceux qui viennent de réussir leurs concours recevront 2000 euros bruts lors de leur première année d’exercice, soit 100 euros de plus. Les 110 900 enseignants «à l’échelon 4 et 5», qui sont entre leur deuxième et leur quatrième année d’exercice recevront respectivement désormais 2060 euros et 2121 euros bruts, soit 64 euros et 23 euros de plus par mois.

Certes, on ne peut que se réjouir de cette augmentation… Encore que… il y ait plusieurs façons de voir les choses ! Je vous renvoie au billet de Lucien, dont j’extrais ces citations :

Salaire des enseignants : opération poudre aux yeux

En annonçant, dans une véritable tribune, une revalorisation salariale pour les jeunes enseignants, le ministre a réussi un coup à plusieurs ricochets.
Peu importe si cette annonce repose entièrement sur une manipulation éhontée, le ministre a atteint ses objectifs.
[...]
Plus que de l’ironie, il y a du cynisme dans cette annonce : on va vous augmenter avec l’argent que vous ne toucherez pas par la suite !

(voir le billet précédent, sur le projet qui réduit sérieusement les possibilités d’avancement des enseignants en les alignant sur le tableau actuel le plus défavorable…)

Je citais dernièrement Nicole Bricq qui mettait en parallèle le coût pour l’État de la défiscalisation des heurs sup’ des enseignants et celui de 40 000 postes… Dans une revue de la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale (MGEN), l’éditorialiste fait un autre parallèle :

« En 2012, en 5 ans de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce seront 80 000 postes qui auront été supprimés pour le seul ministère de l’Éducation nationale, fragilisant dangereusement le service public d’éducation et mettant en péril la société de demain.
Or il faut savoir qu’il faudra huit années d’application de ce dogme anti fonctionnaire pour compenser simplement une année de baisse de la TVA sur la restauration. Oui, vous avez bien lu : pour compenser le manque à gagner fiscal correspondant à une seule année de baisse du taux de TVA dans la restauration, il faut huit années de saignée dans toute la Fonction Publique d’État (Source : Cour des Comptes) ! Si gouverner c’est prévoir, lorsque la dette nationale est si importante, bien sûr qu’il faut être attentif aux dépenses, mais également veiller à ne pas réduire les recettes fiscales (bouclier fiscal, heures supplémentaires défiscalisées, baisse du taux de la TVA dans la restauration,…). Clientélisme toujours ! »

L’éditorial insiste surtout sur la grave injustice à taxer les mutuelles : l’augmentation de cotisation qui s’ensuit conduit tout simplement les familles en difficulté de se passer de mutuelle… et donc de soins… Mais, paraît-il, il y a tellement de gens qui grugent notre pauvre Sécu… ! Voir à ce sujet le « Délit Maille » du 15 novembre, où le Ministre de la Santé vient tirer de son lit d’hôpital une horrible fraudeuse :

Tricote ta Sécu

P.S. Je repense à ma mère… qui jugeait qu’elle n’avait pas à déclarer à la sécu consultations et médicaments, vu qu’elle « avait les moyens » de les payer (sa retraite de secrétaire)… Je me demande combien de gens, parmi ceux qui ont vraiment les moyens, raisonnent de cette façon…

Science sans conscience…

Mardi 23 août 2011

Si les élèves de 1ère L et ES, alertés par les débats de toutes sortes, se jettent à la rentrée sur leur manuel de Sciences de la vie et de la terre, ils risquent fort, à mon humble avis, d’être déçus…

Pourtant, la polémique fait rage, paraît-il…

L’homosexualité enseignée à l’école : une pilule qui passe mal

L’introduction, dans les manuels scolaires de la rentrée, d’un chapitre sur l’orientation sexuelle heurte plusieurs associations familiales.

Pour l’éditeur Bordas, «les textes évitent tout esprit polémique (notamment l’influence des religions) et ne font qu’aborder de façon non choquante des questions de société largement médiatisées par ailleurs». Nulle part en effet il est écrit que les élèves doivent multiplier les expériences sexuelles. Mais Familles de France redoute que ces quelques lignes n’entraînent «plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles».

Les paragraphes sur cette question dans le manuel Bordas.

Si vous avez la curiosité, comme moi, de lire la page incriminée (une page sur plus de 200…), vous contesterez peut-être le titre de Libération : peut-on dire que l’homosexualité soit « enseignée » ici ? On en parle, certes… et alors ?

J’aimerais bien que « Familles de France » m’explique comment parler de l’homosexualité risque d’entraîner « plus de grossesses précoces »… Voir leur lettre au président de la République :

Voulez vous être responsables de plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles ?

Les « protestataires » s’abritent derrière le fait que ces quelques paragraphes (dans cette édition ou dans une autre) s’appuieraient sur une théorie du « gender », laquelle serait philosophique et non scientifique. J’ignorais jusqu’à ce jour cette théorie qui dit, d’après ce que j’ai lu, que l’identité sexuelle résulte non seulement du sexe génétique, mais aussi de l’environnement socio-culturel. Suis-je totalement stupide ? Je ne vois rien de révolutionnaire là-dedans… Sauf erreur de ma part, l’homosexualité des Grecs anciens était en partie due au fait qu’ils passaient de nombreuses années dans l’armée… Je me trompe ?

