Archive for the ‘Evaluation CE2 et 6ème’ Category

Profs mis à nu…

mercredi, septembre 21st, 2011

Merci à Odile qui m’a fourni le lien vers ce site. Au cas où vous ne le connaîtriez pas encore, allez donc voir leur calendrier .

Mis à nu, certes, mais « en tout bien, tout honneur »… Ils ne font qu’illustrer leur certitude que l’école est nue…

Vous connaissez sans doute ce conte d’Andersen, Les habits neufs de l’empereur ? Deux escrocs vont voir l’empereur et lui assurent qu’ils lui feront un splendide habit, tissé d’or et d’argent, qui lui permettra de voir qui est sincère autour de lui (mon résumé est approximatif, je ne l’ai pas lu depuis longtemps…). L’empereur est très ennuyé de ne pas voir ledit costume, mais les courtisans le rassurent en s’exclamant sur la beauté de l’ouvrage. Cortège dans les rues, où chacun s’applique à vanter la munificence dudit costume… jusqu’à ce qu’un petit enfant s’écrie : « L’empereur est nu ! »…

Nous avons nous aussi nos « courtisans » qui proclament que l’école n’a jamais été aussi performante… Sous cet habit de statistiques plus ou moins faussées, volontairement ou non, le collectif du Calendrier proclame que l’école est nue, tant par la réduction drastique des moyens qui lui sont donnés que par la perte des valeurs qui ont fondé l’école républicaine.

Lucien a récemment fait état de deux rapports qui tendraient à contredire notre « roi » :

Deux rapports très critiques pour la politique d’Education française

Celui du Haut Conseil de l’Éducation tire à boulets rouges sur nos fameuses « évaluations » :

[Table des matières]

LES INDICATEURS ANNUELS FOURNIS AU PARLEMENT NE SONT PAS SATISFAISANTS
1.1 Les indicateurs concernant « les compétences de base » en français et en mathématiques sont partiels, peu exigeants, et donc trompeurs quant à la maîtrise du socle commun
1.2 Les indicateurs tirés des évaluations nationales des trois paliers du socle commun ne sont pas fiables pour des raisons de méthode
. Au palier 1 du socle, la confusion entre deux types d’évaluation prive les indicateurs de la rigueur nécessaire
. Aux paliers 2 et 3 du socle, la fiabilité des indicateurs n’est pas assurée
. Le champ des indicateurs existants ne permet pas d’évaluer avec précision la maîtrise du socle

[Conclusion]

Le Haut Conseil de l’Éducation recommande de renoncer aux indicateurs actuels de la LOLF sur la maîtrise des « compétences de base ». Ces indicateurs donnent en effet une image erronée du degré de maîtrise effective du socle commun par les élèves.

[…]

Pour être pertinents du point de vue du socle, les indicateurs devront être attentifs à un certain nombre de caractéristiques : ils devront évaluer des compétences, c’est-à-dire la combinaison de connaissances, de capacités et d’attitudes, et se fonder sur une évaluation en situation complexe36 ; ils devront bien entendu évaluer la totalité des compétences37 et conserver une échelle de valeurs stable permettant la comparaison dans le temps.

[…]

Le moment est venu de confier à une agence d’évaluation indépendante la mise en œuvre d’un tel programme, comme le suggérait la lettre de mission du Président de la République adressée au ministre de l’Éducation nationale en 2007. Il est essentiel en effet que, dans notre démocratie, les données concernant les résultats de notre système éducatif soient objectives et transparentes, donc incontestables.

[Notes]

36 La situation d’évaluation doit permettre la mise en œuvre par l’élève de « tâches complexes », c’est-à-dire qui mobilisent de façon combinée des ressources (connaissances, capacités, attitudes) dans des situations ou des contextes concrets, vraisemblables, quasi-authentiques, qui ne se réduisent pas à l’application d’une procédure automatique. L’évaluation de la maîtrise d’une compétence n’est en aucun cas équivalente à la seule évaluation de la maîtrise de chaque ressource isolément, laquelle est indispensable mais insuffisante, comme l’illustre l’exemple de l’apprentissage des langues vivantes.

37 Il est nécessaire d’avoir des indicateurs pertinents pour chacune des sept compétences, y compris pour les compétences 6 – compétences sociales et civiques – et 7 – autonomie et initiative – dont l’évaluation peut, de prime abord, sembler plus compliquée. Nous ne sommes pas totalement démunis en ce qui concerne leur évaluation, puisqu’ont déjà été menés au niveau international des études et des travaux, comme par exemple l’étude ICCS (International Civic and Citizenship Education Study) de l’IEA déjà citée.

