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Les profs encore en grève !

lundi, septembre 6th, 2010

Ben oui, encore une grève ! Plus exceptionnel : dès la rentrée. Encore plus exceptionnel : grève de 2 jours ! Aujourd’hui pour la défense de l’École publique, demain pour la défense des retraites.

Je me contenterai aujourd’hui de reproduire ici le modèle de lettre aux parents du SNES.

Parce que les réformes entreprises visent à la destruction de notre École (et, plus largement, de nos services publics).
Parce que je ne peux pas accepter qu’on lance sans formation des milliers de jeunes dans des classes.
Parce que les « économies » ne visent que le moment présent, sans prévoir aucunement le prix qui sera à payer dans 15 ou 20 ans pour tous les élèves qui n’auront pas pu, dans des classes de 30, 40 ou plus, accéder à un métier, une situation, un avenir.
Parce que, bien que retraitée, je ne peux me sentir étrangère à ce mouvement de protestation, que j’espère fort et significatif.

Madame, Monsieur,

L’École publique traverse aujourd’hui une période difficile tant au niveau des moyens qui lui sont alloués qu’à celui des missions qui lui sont confiées.

Sous couvert d’une diminution des dépenses publiques, décidée sans prise en compte du rôle social et économique du service public dans l’émergence d’une société plus juste et plus égalitaire, le ministre de l’Éducation nationale réduit l’offre de formation, dégrade les conditions de travail des élèves et des personnels, détruit la formation professionnelle des enseignants, abandonne les jeunes des catégories les plus défavorisées à un avenir précaire. Les conséquences les plus violentes de cette politique sont le désengagement de l’État qui renvoie aux collectivités locales des responsabilités coûteuses qu’il ne veut plus assumer, et l’aggravation des inégalités entre les établissements et entre les élèves.

Ainsi dans (nom de l’établissement), les conditions de vie et d’étude se sont dégradées: donner quelques éléments significatifs (postes, options, dispositifs d’aides et de soutien supprimés, augmentation des effectifs par classe, remplacements non effectués…).

Les personnels ne peuvent se résoudre à cette situation qui les empêche d’exercer leur mission et remet en cause l’idéal démocratique et égalitaire qui les anime.

Porteurs d’un autre projet pour les jeunes qui leur sont confiés, vos enfants, ils interpellent depuis des mois leur administration et leur ministre, sans succès. Pire, les seules réponses à leurs interrogations, préoccupations ou revendications sont le plus souvent marquées du sceau du mépris pour leur travail et leur engagement professionnel, et accélèrent encore le processus de destruction du service public d’éducation.

Dans le même temps le projet de réforme des retraites procède de la même vision de la société : protéger les plus favorisés et faire payer aux moins riches, aux plus défavorisés, aux plus fragiles les conséquences sociales et économiques d’une crise financière provoquée par l’appétit sans frein des spéculateurs.

Décider de cesser le travail est toujours un choix difficile parce qu’il implique une désorganisation de l’établissement et des contraintes pour les familles, mais aussi à cause de ses conséquences financières pour les personnels qui se voient retirer une journée de salaire.

Mais face à une telle situation, les personnels n’ont pas d’autres recours que l’appel à la grève.

Ils seront en grève le lundi 6 septembre dans les collèges et les lycées pour revendiquer une autre politique éducative et l’abandon des réformes en cours.

Ils seront en grève le mardi 7 septembre et participeront aux manifestations aux côtés de l’ensemble des salariés pour exiger l’abandon du projet de réforme des retraites et obtenir une réforme des retraites plus juste.

Les personnels du (nom de l’établissement)

Lettre aux nouveaux Capesiens

lundi, juillet 26th, 2010

Vous venez d’avoir votre CAPES, qui vous ouvre la porte de l’Éducation Nationale, et vous avez fêté comme il se doit cette réussite.

Malgré tout, une vague inquiétude vous taraude : où allez-vous « tomber » ? Quel genre d’établissement ? Quels niveaux de classes ? Quand, comment, allez-vous pouvoir préparer cette rentrée qui vous met, théoriquement, au même niveau que des profs qui enseignent depuis 10, 20, 30 ans ou plus ?

Vous entrez dans un métier qui, à mon humble avis, est un des plus beaux du monde : à vous échoit la responsabilité de former – en partie, certes – les adultes de demain. Noble tâche et lourde responsabilité. Métier passionnant et difficile, qui vous oblige à vous remettre sans cesse en question : votre pédagogie, bien sûr, mais aussi vos façons de réagir, de comprendre, d’appréhender les choses et les gens.

Permettez à une « jeune » retraitée de vous indiquer quelques pistes pour cette première rentrée…

Je regrette infiniment qu’on vous « lâche » ainsi dans un métier difficile sans aucune formation. Vous aussi, sans doute. Mais vous allez être obligés de « faire avec »… ou plutôt : de « faire sans »…

Le plus important, à mon avis : vous n’êtes pas seuls. Dans votre établissement, il y aura forcément, comme partout, des collègues sympathiques qui seront prêts à vous épauler, tuteurs ou non. A vous prêter des cours, des livres, des fiches ; à vous conseiller telle ou telle progression ; à vous mettre en garde contre tel ou tel élève, telle ou telle classe ; à vous écouter et à répondre à vos interrogations. Certes, comme partout aussi, vous croiserez des « tontons ronchons » et des « taties hargneuses » qui serreront contre eux leurs précieuses préparations et refuseront de vous les montrer. D’après mon expérience, ils ne sont qu’une petite minorité, et vous pourrez trouver assez facilement de vrais interlocuteurs.