Je me souviens aussi avoir lu que le sexe génétique (XX ou XY) n’était pas toujours en accord avec le sexe physiologique (organes) ou hormonal… Anomalies, peut-être, mais bien scientifiques, celles-là…

Voici ce que dit le site Genethique sur cette théorie du genre :

La théorie du gender au lycée : un enseignement idéologique

la théorie du gender a d’abord été l’outil idéologique et subversif d’un féminisme militant : au nom de la non-discrimination entre l’homme et la femme, elle rejette le fondement biologique des sexes comme donné naturellement identifiant pour la personne et affirme que la différence entre l’homme et la femme relève exclusivement d’une construction sociale. Les genres masculins et féminins consistent en des « rôles » socio-culturels arbitraires qu’il est donc possible de déconstruire. En conséquence, aucun dynamisme naturel ne pousse l’homme et la femme l’un vers l’autre : cette inclination ne relève elle aussi que de conditionnements sociaux. Dans cette perspective, c’est l’orientation sexuelle (homosexuelle, hétérosexuelle, bisexuelle, transsexuelle) qui doit primer sur le sexe biologique, génétiquement déterminé par les chromosomes sexuels XX ou XY.

(C’est moi qui souligne : je n’irai sans doute pas lire les textes « officiels » de cette théorie, mais cela m’étonnerait qu’elle nie les différences biologiques !)

Le milieu éducatif et les parents d’élèves ont fermement dénoncé l’intrusion abusive de cette idéologie dans le programme de biologie. Regroupés au sein du collectif « L’école déboussolée », les enseignants du public ont envoyé au ministre de l’Education nationale Luc Chatel une pétition réunissant 33 000 signatures : celui-ci a refusé tout dialogue. Les Associations familiales catholiques (AFC) et l’enseignement catholique ont également protesté.

Je ne sais si L’école déboussolée est un regroupement d’enseignants : je n’ai rien vu dans ce site qui l’indique. Si le site comptabilise effectivement plus de 36 000 signatures à sa pétition, il n’affiche que 6 messages d’enseignants entre le 17 et le 27 juin, et aucun autre depuis…

Pour le philosophe Thibaud Collin, auteur d’essais sur ces questions, « la prime à l’indifférenciation sexuelle promeut en fait l’homosexualité. Ces théories sont une tête de pont pour un changement radical de société ». La dissociation de la sexualité et la procréation est alors consommée : la révolution culturelle voulue par le gender promeut les « droits » à la contraception, à l’avortement et à la procréation artificielle.

Oh ! Les vilains ! Vous vous rendez compte ? La CON-TRA-CEP-TION ! L’A-VOR-TE-MENT ! La PRO-CRE-A-TION AR-TI-FI-CIELLE ! Comment osent-ils !!!

Voir un peu plus bas la position de Christian Vanneste sur la « promotion de l’homosexualité »…

Conclusion
En Espagne, le gouvernement Zapatero a déjà rendu obligatoire les cours sur le gender, entraînant le retrait de dizaine de milliers de familles des écoles appliquant les programmes d’Etat.

Je ne ferai pas de recherches sur le bien fondé de cette conclusion… Si vous avez des lumières à ce sujet, merci de me laisser un commentaire !

Que demande L’école déboussolée dans sa pétition ?

Signez la pétition !

En conséquence, je vous prie donc, Monsieur le Ministre, de bien vouloir :

- Préciser la portée de la circulaire du 30 septembre 2010 et les programmes que vos services ont voulu définir.
- Interdire l’usage des manuels incriminés.
- Garantir que le thème du « gender » ne sera pas à la session 2012 des épreuves anticipées du bac ni aux sessions suivantes.
- Transférer au pire l’étude du « gender » dans le domaine du débat critique de l’éducation civique ou de la philosophie.

36254! signataires depuis le 15/06
RELAYONS
CONTINUONS OBSTINÉMENT !

Je ne connaissais pas Lextimes, mais voici quelques extraits de leur article :

FÉMININ/MASCULIN
Les nouveaux manuels de sciences s’ouvrent à la diversité

« Nous ne pouvons accepter que l’école devienne un lieu de propagande, où l’adolescent serait l’otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d’imposer une vision de la ‘normalité’ que le peuple français ne partage pas », écrit le 31 mai 2011 la présidente du parti chrétien-démocrate Christine Boutin au ministre de l’éducation nationale Luc Chatel

[...]

C’est donc bien un « détournement de l’enseignement au profit du lobby gay », tranche Christian Vanneste pour qui cette « théorie du genre sexuel » ne doit apparaître ni explicitement ni implicitement dans les manuels.

[...]

Un projet de lettre, cosigné par une cinquantaine de députés, circulerait en ce moment et devrait être remis prochainement à Luc Chatel pour dénoncer cette théorie et en exiger le retrait des manuels.

Le « lobby gay »… relayé par les Juifs et les Francs-maçons ?

J’ai lu une autre page… qui m’a laissée perplexe : je pense que, sous la violence des propos, il faut lire l’ironie… Mais celle-ci n’est pas, à mon avis, suffisamment perceptible pour que je puisse citer des extraits… A vous de vous faire une opinion, si vous le désirez :

Courrier des lecteurs
La voix de la sagesse

Bon. Revenons au sujet évoqué dans ces manuels si décriés : faut-il, ou non, aborder les questions de l’homosexualité, de la bisexualité, de la transsexualité ?

