Archive pour la catégorie ‘Professeur’

« Un prof, ça fait toujours la même chose »

Dimanche 22 juin 2014

C’est le titre du dernier billet de l’instit’humeurs… Qui m’a rappelé quelques souvenirs…

Je l’ai entendue, cette phrase, y compris d’un mien cousin qui argumentait : « La littérature ne change pas »… Comme si, sans parler même de méthodes d’analyse, il n’y avait pas eu quelques nouveautés littéraires en quelques dizaines d’années…

Souvenir : cette prof de Français de lycée qui donnait à photocopier, chaque année, la même liste d’œuvres pour le Bac de Français (à l’époque, pas d’œuvres communes à tous les élèves), un papier si usé que les plis s’en cassaient…

Souvenir : cette prof de Français de collège, qui faisait étudier chaque année à ses 3èmes Les raisins de la colère… Je n’ai rien contre ce roman, mais je me serais beaucoup ennuyée à le reprendre tous les ans…

A mes débuts de prof certifiée, dans le Nord, il était hors de question de demander aux familles d’acheter des livres à étudier en classe. On ne pouvait donc étudier que les livres en série de la bibliothèque… En 6 ans, j’ai bien dû étudier au moins 6 fois Les contes du chat perché, et au moins 4 fois La gloire de mon père… Quelle que soit mon affection (réelle !) pour ces livres… je ne les jamais repris dans les 30 années qui ont suivi !

C’était pour moi un des grands avantages de ma discipline : pouvoir, chaque année, choisir quelles œuvres j’allais étudier avec mes élèves, selon leur niveau et leurs goûts (« testés » via le formulaire que je leur faisais remplir à la rentrée). Il y a des œuvres que j’ai fait étudier 2 ou 3 fois en 30 ans : Intermezzo, La rencontre, Le bal des voleurs, Le dernier jour d’un condamné, diverses éditions de Contes de Maupassant… Et d’autres sans doute, qui ne me reviennent pas en mémoire… Pourquoi ces répétitions ? Parce que telle œuvre me paraissait correspondre aux intérêts des élèves, ou parce que d’autres aspects m’étaient apparus en cours d’étude, et que je voulais les approfondir…

Vocabulaire et rédaction étaient évidemment liés aux thèmes et à l’œuvre du trimestre…

En dehors de ces études d’œuvres, il est sûr que je n’ai pas tout repris à zéro chaque année ! D’autant que, dès 1990, mes cours étaient sur ordinateur, et qu’il était évidemment plus facile de les modifier que lorsque je les tapais à la machine. Je me suis constitué une base de données de textes courts pour démarrer une leçon de grammaire, j’ai ajouté/remplacé des exercices au gré de mes lectures de nouveaux manuels, repris mes progressions selon d’autres logiques… Et bien sûr, telle classe demandait un approfondissement de telle notion, telle autre classe de telle autre notion…

De même, l’étude de l’argumentation en 3ème m’a demandé un très gros travail, mis « au point » au bout de plusieurs années… Et repris différemment pourtant au fil des ans, même si la base restait…

Pour l’orthographe, qui a longtemps été mon gros problème (vu que, justement, je n’avais pas souvenir d’avoir bataillé dans cette discipline…), la « lumière » est venue des stages de gestion mentale (visuels/auditifs) qui ne m’ont certes pas donné un programme ou une méthode, mais qui m’ont permis d’envisager des approches différentes. Malgré tout, à mon grand regret, je ne suis pas parvenue à très bien comprendre ce qui posait problème : telle dictée préparée qui me semblait assez facile se révélait, à la correction, criblée de fautes… L’année suivante, je reprenais ma base de dictées dans un autre ordre, l’enrichissais de nouveaux textes… Et pareillement l’année d’après…

Tout cela, sans compter les différentes réformes et/ou nouvelles approches préconisées en 40 ans d’enseignement ! Par exemple : la disparition du « complément d’attribution » (mais je ne me suis jamais résignée à appeler « complément d’objet second » le « complément d’objet indirect », dont l’appellation me semblait plus claire pour les élèves… Je mentionnais simplement le « nouveau nom » pour les élèves qui l’avaient déjà étudié…), l’introduction des figures de style, de l’étude de l’argumentation ou du récit autobiographique, etc..

« Faire toujours la même chose », dans ce métier, cela me paraît non seulement ennuyeux, mais totalement impossible pour un prof de Français…

Histoire de téléphone portable…

Lundi 10 février 2014

Ce n’était pas du tout l’objet de ma recherche : en fait, je cherchais des conseils lors d’un problème avec un artisan… Mais, sur le site forum-juridique.net-iris, je suis tombée sur cette histoire (message initial du 29/01/2014):

Bonjour,
Le téléphone de ma fille a été confisqué pendant une semaine je vous explique pourquoi :

Pendant un DS ma fille a envoyé une photo de sa copie à une amie. Cette amie en question, son téléphone a été confisqué car elle a utilisé la calculatrice de son portable.

L’heure suivante (pendant le cours de français) ma fille a été appelé à donner son portable car la surveillante du lycée a fouillé dans le téléphone de l’amie de ma fille et c’est comme ça qu’elle a vu le message (avec la photo de la copie de ma fille) en photo.