Ne craignez surtout pas de faire appel à vos collègues : ils savent dans quelles conditions vous débarquez, ils sont pleins de bonne volonté à votre égard. Tentez de repérer assez vite les collègues « positifs » (ceux qui passent leur temps à se plaindre des élèves, de la « baisse de niveau » et autres choses de ce genre risquent de vous donner une image assez décourageante de votre métier tout neuf… je vous conseillerais plutôt de les fuir !) : n’hésitez pas à leur parler de toute difficulté, même minime, que vous rencontrez dans vos classes. Car notre métier est loin d’être un long fleuve tranquille… Il va falloir faire face à des classes, certes, à des cours d’une matière que vous maîtrisez… mais pas forcément au niveau auquel vous allez l’enseigner… et à mille petits « problèmes » tels que l’insolence, l’élève qui bavarde constamment, celui qui interrompt le cours, celui qui fait autre chose, etc.. Vous trouverez parfois « instinctivement » la « bonne » façon de répondre ; parfois non, et il sera alors important d’en parler avec des collègues pour chercher les meilleures réponses possibles.

Les élèves sont un peuple changeant : vous aurez parfois l’impression de ne pas reconnaître votre classe… Parce qu’ils sortent d’un cours difficile, qu’ils ont eu une sale note, que l’un d’entre eux a un « vrai » problème, qu’une bagarre a eu lieu dans la cour, qu’ils se sont couchés tard la veille… ou pour n’importe quelle autre raison que vous ne connaîtrez peut-être jamais. Pris individuellement, c’est pareil : le « cancre » se révélera peut-être très actif un jour, et le « bon élève » maussade ou endormi…

N’oubliez jamais : tels qu’ils sont, dans leurs constantes et leurs imprévisibles réactions, ce sont des personnes. Comme vous et moi. Plus jeunes, certes, plus « fous », plus immatures, mais des personnes. Et ils apprécieront grandement que vous en teniez compte.

Vous jouirez au départ d’une aura favorable : les ados aiment les profs jeunes, dont ils se sentent plus proches. Ils voudront vous séduire, chacun à sa façon. Cela ne les empêchera nullement de vous « tester », comme ils testent systématiquement tout prof qu’ils n’ont jamais eu en cours : il s’agit pour eux de voir jusqu’où ils peuvent aller, quand et comment le prof établit son autorité. L’autorité, ce n’est pas un coup de poing sur la table ou une « gueulante », c’est simplement la conscience des limites à ne pas dépasser dans la relation prof-élèves. Pas de règles là-dessus, sinon, évidemment, d’éviter le ton copain-copain, qui fausse totalement le rapport prof-élève. Vous êtes une personne, ils sont des personnes, et c’est à vous, parce qu’adulte, d’établir la « distance raisonnable » entre eux et vous.

On dit souvent : au début, il faut être sévère, quitte à lâcher du lest ensuite. Oui et non : si les élèves veulent vous séduire… vous aussi, voulez les séduire ! Et ce n’est pas en revêtant l’armure du prof sévère que vous allez y parvenir… du moins pas dans l’immédiat. Mais, dès la première heure, il est important que les rôles respectifs soient fixés. Des profs, il y en a de toutes sortes : chacun fait en fonction de son caractère, de sa personnalité. Vous évoluerez sans doute beaucoup au cours de cette première année, selon les réactions que vous rencontrerez.

On dit aussi : la première heure avec une classe détermine toute l’année. Heureusement, ce n’est pas vrai, et si votre première heure ne s’est pas déroulée comme vous le souhaitiez, vous aurez pas mal d’heures ensuite pour établir un rapport satisfaisant avec votre classe ! D’autant que, évidemment, vous serez fragilisé par votre « première première heure »… qui risque de ne pas se passer comme vous la rêviez…

Les enfants, et encore plus les ados, sont très réceptifs à l’état mental des adultes, surtout si lesdits adultes ont autorité sur eux (parents, profs,…) : instinctivement, ils cherchent « la faille »… parce qu’ils craignent de la trouver… Vous avez entendu parler de profs dépressifs qui se font chahuter, par exemple : ce n’est pas cruauté de leur part, c’est qu’ils ne supportent pas que l’adulte soit faillible, qu’il ne soit pas le mur contre lequel s’appuyer. Vous ferez sans doute, un jour ou l’autre, l’expérience d’un cours alors que vous êtes fatigué ou enrhumé ou soucieux : souvent, les élèves sont alors beaucoup plus agités, bavards, énervés ; ils réagissent « agressivement » à votre état… parce qu’ils ne se sentent plus dans la même « sécurité » que d’ordinaire…

Quand je parle d’adulte « faillible », j’entends bien sûr au niveau « mental ». Les élèves acceptent parfaitement que vous ignoriez telle ou telle chose, ou que vous ayez recours au dictionnaire pour vérifier l’orthographe d’un mot… sauf, évidemment, si vous avez voulu imposer l’image du prof infaillible… auquel cas ils vont chercher tous les moyens de vous mettre en échec : ils savent bien que tout le monde, même les profs, peuvent se tromper ou ignorer quelque chose. Si vous commencez un cours en disant, le plus « naturellement » possible : « J’ai fait une erreur au dernier cours , nous allons rectifier… », ils sauront apprécier votre honnêteté intellectuelle.

Encore une fois : n’hésitez pas à parler à des collègues des problèmes rencontrés, des questions que vous vous posez. Jusqu’à ma dernière année, j’ai pu ainsi trouver des réponses plus adaptées que celles que j’avais tentées ; réfléchir ensemble à une question permet de voir des aspects qu’on avait négligés… Sans compter que c’est tout de même rassurant de voir que d’autres ont – ou ont rencontré – des problèmes similaires…

Je vous souhaite de bonnes vacances, une bonne rentrée… et longue vie dans ce métier que vous avez choisi !