Je réponds oui, sans hésitation ! Il m’est souvent arrivé d’aborder le sujet de l’homosexualité avec des élèves, en classe complète, avec un groupe d’élèves ou un élève seul, généralement après qu’un élève avait prononcé l’insulte suprême de « pédé »… Il me semblait de mon rôle d’éclaircir avec eux ce que recouvrait cette insulte, le jugement qu’elle portait. De même qu’un jour j’ai interpellé dans un couloir un élève inconnu qui en appelait un autre « Négro ! ». Il ne s’agit pas de promouvoir tel ou tel « lobby » (!), mais de rendre les élèves conscients d’une diversité et de l’accepter.

Maintenant, que des enseignants se sentent gênés face à ces questions… c’est très dommageable ! Cela prouve une fois de plus que leur formation (quand il y en avait une…) ne les préparait pas suffisamment au dialogue avec les élèves. Et il est beaucoup de questions sur lesquelles le dialogue est primordial, et non pas le « cours », que ce soit sur les « races », l’esclavage, la colonisation, la peine de mort ou autres… Pour pouvoir « enseigner » quelque chose qui a trait à la vie des uns et des autres, il faut s’assurer qu’on est bien sur la même longueur d’ondes, et donc donner la parole aux élèves. Et répondre à leurs questions. Qu’en fin de discussion ils n’aient toujours pas compris, par exemple, que « Négro » était une insulte, n’est pas dramatique : il y a fort à parier que des fragments de cette discussion leur reviendront en mémoire la prochaine fois qu’ils lanceront cette épithète, ou même qu’ils la penseront. Nous n’avons pas à convertir qui que ce soit, mais simplement à expliciter les choses, et donner des arguments en réponse aux leurs.

Les pétitionnaires et autres protestataires exigeant la science « pure » feraient bien de retourner lire Rabelais :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

Sus aux Vandales !

Samedi 20 août 2011

De retour de mes petites vacances lorraines, j’apprends – via le Nouvel Obs – que Jack Lang vient de sortir un livre : Pourquoi ce vandalisme d’État contre l’École ? Lettre au président de la République.

Je n’ai aucun souvenir de Jack Lang du temps où il était « notre » ministre… ce qui serait plutôt bon signe, vu que j’ai de mauvais souvenirs du passage de Ségolène et du chasseur de mammouths…

Ce qui m’amuse un peu, c’est que j’ai vu avant-hier dans une station d’autoroute Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? de Fanny Capel. Sorti en 2004, lui. Je ne l’ai pas lu, et ne lirai sans doute pas davantage le livre de Jack Lang, me contentant des « morceaux choisis » par le Nouvel Obs…

Celui-ci, par exemple, qui m’a fait sourire :

[Vos ministres] ont commencé par dire qu’on avait plus de professeurs que cinq ans auparavant, puis dix ans, puis vingt ans, et qu’il ne fallait pas venir se plaindre. Cet argument a un grand avenir derrière lui, si j’ose dire, car il est fort probable que le nombre actuel d’enseignants reste pour longtemps nettement supérieur à celui du paléolithique.

Quelques chevaux de bataille cités dans l’article : les suppressions de postes (- 160 000 depuis 2002, soit environ 15% de l’ensemble des personnels), la « réforme de la formation » (rappel des « formations privées » qui fleurissent et ont un certain succès auprès des élèves-maîtres), la réforme des programmes en primaire bâclée par Darcos, le livret de compétences :

On réduit ainsi la scolarité à un sinistre petit tas de compétences parcellisées à l’extrême, qui vont de « formuler un propos simple » à « comprendre quelques questions liées au développement durable et agir en conséquence », en passant par des centaines d’autres exigences éclatées et désordonnées où nul ne peut plus reconnaître les fondements du savoir et de la culture. Dire bonjour à la dame et trier ses poubelles, est-ce votre seule ambition pour la jeunesse ?

Sans oublier le nombre croissant d’élèves par classe (« Comment les professeurs de l’école maternelle, dont l’apport est décisif, tout particulièrement pour les enfants des familles défavorisées, peuvent-ils enseigner la langue orale dans une classe de trente ? Combien de minutes reste-t-il à un élève, dans de telles conditions, pour s’exprimer ? »), la suppression de la carte scolaire, qui revient à ghettoïser les enfants de milieux moins favorisés…

Bref, vous croyez au mérite naturel ou hérité, mais vous ne croyez pas aux vertus de l’école.

Ou, en tous cas, pas à celles de l’école publique…

Mots d’excuses…

Jeudi 11 août 2011

Peut-être connaissez-vous ce livre, paru l’année dernière : Mots d’excuse, de Patrice Romain. L’auteur, directeur d’école, a collectionné pendant vingt ans les mots adressés par les parents aux enseignants, et en a fait un recueil, en respectant scrupuleusement l’orthographe (son logiciel de traitement de texte a dû faire les gros yeux plus d’une fois !). Une amie me l’a offert dimanche, et je me permets de vous en offrir quelques « best of »…

Madame,
Je suis désolée de vous informée qu’il y a une bande de petits vicieus dans les CE1 B qui n’arrêtent pas d’embétés ma fille en voulant qu’elle les embrasses. Si ils ont des pulsions sexuelles, ils n’ont qu’a se faire soignés, mais ma fille, elle est pas obligée de dire oui a tout le monde. Pouvez vous réglée se problème ?
Merci.

