Archive for the ‘Classes de niveaux’ Category

Haro sur les ZEP !

mardi, novembre 15th, 2011

« Les ZEP n’auraient jamais dû exister »

C’est le (gros) titre de l’article de Rama Yade dans Marianne (5-11/11/2011). Qui m’a évidemment tout de suite donné envie de le lire… Depuis, il y a polémique autour de son livre, elle est accusée de plagiat… Mais ce n’est pas là mon propos…

Rama Yade nous conte qu’elle a fait toute sa scolarité dans le privé. C’est son droit. Je n’ai moi-même connu le « public »… qu’en Fac ! C’était le choix de ma mère. Je ne lui en veux pas ! Mais je n’ai curieusement pas la même vision que Rama Yade… Il est vrai que nous ne sommes pas de la même génération, et que les choses changent, au fil des ans…

Son panégyrique du privé me met un peu mal à l’aise… Que dit-elle ?

« Ce sont ainsi surtout les familles pauvres qui se ruent vers le privé, le succès de leur progéniture valant tous les sacrifices. Car, disait ma mère, c’est là que bat désormais le cœur de l’école républicaine, celle qui vous apprend à lire, écrire, compter, celle qui vous enseigne les savoirs fondamentaux, celle qui vous inculque une culture générale, celle où règne encore un peu de discipline, celle où l’on respecte l’autorité des maîtres, celle où l’on ne débat pas de rien du tout. »

Voilà, en négatif, un portrait bien négatif, justement, de l’école « publique » ! Dont je me demande quelle connaissance en a réellement l’auteur…

Encore une petite couche ?

« Les familles françaises l’ont compris : qu’elles soient catholiques, musulmanes, juives, agnostiques ou athées, riches ou pauvres, elles se ruent toutes vers le privé. » Le privé, « bouée de sauvetage de notre système scolaire »…

Je ne vais pas cracher sur le privé, sous contrat ou pas : j’y ai passé suffisamment d’années comme élève ou comme prof. Je n’ai pas souvenir d’élèves de « familles pauvres » – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas. C’étaient surtout des élèves de familles « moyennes » – sauf dans un établissement où j’étais surveillante d’internat, assez « classé », où les internes, du moins, étaient de familles aisées, voire très aisées…

Enfin bref, arrivons-en à nos ZEP (zones d’éducation prioritaire), que Rama Yade veut supprimer.

J’ai eu l’impression, à lire ce passage, qu’on avait créé les ZEP pour y regrouper les élèves de milieux défavorisés : « […] à chaque lycée de centre-ville correspond une ZEP de banlieue. Ce partage des tâches est la plus remarquable illustration d’une école à deux vitesses, qui permet aux uns d’avoir l’assurance que les seconds, parqués dans leurs bans, ne viendront pas perturber la tranquille reproduction de l’aristocratie scolaire et l’immobilisme du système. »

N’en déplaise à Rama Yade, les ZEP n’ont pas créé d’écoles, mais « classé » des écoles existantes pour leur donner davantage de moyens, et ainsi limiter un peu le fossé entre écoles de milieux aisés et écoles de milieux défavorisés… les ZEP étant souvent dans les « cités ». Certes, il y a eu des effets pervers : certaines familles, plutôt que de voir leur enfant dans une ZEP, l’ont fait domicilier ailleurs pour qu’il aille dans un autre établissement, moins « marqué ». Par ailleurs, les drastiques réductions de moyens, ces dernières années, ont touché les ZEP autant que les autres établissements. Enfin, « l’assouplissement de la carte scolaire », permettant aux parents de choisir plus ou moins l’école de leur enfant, n’a fait qu’accentuer la ségrégation. Faut-il pour autant jeter l’enfant avec l’eau du bain ?

Oui, répond sans hésiter notre auteur. Car l’enseignement qu’on a voulu y adapter est une aberration : « On a, avec la meilleure volonté du monde, déconsidéré les élèves en les renvoyant à leur milieu et à leur « culture ». ». On a interdit « l’accès à la littérature française à des enfants dont les ancêtres ne sont pas français ou bourgeois. ». « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. Leur conseiller de lire exclusivement des œuvres courtes, comme s’ils étaient débiles, c’est les humilier. Leur faire apprendre l’arabe alors qu’ils ne parlent pas encore le français, c’est ne rien comprendre à leurs besoins. »

Je n’ai pas connu d’établissement où l’on « faisait apprendre » l’arabe… En seconde langue, peut-être ??? Pour les « œuvres courtes », il serait bon que Rama Yade ne les confonde pas avec des livres « pour débiles », à moins de vouloir jeter à la poubelle les contes philosophiques, pas mal de pièces de théâtre, les nouvelles, et autres « romans courts » qui n’en sont pas moins des œuvres de « grands auteurs » français ou étrangers ! Je n’ai pas vu non plus des profs ne conseiller QUE des œuvres courtes…

Enfin, je m’insurge violemment contre l’idée que « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. » : quand j’étais dans le Nord, où la population issue de l’émigration était importante, j’avais fait travailler une classe de 3ème sur leurs pays d’origine (Pologne, Italie, Espagne, Portugal, Algérie, si je me souviens bien). Aucun mépris dans ce choix ! La simple volonté qu’ils prennent conscience de leur histoire familiale et de leur diversité ! Refuser de les prendre en compte me paraît, au contraire, un singulier mépris ! De même, quand un élève de 6ème, lors des ateliers généalogie, s’est intéressé à l’ethnie dont était originaire son grand-père (famille de « gens du voyage » sédentarisés), je l’ai aidé dans ses recherches, et j’ai eu la nette impression qu’il était heureux de voir que l’école prenait en compte sa « singularité » !