D’un établissement à l’autre…

mardi, juin 29th, 2010

Hier, suite au commentaire de Mademoisill, je suis allée sur FaceBook voir ce que disaient mes anciens élèves…

Pas de grande surprise : l’essentiel des commentaires sur les profs tourne autour de leur physique. Je suis « repérée » par ma 2 CV… et ma boucle d’oreille (j’ai appris il y a un an ou deux qu’une ancienne élève, des années plus tard, s’interrogeait encore sur le « pourquoi » de cette boucle unique…). Pas grand chose sur les « contenus », à part quelques voyages scolaires et le « bal des 3èmes ». A lire les 5 pages de commentaires variés, j’ai eu une petite envie de mettre mon mot (mais il faut sans doute s’inscrire pour cela)… mais non : j’étais là en infraction, en « voyeuse » ; ce qui se disait là ne m’était pas destiné, et une intervention de ma part aurait sans doute tout cassé…

Quelques commentaires aussi sur les c… de certains anciens, plus ou moins fiers de leurs bêtises ou de celles de leurs camarades. En voici un, à titre d’exemple :

je pence ke tout les prof surveillant cpe principal ki avai kan jetai la se souviendron de moi, je suis graver dans leur memoire juska la fin de leur vie… apres tou en 17ans de carierre ils ont jamai eu un eleve comme moi.. dapres une prof. dedicass a m… ki ma enmener juskau tribunal d… kan meme lol enfin plin de betise ke je ne regrette pas mai alor vraiment pas du tout :p !!!!!!!!! et les pti du colege foutez les merde!!!! batter vous!!! faites toute les connerie inimaginable!!! pask vou pourier le faire ke une fois dans votre vie sinon vous le regretterai 😉

Je l’ai eu, celui-là… Il doit avoir une bonne vingtaine d’années, maintenant… Et je suis désolée de voir qu’il a si peu « grandi »… C’est vrai que des bêtises, il en a fait pas mal… Des vols, entre autres, et parfois au détriment des « copains »… Mais ce qui l’a conduit au tribunal, c’était une lettre (anonyme, bien sûr !) de menaces à un prof (cité dans le message : je n’ai laissé que l’initiale).

Évidemment, il n’aurait eu aucune chance d’entrer dans un « Internat d’Excellence », où on recrute les élèves sur leur « mérite »…

Je lisais un article à ce sujet dans Marie Claire ce matin… et ai recherché d’autres infos sur le Net, à propos de l’internat de Sourdun…

C’est marrant, mais le discours général sur l’inutilité des effectifs réduits et la suppression de personnels « pléthoriques » (profs, surveillants et autres) n’a pas l’air d’avoir cours ici… Pour 120 élèves actuellement (500 à terme… dans un parc de 50 hectares…), une cinquantaine d’adultes ! A peu près ce que nous avions pour… 700 élèves ! 16 profs, 2 CPE, 12 « assistants de vie scolaire », 5 secrétaires (?), 7 personnels techniques… Et, bien sûr, une infirmière et une assistante sociale… D’accord, c’est un internat, ce qui nécessite plus de personnel (mais le site officiel ne mentionne pas les « techniciens de surface »… qui viennent sans doute d’une société privée)…

Les profs sont recrutés directement par le proviseur, en fonction de leur motivation, « dérogeant aux règles imposées par les syndicats de l’Éducation Nationale », commente Le Figaro Magazine…

Du temps où (c’est loin, tout ça…) il y avait des établissements expérimentaux dans l’Éducation Nationale, le recrutement dans ces établissements était soumis à des règles spécifiques, la motivation étant un critère important… Mais le « mouvement », comme on dit chez nous, restait national, et non au gré du chef d’établissement…

Je ne vais évidemment pas regretter qu’on « donne leur chance » à des gamins de banlieue désireux de bien faire (eux aussi sont sélectionnés selon leur motivation !)… mais j’aimerais bien qu' »on » pense aussi aux millions d’autres, qui ne pourront intégrer ces établissements (d’après ce que j’ai lu, ils pourraient concerner quelque 5000 élèves…)… et qui galèrent tous les jours dans des classes surchargées, dans des établissements où ils sont mal protégés, face à des profs découragés par les bâtons qu’on leur met constamment dans les roues…

Confiance…

mardi, août 4th, 2009

[Les Instructions] sont vraiment dignes de cette grande insti-
tution démocratique par excellence, qui ne fait point de
différence entre les enfants qui lui sont confiés et qui veut
les élever tous, les plus humbles et les plus misérables
autant sinon plus que les autres, selon les mêmes princi-
pes de liberté, de justice et d’amour.

[…]

Est-il besoin d’ajouter que nous avons pleine confiance
dans les maîtres de nos écoles ? Ce sont des hommes de
cœur.

[…]

Le premier devoir de nos instituteurs, ils le savent, est
d’adapter leurs leçons au milieu dans lequel ils se trouvent
et de les renouveler d’année en année.

Si les programmes […] nous servent de guide, il serait
toutefois vain de les appliquer tels quels […]. Il est[…]
indispensable de tenir compte
du milieu, de la force des élèves, des besoins des popula-
tions. A n’en rien faire on se tromperait gravement.

Adapter nos leçons au milieu, c’est en même temps les re-
nouveler. Ce renouvellement est chose nécessaire. Le labou-
reur ne retourne-t-il pas la terre quand vient l’automne ?
S’il ne le faisait, où serait la moisson ? Si nous ne pre-
nions la peine de labourer, nous aussi, notre champ, de re-
tourner notre fonds, où seraient les résultats ?

J’apprécie grandement – et vous aussi, j’espère -, ce « mandat de confiance » adressé par le Ministère aux instituteurs : les programmes sont un guide – et seulement un guide. Il appartient à l’instituteur d’évaluer le milieu dans lequel il se trouve, la « force des élèves » et les « besoins [de la] population » afin d’adapter au mieux ces programmes.