* * *

Madame
Iher soir j’ai eut une alctercation avec le père a Bryan. Je l’ai étandu par terre.
Fete attention car je veut pas que mon fils subit a lecole la vengence de bryan car il a les boule que sont père a mangé dur a cause de moi mais ses lui qui a cherché et sa y faut pas.
Merssi davance madame la maitresse.

* * *

Monsieur,
Cela fait quatre fois que ma fille est absente et cela fait quatre fois que vous me demandez un mot d’excuse. Je crois savoir que vous n’avez pas d’enfant. C’est sans doute la raison pour laquelle vous vous acharnez ainsi. J’excuse donc une nouvelle fois Bénédicte.
Salutations distinguées.

* * *

C’est facile a dire que ma fille était en retard, mais vous n’avez jamais pensé que c’était vous qui êtes en avance ? Parce que j’ai l’heure de la télé ! Vous avez qu’à vous mettre a mon heure et ma fille sera a l’heure, c’est pas plus compliquer !

* * *

Monsieur,
C’est la conscience tranquille que je vous écris pour excuser l’absence de mon fils avant-hier après-midi. Juste une petite question : exigez-vous toutes ces tracasseries administratives des autres élèves ?

* * *

Madame,
Les têtes vertes qui sourient et les rouges qui font la tête, ça égaie peut-être les cahiers, mais je ne suis pas certaine que cette notation soit celle du baccalauréat. Est-ce ainsi désormais que vous devez préparer les élites françaises ?
Signé : une maman mécontente des directives ministérielles qu’on vous impose.

* * *

Quoi ? Mon fils doit faire du soutient ? Il est pas fous que je sache ! Je suis sa mère, non ?
Et si vous avez besoin de mon avis et bien je vous dit non, c’est dit.
En revoire madame.

* * *

Je refuse de signé une note aussi mauvaise. Thomas ma dit qui devait avoir la moyenne. Merci de bien vouloir corrigée la note pour que je la signe.

* * *

Monsieur,
Théo était absent lundi car il était malade mais pas assez pour aller au médecin. Si ça peut vous rendre service, je veut bien vous faire un certificat médical pour l’absence.
Bien à vous.

* * *

Classe de neige :
Je soussigné, docteur G…, certifie que l’état de santé du jeune S… lui permet la pratique du ski.

Dispense d’Education Physique et Sportive :
Je soussigné, docteur G…, certifie que l’état de santé du jeune S… le dispense de toute activité sportive pour l’année scolaire.

Note de l’auteur : ces deux certificats ont été établis lors d’une même consultation. Ni le praticien, ni le conseil de l’ordre des médecins n’ont daigné répondre à mes courriers.

* * *

J’espère que ces quelques extraits vous auront donné envie d’en lire d’autres…

P.S. Je vais faire un petit tour en Lorraine et vous donne donc rendez-vous dans une semaine.

Des nouvelles des nouveaux…

Mardi 28 septembre 2010

Article du Nouvel Obs :

« 8300 profs sans formation

Le mal des débutants

Par mesure d’économie, les nouveaux enseignants sont catapultés dans les classes sans y avoir été préparés. Payés 1500 euros par mois pour 15 à 18 heures de cours par semaine, ils rament »

Petite précision sur ce chapeau : ce n’est pas 15 à 18 heures, mais 15 (pour les agrégés) OU 18 heures (pour les certifiés).

Ceci dit, l’article décrit la panique qu’on pouvait supposer…

« Un élève s’est approché de moi avec un cahier, je me demandais ce qu’il voulait. C’était le cahier de textes de la classe que je suis censée remplir à la fin de chaque cours », raconte Antonia, 29 ans. Cette nouvelle enseignante d’anglais a décroché son capes en juillet. Elle a été nommée à la rentrée dans un collège en ZEP de l’académie de Créteil. Pendant les quelques heures de formation express juste avant la rentrée, on lui a répété : « Faites un plan de classe. » Scrupuleuse, elle a essayé d’en imposer un en rangeant par ordre alphabétique ses élèves de troisième. La séance a viré à l’émeute. »

Curieux, cette incitation au « plan de classe » : se présenter face à un public inconnu, aux réactions inconnues, et commencer à vouloir modifier la « géographie » de la classe… Comment peut-on donner de tels conseils ? Au moins aurait-il fallu envisager avec ces « nouveaux profs » les conséquences possibles d’un tel « bouleversement » ! Je sais bien que des collègues pratiquent ce « système », dont je ne vois toujours pas l’utilité, sauf comme remède éventuel (et provisoire ?) à une situation difficile. Mais… ces collègues ont déjà la fameuse « autorité » acquise au fil des ans !

Conclusion :

« Mais l’autre jour, après une nouvelle journée calamiteuse, elle a voulu démissionner. « Je ne me voyais pas retourner au collège. On m’aurait donné six heures, c’était jouable. Mais dix-huit, c’est mission impossible. » Le 15 septembre, Antonia a demandé un congé maladie. »

Voilà une rentrée réussie ! Et comme, dans ce genre de situation, la terreur augmente en approchant du terme du congé… il y a des chances pour qu’Antonia demande de nouveaux congés… en attendant, peut-être, de démissionner.