Quant aux « solutions » préconisées par l’auteur… personnellement, elles me font frémir !

« Arracher les jeunes à un tel environnement familial ou géographique [« une cité dangereuse »] pour leur donner la possibilité de s’instruire dans le calme est la première condition de leur réussite. »

Carrément !

Allons donc « arracher » les jeunes des banlieues à leurs familles ! Propulsons-les dans un bel environnement, sans cités autour… A Marly, peut-être ? Et prenons en charge, évidemment, les frais que cela implique, en internat entre autres… puisque les familles, par définition, ne pourront le faire… Assistanat ? Ou dictature ???

Bien sûr, les « internats d’excellence » sont vantés ici : « Comme sous la IIIème République, où la scolarisation a consisté à arracher des mains des prêtres les élèves pour les délivrer de l’emprise de l’Église, des familles et des puissances locales, l’intérêt des internats d’excellence réside dans le fait qu’après les cours, les élèves ne rentrent pas dans leur foyer ou dans la bande, mais dans ces structures où ils peuvent se concentrer sur leurs devoirs, continuer à étudier sereinement et bénéficier d’un encadrement éducatif plus strict (des surveillants, quoi !). »

Que je sache, la IIIème République n’a pas arraché les enfants à leurs familles ! Les internats ont été créés pour les enfants habitant trop loin d’un collège ou d’un lycée, et non pas pour priver les enfants d’un environnement familial !

J’ai déjà parlé de ces « internats d’excellence », et m’interroge toujours sur les résultats, à moyen terme, de la dichotomie qu’on crée chez ces enfants « de cités » en les faisant vivre dans un milieu « de riches » : certes, ils peuvent étudier… mais comment vivent-ils les week-ends, les vacances, où ils retrouvent leur milieu de vie « normal » ? A mon humble avis, ou ils vont tourner le dos à leurs origines, ou ils sont bons pour la schizophrénie…

Sans compter que, évidemment, Rama Yade ne s’intéresse pas à ceux qui ne « mériteront » pas les internats d’excellence… Une fois les « bons » élèves, les élèves « méritants » enlevés de leur école (collège, lycée…), que devient ladite école, privée de ses « têtes de classe » ? Mon expérience m’a prouvé que, sauf conditions particulières, une classe d’élèves « médiocres » ne fait que s’enfoncer dans la médiocrité : les « bons » élèves n’étant plus là pour dynamiser la classe, les autres s’endorment, faute de « modèles »…

Je suis mauvaise langue : notre auteur s’intéresse également aux « autres », et préconise « des classes de remise à niveau en petits groupes pour les matières les plus fondamentales (français, mathématiques, langues) et des classes d’excellence pour chaque niveau et dans chaque collège ». Décidément, elle y tient : séparons les bons des mauvais, et les vaches seront bien gardées !

Je n’ai rien contre Rama Yade… mais beaucoup contre les gens qui ne connaissent rien aux questions de l’Éducation et se mêlent de faire des livres à ce sujet ! Un peu d’humilité, que diable ! Si vous ne connaissez rien à une question… apprenez !

Ou taisez-vous !

Lutter contre l’échec scolaire ?

dimanche, mars 6th, 2011

Lors de mon billet du 20 février, j’ai parcouru diverses pages sur le site de l’OCDE, remettant à plus tard (!) une lecture un peu plus sérieuse…

Le rapport dont je vais vous présenter quelques larges extraits s’intitule :

En finir avec l’échec scolaire
DIX MESURES POUR UNE ÉDUCATION ÉQUITABLE

Je ne l’ai cependant pas lu en entier… il fait tout de même 170 pages…

L’avant-propos mentionne que :

On avait pensé que l’expansion massive des systèmes éducatifs permettrait à tous les jeunes de réaliser pleinement leur potentiel, indifféremment de leur milieu social. Certes, d’importants progrès ont été réalisés, mais les déceptions sont nombreuses. Les évaluations du PISA de l’OCDE nous rappellent que, dans de nombreux pays, un nombre inacceptable de jeunes n’acquiert pas les compétences élémentaires. En finir avec l’échec scolaire affronte l’échec des élèves et des systèmes éducatifs et propose dix mesures pour une éducation plus équitable.

Je reviendrai peut-être un autre jour sur les évaluations du PISA (maths et lecture) et celles des compétences, sujettes à discussion. Il n’en reste pas moins vrai que les enseignants rencontrent plus d’élèves en difficulté dans les milieux sociaux défavorisés que dans les autres.

L’équité en matière d’éducation comporte deux dimensions. La première est l’égalité des chances, qui implique de veiller à ce que la situation personnelle et sociale – telle que le sexe, le statut socio-économique ou l’origine ethnique – ne soit pas un obstacle à la réalisation du potentiel éducatif. La seconde est l’inclusion, qui implique un niveau minimal d’instruction pour tous – par exemple, que chacun sache lire, écrire et compter. Ces deux dimensions sont étroitement imbriquées : vaincre l’échec scolaire aide à surmonter les effets du dénuement social qui est lui-même souvent facteur d’échec scolaire.