Et il lui appartient en même temps de remettre en question son travail, afin d’améliorer son enseignement…

Mais vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai enlevé des mots du quatrième paragraphe ? Ah ! Il va falloir que je me dévoile… Voici donc ce paragraphe sans coupures :

Si les programmes français nous servent de guide, il serait
toutefois vain de les appliquer tels quels en Tunisie. Il est,
ici plus encore qu’en France, indispensable de tenir compte
du milieu, de la force des élèves, des besoins des popula-
tions. A n’en rien faire on se tromperait gravement.

Pourquoi diable la Tunisie ? C’est que la Tunisie est sous protectorat français… en 1923 !

Voilà mes sources dévoilées…

Instruction Publique

Instruction Publique

Et je ne peux résister au plaisir de vous donner la suite :

Nos écoles sont des écoles laïques. Qu’est-ce à dire, sinon
que, pour en être et rester dignes, il nous faut travailler
sans cesse à notre propre perfectionnement ?

C’est par notre attention soutenue que nos écoles devien-
dront de plus en plus laïques chaque jour. La laïcité, ce
n’est pas seulement une enseigne mise une fois pour toutes
à l’entrée de nos classes, c’est un idéal a la poursuite du-
quel il faut se donner tout entier. Sans doute toute la vie
d’un homme ne suffira pas à l’atteindre et même, à me-
sure que, de génération en génération, on s’en approchera
davantage, il reculera et s’élèvera d’autant. Mais la des-
tinée de l’homme n’est-elle pas de poursuivre une idée qui le
dépasse ? Disons donc de la laïcité ce qu’on peut dire de
toutes les œuvres humaines qui valent la peine d’être faites,
à savoir qu’elle est une création continue.

Laïcité, comme noblesse, oblige : elle oblige au travail.

(Source : Gallica, pages 797 et suivantes)

Je vous en reparlerai, de cette confiance de nos gouvernements en leurs enseignants…

Avoir la foi…

mardi, juillet 28th, 2009

Le commentaire de Frédérique, posté hier, me fait réfléchir (outre qu’il me cause un très grand plaisir !) :

« merci seulement d’avoir cru en nous quand tous laissait penser le contraire!!! »

Oui, c’est vrai, au plus loin que je remonte dans ma vie de prof, j’ai toujours eu – et conservé – la foi !

Au point que j’ai du mal à comprendre les enseignants qui ne l’ont pas, cette foi ! Pour moi, c’est une composante fondamentale du métier…

Peut-être en ai-je hérité de par mon éducation catholique ? A moins que je ne l’ai bue au biberon dans ma famille ?

En tous cas, il me paraît évident que c’est une de mes constantes !

D’abord, bien sûr, la foi en mon métier : enseigner, c’est croire que l’on peut apporter des « choses » à des élèves : connaissances, méthodes, mais aussi ouvertures sur le monde, la vie, les autres. Je repense à cette collègue qui m’assénait : « L’orthographe, c’est inné ! ». Avec ce genre de pensée, j’aurais vite arrêté de « faire de l’orthographe » ! Je ne comprends même pas comment cette collègue a pu enseigner quelque chose de si totalement inutile…

Non, pour moi, être prof, c’est croire fondamentalement qu’on peut changer les choses, les faire évoluer. Ne jamais se décourager devant les échecs, quels qu’ils soient, mais toujours essayer d’y réfléchir, d’imaginer leurs raisons, et d’envisager des réponses possibles. Reprendre les cours, les contrôles, les exercices, de façon à les améliorer.

C’est d’ailleurs une des grandes chances de ce métier : attaquer à chaque rentrée de nouvelles classes, c’est pouvoir améliorer ce qu’on a fait l’année précédente, ou les années précédentes : tenter de comprendre ses erreurs (quand toute une classe « se plante » à un contrôle… il y a des chances pour que le prof soit en cause !) et d’y remédier…

Et, bien sûr, corollaire évident de cette foi dans le métier : la foi dans les enfants !

Car, si je pense que mon métier est d’apporter des « choses » aux élèves qui me sont confiés… il faut bien que je croie en la possibilité pour ces élèves d’apprendre, de changer, de se développer, d’évoluer !

Pour TOUS les élèves !

Il est très gratifiant de voir quelques élèves – les « bons » – répondre à nos attentes: ils écoutent, répondent, apprennent, ont de bonnes notes… et nous donnent l’impression d’être « de bons profs »… Des miroirs déformants… mais embellissants, en quelque sorte !

Mais ils ne représentent généralement qu’une très petite fraction d’une classe… Et, effectivement, se pose alors la question : est-ce que je m’arrête à ce miroir (je suis un bon prof… et les élèves qui ne répondent pas à mes attentes sont de « mauvais élèves », indignes de mon attention) ? ou est-ce que je travaille pour que tous ces « autres élèves » progressent eux aussi, à leur manière et à leur rythme ? Si j’y arrive, peut-être alors – et alors seulement – serai-je « un bon prof »…

Ces enfants, ces ados que j’ai devant moi sont en plein développement. Nul ne peut prévoir avec certitude leur devenir, même pas eux, même pas leurs parents. TOUT est possible, à cet âge, rien n’est joué. C’est parce que j’en suis intimement persuadée que je peux tenter de les en persuader. Car l’élève « en échec constant » a généralement une piètre idée de lui-même et de ses possibilités : la première chose à faire est donc de lui redonner confiance en ses capacités. Confiance fluctuante, évidemment – il a déjà un lourd passif, et se décourage à la première difficulté -, mais confiance quand même, pour qu’il enregistre quelques réussites qui le remonteront dans sa propre estime.