Ma fille n’a pas été prise sur le fait !
Mais son portable a été confisqué pendant une semaine, elle a été collée et la surveillante du lycée a fouillée dans le téléphone de l’amie de ma fille pour trouver le message en question

Est ce que la surveillante avait le droit de fouiller dans le téléphone de l’amie de ma fille ? Est ce que les sanctions pour ma fille sont quand même prises en compte ? car ma fille n’a pas été prise sur le fait !

Merci de vos réponses

Vous noterez que la question n’est absolument pas : ma fille avait-elle le droit d’envoyer, pendant un devoir, la photo dudit devoir à sa copine ? Comme, de toutes façons, elle n’a (même pas !) été prise sur le fait, cette question n’en est pas une…

Non, la question porte sur le droit de la surveillante à consulter un téléphone utilisé pendant un devoir… (Fouillé ? Pas fouillé ? Vu sur l’écran en passant ? Peu de chances pour qu’on le sache vraiment…)

Curieuse de lire les réponses apportées (dont certaines par des enseignants ou surveillants, d’ailleurs…), j’ai parcouru les 5 pages (je dis bien 5 !) de la discussion… dans lesquelles, d’ailleurs, on ne retrouve pas la personne qui a posé la question…

Je vous en offre juste une qui m’a amusée (vous pouvez aller lire la discussion entière sur le site…) :

Si on suit votre raisonnement : imaginez que vous êtes cambriolés en votre absence. Aucun témoin. Donc les cambrioleurs ne doivent pas être inquiétés, vu qu’ils n’ont pas été pris sur le fait ?

Il y a tout de même un léger hiatus entre les conceptions de certains parents et celles des enseignants, concernant les droits des élèves, non ???

Du pourquoi et du comment…

Mercredi 18 décembre 2013

Oui, je sais, mon blog est en panne depuis un bout de temps… Il faut dire que mon dernier billet n’avait pas été compris dans le sens où je croyais l’avoir écrit… ce qui m’avait fort chagrinée. Je pensais avoir donné des explications « sans parti pris » sur les problèmes entre enseignants et « supérieurs »… cela n’a apparemment pas été le cas, et j’en ai été très mortifiée…

A part ce « couac », il y a aussi la question de la paresse… ou de la procrastination, dont j’ai déjà parlé : pourquoi écrire aujourd’hui le billet que je pourrais aussi bien (encore mieux ?) écrire demain ?…

Et aussi, la question de la retraite…

J’ai commencé en septembre ma 5ème année de « plus prof »… et c’est fou ce que j’ai oublié depuis… Au point que, retournant en novembre au Cross du Collège, les prénoms de collègues côtoyés depuis plus de 10 ans ne me revenaient plus spontanément… J’ai décroché… Je ne suis plus prof… et n’ai pas encore trouvé ma définition de « retraitée »…

Ce qui est particulièrement – et de plus en plus ! – délicat lorsque j’essaie de répondre aux parents me demandant conseil suite aux billets « Comment faire travailler un enfant ? ». Depuis le début, c’est la page la plus consultée (256 fois en janvier 2012… malheureusement, les rapports Google ne me donnent plus l’ »audience » des différentes pages…) et la plus commentée : 66 « commentaires » à ce jour… J’écris « commentaires » entre guillemets, car il s’agit le plus souvent de parents qui exposent l’histoire scolaire de leur enfant et me demandent conseil… Ce n’est pas simple, chaque cas est évidemment unique, je n’ai pas une trousse d’urgence contenant toutes les « bonnes réponses », et j’essaie de faire au mieux, selon les indications données. Cela n’est peut-être pas satisfaisant… car je n’ai reçu qu’une seule fois une réponse à ma réponse…

Cependant, dernièrement, il y a eu deux « vrais » commentaires : celui d’un parent et celui d’un ado. J’aurais aimé que, dès le début, il y ait des discussions à ce sujet, plutôt qu’une demande de conseils, comme si j’étais la mieux placée pour répondre.

Ce n’est évidemment pas le cas… et ce l’est de moins en moins ! Il me semble qu’a priori, les mieux placés pour répondre à cette question sont des personnes qui connaissent l’enfant en question : enseignants, éducateurs, orthophonistes et autres « spécialistes » de l’enfance et de l’adolescence. Je comprends bien l’angoisse des parents (et je l’ai évidemment croisée un certain nombre de fois en 40 ans de métier !)… mais mon angoisse à moi, pour leur répondre, est de plus en plus forte : qui suis-je, de quelles vertus serais-je parée pour avoir LA réponse à des questions que les parents se posent depuis des mois ou des années ?

Tout cela… pour vous expliquer « pourquoi votre fille est muette » (Molière)…

Cocus, mais contents ?

Mercredi 30 octobre 2013

Enquête réalisée par le Nouvel Obs, à partir d’un sondage Viavoice auprès de plus de 5000 actifs : 73% des personnes interrogées se déclarent heureuses dans leur travail…

Les « grands gagnants » :

1. les cadres de la fonction publique (hors enseignants et professionnels de santé) : 90%

2. les agriculteurs : 86 %

3. les enseignants : 85 %

(Excusez-moi pour le titre provocateur… mais il s’est tellement imposé que je n’ai pu lui résister… bien que je n’aie jamais été fan de Sardou !)