Le rapport de l’OCDE est plus méchant à plusieurs égards :

OCDE (2011), Regards sur l’éducation 2011 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE.
http://dx.doi.org/10.1787/eag-2011-fr

Le graphique B2.1 de la page 240 nous apprend (?) que la France est un des rares pays qui a consacré en 2008 à l’éducation une plus faible part de son PIB qu’en 2000.

Les dépenses d’éducation tous niveaux d’enseignement confondus ont augmenté à un rythme plus soutenu que le PIB dans plus de trois quarts des pays dont les données de 2000 et 2008 sont comparables. Elles ont progressé de plus de 1.0 point de pourcentage durant cette période au Brésil (de 3.5 % à 5.3 %), en Corée (de 6.1 % à 7.6 %) et en Irlande (de 4.5 % à 5.6 %). Toutefois, les dépenses au titre des établissements d’enseignement ont augmenté à un rythme plus faible que le PIB en Allemagne, en Autriche, en France, en Israël, au Japon et en République slovaque. Parmi ces pays, les variations les plus sensibles s’observent en France et en Israël, où la part du PIB consacrée à l’éducation a diminué d’au moins 0.3 point de pourcentage entre 2000 et 2008 (voir le tableau B2.1 et le graphique B2.1), essentiellement en raison de la diminution des dépenses en pourcentage du PIB dans l’enseignement primaire, secondaire et post-secondaire non tertiaire en France (diminution de 0.4 point de pourcentage) et dans l’enseignement tertiaire en Israël (diminution de 0.3 point de pourcentage).

(C’est moi qui souligne)

Une curieuse « courbe » concernant le pourcentage des jeunes en formation :

pp. 384-385 Pourcentage de jeunes (15-29 ans) en formation :
1997 : 42.6
1998 : 42.9
1999 : 43.9
2000 : 43.9
2001 : 43.1
2002 : 44.1
2003 : 44
2004 : 44.6
2005 : 45.1
2006 : 45.9
2007 : 46.8
2008 : 46.2
2009 : 44

Globalement, à part en 2001 (et, dans une moindre mesure, en 2003), le pourcentage de jeunes en formation (donc ni au travail, ni au chômage) progresse jusqu’en 2007. Puis chute ! En 2009, nous voici revenus au taux de 2003…

Le tableau D2.1 p. 431 nous révèle que le nombre moyen d’élèves par classe en 2009 est supérieur d’un peu plus de 1 en France à la moyenne de l’OCDE, et de plus de 2 à la moyenne de l’Union européenne…

Nous arrivons avant-derniers quant à l’influence du milieu socio-économique sur les résultats aux tests OCDE de compréhension de l’écrit :

Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Quant aux salaires des enseignants… voyez plutôt :

Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Pour le salaire statutaire dans l’enseignement public, nous arrivons glorieusement en 22ème position sur 34…

Le salaire des enseignants a augmenté, en valeur réelle, dans la plupart des pays dont les données sont disponibles entre 1995 et 2009. La France et la Suisse font figure d’exception : le salaire des enseignants y a diminué en valeur réelle durant cette période.

La plupart des pays ont assisté à une régression du salaire des enseignants en pourcentage du PIB par habitant entre 2000 et 2009. C’est en Australie, en Corée, en France, au Japon et en Suisse que le salaire des enseignants en pourcentage du PIB par habitant a le plus diminué. Il est toutefois resté nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE dans tous ces pays, sauf en Australie et en France.

Et le roi s’indigne qu’on le voie nu ???

Revenons à nos moutons… euh… à nos profs dépouillés…

Ne vous contentez pas de regarder le calendrier ! Allez lire leur manifeste :

Manifeste contre le dépouillement de l’école

Je n’en ferai pas de citations… car il faudrait tout citer ! Il n’est pas très long, et vaut largement la peine d’être lu… voire signé (plus de 12 000 signatures à ce jour). Au moins, contrairement à un certain site dont je parlais récemment, il indique qui constitue ce collectif !

Notre « roi nu » n’a pas aimé, allez donc savoir pourquoi !