Il doit y en avoir d’autres, des Antonia, dans nos collèges et lycées ! De jeunes diplômés, désireux de bien faire, aimant leur futur métier… et découvrant qu’ils n’ont pas prise sur leurs élèves… Et je ne suis pas sûre que les videos de l’Institut national de la recherche pédagogique puissent les aider beaucoup…

Quel gâchis ! A peine ont-ils commencé un métier dont ils rêvaient, que ces jeunes se voient déstabilisés, inquiets pour leur avenir, cherchant déjà une autre idée de métier… Et aucune aide psychologique à attendre, évidemment !

Et, bien sûr, des classes sans profs, qui peuvent plus ou moins se glorifier d’avoir fait craquer celui qu’on leur avait parachuté… Toutes prêtes à « mettre le paquet » sur le prochain…

A côté de ces situations extrêmes (mais sans doute trop nombreuses !), les surprises de Jacques paraissent anodines :

« En attendant, les stagiaires font cours en aveugle. « Je n’ai aucune idée de la façon dont un enfant de 11 ans apprend », poursuit Jacques l’historien, tout surpris d’être interrompu par des élèves de sixième qui lui demandent : « Est-ce qu’il faut écrire le titre en rouge ou en vert ? » « 

Tout enseignant en collège s’est trouvé, un jour ou l’autre, interrompu par une question de ce genre… Un des « musts » étant : « Je suis en bas de la page, qu’est-ce que je fais ? ». Forte envie, évidemment, de lui conseiller d’écrire sur la table… mais attention : j’ai déjà parlé de l’imperméabilité à l’ironie de nombreux élèves de cet âge !

Par contre, l’ignorance dont Jacques témoigne quant aux modes d’apprentissage est beaucoup plus dommageable…

Entendons-nous : je ne défendrai pas la façon dont certains IUFM abordaient les questions pédagogiques. J’ai trop entendu d’aberrations à ce sujet. Sans doute en grande partie, d’ailleurs, parce qu’on avait omis de former les professeurs ! Lesquels n’avaient donc que leur propre expérience et la ligne du parti… pardon, du ministère ou du rectorat ! Un peu court pour former de futurs profs… Et, évidemment, il coûte beaucoup moins cher de supprimer ces formations que de tenter de les améliorer…

Nouveaux profs, je suis de tout cœur avec vous… même si cela ne change pas grand chose ! Et j’espère très fort que, dans vos collèges ou lycées, vous rencontrerez des collègues qui pourront vous aider dans ces démarrages difficiles…

Les profs encore en grève !

Lundi 6 septembre 2010

Ben oui, encore une grève ! Plus exceptionnel : dès la rentrée. Encore plus exceptionnel : grève de 2 jours ! Aujourd’hui pour la défense de l’École publique, demain pour la défense des retraites.

Je me contenterai aujourd’hui de reproduire ici le modèle de lettre aux parents du SNES.

Parce que les réformes entreprises visent à la destruction de notre École (et, plus largement, de nos services publics).
Parce que je ne peux pas accepter qu’on lance sans formation des milliers de jeunes dans des classes.
Parce que les « économies » ne visent que le moment présent, sans prévoir aucunement le prix qui sera à payer dans 15 ou 20 ans pour tous les élèves qui n’auront pas pu, dans des classes de 30, 40 ou plus, accéder à un métier, une situation, un avenir.
Parce que, bien que retraitée, je ne peux me sentir étrangère à ce mouvement de protestation, que j’espère fort et significatif.

Madame, Monsieur,

L’École publique traverse aujourd’hui une période difficile tant au niveau des moyens qui lui sont alloués qu’à celui des missions qui lui sont confiées.

Sous couvert d’une diminution des dépenses publiques, décidée sans prise en compte du rôle social et économique du service public dans l’émergence d’une société plus juste et plus égalitaire, le ministre de l’Éducation nationale réduit l’offre de formation, dégrade les conditions de travail des élèves et des personnels, détruit la formation professionnelle des enseignants, abandonne les jeunes des catégories les plus défavorisées à un avenir précaire. Les conséquences les plus violentes de cette politique sont le désengagement de l’État qui renvoie aux collectivités locales des responsabilités coûteuses qu’il ne veut plus assumer, et l’aggravation des inégalités entre les établissements et entre les élèves.

Ainsi dans (nom de l’établissement), les conditions de vie et d’étude se sont dégradées: donner quelques éléments significatifs (postes, options, dispositifs d’aides et de soutien supprimés, augmentation des effectifs par classe, remplacements non effectués…).

Les personnels ne peuvent se résoudre à cette situation qui les empêche d’exercer leur mission et remet en cause l’idéal démocratique et égalitaire qui les anime.

Porteurs d’un autre projet pour les jeunes qui leur sont confiés, vos enfants, ils interpellent depuis des mois leur administration et leur ministre, sans succès. Pire, les seules réponses à leurs interrogations, préoccupations ou revendications sont le plus souvent marquées du sceau du mépris pour leur travail et leur engagement professionnel, et accélèrent encore le processus de destruction du service public d’éducation.

Dans le même temps le projet de réforme des retraites procède de la même vision de la société : protéger les plus favorisés et faire payer aux moins riches, aux plus défavorisés, aux plus fragiles les conséquences sociales et économiques d’une crise financière provoquée par l’appétit sans frein des spéculateurs.

Décider de cesser le travail est toujours un choix difficile parce qu’il implique une désorganisation de l’établissement et des contraintes pour les familles, mais aussi à cause de ses conséquences financières pour les personnels qui se voient retirer une journée de salaire.

Mais face à une telle situation, les personnels n’ont pas d’autres recours que l’appel à la grève.