J’avoue avoir été davantage surprise par le résultat des agriculteurs que par celui des enseignants… mais il est vrai que je n’ai quasiment aucune connaissance de cette profession…

Donc, disions-nous, les enseignants sont heureux dans leur métier…

Avec 2 gros bémols : les conditions matérielles… et la reconnaissance par les supérieurs !

Qui sont les supérieurs ? Essentiellement, des gestionnaires : chefs d’établissement, recteurs, ministres (je mets au pluriel, parce que, quand même, j’en ai « connu » beaucoup ! Et que chacun a tenu à faire sa propre réforme !)… Le terme de « gestionnaire » n’est pas ici péjoratif : mais qu’on reconnaisse qu’il y a quelques différences entre « gérer une classe », « gérer un établissement » et « gérer un ensemble de centaines – de milliers ! – d’établissements ».

Un enseignant sera « reconnu » par ses supérieurs, le plus souvent, parce qu’il s’inscrit dans une ligne fixée par lesdits supérieurs. Rarement pour ses qualités personnelles ou son travail avec ses élèves. D’autant que, hormis les directeurs du primaire, lesdits supérieurs n’ont parfois jamais fait face à une classe… De plus, le chef d’établissement a pour mission de répercuter les « consignes » venues d’en-haut… rarement du goût des enseignants… si bien que la grogne des enseignants contre les nouvelles données se traduit en affrontement contre la direction de l’établissement… Je pense notamment à ces conseils d’administration où l’on discute de la répartition des classes et des services : le rectorat donne une « enveloppe globale » d’heures à répartir (en suivant bien sûr un certain nombre d’obligations). Cette « enveloppe globale », que j’ai vue diminuer d’année en année en termes de H/E (c’est-à-dire heure par élève), est rarement du goût des enseignants, qui voient diminuer ou disparaître dédoublements et heures de cours… et augmenter le nombre d’élèves par classe ! Mais « l’administration » n’a pas d’autre choix que de « faire avec ce qu’on lui donne » ! D’où incompréhension mutuelle, affrontements et rancœurs…

Quant aux inspecteurs, si on les range dans les « supérieurs », eux aussi s’appliquent à se conformer aux directives qu’ils reçoivent, gardant pour eux leurs états d’âme, s’ils en ont ! Et se trouvent donc, le plus souvent, en décalage complet avec l’enseignant qu’ils viennent inspecter… sauf si ce dernier, par chance, applique scrupuleusement toutes les nouvelles manières de suivre le dernier programme en date et ses recommandations… C’est sans doute davantage le cas maintenant : les enseignants héritiers de 68, et donc peu enclins à courber l’échine devant supérieurs et nouveaux règlements, se raréfient forcément…

Le problème, entre autres, est qu’il est fort difficile d’évaluer la « compétence » d’un enseignant, même si ces « évaluations » ont lieu chaque année… J’ai connu une époque où la principale donnait les « bonnes classes » aux « bons professeurs » : excellent choix, vu que les résultats (au brevet, par exemple) étaient bien meilleurs dans ces classes que dans les autres… Mais… cela était-il dû aux élèves ou aux profs ??? Comment le savoir ???

La multiplication, ces dernières années, des tâches administratives dévolues aux enseignants (entre autres : appels et cahiers de textes numériques, qui obèrent le temps d’enseignement) permet, certes, d’évaluer sur ce point les enseignants… Mais est-ce vraiment là l’essentiel ?

Les enseignants, descendants des « hussards de la République », ont bien des choses à reprocher à la façon dont on les traite… Reconnus dès le début pour leur utilité (entre autres, pour assurer l’avenir de l’instruction publique, gratuite et obligatoire, mais aussi, très vite, pour donner des conseils d’hygiène et de vie, et toucher ainsi les parents par le biais des enfants), ils n’ont eu droit que tardivement à une « reconnaissance financière », toute relative… Certes, ils n’ont plus besoin d’assurer leur subsistance en remplissant, en outre, les fonctions de secrétaires de mairie… Mais tels adultes qui poussent de grands cris sur nos « privilèges » (vacances, par exemple !) cherchent pour leur progéniture d’autres métiers, plus gratifiants et rémunérateurs, que celui-là !

Bref, bref… Voici les résultats dudit sondage pour les enseignants :

Moyenne Enseignants Classement
% % (sur 23)
Globalement, dans le cadre de votre travail actuel, diriez-vous que vous êtes heureux ? 73 85 3
Activité professionnelle qui passionne 63 79 7
Reconnu par ses supérieurs (4 professions majoritairement non concernées) 35 31 15/19
Bonnes relations entre collègues 82 86 9
Conditions matérielles satisfaisantes 67 66 16
Travail non pénible 58 63 12
Travail non précaire 76 90 7
Travail utile à la société 79 91 3

Rentrée…

Lundi 2 septembre 2013

Rentrée… 5ème rentrée que je ne fais pas…

Des regrets ? Non, vraiment pas… J’ai eu l’énorme chance de terminer mes 40 années d’enseignement par 3 années « en or » : non seulement j’ai pu bénéficier d’une dernière mouture de la Cessation Progressive d’Activité (CPA pour les intimes), et donc de n’avoir plus que 3 classes (2 la dernière année…) au lieu des 4 que je ne sais plus quelle réforme nous avait imposées, mais en plus, ces 3 années, l’équipe « administrative » a été celle que je n’aurais jamais osé rêver, sachant surtout répondre à mes attentes quand un problème se posait avec un élève… J’en ai déjà parlé, tant pis si je radote un peu : après tout, je commence à en avoir l’âge…