L’éducation est associée à une meilleure santé, une vie plus longue, une parentalité réussie et une citoyenneté active. Une éducation qui donne les mêmes chances à tous et n’écarte personne est un des leviers d’équité sociale les plus puissants.

Une éducation équitable est souhaitable pour les raisons suivantes :

. L’humanisme commande de donner aux individus les moyens de développer leurs capacités et de prendre pleinement leur place dans la société.

. Les coûts sociaux et financiers à long terme de l’échec scolaire sont conséquents. Ceux qui n’ont pas les compétences pour prendre leur place dans la société et dans l’économie engendrent des coûts plus élevés en matière de santé, d’aides sociales, de protection de l’enfance et de sécurité.
. La montée en puissance des migrations pose de nouveaux défis pour la cohésion sociale de certains pays tandis que d’autres sont confrontés à des problèmes déjà anciens d’intégration des minorités.

Dans l’article de 1857 que je citais, le journaliste concluait :

Des institutions qui tendent à prévenir la maladie, le désordre et la misère, préparent pour les travaux de l’agriculture et de l’industrie, aussi bien que pour l’armée, des hommes bien conformés, laborieux et tempérants ; de telles institutions rapportent à l’État et aux communes plus qu’elles ne leur coûtent.

Bien que rédigés à 150 ans d’écart, et portant le style et les idées de leur époque, le rapport de l’OCDE et l’article conviennent que l’éducation coûte moins cher à la société que la non-éducation… Nos dirigeants feraient bien de s’en souvenir, eux qui veulent à tout prix réduire certaines dépenses… Mais il est vrai que le coût en santé, aides sociales,… est un coût… pour plus tard, dépassant largement les échéances d’élections…

1re mesure : Limiter l’orientation précoce en filières et classes de niveau et reporter la sélection par les résultats

Constats
. Les systèmes d’enseignement secondaire dont les établissements sont très socialement différenciés présentent généralement de moins bons résultats en mathématiques et en compréhension de l’écrit et une plus forte dispersion des résultats en compréhension de l’écrit. Le contexte social y fait plus obstacle à la réussite scolaire que dans les systèmes où la composition sociale des différents établissements est moins hétérogène.

Recommandations
. La filiarisation et la formation de classes de niveau précoces doivent être justifiées par des bénéfices attestés car elles engendrent très souvent des risques pour l’équité.
. Les systèmes scolaires qui pratiquent l’orientation précoce en filière devraient envisager de retarder l’âge de la première orientation afin de réduire les inégalités et d’améliorer les résultats

Les constats sont justes… Les recommandations gagneraient à un peu plus de finesse dans l’analyse, à mon sens. Le problème n’est pas l’orientation en elle-même, mais la façon dont elle se produit…

Envoyer tous les enfants en difficulté scolaire dans une filière « menuiserie » (c’est un exemple !) revient effectivement à créer des filières à la fois par le niveau scolaire et le milieu social. Mais interdire, sous prétexte « d’équité », à l’enfant qui veut être menuisier la possibilité de se confronter à un autre type de scolarité, c’est, en fait, le condamner à l’échec scolaire…

Dernièrement, une amie (ancienne élève…) me parlait de son fils : 15 ans, ayant redoublé dans le primaire et en 6ème, en fin de 5ème, en échec et las des apprentissages en collège… Pas d’idée précise de ce qu’il voulait faire, mais une idée précise de ce qu’il ne voulait pas : 4ème et 3ème au collège ! Mon amie a fini par trouver un CFA où on pouvait le prendre… mais pas dans la spécialité qu’il aurait voulue… où on exigeait un niveau de fin de 3ème… Jérémy est donc entré au CFA en septembre dernier : cela se passe bien, il reprend confiance en lui, pas de problèmes non plus avec son patron… Il a toutes les chances de faire un « bon parcours », même s’il change d’orientation en cours de route – meilleur en tous cas que s’il était entré en 4ème… J’en ai vu, de ces élèves démotivés, attendant plus ou moins calmement de pouvoir enfin partir du collège pour faire ce dont ils rêvaient… ou « autre chose », tout simplement ! Ils arrivent en fin de 3ème, ne sachant plus très bien qui ils sont, ce qu’ils veulent, ce qu’ils valent, et ayant perdu toute habitude de travail et de contrainte… A ce stade, il n’est même pas sûr qu’ils feront « de bons ouvriers » : un « mauvais élève », confit dans son statut, a peu de chances d’être un « bon menuisier » (ou autre…), il a trop de dégoût, de « haine » en lui…

Il devrait donc rester des possibilités pour des enfants de ce genre d’opter, en fin de 5ème, pour des formes d’apprentissages plus concrètes…

Un autre exemple : ma nièce, qui est dans une école de podologie, me confiait combien elle était heureuse d’apprendre concrètement un métier, même si les matières scientifiques sont d’un haut niveau, et très exigeantes en travail personnel… Elle ne se serait pas vue dans une Fac, par exemple, où les enseignements sont plus abstraits, et ne débouchent sur aucun métier précis.

Pourquoi ne prend-on pas en compte plus tôt ce genre d’esprit ? Si un enseignement abstrait convient à une majorité d’enfants (encore faudrait-il pouvoir évaluer cette « majorité »), il me paraît évident que d’autres ont besoin de s’appuyer sur du concret pour parvenir à l’abstrait… Cela n’est aucunement le signe d’une « infériorité » quelconque, mais d’une forme d’esprit différente. En fin de compte, on aura toujours besoin de menuisiers, plombiers, électriciens, et autres ! Seraient-ce des métiers moins « dignes » que secrétaire, technicien ou agent commercial ???