J’en ai eu, de ces élèves en échec scolaire, déçus, découragés, passant leurs cours à dessiner, bricoler… ou embêter les voisins (voire la classe et le prof !). Cette année encore, mon zozo de 3ème… Mais il lui est arrivé plusieurs fois, quand par hasard il entendait une question que j’avais posée et y réfléchissait un peu, de donner la réponse juste : « Vous avez vu, madame ! ». Et de se retourner vers la classe, triomphant…

Ces petites « reconnaissances » ne vont sans doute pas modifier l’orientation scolaire de ces élèves… mais je crois (oui, je crois…) qu’elles modifient leur perception d’eux-mêmes, et qu’elles leur redonnent quelques forces pour l’avenir…

Quant à la plus grande partie d’une classe, généralement « moyenne », elle est bien évidemment aussi susceptible de s’améliorer ! L’élève « moyen » (qui n’est d’ailleurs pas forcément « moyen » dans toutes les matières – d’où le grand intérêt de la discussion avec les collègues sur tel ou tel élève…) peut aussi se révéler « bon » dans tel ou tel type de travail. D’où aussi l’intérêt de varier les approches : l’enseignement du Français est un vrai « cadeau » pour cela, avec ses différentes composantes…

Je me souviens de cette élève de 4ème, aux résultats « moyens-médiocres », qui a joué un rôle important dans Le Bal des voleurs, d’Anouilh : au début, elle apprenait certes son texte, mais le récitait… comme une récitation, justement ! Le jour du spectacle, elle « crevait les planches », et a été la plus remarquée ! Cela n’a pas changé son avenir scolaire… mais je reste persuadée que cela a beaucoup changé sa manière de se percevoir elle-même !

Non, je ne suis pas magicienne, je n’ai jamais transformé un élève « mauvais » ou « moyen » en « bon » (enfin, je crois…). Mais j’espère avoir donné à quelques-uns les moyens de croire en eux-mêmes…

Une simple question de foi…

Retour sur examens

samedi, juillet 11th, 2009

Je ne vous ai toujours pas parlé du plaisir à vider les cartons… mais ce sera pour un autre jour.

Car je reviens à l’instant du Billet de Profette qui nous parle de sa Mission de Surveillance des Baches Liées : je vous en conseille la lecture !

Comme je vous l’ai dit, ma Mission à moi se révéla plus simple : annotations et notation de piles de copies diverses (questions, réécriture, dictée et rédaction). Le plus difficile, c’est après…

Encore ne nous avait-on pas demandé, comme l’année dernière, de recopier les résultats sur une feuille-bilan : horreur totale ! Recopier les numéros des candidats surtout : une douzaine de chiffres… à ne pas intervertir, évidemment !

Mais cette année, c’est le secrétariat (comprenez : d’autres profs !) qui ont ce privilège… Avec les mêmes problèmes, d’ailleurs. Car, évidemment, quand on corrige, on ne sait absolument pas comment les notes seront collationnées ensuite. En Français, on a :
– les questions sur 15 points
– la réécriture sur 4 (parfois sur 5)
– la dictée sur 6 (parfois sur 5)
– la rédaction sur 15.

Sur la première copie, j’indique les résultats de chaque composante de l’épreuve… au cas où… L’année dernière, si je me souviens bien, nous devions reporter les résultats ainsi :
– questions et réécriture sur 20
– dictée sur 5
– rédaction sur 15
– total sur 40.

Pour les correcteurs qui ont seulement indiqué le résultat sur 40… ils n’avaient plus qu’à feuilleter les copies pour recopier leurs notes… De quoi pester un peu !

Cette année, ce sont les « secrétaires » qui devront faire la même chose… avec une autre ventilation :
– questions et orthographe sur 25
– rédaction sur 15
– total sur 40.

Le tout sur des feuilles de papier… pour les taper ensuite (on pourrait sans doute imaginer un logiciel type tableur qui comporte préalablement les numéros des candidats, et additionne tout seul les différents éléments… mais ce serait sans doute trop simple…).

Donc, cette année, nous étions dispensés de ce pensum… mais pas de remplir les 3 liasses d’imprimés après correction… Y compris la feuille de « convocation » que nous remplissons scrupuleusement, pour promettre que nous étions bien au lieu et à l’heure indiqués sur notre « vraie » convocation. La première fois que j’ai dû remplir cette fiche, j’avoue être restée perplexe : c’était moi qui me convoquais ? après avoir « fait mon devoir » ???

Et les liasses carbone, où nous devons répéter tous les renseignements individuels (que l’administration ne possède pas, vous comprenez bien !) : nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité, statut, lieu d’enseignement, lieu de correction, numéro INSEE, numéro NUMEN…

Ah ! J’en vois qui ne connaissent pas le NUMEN ! eh bien, c’est une très jolie invention de l’Education Nationale, il y a déjà une paire d’années, qui devait garantir le « secret » (je ne vois pas bien lequel, vu qu’on doit recopier toutes les autres informations…) et éviter le recoupement avec le numéro d’INSEE… Comme on doit mettre les deux numéros sur les fiches, c’est gagné !

Évidemment, j’avais oublié de noter mon NUMEN quelque part… et ai dû téléphoner à mon collège pour que la secrétaire, très aimable, me l’indique (en principe, seul le titulaire doit le connaître… mais ils sont comme moi, les titulaires : ils ne l’ont pas forcément sur eux quand on le leur demande !) Le numéro d’INSEE, une fois qu’on en sait la composition, est relativement simple à mémoriser. Le NUMEN est composé de chiffres et de lettres dont le sens (s’il y en a un) est vraiment secret…

Et quand j’ai eu fini mon pensum, j’ai sorti mon chéquier pour joindre à tous ces papiers 2 relevés d’identité bancaire, l’Administration ne connaissant évidemment pas nos coordonnées bancaires (je ne sais pas comment ils arrivent malgré tout à nous verser nos salaires !), et ayant absolument besoin de 2 relevés plutôt qu’un…

Las ! Plus de relevés dans mon chéquier ! Déjà fournis à je ne sais qui pour je ne sais quoi…

« Ça ne fait rien, tu donneras les feuilles à ton collège, et ils les enverront eux-mêmes », me sourit un gentil « secrétaire ».