Quand j’avais un problème avec un élève, non soluble dans la classe (le problème, pas l’élève !), je faisais appel à « l’administration » ; non, évidemment, pour que ladite administration sanctionne l’élève en question : cela, je pouvais le faire sans aide extérieure ! Mais pour qu’un autre adulte dialogue avec l’élève, hors classe, et tente de savoir quel problème se posait réellement. Parfois, le problème était d’ordre relationnel entre l’élève et moi ; mais, le plus souvent, il s’agissait de bien autre chose, d’ordre familial ou personnel… Que l’une ou l’autre personne de l’équipe puisse parler avec l’ado, l’écouter, comprendre… et me tienne au courant, cela a été d’une grande aide pour ces dernières années. Permettez-moi de remercier encore, ici, ces deux personnes qui étaient vraiment à l’écoute des élèves comme des personnels, et dont je garde un chaleureux souvenir…

Donc, disais-je, pas de regrets de cette « retraite » : après 3 années comme celles-là, j’aurais eu trop de mal à enchaîner avec une équipe administrative plus « classique »… vu mon caractère, les conflits n’auraient pas manqué !

Mais… comment ne pas éprouver, de temps à autre, et particulièrement quand la Rentrée scolaire est à la Une, quelques bouffées de nostalgie ?…

« Retraite »… Beaucoup en rêvent, paraît-il… Cela n’a pas été mon cas : Mon métier était trop une part importante de ce que j’étais pour avoir envie de le quitter, malgré la fatigue croissante. Retraite, retrait, retirer… c’est, brutalement, une part de moi qui s’est arrachée, non sans douleur, évidemment !

On pense souvent : il faut préparer sa retraite, avoir des activités qui font oublier le travail…

Ce n’est pas vraiment le problème : des activités, j’en ai, et assez prenantes… Le problème, c’est de retrouver une identité, quand sa propre identité s’est confondue pendant des dizaines d’années avec son métier… Le problème, ce n’est pas de « faire », c’est d’ »être », d’exister, tout simplement…

* * *

Lucien Marboeuf s’est préparé à la rentrée, lui… En allant jouer au prof sur Internet…

Bien que sa description d’une « partie » ne m’ait guère alléchée (mais bien amusée !), je suis allée faire un tour sur ce site où l’on peut « jouer au prof« …

Je ne me suis pas inscrite pour pouvoir jouer à mon tour… Mais qui sait ? Peut-être en aurez-vous envie ?…

Être prof, c’est pas si facile…

Mercredi 5 septembre 2012

En ces temps de rentrée, permettez-moi d’égrener quelques souvenirs…

On a dit et écrit tant de choses sur le métier d’enseignant, qu’il semble que tout a été dit. Il est pourtant un aspect qui n’est, je pense, que peu éclairé, dans les rapports entre enseignants et parents.

Je ne veux pas parler ici de conflits. Seulement citer quelques petites phrases entendues lors d’entretiens avec des parents d’élèves. Ces phrases, que j’ai entendues ou que des collègues m’ont rapportées, ont bouleversé l’enseignant en le faisant s’interroger sur les rapports parent-enfant : son regard n’a plus été le même sur l’enfant en question…

* Sébastien, en 6ème. Le professeur explique que Sébastien s’amuse, ne fournit pas le travail demandé, distrait ses camarades.
La mère : Oui… mais il a une si jolie petite frimousse ! On lui pardonne tout, non ?

* Nicolas, en 5ème. Terriblement renfermé, évitant tout contact avec ses camarades. Parents divorcés, à la garde de son père.
Le père : Il a un sale caractère. D’ailleurs, c’est à cause de lui que sa mère est partie !

* Bastien, en 6ème. Ne suit pas, bavarde sans arrêt.
La mère : Oui, c’est un gros bébé… Il dort encore avec sa maman…

* Nicolas, en 3ème. Entretien dans le bureau de la principale, avec Nicolas et ses parents, suite au fait qu’il a rayé volontairement la voiture d’un enseignant.
Le père : Vous n’êtes pas sûre que c’est lui !
La principale : Pardon, il est parfaitement reconnaissable sur le film de la caméra de surveillance.
Le père, à Nicolas : Imbécile ! Tu n’avais pas vu qu’il y avait une caméra ?

* Lydie, en 6ème. Plutôt renfermée.
La mère : C’est tout le contraire de sa sœur ! Sa sœur est tellement jolie !

* Sandrine, en 4ème. Un mot sur son carnet se plaint qu’elle ne suit pas, bavarde, n’apprend pas, ne fait pas le travail demandé.
Réponse écrite du père : Elle veut peut-être être actrice !

* Candy, en 5ème. Parents divorcés, vit chez ses grands-parents. C’est d’ailleurs le grand-père qu’on voit le plus souvent. Exceptionnellement, là, c’est le père. Je ne saurais retrouver le déluge de mots blessants qu’il a eus pour qualifier Candy, une gamine pourtant de bonne volonté, qui fait de réels efforts. Au point que j’ai fini par lui rétorquer : Mais enfin, monsieur, c’est votre fille !