L’autre problème, j’en ai déjà parlé aussi, est que tout enseignement manuel a disparu : l’enfant n’est donc évalué que sur des compétences intellectuelles, comme si elles seules formaient l’adulte de demain. On oublie que l’homme n’est pas que cerveau, et aussi que le cerveau a parfois besoin des mains pour être plus efficace !

Imaginons donc que les travaux manuels reprennent leurs droits à l’école, dès le primaire, qu’ils se poursuivent au collège et – pourquoi pas ? – au lycée : les enfants auraient alors une petite idée de ce qu’ils « valent », pas seulement en termes de succès mathématiques ou autres, mais aussi en termes d’habileté manuelle… ce qui changerait la donne ! Cela permettrait aux enseignants d’évaluer aussi les « compétences » des enfants dans ce domaine, et d’en tenir compte pour d’éventuels conseils d’orientation. Au lieu donc d’envoyer « en CAP » (pour reprendre les anciennes orientations) les enfants en échec « scolaire » (c’est-à-dire « intellectuel » au sens strict), on y conduirait – s’ils le désirent ! – les enfants particulièrement habiles dans tel ou tel type de travail manuel. Cela changerait tout, non ?

On m’objectera que les parents veulent tous que leur enfant passe le Bac… C’est sans doute vrai dans la majorité des cas… parce qu’on a élevé ce diplôme à la dignité de clef obligatoire pour entrer noblement dans le monde du travail… Mais – et on aborde là le troisième problème – qu’est-ce qui empêche de faire suivre un CAP d’un BEP, puis d’un Bac… qui permettrait éventuellement à ceux qui le désirent de poursuivre des études plus « abstraites »… ou d’entrer dans une école professionnelle de haut niveau ???

Bon, évidemment, je ne suis pas un des éminents rapporteurs de l’OCDE, je ne dispose pas de tous leurs chiffres… juste d’un peu de bon sens et de 40 ans d’expérience dans le métier de prof… Mais j’ai la faiblesse de penser que mes « propositions » ne sont pas si idiotes…

(J’ai été bien bavarde… c’est que le sujet me tient à cœur ! Je le serai moins sur les autres propositions de l’OCDE, promis ! En tous cas… je les réserve pour un autre jour !)

Classes de niveau ?

vendredi, mars 19th, 2010

Martine faisait remarquer, dans son commentaire d’hier, que la classe n’était pas une entité intouchable : en tant que prof d’allemand, elle avait des groupes d’élèves provenant de plusieurs classes, et elle avait remarqué que le comportement de certains élèves dans son groupe était très différent de celui qu’ils avaient dans leur « classe ».

En fait, il s’agit là d’une construction hybride de « classe », pour les besoins du service. « Autrefois »… les élèves qui étudiaient l’allemand (du moins dans les régions plus ou moins éloignées de l’Allemagne) étaient regroupés dans les mêmes classes… qui avaient souvent, d’après mon expérience, l’option latin (voire grec…). C’était évidemment les classes que les profs se disputaient : leur niveau était bien meilleur que celui des classes d’espagnol…

Je récidive : à mon avis (pas si humble que ça !), ce fut une très bonne chose de faire disparaître ces « classes de niveau » qui ne disaient pas leur nom !

L’année dernière, une amie (ancienne élève…) avait inscrit son fils dans le collège où elle était allée… et où j’enseignais encore. Elle s’inquiétait de la classe où l’on allait mettre le gamin : « 6ème 5, c’est une mauvaise classe, hein ? ». Ben oui: « de son temps », non seulement les classes étaient « de niveau », mais en plus, on leur attribuait un numéro quasi invariable : les « bonnes classes » avaient les numéros 1 ou 2… Le gamin débarquant en 6ème avait vite compris qu’il était dans une bonne ou mauvaise classe… et avait tout naturellement tendance à adapter son comportement à l’étiquette qu’on lui avait collée…

Il m’est arrivé (rarement, il est vrai…) d’enseigner dans de « bonnes classes ». Tous les élèves n’y étaient pas bons, évidemment. Mais il y avait une « tête de classe » excellente, de 6 à 10 élèves, qui menait le jeu et entraînait les autres. S’il n’y avait pas trop de problèmes de compétitivité et/ou de condescendance vis-à-vis des « moins doués », la classe « marchait bien » : les « moyens » étaient stimulés, les « faibles » entraînés. Pour le prof, c’était un vrai plaisir… mais il fallait faire attention à ne pas aller trop vite, entraîné par l’émulation des meilleurs, qui fournissaient rapidement les bonnes réponses… Bilan : globalement positif : les « bonnes classes » marchaient bien… ce qui n’étonnera personne, je pense !

J’ai eu plusieurs fois des classes « faibles ». Là, il convient de distinguer deux cas :
– les classes « faibles », mais « comme les autres » ;
– les classes à objectif particulier.