Ils seront en grève le lundi 6 septembre dans les collèges et les lycées pour revendiquer une autre politique éducative et l’abandon des réformes en cours.

Ils seront en grève le mardi 7 septembre et participeront aux manifestations aux côtés de l’ensemble des salariés pour exiger l’abandon du projet de réforme des retraites et obtenir une réforme des retraites plus juste.

Les personnels du (nom de l’établissement)

Lettre aux nouveaux Capesiens

Lundi 26 juillet 2010

Vous venez d’avoir votre CAPES, qui vous ouvre la porte de l’Éducation Nationale, et vous avez fêté comme il se doit cette réussite.

Malgré tout, une vague inquiétude vous taraude : où allez-vous « tomber » ? Quel genre d’établissement ? Quels niveaux de classes ? Quand, comment, allez-vous pouvoir préparer cette rentrée qui vous met, théoriquement, au même niveau que des profs qui enseignent depuis 10, 20, 30 ans ou plus ?

Vous entrez dans un métier qui, à mon humble avis, est un des plus beaux du monde : à vous échoit la responsabilité de former – en partie, certes – les adultes de demain. Noble tâche et lourde responsabilité. Métier passionnant et difficile, qui vous oblige à vous remettre sans cesse en question : votre pédagogie, bien sûr, mais aussi vos façons de réagir, de comprendre, d’appréhender les choses et les gens.

Permettez à une « jeune » retraitée de vous indiquer quelques pistes pour cette première rentrée…

Je regrette infiniment qu’on vous « lâche » ainsi dans un métier difficile sans aucune formation. Vous aussi, sans doute. Mais vous allez être obligés de « faire avec »… ou plutôt : de « faire sans »…

Le plus important, à mon avis : vous n’êtes pas seuls. Dans votre établissement, il y aura forcément, comme partout, des collègues sympathiques qui seront prêts à vous épauler, tuteurs ou non. A vous prêter des cours, des livres, des fiches ; à vous conseiller telle ou telle progression ; à vous mettre en garde contre tel ou tel élève, telle ou telle classe ; à vous écouter et à répondre à vos interrogations. Certes, comme partout aussi, vous croiserez des « tontons ronchons » et des « taties hargneuses » qui serreront contre eux leurs précieuses préparations et refuseront de vous les montrer. D’après mon expérience, ils ne sont qu’une petite minorité, et vous pourrez trouver assez facilement de vrais interlocuteurs.

Ne craignez surtout pas de faire appel à vos collègues : ils savent dans quelles conditions vous débarquez, ils sont pleins de bonne volonté à votre égard. Tentez de repérer assez vite les collègues « positifs » (ceux qui passent leur temps à se plaindre des élèves, de la « baisse de niveau » et autres choses de ce genre risquent de vous donner une image assez décourageante de votre métier tout neuf… je vous conseillerais plutôt de les fuir !) : n’hésitez pas à leur parler de toute difficulté, même minime, que vous rencontrez dans vos classes. Car notre métier est loin d’être un long fleuve tranquille… Il va falloir faire face à des classes, certes, à des cours d’une matière que vous maîtrisez… mais pas forcément au niveau auquel vous allez l’enseigner… et à mille petits « problèmes » tels que l’insolence, l’élève qui bavarde constamment, celui qui interrompt le cours, celui qui fait autre chose, etc.. Vous trouverez parfois « instinctivement » la « bonne » façon de répondre ; parfois non, et il sera alors important d’en parler avec des collègues pour chercher les meilleures réponses possibles.

Les élèves sont un peuple changeant : vous aurez parfois l’impression de ne pas reconnaître votre classe… Parce qu’ils sortent d’un cours difficile, qu’ils ont eu une sale note, que l’un d’entre eux a un « vrai » problème, qu’une bagarre a eu lieu dans la cour, qu’ils se sont couchés tard la veille… ou pour n’importe quelle autre raison que vous ne connaîtrez peut-être jamais. Pris individuellement, c’est pareil : le « cancre » se révélera peut-être très actif un jour, et le « bon élève » maussade ou endormi…

N’oubliez jamais : tels qu’ils sont, dans leurs constantes et leurs imprévisibles réactions, ce sont des personnes. Comme vous et moi. Plus jeunes, certes, plus « fous », plus immatures, mais des personnes. Et ils apprécieront grandement que vous en teniez compte.

Vous jouirez au départ d’une aura favorable : les ados aiment les profs jeunes, dont ils se sentent plus proches. Ils voudront vous séduire, chacun à sa façon. Cela ne les empêchera nullement de vous « tester », comme ils testent systématiquement tout prof qu’ils n’ont jamais eu en cours : il s’agit pour eux de voir jusqu’où ils peuvent aller, quand et comment le prof établit son autorité. L’autorité, ce n’est pas un coup de poing sur la table ou une « gueulante », c’est simplement la conscience des limites à ne pas dépasser dans la relation prof-élèves. Pas de règles là-dessus, sinon, évidemment, d’éviter le ton copain-copain, qui fausse totalement le rapport prof-élève. Vous êtes une personne, ils sont des personnes, et c’est à vous, parce qu’adulte, d’établir la « distance raisonnable » entre eux et vous.