* Nicolas, en 4ème (oui, il y en a eu quelques générations, de Nicolas !). Peu actif, peu travailleur.
La mère : Oui, je me suis beaucoup occupée de ses deux aînés. Maintenant, je suis fatiguée !

* Sabrina, en 3ème. Se taillade les poignets (sans gravité… mais quand même ! La gamine m’a pourtant fait promettre que je n’en parlerai pas à sa mère, dépressive au point de faire des dizaines – oui ! – de tentatives de suicide par an…)
La mère : Elle est si gentille ! Le matin, avant de partir à l’école, elle me cache mes médicaments…

* Denis, en 3ème. Dyslexique, lit très mal et très lentement. A été un temps voir un orthophoniste, puis a arrêté. Le père n’a fait que signer le mot pour lui demander un rendez-vous.
Denis : Mon père, il a dit que si c’était pour voir encore un orthophoniste, c’était pas la peine !

* * *

Ce sont les premiers qui me reviennent à l’esprit, il y en a eu évidemment beaucoup d’autres, de ces entretiens qui ont changé brutalement le regard de l’enseignant sur l’enfant – et sa famille… Petites phrases meurtrières, qui éclairent singulièrement le comportement de l’enfant… Mais dont il n’est pas évident de « faire » quelque chose de constructif…

Voilà pourquoi votre fille est muette…

Dimanche 5 février 2012

Suite à l’excellent billet de Lucien sur le « burn out » des enseignants,
Épuisement professionnel des enseignants : enfin une étude !
permettez que je m’interroge un peu sur les raisons de cet épuisement ressenti par beaucoup trop de collègues : qu’est-ce qui fait qu’un enseignant « lambda » va en être atteint ?

Je me garderai bien ici de faire des comparaisons avec tel ou tel autre métier, telle ou telle autre fonction ; je me contenterai de décrire, aussi objectivement que possible, les caractéristiques de ce métier.

« Lambda », donc, débarque dans un établissement fin août ou début septembre. Avec un peu de chance, c’est un établissement « lambda », sans (trop de) problèmes particuliers. Il fait connaissance avec quelques collègues, reçoit quelques conseils ou suggestions, est initié à quelques particularités administratives ou autres. Il reçoit son emploi du temps, la liste de ses classes (oui, je parle plus facilement d’un enseignant en collège… j’en ai davantage l’expérience… mes lecteurs auront l’obligeance d’adapter pour les autres enseignants…).

Une fois qu’il sait à qui il va s’adresser, rentré chez lui, Lambda prépare ses « cours de rentrée » qui sont à la fois prise de contact, annonce du programme et de la démarche pédagogique. Ce n’est pas très facile, avec un public totalement virtuel, c’est aussi un peu angoissant : comment va-t-il être perçu des élèves ? Comment ceux-ci vont-ils le « tester » ? Quelle image veut-il donner ? Les premières prises de contact sont toujours angoissantes, même quand on est dans le même établissement depuis plusieurs années : l’alchimie d’une classe est toujours imprévisible, quelles que soient les précautions prises pour la composer. Même une classe « qui marchait bien » et qu’on a quasiment reconduite l’année suivante, peut se montrer très différente : des évolutions personnelles pendant l’été, des événements qui ont affecté tel ou telle, l’irruption d’un nouveau, la contestation de l’emploi du temps ou de la liste des professeurs…

Face à la classe, Lambda se montre sûr de lui, tente de cerner son public, répond calmement aux questions (je ne parle pas ici d’un débutant sans formation, pour qui la situation est évidemment bien pire !), expose le travail de l’année. Il essaie de retenir quelques noms, quelques réactions, repère quelques têtes « sûres » ou « à suveiller »… Puis passe à une autre classe…

A la fin de la première journée, il essaie de se faire une idée des classes vues, de la manière dont il va aborder son programme avec celle-ci ou celle-là. Il va parfois se renseigner auprès d’un collègue sur tel élève qu’il a remarqué. Et il rentre chez lui…

Les non-enseignants ont tendance à penser qu’un prof a préparé ses cours « une fois pour toutes », ou à peu près. C’est loin d’être le cas pour la grande majorité des profs ! Même si le programme n’a pas changé (et il change quasiment avec chaque nouveau ministre !), l’enseignant adapte son cours à son public : une même notion grammaticale, par exemple, vue dans deux classes de même niveau, ne sera pas forcément étudiée de la même manière. Quand il prépare son cours, l’enseignant a en tête la classe à laquelle il va s’adresser : telle notion sera trop ardue, tel exercice trop difficile (ou trop facile !), un brin d’humour sera bienvenu ici, à proscrire là… Le travail de préparation est précis et contraignant… et ne garantit malheureusement pas le succès ! Avoir passé une ou plusieurs heures à préparer un cours et faire le bilan, une fois le cours terminé, que peu d’élèves semblent avoir bien compris la notion étudiée… est non seulement vexant, mais angoissant : comment faire pour revenir sur cette notion, comment aborder à nouveau le sujet pour une meilleure réussite – et sans que les élèves aient l’impression qu’on leur rabâche la même chose ?…