Dans cette dernière catégorie, je place par exemple les ex-CPPN (Classe Pré-Professionnelle de Niveau). Dans notre collège, où, pendant des années, une prof avait été responsable de ces classes (et des CPA : Classe Préparatoire à l’Apprentissage), où elle avait été formée pour enseigner dans ces classes, ces classes marchaient assez bien. Ces gamins, de 14 ans au moins, avaient un objectif à court terme : à la fin de l’année, ils devraient opter pour une CPA ou une entrée en lycée professionnel. Tout le travail consistait donc, certes, à essayer de les « remettre à niveau », mais surtout de les aider à choisir un métier, et une orientation. On n’obtenait pas évidemment des résultats comparables à ceux d’une classe « normale », mais on pouvait tout de même faire des choses. Je me souviens, par exemple, d’avoir étudié avec eux un certain nombre de figures de style, étude faite sur des images publicitaires (métaphore, comparaison, accumulation, énumération… et j’en oublie !). Pour le prof, il y avait un gros travail de préparation à fournir, afin de présenter la notion ou la tâche de manière à ce qu’elle ait des chances d’être acceptée. Gros travail… mais passionnant !

Je n’ai pas eu du tout la même expérience avec les 4èmes et 3èmes « technologiques »… qui avaient donc aussi un objectif d’orientation. Tout simplement (à mon avis) parce que cet objectif, au terme de la 2ème année, paraissait trop lointain aux élèves. Du coup, une des 2 années (voire les 2 !) se passait à traînailler gentiment, sans aucun effort. C’étaient aussi des classes plus nombreuses que les CPPN ; mais je pense que l’objectif « dilué » dans le temps expliquait leur attitude passive et attentiste.

Pour les classes « faibles » sans objectif… c’était évidemment encore pire que pour les classes « techno » ! On arrivait parfois à entraîner une partie de la classe en 6ème, mais, dès la 5ème, ils avaient compris qu’ils étaient faibles et le resteraient (la preuve : ils étaient dans une classe faible !), et, pour le prof, il s’agissait de faire manger des ânes qui n’avaient pas faim… Épuisant et déprimant… Bien sûr, il y avait parfois un ou deux élèves qui s’attelaient à la tâche… Restaient les 25 autres (voire plus…) qui attendaient plus ou moins patiemment que le cours soit terminé…

Et les « moyens », alors ?

Eh bien, les « moyens », privés de la tête de classe qui les aurait stimulés et conduits à essayer de se surpasser, ils restaient, dans le meilleur des cas, « moyens ». Parfois, ils pouvaient aussi basculer dans les « faibles »… Rarement (très rarement !) dans les « bons »… Classe généralement amorphe, participant peu, travaillant au minimum (c’est sans doute pour ces raisons qu’ils étaient « moyens » !), pas méchante, non, pas forcément pressée d’en finir, mais pas engagée non plus dans un projet de réussite…

Voilà pour mon expérience personnelle de ces « classes de niveau »…

J’ajouterai que, dans mon dernier collège (où j’ai sévi 27 ans…) de banlieue « semi-rurale », il y avait très peu d’élèves d’origine étrangère : quand j’étais arrivée, allant dans la cour de récréation, j’avais eu l’impression qu’il n’y avait « que des petits Blancs » ! Venant d’un collège en pays minier, la différence ne pouvait que me sauter aux yeux ! Eh bien, cette première année, dans ma classe de 6ème 7 (pas un bon chiffre, ça !), j’avais un élève d’origine polonaise, une d’origine portugaise, un d’origine algérienne, un d’origine italienne… J’en oublie sans doute, mais je me fais aujourd’hui la réflexion que dans cette classe, je regroupais sans doute la moitié des élèves de 6ème d’origine étrangère…

Les classes de niveau ? D’accord ! Mais je ne veux que les bons !

La 5ème d’appui (2)

mercredi, décembre 10th, 2008

Voici d’autres « rédactions » (je dirais plutôt : réflexions) par cette même classe, sur Jonathan Livingston le goéland :

Jonathan Livingston n’est pas un oiseau quelconque : il n’est pas borné comme les autres goélands qui ne pensent qu’à manger. Il s’efforce d’oublier ses parents, ses amis, et tous les problèmes qui l’empêchent de voler. Tous ces goélands ont un point faible, une chose qui les tient, et à laquelle ils ne peuvent s’empêcher de penser.

Le but de Jonathan est d’aller dans un autre monde pour faire mieux que d’habitude. Quand il revient du monde, qu’il a appris à se perfectionner, Jonathan Livingston montre à Fletcher qu’il ne faut pas être borné, qu’il faut sortir du lieu, qu’il faut s’évader, partir, et être plus fort que ses problèmes : il ne faut plus penser au passé.

(Graziella)

Moi je pense qu’il faut en premier comprendre et ensuite apprendre.

Nous ne pouvons pas nous donner un but sans avoir essayé de comprendre le sens de celui-ci, pour ne pas être déçus par la suite.

Mais je crois que nous ne pouvons pas apprendre sans avoir compris.

Ces deux mots n’ont pas une si grande différence finalement…

(Estelle)

Pour arriver à faire quelque chose, il faut se connaître. Pour savoir si on peut réussir à l’école, il faut d’abord savoir travailler, s’organiser. Jonathan, pour savoir s’il va réussir, il faut d’abord qu’il s’entraîne et qu’il travaille. Pour réussir, il faut s’apprendre.

Quand Jonathan veut voler plus haut et plus vite, il doit se connaître et s’apprendre : c’est pour ça qu’il réussit.