Ce que je fis, vous pensez bien !

Avec tout ça, je peux espérer toucher, au mois de mai prochain, la somme faramineuse d’environ 15 € !

Ça vaut le coup, non ?

Petits bonheurs et Grandes Economies…

mercredi, juillet 1st, 2009

J’ai reçu ce texte aujourd’hui… et je me permets de vous le recopier…
Il tourne sur pas mal de sites déjà, mais quelques vérités simples peuvent se permettre d’être répétées…

Un p’tit bonheur…..
A… l’Education Nationale !

Monsieur Le Président,

Merci de lire ce message,
Un p’tit bonheur sur une page,
Une douceur..pour l’Education Nationale.

Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu’il tisse les voiles…
De la solidarité,
Et qu’il rayonne aux ondes…
De l’humanité.

Je suis Professeur des Ecoles
Dans un petit village de l’Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt- six élèves à l’école…
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples…

Dans cette école une chance,
Un p’tit morceau de bonheur,
Qui s’écrit avec ces trois lettres:
Employée de la Vie Scolaire.. .

Pour l’Education Nationale,
Un p’tit bonheur, c’est pas banal,
Un léger baume sur le coeur
De cette Grande Dame
Un peu…bancale !

Notre bonheur, c’est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d’la Grande Dame…
Elle est..une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
Et c’est du bonheur …assuré !

Dès le matin, elle s’active,
C’est sur le net qu’elle s’incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l’inspectrice,
Et celles de l’Académie…

Mes mots notés au brouillon,
Les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués…

Encadrés, les derniers dessins des CP,
Affichés, sinon…à quoi bon dessiner?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l’aide à le recopier, à taper sur le clavier…
Retentit le téléphone, qu’elle décroche sans tarder,
Afin de ne pas gêner, le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l’exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l’énergie..

Rangée la bibliothèque,
Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire…

Ah! Notre petit journal
« Magique », ils l’ont appelé
Quel travail de fourmi,
J’y passerai……des nuits ?

Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées, entre… deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler…

Et puis…c’est reparti !

Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l’ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S’ouvrir l’esprit, être curieux.

Ne pas oublier l’insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague!… On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c’est vital !

Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l’ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,
….Sans elle, jamais…
Ce ne serait si bien géré.

Bientôt la fin de la journée,
Plus l’aide personnalisée,
Restent les cahiers à corriger,
Faire le point pour évoluer,
Et demain..tout continuer…..

Le soir, coup de fil…
C’est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme…

Ecoute, me dit-elle…c’est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j’ai reçu…un imprimé,
Dans quelques semaines, c’est marqué,
Votre contrat est terminé…

Ils me demandent ce que j’ai fait,
Pour trouver un futur emploi..
Sa voix se fêle… J’ai..un emploi!
Ils me demandent ce que j’ai fait,
pour me former, pour m’insérer,
Sa voix se gèle…. puis accélère: « Je…suis formée,
depuis trois ans, j’me sens utile, insérée et c’est varié,
Pas bien payé, mais..j’veux rester ! »
Sa voix s’étrangle… c’est à pleurer…

Ils me demandent mes compétences
C’que j’ai acquis, que vais-je répondre?
Il y a l’espace …d’UNE LIGNE
UNE LIGNE…. mais tu te rends compte !

J’ai honte, honte…il aurait fallu UNE PAGE
Au moins UNE PAGE pour répondre,
J’ai honte, honte..pour notre Grande Dame
Pour ceux qui l’ont créée, l’ont fait évoluer,
Qui a tant appris aux enfants,
Qui a tant encore à leur apprendre..

Et Géraldine ???
On n’ lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d’indemnité
Ils lui précisent… Oh!..comme ils disent
D’étudier ses droits…pour..le R.M.I.
Elle a raison…c’est à pleurer..

Alors qu’on demande chaque jour,
A nos élèves de dire « Bonjour »
De dire « Au revoir » et…. « Merci »
De s’ respecter, d’être poli
Comme vous dîtes, Monsieur Sarkozy…

Que vais-je dire, à la p’tite fille,
Qui l’aut’re jour, près de moi ,s’est assise,
Et ,toute fièrement, m’a dit:
Tu sais, Maîtresse,moi, quand j’serai grande,
J’irai au collège, comme mon grand frère,
J’irai au lycée, j’passerai mon bac,
Et je ferai…comme Géraldine! »

Je sursaute.. Mon cœur se serre..C’est à pleurer.

C. Picavet
Professeur des écoles
à l’école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)

En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina, Laurence, Elodie,
à tous les Philippe, Sébastien, et bien d’autres qui ont valorisé mon
travail, et participé à la guérison d’la Grande Dame…
qui est encore bien malade…

Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots,
Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelque Euros…

Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation,
Jetterait son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?
Quel jardinier, quel paysan, brûlerait sa récolte mûre, après avoir
semé, soigné?

Je n’ai pas fumé la moquette
Je veux seulement que l’on arrête,
De prendre les gens pour des pions,
Qu’on arrête de tourner en rond !

Torpillé le « Chagrin d’école »
En mille miettes de BONHEUR !

En l’honneur de tous ces p’tits bonheurs..
INONDONS LE NET

les amis, les décideurs,
les chômeurs, les travailleurs,
directeurs, les inspecteurs,
employés et professeurs,
députés, ministres,
r’m’istes ou artistes,
chanteurs, compositeurs, rapeurs, slameurs,
radios, journaux, télés,

et à tous ceux qui sont…parents…d’un enfant..

enfin à chaque être humain de ce pays
qui j’espère un jour dans sa vie,
a bénéficié d’un peu de bonheur,
de cette Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
dans le giron de la Grande Dame.