C’est un métier où les constats d’échec sont fréquents : avec des élèves particuliers, bien sûr (faibles, inattentifs, contestataires…), mais aussi avec la classe, plus globalement. Et un constat d’échec oblige à une remise en question personnelle, ce qui est toujours douloureux. Avoir eu l’impression que les cours « passaient bien »… et s’apercevoir, lors d’un contrôle un peu global, que la majorité des élèves n’a rien compris… remet en cause le travail de plusieurs séances : frustrant ! Si Lambda a la chance de côtoyer un ou plusieurs collègues travaillant un peu dans le même sens, il essaiera d’en discuter avec eux. Ce n’est pas forcément possible : d’abord parce que, dans certaines matières, il est le seul de l’établissement ; ensuite, parce que les collègues de la même matière n’ont pas forcément les mêmes objectifs, les mêmes méthodes, les mêmes façons de percevoir les élèves… Si on lui répond, par exemple, « De toutes façons, ils ne fichent jamais rien ! »… Lambda n’est pas beaucoup plus avancé…

En dehors des strictes questions pédagogiques, se posent aussi des questions relationnelles, avec tel ou tel élève, avec telle ou telle classe… Un conflit avec une classe est une situation extrêmement pénible : si on ne parvient pas à le désamorcer rapidement, l’hostilité va grandir et devenir un état d’esprit… Il m’est arrivé de faire appel à un collègue ou à un principal dans certains cas… Si c’est un élève particulier qui est en conflit, après tentatives personnelles de le résoudre, mieux vaut faire appel à quelqu’un d’extérieur : collègue, parent, principal…

Ces remises en question, que tout enseignant fait de lui-même, ne sont pas les seules… Des collègues, des élèves, des parents d’élèves, des principaux, des inspecteurs… peuvent aussi contester tel ou tel aspect de l’enseignement. Il faut alors répondre, expliquer, se justifier, face à des accusations plus ou moins violentes, plus ou moins acerbes. C’est très difficile, d’autant plus si l’interlocuteur est agressif… Il m’est arrivé une fois de sortir de la salle où je recevais un parent d’élève, tant la discussion tournait à l’agression systématique… Garder son calme quand l’interlocuteur vous accuse d’incompétence est un exercice qui fait vite monter la tension !

Tout cela, c’est l’ordinaire « normal » d’un enseignant… A quoi il faut ajouter les remises en question « politiques » (les enseignants n’apprennent plus rien aux élèves, ne sont pas fichus de faire respecter la discipline, et autres critiques de ce genre émises par des personnalités diverses), reprises évidemment par les média… et donc par le public (les enseignants sont bien payés pour ne pas faire grand chose… Ils travaillent 18 heures par semaine…). A quoi il faut ajouter les réformes, la diminution drastique de la « formation continue », la disparition de la formation initiale, les exigences de plus en plus nombreuses quant aux « tâches annexes » (entre autres, de plus en plus de choses à rentrer dans les ordinateurs !), les menaces pesant sur la profession (accroissement du nombre d’élèves par classe, « assouplissement » de la carte scolaire, regroupement d’établissements, et j’en passe !)…

Il y a des enseignants qui craquent ou sont près de craquer ? Je m’étonne qu’il n’y en ait pas davantage…

L’école de la tolérance…

Dimanche 8 janvier 2012

C’est le titre (sans les points de suspension) d’un article du Nouvel Obs du 5/1/2012.

Il y est question de l’ »Alliance School », dans le Wisconsin, « seul établissement public « gay friendly » des États-Unis »…

Une école pour les « gays » ? Quelle horreur ! C’est une nouvelle forme d’apartheid ???

Pas tout à fait… Si « un peu plus de la moitié des élèves se disent gays, bisexuels, transgenres ou « pansexuels » (c’est-à-dire qu’ils refusent de se laisser enfermer dans un sexe défini) », les autres ont été en souffrance dans leur école pour d’autres raisons, tenant à leur physique ou à leur caractère. L’école accueille des enfants et ados de 11 à 19 ans à la condition « qu’ils soient prêts à respecter les autres »…

Une « école de la différence », donc… Qui apprend aux jeunes à être ce qu’ils sont et à accepter ce que les autres sont… Joli programme, non ? Mais pourquoi diable ne l’apprend-on pas à tous les jeunes ? C’est ce que plaident certains opposants (les autres protestant « au nom de la morale ou de raisons fiscales ») : « Plutôt que d’isoler ces enfants, ne vaudrait-il pas mieux enseigner le respect de l’autre dans les lycées ? ».

Évidemment…

Je ne me souviens pas avoir connu des collégiens souffrant de leur « différence sexuelle ». Mais j’en ai connu beaucoup, plusieurs chaque année, souffrant de leur différence : trop bons élèves, trop mauvais, trop timides, trop solitaires, trop gros, trop grands, trop petits… que sais-je ? Leur « différence » n’était pas acceptée par la classe, qui le leur faisait sentir, plus ou moins fort. Tous les enseignants en ont connu, je pense…

Comment lutter contre cela ? Pas par de grands discours moraux, bien évidemment : ils ne font que renforcer la ségrégation, car les enfants se retournent alors contre le « rejeté », le rendant coupable du « sermon » entendu.