Quand Chiang veut lui apprendre à voler à la vitesse de la lumière, Jonathan doit encore apprendre et pour cela, il fallait qu’il s’apprenne et se connaisse. Une fois qu’il a réussi à voler le plus vite, il va vouloir apprendre aux autres.

(Marcel)

Faites comme Jonathan : enlevez de vos pensées les bornes qui vous retiennent. Comme Chiang nous le dit : « Pour voler à la vitesse de la pensée vers tout lieu existant, il faut commencer par être convaincu que tu es déjà arrivé à destination. »

Quand Jonathan voulut voler le plus haut possible, il dut enlever ses bornes pour y arriver. Il vola très haut, plus de 300 mètres, en retirant ses bornes.

Il voulut aussi apprendre l’omniprésence : il se concentra vraiment très fort, il oublia tous les problèmes qu’il avait en tête, il enleva aussi ses bornes intérieures, il pensa que son but était déjà atteint, qu’il était là où il voulait être, et il arriva sur un rivage inconnu.

Chaque effort donné et chaque borne retirée en lui l’ont aidé à réussir.

(Sylvie)

« Si j’étais fait pour apprendre tant de choses sur le vol, j’aurais des cartes marines en guise de cervelle. Si j’étais fait pour voler à grande vitesse, j’aurais les ailes courtes du faucon et je me nourrirais de souris et non de poisson. »

Pour voler, il faut se connaître soi-même. Pour se connaître, il faut dépasser les bornes.

Jonathan veut voler plus vite et mieux pour apprendre aux autres. Pour apprendre, il faut progresser dans la vie, apprendre à vivre. Il faut déjà s’apprendre soi-même, se donner un but, savoir de plus en plus, progresser.

Ça veut nous montrer que nous pouvons mieux faire que ce que l’on fait.

Quelqu’un qui se sent « mal dans sa peau » n’y arrivera jamais. Il faut tout oublier pour apprendre à voler.

Dès qu’on se connaît, on peut bien apprendre.

(Daniel)

En ce jour anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, j’espère de tout cœur que ces enfants ont réalisé leur rêve, chacun à sa façon. Ils le méritent amplement, ne croyez-vous pas ?

***

Je ne suis pas spécialement portée sur les célébrations et commémorations… mais en ces temps où, si nous sommes toujours dans « le pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », nous sommes de moins en moins dans un État de droits, et que nous n’avons pas à nous targuer d’être « le pays des Droits de l’homme », j’avais envie d’évoquer ce soixantième anniversaire… D’autres le font mieux que moi : voir le site de la Ligue des Droits de l’Homme

La 5ème en 2 ans

mardi, décembre 9th, 2008

J’ai dit qu’il m’était arrivé plusieurs fois d’avoir des « classes faibles ». Parmi celles-ci, une tient une place particulière pour moi : la 5ème en 2 ans.

A cette époque, on avait inventé un nouveau dispositif : 6ème-5ème en 3 ans. Mais, dans mon collège, nous n’étions pas tellement d’accord pour regrouper dans une classe des enfants avec pour seuls indicateurs leurs bulletins du primaire. Les objectifs primaire-collège n’étaient pas forcément les mêmes, de nouvelles matières apparaissaient en 6ème… et puis, nous voulions « voir par nous-mêmes ». Aussi avions-nous opté pour une « 5ème en 2 ans », en regroupant des enfants qui avaient montré des difficultés en 6ème. Là encore, les professeurs étaient volontaires, et s’engageaient pour 2 ans. Théoriquement, du moins. En fait, seul le professeur de mathématiques a changé entre ces 2 années.

Une équipe soudée, une classe de 19 élèves dont la plupart étaient calmes et désireux de bien faire. La plupart seulement, car j’avais insisté pour y mettre 2 « zozos », pas méchants pour 2 sous, mais un peu agités et n’ayant pas vraiment l’habitude de travailler (ni d’écouter les cours, d’ailleurs !). Certains avaient un an de retard, la plupart avaient 12 ans. Tous avaient évidemment des difficultés diverses.

Notre objectif était de reprendre le programme de la 6ème pendant les 5 ou 6 premiers mois, puis d’aborder le programme de 5ème, qui se poursuivrait sur la 2ème année. Avec, en fin de cycle, une entrée en 4ème.

J’étais professeur principale, et, aidée par l’équipe pédagogique, je jouais pleinement mon rôle. Nous communiquions beaucoup entre nous, nous informant mutuellement des réussites, des échecs, des problèmes rencontrés.

Et des problèmes… il y en avait !

Curieusement, quand j’ai commencé à écrire sur cette classe, j’avais totalement oublié ces problèmes… Mais je me suis replongée dans le dossier que je lui avais consacré et… le démarrage de la première année fut difficile !

Tant pis ! Je vous raconterai les débuts une autre fois. Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de la 2ème année…

La 2ème rentrée s’opéra avec un élève en moins… et un élève en plus ! En effet, un des élèves avait constamment régressé tout au long de l’année, posant de plus en plus de problèmes de comportement (eh non ! ce n’était pas un de mes « zozos » !). Ce n’était pas vraiment le but recherché ! Il intégra donc une 5ème « normale » (je le retrouvai 2 ans plus tard en CPPN…).