Le ministre choqué par les profs qui posent nus pour dénoncer le « dépouillement de l’école »

Luc Chatel s’est dit « choqué » par ces pratiques dans une interview dimanche à France 3. « Ca me choque parce que le rôle d’un professeur (…) c’est de valoriser son institution » et « j’ai une trop haute estime du professeur, de l’image du professeur, de ce qu’il représente dans notre pays et dans la République, pour accepter un tel dénigrement » a ajouté M. Chatel ». « On a le droit de critiquer ma politique, je l’accepte, on a le droit d’être militant syndical (…), par contre je suis choqué que l’on puisse porter atteinte à l’image même du professeur », a poursuivi le ministre qui a indiqué qu' »il n’y aura pas de sanction ».

Vous pourrez lire le communiqué de presse répondant au roi :

Les Dépouillés répondent au ministre de l’Éducation nationale, invité du 12/13 sur France 3 du 18 septembre

Réponse qui commence ainsi :

Monsieur le ministre,

Qui dévalorise l’institution scolaire ?
15 professeurs dénudés symboliquement ou un gouvernement qui envoie les nouveaux enseignants non formés, donc « tout nus » devant les élèves ?

Enfin, la page Revue de presse vous renverra vers quelques articles écrits à leur sujet…

Bonne visite !

Evaluation CM2, c’est parti !

jeudi, janvier 22nd, 2009

Enfin… c’est parti… c’est vite dit ! Disons que… c’est mal parti! Car il y a de la résistance !

Cette « folie des évaluations », qui n’a d’intérêt que pour les statistiques, et représente donc beaucoup de temps perdu pour tous les élèves et les enseignants concernés (pour les statistiques, un « panel représentatif » suffirait, il me semble… J’en ai déjà parlé…) atteint des sommets de bêtise cette fois-ci, si j’en crois mes collègues du primaire. La plupart contestent le fait qu’on leur demande d’évaluer maintenant des élèves sur des notions qui n’ont pas encore été étudiées à cette époque de l’année… Curieux, en effet. (A l’inverse, je me souviens qu’une de mes premières critiques à l’égard des évaluations 6ème, était que, quels que soient les résultats… nous avions au programme tout ce sur quoi on avait évalué les élèves…)

Mais il faut croire que ces tests ont été créés un peu hâtivement, car les critiques sont nombreuses sur le contenu même. Je vous conseille la lecture des billets d’humeur de Jac. Et si vous voulez en savoir un peu plus, vous trouverez les tests de français (textes officiels) largement commentés dans Quelle école pour demain ?.

L’évaluation de la dictée, entre autres, suscite bien des critiques… Allez donc voir le site de Voyons, monsieur Darcos… vous serez étonnés !

Cerise sur le gâteau de cette évaluation bien mal partie : les cahiers sont téléchargeables sur le Net depuis une dizaine de jours…

Bonnes lectures !

Bonjour l’informatique ! (suite de suite)

vendredi, novembre 14th, 2008

J’ai oublié de mentionner hier, au sujet des Évaluations 6ème, un petit détail savoureux… qui remet un peu en cause la fiabilité des statistiques… Depuis quelques années, certains élèves de 6ème disent à leurs professeurs de français et de maths… qu’ils ont déjà fait ces tests en CM2 ! Comme les tests sont pratiquement les mêmes d’année en année, des instituteurs les font travailler à leurs élèves… Une dérive que n’ont pas prévue les créateurs de cette fameuse Évaluation…

Après l’Evaluation, c’est l’Orientation en fin de 3ème qui obligea nombre de professeurs à poser leurs doigts sur les claviers. En fin d’année, les professeurs principaux de 3ème doivent entrer les moyennes de leurs élèves, pour chaque matière, et leurs vœux d’orientation. Après quoi, un "merveilleux" logiciel, Kivaou (humour !), dispatche les élèves, selon leurs résultats, dans les sections et établissements. Je reconnais bien volontiers que cette façon de procéder doit gagner en rapidité et efficacité. Mais… elle donne une valeur "absolue" à la note, que pouvait relativiser l’appréciation du professeur sur la fiche d’orientation.

La réforme du brevet des collèges, prenant en compte les moyennes de 4ème et 3ème (avec variantes suivant les années), exigea des pauvres professeurs principaux de 3ème qu’ils entrent également les moyennes par matière de ces 2 années…