On dit souvent : au début, il faut être sévère, quitte à lâcher du lest ensuite. Oui et non : si les élèves veulent vous séduire… vous aussi, voulez les séduire ! Et ce n’est pas en revêtant l’armure du prof sévère que vous allez y parvenir… du moins pas dans l’immédiat. Mais, dès la première heure, il est important que les rôles respectifs soient fixés. Des profs, il y en a de toutes sortes : chacun fait en fonction de son caractère, de sa personnalité. Vous évoluerez sans doute beaucoup au cours de cette première année, selon les réactions que vous rencontrerez.

On dit aussi : la première heure avec une classe détermine toute l’année. Heureusement, ce n’est pas vrai, et si votre première heure ne s’est pas déroulée comme vous le souhaitiez, vous aurez pas mal d’heures ensuite pour établir un rapport satisfaisant avec votre classe ! D’autant que, évidemment, vous serez fragilisé par votre « première première heure »… qui risque de ne pas se passer comme vous la rêviez…

Les enfants, et encore plus les ados, sont très réceptifs à l’état mental des adultes, surtout si lesdits adultes ont autorité sur eux (parents, profs,…) : instinctivement, ils cherchent « la faille »… parce qu’ils craignent de la trouver… Vous avez entendu parler de profs dépressifs qui se font chahuter, par exemple : ce n’est pas cruauté de leur part, c’est qu’ils ne supportent pas que l’adulte soit faillible, qu’il ne soit pas le mur contre lequel s’appuyer. Vous ferez sans doute, un jour ou l’autre, l’expérience d’un cours alors que vous êtes fatigué ou enrhumé ou soucieux : souvent, les élèves sont alors beaucoup plus agités, bavards, énervés ; ils réagissent « agressivement » à votre état… parce qu’ils ne se sentent plus dans la même « sécurité » que d’ordinaire…

Quand je parle d’adulte « faillible », j’entends bien sûr au niveau « mental ». Les élèves acceptent parfaitement que vous ignoriez telle ou telle chose, ou que vous ayez recours au dictionnaire pour vérifier l’orthographe d’un mot… sauf, évidemment, si vous avez voulu imposer l’image du prof infaillible… auquel cas ils vont chercher tous les moyens de vous mettre en échec : ils savent bien que tout le monde, même les profs, peuvent se tromper ou ignorer quelque chose. Si vous commencez un cours en disant, le plus « naturellement » possible : « J’ai fait une erreur au dernier cours , nous allons rectifier… », ils sauront apprécier votre honnêteté intellectuelle.

Encore une fois : n’hésitez pas à parler à des collègues des problèmes rencontrés, des questions que vous vous posez. Jusqu’à ma dernière année, j’ai pu ainsi trouver des réponses plus adaptées que celles que j’avais tentées ; réfléchir ensemble à une question permet de voir des aspects qu’on avait négligés… Sans compter que c’est tout de même rassurant de voir que d’autres ont – ou ont rencontré – des problèmes similaires…

Je vous souhaite de bonnes vacances, une bonne rentrée… et longue vie dans ce métier que vous avez choisi !

D’un établissement à l’autre…

Mardi 29 juin 2010

Hier, suite au commentaire de Mademoisill, je suis allée sur FaceBook voir ce que disaient mes anciens élèves…

Pas de grande surprise : l’essentiel des commentaires sur les profs tourne autour de leur physique. Je suis « repérée » par ma 2 CV… et ma boucle d’oreille (j’ai appris il y a un an ou deux qu’une ancienne élève, des années plus tard, s’interrogeait encore sur le « pourquoi » de cette boucle unique…). Pas grand chose sur les « contenus », à part quelques voyages scolaires et le « bal des 3èmes ». A lire les 5 pages de commentaires variés, j’ai eu une petite envie de mettre mon mot (mais il faut sans doute s’inscrire pour cela)… mais non : j’étais là en infraction, en « voyeuse » ; ce qui se disait là ne m’était pas destiné, et une intervention de ma part aurait sans doute tout cassé…

Quelques commentaires aussi sur les c… de certains anciens, plus ou moins fiers de leurs bêtises ou de celles de leurs camarades. En voici un, à titre d’exemple :

je pence ke tout les prof surveillant cpe principal ki avai kan jetai la se souviendron de moi, je suis graver dans leur memoire juska la fin de leur vie… apres tou en 17ans de carierre ils ont jamai eu un eleve comme moi.. dapres une prof. dedicass a m… ki ma enmener juskau tribunal d… kan meme lol enfin plin de betise ke je ne regrette pas mai alor vraiment pas du tout :p !!!!!!!!! et les pti du colege foutez les merde!!!! batter vous!!! faites toute les connerie inimaginable!!! pask vou pourier le faire ke une fois dans votre vie sinon vous le regretterai ;)

Je l’ai eu, celui-là… Il doit avoir une bonne vingtaine d’années, maintenant… Et je suis désolée de voir qu’il a si peu « grandi »… C’est vrai que des bêtises, il en a fait pas mal… Des vols, entre autres, et parfois au détriment des « copains »… Mais ce qui l’a conduit au tribunal, c’était une lettre (anonyme, bien sûr !) de menaces à un prof (cité dans le message : je n’ai laissé que l’initiale).