Quant à l’élève en plus… c’était une histoire bien douloureuse. Il avait redoublé sa 6ème (sans atteindre un niveau « terrible » d’ailleurs – je l’avais en classe lors de son redoublement), était passé en 5ème… mais sa scolarité avait été très réduite : cancer des os…

Chauve, amputé d’une jambe, il revenait au collège. Je suggérai qu’on l’accueille en 5ème d’appui : il avait été en 6ème avec plusieurs d’entre eux, ses 2 ans de retard y pèseraient moins lourd, et les 5èmes avaient acquis une certaine « maturité », me semblant donc capables de bien réagir à l’arrivée de cet élève.

C’est en pensant à lui – entre autres – que je décidai de travailler sur Jonathan Livingston le goéland. Il me semblait que les idées exprimées dans ce « conte philosophique » pouvaient l’aider.

Ce fut l’occasion de nombreuses discussions. A la fin, je leur donnai comme sujet de rédaction de choisir un des thèmes évoqués dans le conte. Voici ce qu’écrivit cet enfant :

« Le but est cité dans Jonathan Livingston le goéland presque tout le temps.

Le but de Jonathan est de faire des performances, d’aller plus vite, d’améliorer son vol et sa vitesse. De mieux voler, plus longtemps, en se fatiguant moins. De mieux planer, plus vite, à la vitesse rapide. De monter de plus en plus haut et de redescendre de plus en plus vite. Dans sa chute libre, de mieux se contrôler pour arriver à la perfection. De faire des tonneaux à plus de 300 km à l’heure, des loopings.

Son but est de toujours aller plus loin et d’apprendre aux autres. C’est aussi mon but : aller plus loin. »

Il lui restait alors quelques mois à vivre…

***

***

Pour ne pas rester sur une note triste, vous pouvez aller jeter un œil à cette coupure de journal… qui nous en apprend de belles sur notre ministre !

Des classes « faibles »… oui, mais…

mardi, décembre 2nd, 2008

J’ai dit que regrouper des élèves faibles si l’on n’avait rien de plus à leur proposer était non seulement inutile, mais dommageable pour les élèves, la classe, les enseignants concernés, et même l’établissement ! Car ces « zozos » ainsi armés de la force du groupe vont tenter de faire régner leur loi partout.

Il en va tout autrement si on leur fournit des objectifs clairs et accessibles.

Notre collège a comporté, pendant des années, une CPPN (Classe Pré-Professionnelle de Niveau) et une CPA (Classe Préparatoire à l’Apprentissage). Les élèves ne pouvaient y être admis qu’à partir de 14 ans pour la première, 15 ans pour la seconde. Le cursus le plus courant était 6ème, 5ème, CPPN et CPA. Mais il est arrivé que des élèves soient admis en CPPN après la 6ème, s’ils avaient l’âge requis (donc 2 ans de retard).

Cette classe marchait bien. Et ce, malgré leurs très nombreuses difficultés. En CPPN, ils bénéficiaient d’un enseignement adapté, et se construisaient peu à peu un avenir professionnel. S’ils avaient atteint un niveau acceptable en fin d’année, ils rejoignaient une 4ème CAP dans un lycée professionnel. Sinon, ils allaient en CPA, où des stages alternaient avec l’enseignement donné au collège.

Mais… Oui, il y a un « mais », et de taille ! Leur professeur (qui leur enseignait à peu près toutes les matières, sauf les disciplines sportives et artistiques) était formée pour ! Non seulement elle avait appris à les faire travailler selon leurs capacités – et leurs lacunes ! – mais encore, elle savait parfaitement les aider dans leur orientation, connaissait les entreprises qui pouvaient les accueillir en visite ou en stage. C’était épuisant, elle me l’a souvent dit, et je crois qu’elle a été plutôt soulagée quand elle s’est reconvertie en professeur de technologie…

Autre chose : on ne mettait pas n’importe qui en CPPN ! Le professeur en question assistait à tous les conseils de classe de 5ème en fin d’année, et, si le conseil de classe cherchait à se « débarrasser » d’un élève « à problèmes » en l’envoyant en CPPN, elle intervenait et rappelait les objectifs de la classe. Pas question d’y « fourrer » (excusez le terme, mais je sais que parfois, ailleurs, c’est ce qu’on a fait !) les paresseux, les agités, les « cas sociaux » ou psychologiques ! Je ne veux pas dire que l’on ne prenait en CPPN que les élèves travailleurs, calmes,… évidemment ! Mais ils étaient recrutés selon leur niveau, leurs possibilités, leurs objectifs. La CPPN n’était pas, chez nous, une « classe-dépotoir » !

Quand la professeur « traditionnelle » s’est reconvertie… la classe s’est retrouvée « mise au pot commun »… et attribuée à des enseignants par matière. J’eus ainsi le privilège de lui enseigner le français une année (et 3 mois… car l’année suivante a été interrompue par mon arrêt-maladie). Heureusement, la « titulaire » lui enseignait la technologie, et était le professeur principal : elle me fut d’un grand secours car, malgré mon « expérience », j’ignorais à peu près tout sur la façon de mener ce genre de classe…

Tout de même, je suis assez fière de leur avoir appris les figures de style… Mais oui ! Métaphores, comparaisons et autres antithèses furent à notre programme… en étudiant les publicités ! Et ils firent un excellent travail d’analyse sur des tas de pubs découpées dans des revues !