On en arriva ainsi tout doucement aux bulletins trimestriels informatisés… et chacun dut entrer ses notes dans la boîte magique. Là, ce fut très dur ! Certains "réfractaires" durent être assistés à chaque fois, tant l’instrument leur était étranger. Au début, dans notre collège, nous eûmes encore la possibilité de remplir manuellement les appréciations… mais cette "dérogation" dura peu. Personnellement, je calculais déjà depuis des années mes moyennes sur un tableur (j’ai toujours été complètement nulle pour les moyennes, même avec calculatrice ! Dans un de mes premiers établissements, la directrice avait pris le parti de calculer elle-même mes moyennes, tant je faisais d’erreurs ! L’ordinateur était donc pour moi un remède magique à cette grave carence !). Cela n’aurait donc pas dû me poser de problèmes… Mais si ! Car je calculais mes moyennes selon des critères précis, dont le logiciel de notes (on en a eu 3 en tout, selon les années et le principal… Le dernier est le meilleur, merci !) ne tenait pas compte. Par exemple, le 1er logiciel utilisé acceptait les notes sur 10… mais les mettait sur 20 pour calculer la moyenne ! Et je calculais la moyenne de français à partir des moyennes de 4 "sous-matières" : orthographe, grammaire, explication de textes-lecture et rédaction.

Au début, ces 4 sous-matières furent admises dans le logiciel. Mais la réforme de l’enseignement du français, exigeant les "séquences" comme unité pédagogique, supprima les "sous-matières" (je parlerai un autre jour des "séquences"), et le logiciel calcula donc les moyennes "en vrac", ce qui ne m’allait pas du tout ! Selon les logiciels utilisés, je développai des trésors d’ingéniosité pour contourner ce problème…

Quant aux appréciations manuscrites… j’avoue que je les regrette toujours ! Je trouvais beaucoup plus "personnel" ce bulletin orné de différentes écritures. D’ailleurs, j’eus beaucoup de mal à me mettre à taper mes appréciations : si je ne fais que très rarement des fautes d’orthographe en écrivant à la main… je fais beaucoup de fautes de frappe ! Et chaque appréciation exige donc de ma part une relecture attentive… donc plus de temps ! Quant à mes collègues "réfractaires", ils/elles peinent laborieusement à taper quelques mots avec un ou deux doigts !

Bonjour l’informatique ! (suite de suite)

vendredi, novembre 14th, 2008

J’ai oublié de mentionner hier, au sujet des Évaluations 6ème, un petit détail savoureux… qui remet un peu en cause la fiabilité des statistiques… Depuis quelques années, certains élèves de 6ème disent à leurs professeurs de français et de maths… qu’ils ont déjà fait ces tests en CM2 ! Comme les tests sont pratiquement les mêmes d’année en année, des instituteurs les font travailler à leurs élèves… Une dérive que n’ont pas prévue les créateurs de cette fameuse Évaluation…

Après l’Evaluation, c’est l’Orientation en fin de 3ème qui obligea nombre de professeurs à poser leurs doigts sur les claviers. En fin d’année, les professeurs principaux de 3ème doivent entrer les moyennes de leurs élèves, pour chaque matière, et leurs vœux d’orientation. Après quoi, un "merveilleux" logiciel, Kivaou (humour !), dispatche les élèves, selon leurs résultats, dans les sections et établissements. Je reconnais bien volontiers que cette façon de procéder doit gagner en rapidité et efficacité. Mais… elle donne une valeur "absolue" à la note, que pouvait relativiser l’appréciation du professeur sur la fiche d’orientation.

La réforme du brevet des collèges, prenant en compte les moyennes de 4ème et 3ème (avec variantes suivant les années), exigea des pauvres professeurs principaux de 3ème qu’ils entrent également les moyennes par matière de ces 2 années…

On en arriva ainsi tout doucement aux bulletins trimestriels informatisés… et chacun dut entrer ses notes dans la boîte magique. Là, ce fut très dur ! Certains "réfractaires" durent être assistés à chaque fois, tant l’instrument leur était étranger. Au début, dans notre collège, nous eûmes encore la possibilité de remplir manuellement les appréciations… mais cette "dérogation" dura peu. Personnellement, je calculais déjà depuis des années mes moyennes sur un tableur (j’ai toujours été complètement nulle pour les moyennes, même avec calculatrice ! Dans un de mes premiers établissements, la directrice avait pris le parti de calculer elle-même mes moyennes, tant je faisais d’erreurs ! L’ordinateur était donc pour moi un remède magique à cette grave carence !). Cela n’aurait donc pas dû me poser de problèmes… Mais si ! Car je calculais mes moyennes selon des critères précis, dont le logiciel de notes (on en a eu 3 en tout, selon les années et le principal… Le dernier est le meilleur, merci !) ne tenait pas compte. Par exemple, le 1er logiciel utilisé acceptait les notes sur 10… mais les mettait sur 20 pour calculer la moyenne ! Et je calculais la moyenne de français à partir des moyennes de 4 "sous-matières" : orthographe, grammaire, explication de textes-lecture et rédaction.