En fait, selon ma propre expérience, on parvient plus ou moins à atténuer ces discriminations dans des projets collectifs. Travaux de groupes, bien sûr, où l’enseignant devra parfois intégrer lui-même (avec quelle prudence !) le « rejeté » dans un groupe. Projets de classe : quand on monte une pièce de théâtre, chacun doit donner la mesure de ce qu’il peut faire, et des talents nouveaux se révèlent.

J’ai aussi le souvenir de « réunions-bilans » de la classe, quand j’en étais prof principal : nous abordions toutes les questions concernant la vie de la classe, et si une question concernait un « rejeté », une discussion s’ensuivait. Dans une classe de 4ème avec laquelle j’avais de très bons rapports – mais qui posait problèmes dans d’autres matières -, j’ai tenu ainsi une « réunion-bilan » tous les 15 jours, pendant une période. Nous cherchions ensemble des solutions, un élève s’engageant par exemple à « contenir » un « perturbateur » pendant la quinzaine, à certains cours problématiques… La notion de « classe » évolue alors : d’un rassemblement d’individus, elle devient « groupe », et protectrice…

Mais… cela ne « règle » le problème que dans l’enceinte de la classe… Le « rejeté » l’est aussi dans la cour, à la cantine, à l’étude, dans les couloirs…

Outre le fait que dans l’école du Wisconsin les élèves ne sont acceptés que s’ils s’engagent à respecter les autres, un autre fait a son importance : il y a 165 enfants ! Tous se connaissent, donc… Dans un collège de 700 élèves, la réalité est bien différente (sans parler des lycées où les élèves se comptent par milliers…) : on s’en tient à la singularité de l’un ou de l’autre, à sa réputation, on ne cherche pas à le connaître. Pas plus que dans une ville où, croisant de temps à autre une personne, un adulte se dira « Il est drôlement habillé, celui-là ! » ; son « jugement » sera alors négatif sur la personne, il ne cherchera – éventuellement – à en savoir que des éléments qui confirment son jugement péremptoire…

Évidemment, des unités de moins de 200 (ou même 500 !) élèves, cela coûte cher… Et on n’est pas dans une période où… Bref… Cela vaudrait peut-être tout de même la peine de s’y pencher un peu : des écoles, collèges et lycées où l’enfant pourrait avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, cela pourrait lui redonner de l’importance à ses propres yeux ; cela pourrait l’aider à apprendre, à accepter les autres ; cela pourrait peut-être – qui sait ? – aider à former de futurs adultes plus à l’aise dans leur peau, et donc moins enclins à la violence…

Qui sait ?

Tous mes vœux à ces enfants d’aujourd’hui, aux adultes de demain…

P.S. En parlant de vœux… Lucien fait état de ceux de Notre Président Bien-Aimé à l’Éducation dite Nationale : Les anti-vœux de Sarkozy à l’éducation… Très intéressant !

P.S.2 Voir aussi les derniers « Délit Maille », entre autres Tricote ta leçon de campagne/ Leçon 1 – Subtilité (mais les suivants sont aussi superbes… et je ne dis rien de la statue de la Liberté tricotée !)

Bonnes visites !

De l’art de la dissimulation…

Lundi 19 décembre 2011

Je vous propose aujourd’hui quelques visites sur des sites qui ne manquent pas d’intérêt…

- De la dissimulation dans la politique de l’Éducation Nationale

Lire le billet très documenté de Lucien à ce sujet :

Education Nationale : une année de communication mensongère

Curieusement, alors que le budget de la communication explose (« On se souvient que la Cour des comptes avait durement pointé, en novembre dernier, les dépenses de communication des ministères. Celui de l’Education Nationale notamment, dont le budget com’ a progressé de 41% en cinq ans (passant de 6 844 000 euros en 2006 à 9 647 000 euros en 2010). »), le nombre des communications diminue :

Les informations émanant du ministère et destinées au grand public sont en très forte baisse : au début des années 2000, une soixantaine de « notes d’information » sont publiées chaque année ; depuis 2009, moins de 20. Cette année encore une cinquantaine étaient prévues, entre bilans d’expériences menées sur le terrain et études diverses : bilan sur les internats d’excellence (mis en place il y 4 ans !), bilan sur l’expérimentation du sport l’après-midi les collèges (prévu pour novembre), bilan sur le dispositif d’accompagnement éducatif (avril), étude sur  le niveau de lecture en 6ème, sur la vision du collège par les parents, bilan sur l’évaluation de l’assouplissement de l’affectation dans les collèges et les lycées, etc. Les informations sur ce dernier sujet existent, nous dit un statisticien, mais elles sont accablantes pour la politique menée…

- De la dissimulation dans la politique de l’immigration (de l’ex-migration, devrais-je dire…)

Un article du Nouvel Obs traite du placement des enfants en « centres de rétention » :

IMMIGRATION. Ces enfants que la France enferme

Pour atteindre les quotas d’expulsion, des familles entières sont interpellées. En 2010, derrière les grilles des centres de rétention, les associations ont dénombré 356 enfants.

Claude Guéant a ainsi fixé son objectif à 30.000 « éloignements » cette année.