Les CPPN ont disparu, les 4èmes CAP aussi, d’ailleurs…

Classes de niveaux ?

lundi, décembre 1st, 2008

Je parlais hier d’une « bonne classe ». Je n’ai découvert ce concept que dans mon 3ème collège : dans les 2 premiers, où le même établissement accueillait le primaire, il n’y avait qu’une classe de chaque niveau. A l’exception cependant d’une « classe de transition » dans mon premier collège, comportant 2 « divisions » : 6ème et 5ème. Dans ma 6ème, il y avait quelques élèves venant de « 6ème de transition » : j’avoue ne pas avoir fait de différence entre elles et les autres… Est-ce que toutes les élèves de transition rejoignaient ensuite le cycle « normal » ? Si je l’ai su à l’époque, je ne m’en souviens plus…

Dans mon 3ème collège (toujours privé, mais mixte, et comportant plusieurs classes de chaque niveau), j’ai eu des 5èmes « de type 3 » : je crois qu’il s’agissait là d’une nouvelle mouture des « transitions »… mais sans transition ! Les élèves y étaient plus faibles que dans une autre 5ème, plus agités aussi.

Le collège du Pas-de-Calais qui m’accueillit avait aussi ses classes de germanistes et de latinistes, généralement meilleures que les autres. Mais il me semble qu’il y avait déjà des « mélanges » entre germanistes et anglicistes, par exemple, ou latinistes et non latinistes. Une année, on a tenté une 5ème regroupant 18 élèves en difficulté, dont je fus professeur principal. Les autres professeurs étaient tous volontaires – sauf malheureusement en anglais, où le professeur désigné, furieux, mit son point d’honneur à enseigner et à noter comme dans les autres classes… Dans les autres matières, nous tentions de nos adapter, de varier méthodes et exercices, et parlions beaucoup entre nous, afin de coordonner nos efforts. Le seul avantage, à mon avis, fut de nous mettre à même de connaître les problèmes familiaux, sociaux, psychologiques de nos élèves, et de leur permettre de passer l’année le moins mal possible. Quant à rattraper un niveau théorique de 5ème… je crois honnête de dire que nous n’y réussîmes pas, malgré toute notre bonne volonté…

Enfin, dans l’académie de Versailles, je connus la phase classes de niveaux, puis de classes « hétérogènes ». J’eus peu de « bonnes classes » : la principale de l’époque n’étant pas d’accord avec ma façon d’enseigner me punit en me donnant des « petites classes » et des « mauvaises classes ». Les « bons professeurs » avaient de « bonnes classes » ; et, preuve qu’ils étaient bons, ils avaient de meilleurs résultats au Brevet que les « mauvais professeurs » dont je faisais partie (sauf que moi, je n’avais pas de problème avec le Brevet, vu que dès la 2ème année je n’avais plus de 3èmes, et fus ensuite cantonnée aux 6èmes et 5èmes…).

Ensuite, donc, classes « hétérogènes », avec des variantes cependant dont je parlerai sans doute.

Alors : classes de niveaux ou classes hétérogènes ? Qu’est-ce qui est le mieux ?

Je dirai que, pour les « bons élèves », la question ne se pose pas vraiment. C’est vrai que la compétition sera plus forte dans une « bonne classe » que dans une classe hétérogène, qu’ils risquent moins d’être perturbés par des élèves agités. Mais, dans la plupart des cas, le bon élève continuera sur sa lancée, et réussira, quelle que soit la classe.

Le problème est autrement plus grave pour les « moyens » et les « faibles ». Les moyens : il n’y a pas de « tête de classe » devant eux ; ils n’ont pas d’exemples de réussite sous les yeux, ils n’ont généralement pas le sens de la compétition. Ils ronronnent, ils s’endorment, et réussissent moins bien que dans une classe où les « bons » les stimulent.

Quant aux « faibles »… On aura déjà de la chance s’ils ne concourent pas (car ils ont, eux, le sens de la compétition…) à celui qui aura le plus de zéros, le plus de fautes, la plus mauvaise note. Si on parvient à éviter ce premier écueil, le second surgit : qu’a-t-on à leur offrir ? Quelles autres perspectives leur ouvre-t-on ? De quels autres moyens dispose-t-on (temps, enseignants spécialisés, matériel, que sais-je ?) qui leur permettent d’envisager un avenir ? Si la réponse est « rien »… alors, inutile de les regrouper, sous peine d’exacerber leurs problèmes… et d’assurer une année épouvantable aux enseignants en ayant la charge !

Que feront-ils de mieux dans une classe hétérogène ? Eh bien… on pourra les amener, de temps en temps (ne rêvons pas : pas à chaque cours ! et rarement sur une heure entière !) à fournir un travail, « comme les autres », et même, parfois, à y réussir. Ils auront autour d’eux des élèves « normaux », bons ou moins bons, intégrés dans l’espace scolaire, et seront amenés à adopter des attitudes moins destructrices et provocatrices que s’ils se retrouvent tous ensemble…

Je pense à mon « zozo » de 3ème, à qui j’ai fait rendre son contrôle de grammaire aujourd’hui par la principale : sa fierté quand il s’est rendu compte qu’il avait une meilleure note que la traditionnelle « meilleure élève » de la classe ! Dommage pour « la meilleure », qui avait oublié de préparer son contrôle, mais elle s’en remettra assez vite. Quant au « zozo »… admettez qu’il est nettement plus valorisant de « battre » une « bonne élève » plutôt qu’un « mauvais » ! Si son image de lui a gagné un point, quelle chance ! pour tout le monde !