P.S: Ironie….. A la rentrée, c’est presque sûr
Notre petite école rurale
Sera dotée d’une Valeur Matérielle Ajoutée,
Des fonds ont été débloqués,
Huit ordinateurs et un tableau interactif
Une « classe numérique »
Nous serons à la pointe du progrès ! Et pour cela, je serai formée !

Mais, qui m’aidera à installer, et à gérer, sans Valeur Humaine Ajoutée !

Dernière séance…

mardi, juin 23rd, 2009

(A ne pas confondre avec « Ma première surprise-partie » ! rien à voir !)

Eh oui, ce soir, c’était mon dernier conseil de classe… Comme, dans l’ensemble, tout le monde était content de la 5ème, ça s’est bien passé…

A part les questions venant d’un parent (le seul qui avait répondu au questionnaire des parents d’élèves), entre autres sur « l’absentéisme des professeurs »…

On a fait une telle consommation de ce vilain mot, « l’absentéisme », que la plupart des gens ne font plus la différence entre « absence » et « absentéisme ».

Car, bien sûr, il n’y a pas eu d’absentéisme de la part des profs. La seule « longue absence », à ma connaissance, a été celle d’un prof qui accompagnait un voyage scolaire sur une semaine (dont samedi et dimanche, peut-être bien !). A cette exception près (et – j’allais oublier ! – à mon absence début janvier… pour cause de neige !), je ne pense pas que cette classe ait « pâti » de plus de 10 heures d’absences sur l’année, toutes matières confondues…

Question suivante (du même, évidemment !) : Et comment comptez-vous rattraper ces absences ?

Ben… En faisant cours le dimanche ? Pendant les grandes vacances ?

Soyons sérieux : si le problème des remplacements se pose effectivement dans l’Education Nationale, il y a de grandes inquiétudes à avoir (désolée pour cette répétition, je suis un peu fatiguée…) lorsqu’on pense que 4 heures de moins dans une matière peuvent remettre en cause les acquis de l’année !

Par ailleurs, je sais bien qu’il est question de faire travailler les gens en congé maladie par Internet… Voilà une innovation qui mérite d’être étudiée ! De réforme des retraites en réforme du temps de travail, on va se retrouver sous Zola sans même l’avoir vu venir !

Faites-vous patrons : c’est l’avenir !

MERCI !

lundi, juin 22nd, 2009

Qu’il me soit ici permis, en cette fin d’année et de carrière, d’adresser quelques remerciements aux Principales (en titre et adjointe) qui mènent notre collège depuis 3 ans…

(Et s’il ne m’est pas permis… je ferai sans permission ! Un des traits de mon fichu caractère étant, justement, d’agir comme je l’entends…)

J’ai toujours eu quelques problèmes avec les Principaux ou Principales. En général, nos « relations » sont d’abord passées par des phases d’affrontements sur divers points. Je reconnais bien volontiers que je ne suis pas d’un caractère « facile »… et qu’il suffit que l’Autorité débarque pour que je me sente l’âme d’une contestataire (un « mai 68 » décalé ?). Par ailleurs, je ne suis pas forcément « typique » dans mes façons de travailler : que je favorise les travaux de groupes, les créations de spectacles, les recherches (et débats !) sur des thèmes non littéraires, m’ont valu une certaine suspicion de la part des Principaux. Il leur a fallu du temps pour qu’ils comprennent que je « faisais mon travail », même si ce n’était pas à leur manière.

Ma grande Surprise, à l’arrivée de ces deux Principales, a été de rencontrer des Personnes. Qui, elles-mêmes, me traitaient comme une Personne.

Déjà, un signe : leurs bureaux ont généralement porte ouverte (sauf réunion ou entretien privé, évidemment !).

Un autre signe : leur joyeux « Bonjour, Mme X ! », comme si elles étaient particulièrement heureuses de croiser un professeur dans le collège.

Et encore : la décoration de leurs bureaux, avec des photos ou images (ou autres !) leur appartenant personnellement…

D’un coup, nous étions à des années-lumière de celle qui disait : « Ici, je représente le Ministre ! »…

Assez vite, nous avons parlé d’autres centres d’intérêt : photo, pastel, image, roman policier… La Principale m’a prêté une bonne quarantaine de ces excellents romans à l’origine du roman « policier ethnologique » qui se passent en Australie, avec l’inspecteur… Napoléon Bonaparte…

Leur intérêt pour mes petites zimages leur a fait me demander d’illustrer le Projet d’Etablissement… Travail qu’elles ont « reconnu » et apprécié…

Mais, par-dessus tout, c’est leur aide que j’ai appréciée : en cas de problème avec un(e) élève, j’ai toujours pu compter sur l’une ou l’autre pour voir le gamin (ou la gamine), discuter avec lui, essayer d’éclaircir le problème ou le laisser dire ce qu’il avait sur le cœur (parfois sans aucun rapport avec l’école, mais plutôt avec la famille, ou des soucis d’orientation)… et me tenir au courant ensuite, afin que je puisse adapter mon comportement à ces nouvelles données.

Il m’est arrivé plusieurs fois qu’un élève éclate en larmes incoercibles pendant un cours : si ni moi ni un de ses camarades ne pouvions le calmer, je pouvais compter sur la Principale Adjointe pour le prendre en charge et l’aider à exprimer ce qui le mettait en cet état…

Il y a 3 ans, j’avais en 3ème un « zozo » (en fait, il y en avait plusieurs, dans cette classe… mais celui-là était le moins facile à « gérer »…). Une idée précise du métier qu’il voulait faire, et aucun goût pour l’école et les études. D’une intelligence au-dessus de la moyenne, par ailleurs, qui lui permettait, lorsque l’envie lui en prenait, de participer au cours. J’ai discuté plusieurs fois avec lui, mais les effets de ces discussions étaient de très courte durée. J’en ai parlé avec la Principale, qui l’a vu plusieurs fois, et à qui il parlait un peu plus facilement de ses soucis.