Pour plus de précisions, voir

CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE, RAPPORT 2010

(C’est moi qui souligne)

L’année 2010 est la première qui voit intervenir cinq associations – l’Assfam, La Cimade, Forum réfugiés, France terre d’asile et l’Ordre de Malte France – dans les centres de rétention administrative. Issues d’horizons variés, elles partagent entre autres valeurs la primauté de la personne humaine et le respect des droits de l’Homme consacrés par les engagements européens et internationaux de la France

Ce rapport annuel témoigne de la vie dans les centres français de rétention administrative. Qu’avons-nous observé de plus marquant ? Tout d’abord, les dégâts causés par la « politique du chiffre » mise en place en 2002 et par un régime d’exception qui se renforce chaque année. En 2010, ce sont plus de 60.000 personnes qui sont passées par un centre de la métropole ou d’Outre-mer. Le nombre de familles et d’enfants enfermés dans les centres s’est accru. Il en va de même du nombre de ressortissant roumains – roms essentiellement -, dans un contexte de surenchère répressive dénoncé par l’Union européenne

A minima, plus de 35 000 éloignements ont été exécutés depuis les territoires d’outremer en 2010. Ainsi, lorsque les autorités françaises annoncent avoir réalisé 28 000 éloignements en 2010, en omettant de préciser que l’Outre-mer n’est pas compté, plus de la moitié de la réalité est escamotée. Seul le préfet de Mayotte communique localement sur les chiffres concernant le 101ème département français (plus de 26 000 en 2010). Par ailleurs, selon le Ministère de l’intérieur, 32 881 étrangers étaient placés en rétention dans les territoires ultramarins (contre 27 401 en métropole).

Ainsi, en France, plus de 60 000 étrangers ont été enfermés dans des centres de rétention en 2010. Et plus de 53 000 ont été éloignés, mais sans forcément passer par des centres de rétention.

Le gouvernement annonce avoir éloigné 28 000 étrangers du territoire français en 2010, se décomposant comme suit :
- 70 % d’éloignements forcés
- 30 % de « retours volontaires »

Selon le Ministère de l’intérieur, 8 400 étrangers seraient donc repartis volontairement. Or, le rapport d’activité 2010 de l’OFII, qui est chargé de la mise en œuvre, fait état d’un total de 14 054 aides au retour. Aucun des chiffres de l’OFII ne correspond exactement au 8 400 « retours volontaires » annoncés par le Ministère. Cependant,parmi les différents types d’aide au retour existants, ce sont les « aides au retour humanitaires » (ARH) qui s’en approchent le plus.

En 2010, 9761 ARH ont été réalisées,touchant 7520 adultes et 2 241 enfants. Dans la réalité, 94 % de ces ARH ont concerné des Roumains et des Bulgares, Roms pour la plupart, fortement incités à accepter 300 euros pour être ramenés dans leur pays, d’où ils pouvaient revenir en France facilement car ils sont ressortissants communautaires.

en 2009, un triste record était battu avec 318 enfants enfermés. 2010 est l’année d’un nouveau record avec 356 enfants placés dans des centres de rétention accompagnés d’au moins un de leurs parents (178 familles au total).

Parmi ces enfants, 57 étaient âgés de moins d’un an, et 210 de moins de six ans.

(Voir les graphiques, très parlants, que je ne peux reproduire ici.)

- Du AAA…

Pas eu le courage de rechercher des infos à ce sujet… mais vous en avez forcément entendu parler… En tous cas, ne ratez pas le feuilleton de Délit Maille à ce sujet : 4 épisodes, s’il vous plaît !

Saga Délit: Tricote ton agence de notation. Opus 1

Bonnes visites !

Et rappelez-vous : c’est très vilain, de mentir !!!

Et la poésie, b…! ?

Jeudi 15 décembre 2011

Cela fait longtemps (?) que je ne vous ai pas donné à lire quelques textes d’élèves… En ces temps difficiles, un petit rayon de soleil n’est pas inutile… Voici encore quelques « jeux de rythmes » des 6èmes d’il y a une douzaine d’années :

La petite pie
Prit la route
Dans la direction
De sa mère
Et atterrit sur
Le banc vert.
Après cinq minutes,
Elle se leva
Et s’envola.

Sonia

*     *     *

Bonjour !

- Ça va bien ?

- Très bien.

- Ça va bien ?

- Normal.

- Ça va bien ?

- Bof, bof !

- Ça va bien ?

- Très mal.

Julie

*     *     *

Regarde, Maman !

Où ?

Qui ?

Quoi ?

Là ! Joyeuse fête !

Oh…

Ah…

Euh…

C’est pour toi !

Bien merci,

Ma chérie…

Julie

*     *     *

Un jour d’été, quand
Je
Suis
Allée
Sur la plage de
Mon
Grand-
Père,
Il n’y avait plus
De
Poissons
Dans la mer.

Gwendoline

*     *     *

Il y a longtemps
Je chantais
De très bell’ chansons
Comme ça.
Il y a longtemps,
Je dansais
Sur des rythmes.
Maintenant,
Je n’ sais plus.

Anthony

*     *     *

Des enfants jouent
Dans une rue
À se bagarrer.
Mais quand leur
Mère arrive,
Ils se font
Gronder
Devant
Tout le monde
Qui regarde.

Kevin