Au début, ces 4 sous-matières furent admises dans le logiciel. Mais la réforme de l’enseignement du français, exigeant les "séquences" comme unité pédagogique, supprima les "sous-matières" (je parlerai un autre jour des "séquences"), et le logiciel calcula donc les moyennes "en vrac", ce qui ne m’allait pas du tout ! Selon les logiciels utilisés, je développai des trésors d’ingéniosité pour contourner ce problème…

Quant aux appréciations manuscrites… j’avoue que je les regrette toujours ! Je trouvais beaucoup plus "personnel" ce bulletin orné de différentes écritures. D’ailleurs, j’eus beaucoup de mal à me mettre à taper mes appréciations : si je ne fais que très rarement des fautes d’orthographe en écrivant à la main… je fais beaucoup de fautes de frappe ! Et chaque appréciation exige donc de ma part une relecture attentive… donc plus de temps ! Quant à mes collègues "réfractaires", ils/elles peinent laborieusement à taper quelques mots avec un ou deux doigts !

Informatique : l’Evaluation…

jeudi, novembre 13th, 2008

Dès mon premier stage d’informatique, j’essayai de me renseigner sur les "plus" que pouvait nous apporter l’informatique dans l’enseignement. L’intérêt essentiel que j’y voyais, des "parcours personnalisés" pour les élèves, ne semblait pas motiver beaucoup les créateurs de logiciels… Il est vrai que beaucoup étaient des profs comme moi, s’y connaissant bien sûr davantage, mais ne possédant sans doute pas les connaissances nécessaires pour ce type de travail; Les outils étaient encore rudimentaires, et le matériel aussi !

Ce n’est donc pas par la pédagogie que les enseignants furent séduits. Comme dans d’autres administrations ou entreprises, ils furent pour la plupart contraints à poser leurs doigts sur un clavier par des décisions administratives…

La première contrainte fut sans doute la saisie des résultats de l’évaluation (en 6ème pour les collèges). On tenta de nous expliquer les avantages pédagogiques de cette évaluation, et, les 2 ou 3 premières années, j’essayai bravement d’exploiter les résultats de ces tests. Je me décourageai assez vite : sur la centaine d’items évalués, lesquels retenir ? De plus, les élèves étaient interrogés sur certaines parties du programme de 6ème, qu’il nous fallait de toutes façons aborder : à quoi nous servait alors de savoir que quelques élèves maîtrisaient ces notions ? Cela mettait en lumière les élèves ayant de grosses difficultés ? Certes… mais nous nous en étions aperçus tout seuls, sans les tests !

J’en arrivai à la conclusion que cette évaluation avait essentiellement un intérêt statistique : tel pourcentage de collégiens maîtrisaient telle ou telle notion. Intéressant pour les statistiques… mais pas pour la pédagogie !

Je n’ai rien contre les statistiques… à condition qu’elles ne nous dictent pas notre travail ou notre façon de travailler ! Malheureusement, nous sommes de plus en plus gouvernées par elles, alors qu’elles ne devraient être qu’un indicateur parmi d’autres. Et, en aucun cas, elles ne devraient nous amener à des décisions concernant un élève particulier. Par exemple : le pourcentage d’élèves ayant redoublé leur cours préparatoire et poursuivant des études supérieures est très faible ; d’accord… mais il n’empêche que je connais une bonne dizaine de personnes dont c’est le cas. Ou bien : peu de redoublements sont profitables : possible, mais j’ai eu en classe des redoublants qui reprenaient courage et réussissaient fort bien leur parcours ensuite ! En arriver à la conclusion qu’il faut supprimer les redoublements me paraît d’autant plus stupide qu’on ne met rien en place pour ces élèves n’ayant pas acquis un niveau suffisant pour suivre les cours de la classe supérieure. Le seul intérêt de la suppression des redoublements est un intérêt économique : les redoublements coûtent cher. Je crains que l’ignorance aussi coûte cher…

Maintenir l’évaluation pour obtenir des statistiques ? Pourquoi pas ? Mais inutile à ce moment de faire perdre à tous les élèves 4 heures de cours de français et autant (ou un peu moins ?) de maths ; et aux enseignants, des heures de correction et de saisie des réponses ! Je sais, l’évaluation s’est allégée, comporte moins de questions et critères à évaluer. Mais tout de même, il me paraîtrait suffisant de constituer des "panels représentatifs", comme on fait pour les sondages : chaque école ou collège se soumettrait tous les 5 ans, par exemple, à ce lourd dispositif. Cela serait suffisant pour les statistiques… et, puisqu’on cherche par tous les moyens à alléger le budget de l’Education Nationale, ce serait une sérieuse économie de papier ! Car ces cahiers d’une dizaine de feuilles (soit environ 20 feuilles – français et maths – par élève) multipliés par les millions d’enfants en CE2 et en 6ème, sans parler des cahiers destinés aux enseignants, cela doit avoir un coût ! En euros… et en arbres !