Un jour, il est entré dans la classe avec les autres… et je le vois ressortir aussitôt. Je l’appelle, mais il ne vient pas. Je vais sur le pas de la porte et lui demande ce qu’il fait :

« Je ne rentre pas. Je vais péter les plombs.

– Tu veux aller voir Mme Y ?

– Pour quoi faire ?

– Pour lui parler de ton pétage de plombs… »

Il a accepté, et est resté environ une heure dans le bureau de la Principale : effectivement, il avait pas mal de soucis à ce moment, et… grand besoin d’en parler !

Plusieurs collègues, au début, n’ont pas apprécié du tout cette attitude : « J’ai envoyé Machin chez la Principale, et elle ne l’a même pas puni ! » « Elles sont trop laxistes ! »

Personnellement, j’ai toujours apprécié leur façon de faire : si l’élève mérite une sanction, je peux la lui donner moi-même, voire l’exclure du cours. Par contre, si, pour une raison ou une autre, je ne peux entrer en relation avec un élève qui « débloque », alors il faut que je passe la main à quelqu’un qui y arrivera peut-être.

Est-ce à dire que j’ai toujours été d’accord avec ce que l’une ou l’autre ont dit ou fait ? Évidemment non, mais nous avons toujours pu en discuter. Et en discuter « entre personnes », et non entre « Autorité » et « sous-fifre » sans importance.

Je crois vous avoir déjà raconté qu’une ancienne collègue, syndicaliste très active (et donc souvent en opposition avec l’Administration) avait suivi la formation de Principal. Revenant nous voir l’année suivante, alors qu’elle était en poste d’adjointe, elle a sorti quelque chose sur « les profs ». « Les profs », comme s’il s’agissait d’une espèce particulière, qui avait des intérêts et des comportements très discutables.

Peut-être que la Principale et l’Adjointe échangent entre elles des propos sur « les profs »… mais ni l’une ni l’autre ne m’ont jamais donné l’impression que je n’étais qu’un spécimen d’une espèce plus ou moins embêtante…

Aujourd’hui que nul ne peut plus me soupçonner de « passer de la pommade » pour obtenir je ne sais quels mirifiques avantages, je veux leur dire, du fond du cœur, MERCI !

Et Merci en particulier de m’avoir fait découvrir, pour mes dernières années de prof, que notre but, au-delà des différences de fonctions, était le même : viser, autant que possible, à l’épanouissement de l’enfant…

Préparations…

dimanche, juin 21st, 2009

Hier, avant de partir en chasse sur Internet, je voulais vous parler du travail de la journée.

Je ne travaille pas le samedi. Enfin : pas au collège ! Pour les non-initiés : la plus grande partie du travail de prof se fait en général à la maison…

En fait, je repensais à ce cousin qui m’avait dit il y a quelques années :

« Oui, enfin, tu n’as plus de cours à préparer, maintenant. La littérature, ça ne change pas ! »

Je ne lui ai pas répondu que, depuis ses années de collège (les années 40), et même depuis les miennes (les années 60)… la littérature avait pourtant un peu « changé » : quelques auteurs en plus, par-ci par là, quelques nouvelles façons d’analyser les textes… J’ai quand même dû lui dire qu’en collège, la « littérature » était moins au programme que la lecture, la grammaire, l’orthographe et la rédaction…

Je pensais à lui, donc, au terme d’une journée entièrement passée (ou presque) à préparer la semaine de révision des 3èmes, qui commence demain… Qu’en aurait-il dit ? Peut-être aurait-il pensé qu’un début d’Alzheimer m’obligeait à tout reprendre à zéro ? Ou que, vraiment, je ne savais pas comment occuper mon temps ?

Ce doit être la 4ème ou la 5ème année que nous faisons cette « semaine de révisions » pendant laquelle les 3èmes n’ont que Français, Maths et Histoire-Géo : 8 heures (en principe) de chaque dans la semaine… Ça se passe généralement bien (d’autant que les moins motivés ont tendance à prendre des vacances anticipées…), mais il faut « assurer » : 2 heures consécutives en général… tout en sachant que ces 2 heures ont été précédées ou seront suivies de 2 autres heures dans une autre matière… Donc prévoir des activités assez variées pour « faire un break » de temps à autre. Sinon, les marmites explosent !

Mes 3èmes sont 17 à avoir demandé de réviser les fonctions, 13 les natures des mots, groupes et propositions, 9 les modes et les temps, 5 les rapports logiques… (non, on n’additionne pas tout ! Ils ont demandé plusieurs thèmes chacun !)

En fait, très peu de demandes sur le programme de 3ème : ce qui leur manque… ce sont les années précédentes ! Et donc, imaginer comment « faire passer » ces notions (dont certaines sont vues depuis la 6ème, sans parler du primaire !) en une semaine… c’est un vrai casse-tête !

Vous me direz que j’aurais pu m’y prendre plus tôt. Certes. En fait, les heures passées sur les ordinateurs devaient servir à une « remise à niveau » en fonction des lacunes de chacun. Et je leur avais demandé de se faire des fiches de révision, pendant les vacances de printemps, sur natures et fonctions, justement…

Mais… c’était sans compter sur leur incapacité à se prendre en charge… Sur les ordinateurs, ils ont souvent préféré les jeux d’orthographe, et ont délaissé la grammaire… Quant aux « fiches de révision »… la plupart étaient des impressions tout droit sorties de sites Internet… que les élèves ne s’étaient évidemment pas donné la peine de lire ! Ils avaient « fait » leur travail : ils avaient une fiche de révision…

Je prévois donc pas mal de galères pour cette semaine… ce qui donne du piment à la chose, évidemment ! Quel intérêt de reprendre telles quelles les fiches de l’année dernière, ou d’une année précédente ?

Il y a un défi : je vais essayer de le relever !