Évidemment, il n’aurait eu aucune chance d’entrer dans un « Internat d’Excellence », où on recrute les élèves sur leur « mérite »…

Je lisais un article à ce sujet dans Marie Claire ce matin… et ai recherché d’autres infos sur le Net, à propos de l’internat de Sourdun…

C’est marrant, mais le discours général sur l’inutilité des effectifs réduits et la suppression de personnels « pléthoriques » (profs, surveillants et autres) n’a pas l’air d’avoir cours ici… Pour 120 élèves actuellement (500 à terme… dans un parc de 50 hectares…), une cinquantaine d’adultes ! A peu près ce que nous avions pour… 700 élèves ! 16 profs, 2 CPE, 12 « assistants de vie scolaire », 5 secrétaires (?), 7 personnels techniques… Et, bien sûr, une infirmière et une assistante sociale… D’accord, c’est un internat, ce qui nécessite plus de personnel (mais le site officiel ne mentionne pas les « techniciens de surface »… qui viennent sans doute d’une société privée)…

Les profs sont recrutés directement par le proviseur, en fonction de leur motivation, « dérogeant aux règles imposées par les syndicats de l’Éducation Nationale », commente Le Figaro Magazine…

Du temps où (c’est loin, tout ça…) il y avait des établissements expérimentaux dans l’Éducation Nationale, le recrutement dans ces établissements était soumis à des règles spécifiques, la motivation étant un critère important… Mais le « mouvement », comme on dit chez nous, restait national, et non au gré du chef d’établissement…

Je ne vais évidemment pas regretter qu’on « donne leur chance » à des gamins de banlieue désireux de bien faire (eux aussi sont sélectionnés selon leur motivation !)… mais j’aimerais bien qu’ »on » pense aussi aux millions d’autres, qui ne pourront intégrer ces établissements (d’après ce que j’ai lu, ils pourraient concerner quelque 5000 élèves…)… et qui galèrent tous les jours dans des classes surchargées, dans des établissements où ils sont mal protégés, face à des profs découragés par les bâtons qu’on leur met constamment dans les roues…

Confiance…

Mardi 4 août 2009

[Les Instructions] sont vraiment dignes de cette grande insti-
tution démocratique par excellence, qui ne fait point de
différence entre les enfants qui lui sont confiés et qui veut
les élever tous, les plus humbles et les plus misérables
autant sinon plus que les autres, selon les mêmes princi-
pes de liberté, de justice et d’amour.

[...]

Est-il besoin d’ajouter que nous avons pleine confiance
dans les maîtres de nos écoles ? Ce sont des hommes de
cœur.

[...]

Le premier devoir de nos instituteurs, ils le savent, est
d’adapter leurs leçons au milieu dans lequel ils se trouvent
et de les renouveler d’année en année.

Si les programmes [...] nous servent de guide, il serait
toutefois vain de les appliquer tels quels [...]. Il est[...]
indispensable de tenir compte
du milieu, de la force des élèves, des besoins des popula-
tions. A n’en rien faire on se tromperait gravement.

Adapter nos leçons au milieu, c’est en même temps les re-
nouveler. Ce renouvellement est chose nécessaire. Le labou-
reur ne retourne-t-il pas la terre quand vient l’automne ?
S’il ne le faisait, où serait la moisson ? Si nous ne pre-
nions la peine de labourer, nous aussi, notre champ, de re-
tourner notre fonds, où seraient les résultats ?

J’apprécie grandement – et vous aussi, j’espère -, ce « mandat de confiance » adressé par le Ministère aux instituteurs : les programmes sont un guide – et seulement un guide. Il appartient à l’instituteur d’évaluer le milieu dans lequel il se trouve, la « force des élèves » et les « besoins [de la] population » afin d’adapter au mieux ces programmes.

Et il lui appartient en même temps de remettre en question son travail, afin d’améliorer son enseignement…

Mais vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai enlevé des mots du quatrième paragraphe ? Ah ! Il va falloir que je me dévoile… Voici donc ce paragraphe sans coupures :

Si les programmes français nous servent de guide, il serait
toutefois vain de les appliquer tels quels en Tunisie. Il est,
ici plus encore qu’en France, indispensable de tenir compte
du milieu, de la force des élèves, des besoins des popula-
tions. A n’en rien faire on se tromperait gravement.

Pourquoi diable la Tunisie ? C’est que la Tunisie est sous protectorat français… en 1923 !

Voilà mes sources dévoilées…

Instruction Publique

Instruction Publique

Et je ne peux résister au plaisir de vous donner la suite :

Nos écoles sont des écoles laïques. Qu’est-ce à dire, sinon
que, pour en être et rester dignes, il nous faut travailler
sans cesse à notre propre perfectionnement ?

C’est par notre attention soutenue que nos écoles devien-
dront de plus en plus laïques chaque jour. La laïcité, ce
n’est pas seulement une enseigne mise une fois pour toutes
à l’entrée de nos classes, c’est un idéal a la poursuite du-
quel il faut se donner tout entier. Sans doute toute la vie
d’un homme ne suffira pas à l’atteindre et même, à me-
sure que, de génération en génération, on s’en approchera
davantage, il reculera et s’élèvera d’autant. Mais la des-
tinée de l’homme n’est-elle pas de poursuivre une idée qui le
dépasse ? Disons donc de la laïcité ce qu’on peut dire de
toutes les œuvres humaines qui valent la peine d’être faites,
à savoir qu’elle est une création continue.

Laïcité, comme noblesse, oblige : elle oblige au travail.

(Source : Gallica, pages 797 et suivantes)

Je vous en reparlerai, de cette confiance de nos gouvernements en leurs enseignants…