Informatique : l’Evaluation…

jeudi, novembre 13th, 2008

Dès mon premier stage d’informatique, j’essayai de me renseigner sur les "plus" que pouvait nous apporter l’informatique dans l’enseignement. L’intérêt essentiel que j’y voyais, des "parcours personnalisés" pour les élèves, ne semblait pas motiver beaucoup les créateurs de logiciels… Il est vrai que beaucoup étaient des profs comme moi, s’y connaissant bien sûr davantage, mais ne possédant sans doute pas les connaissances nécessaires pour ce type de travail; Les outils étaient encore rudimentaires, et le matériel aussi !

Ce n’est donc pas par la pédagogie que les enseignants furent séduits. Comme dans d’autres administrations ou entreprises, ils furent pour la plupart contraints à poser leurs doigts sur un clavier par des décisions administratives…

La première contrainte fut sans doute la saisie des résultats de l’évaluation (en 6ème pour les collèges). On tenta de nous expliquer les avantages pédagogiques de cette évaluation, et, les 2 ou 3 premières années, j’essayai bravement d’exploiter les résultats de ces tests. Je me décourageai assez vite : sur la centaine d’items évalués, lesquels retenir ? De plus, les élèves étaient interrogés sur certaines parties du programme de 6ème, qu’il nous fallait de toutes façons aborder : à quoi nous servait alors de savoir que quelques élèves maîtrisaient ces notions ? Cela mettait en lumière les élèves ayant de grosses difficultés ? Certes… mais nous nous en étions aperçus tout seuls, sans les tests !

J’en arrivai à la conclusion que cette évaluation avait essentiellement un intérêt statistique : tel pourcentage de collégiens maîtrisaient telle ou telle notion. Intéressant pour les statistiques… mais pas pour la pédagogie !

Je n’ai rien contre les statistiques… à condition qu’elles ne nous dictent pas notre travail ou notre façon de travailler ! Malheureusement, nous sommes de plus en plus gouvernées par elles, alors qu’elles ne devraient être qu’un indicateur parmi d’autres. Et, en aucun cas, elles ne devraient nous amener à des décisions concernant un élève particulier. Par exemple : le pourcentage d’élèves ayant redoublé leur cours préparatoire et poursuivant des études supérieures est très faible ; d’accord… mais il n’empêche que je connais une bonne dizaine de personnes dont c’est le cas. Ou bien : peu de redoublements sont profitables : possible, mais j’ai eu en classe des redoublants qui reprenaient courage et réussissaient fort bien leur parcours ensuite ! En arriver à la conclusion qu’il faut supprimer les redoublements me paraît d’autant plus stupide qu’on ne met rien en place pour ces élèves n’ayant pas acquis un niveau suffisant pour suivre les cours de la classe supérieure. Le seul intérêt de la suppression des redoublements est un intérêt économique : les redoublements coûtent cher. Je crains que l’ignorance aussi coûte cher…

Maintenir l’évaluation pour obtenir des statistiques ? Pourquoi pas ? Mais inutile à ce moment de faire perdre à tous les élèves 4 heures de cours de français et autant (ou un peu moins ?) de maths ; et aux enseignants, des heures de correction et de saisie des réponses ! Je sais, l’évaluation s’est allégée, comporte moins de questions et critères à évaluer. Mais tout de même, il me paraîtrait suffisant de constituer des "panels représentatifs", comme on fait pour les sondages : chaque école ou collège se soumettrait tous les 5 ans, par exemple, à ce lourd dispositif. Cela serait suffisant pour les statistiques… et, puisqu’on cherche par tous les moyens à alléger le budget de l’Education Nationale, ce serait une sérieuse économie de papier ! Car ces cahiers d’une dizaine de feuilles (soit environ 20 feuilles – français et maths – par élève) multipliés par les millions d’enfants en CE2 et en 6ème, sans parler des cahiers destinés aux enseignants, cela doit avoir un coût ! En euros… et en arbres !