Archive for the ‘Formation’ Category

Des nouvelles des nouveaux…

mardi, septembre 28th, 2010

Article du Nouvel Obs :

« 8300 profs sans formation

Le mal des débutants

Par mesure d’économie, les nouveaux enseignants sont catapultés dans les classes sans y avoir été préparés. Payés 1500 euros par mois pour 15 à 18 heures de cours par semaine, ils rament »

Petite précision sur ce chapeau : ce n’est pas 15 à 18 heures, mais 15 (pour les agrégés) OU 18 heures (pour les certifiés).

Ceci dit, l’article décrit la panique qu’on pouvait supposer…

« Un élève s’est approché de moi avec un cahier, je me demandais ce qu’il voulait. C’était le cahier de textes de la classe que je suis censée remplir à la fin de chaque cours », raconte Antonia, 29 ans. Cette nouvelle enseignante d’anglais a décroché son capes en juillet. Elle a été nommée à la rentrée dans un collège en ZEP de l’académie de Créteil. Pendant les quelques heures de formation express juste avant la rentrée, on lui a répété : « Faites un plan de classe. » Scrupuleuse, elle a essayé d’en imposer un en rangeant par ordre alphabétique ses élèves de troisième. La séance a viré à l’émeute. »

Curieux, cette incitation au « plan de classe » : se présenter face à un public inconnu, aux réactions inconnues, et commencer à vouloir modifier la « géographie » de la classe… Comment peut-on donner de tels conseils ? Au moins aurait-il fallu envisager avec ces « nouveaux profs » les conséquences possibles d’un tel « bouleversement » ! Je sais bien que des collègues pratiquent ce « système », dont je ne vois toujours pas l’utilité, sauf comme remède éventuel (et provisoire ?) à une situation difficile. Mais… ces collègues ont déjà la fameuse « autorité » acquise au fil des ans !

Conclusion :

« Mais l’autre jour, après une nouvelle journée calamiteuse, elle a voulu démissionner. « Je ne me voyais pas retourner au collège. On m’aurait donné six heures, c’était jouable. Mais dix-huit, c’est mission impossible. » Le 15 septembre, Antonia a demandé un congé maladie. »

Voilà une rentrée réussie ! Et comme, dans ce genre de situation, la terreur augmente en approchant du terme du congé… il y a des chances pour qu’Antonia demande de nouveaux congés… en attendant, peut-être, de démissionner.

Il doit y en avoir d’autres, des Antonia, dans nos collèges et lycées ! De jeunes diplômés, désireux de bien faire, aimant leur futur métier… et découvrant qu’ils n’ont pas prise sur leurs élèves… Et je ne suis pas sûre que les videos de l’Institut national de la recherche pédagogique puissent les aider beaucoup…

Quel gâchis ! A peine ont-ils commencé un métier dont ils rêvaient, que ces jeunes se voient déstabilisés, inquiets pour leur avenir, cherchant déjà une autre idée de métier… Et aucune aide psychologique à attendre, évidemment !

Et, bien sûr, des classes sans profs, qui peuvent plus ou moins se glorifier d’avoir fait craquer celui qu’on leur avait parachuté… Toutes prêtes à « mettre le paquet » sur le prochain…

A côté de ces situations extrêmes (mais sans doute trop nombreuses !), les surprises de Jacques paraissent anodines :

« En attendant, les stagiaires font cours en aveugle. « Je n’ai aucune idée de la façon dont un enfant de 11 ans apprend », poursuit Jacques l’historien, tout surpris d’être interrompu par des élèves de sixième qui lui demandent : « Est-ce qu’il faut écrire le titre en rouge ou en vert ? » « 

Tout enseignant en collège s’est trouvé, un jour ou l’autre, interrompu par une question de ce genre… Un des « musts » étant : « Je suis en bas de la page, qu’est-ce que je fais ? ». Forte envie, évidemment, de lui conseiller d’écrire sur la table… mais attention : j’ai déjà parlé de l’imperméabilité à l’ironie de nombreux élèves de cet âge !

Par contre, l’ignorance dont Jacques témoigne quant aux modes d’apprentissage est beaucoup plus dommageable…

Entendons-nous : je ne défendrai pas la façon dont certains IUFM abordaient les questions pédagogiques. J’ai trop entendu d’aberrations à ce sujet. Sans doute en grande partie, d’ailleurs, parce qu’on avait omis de former les professeurs ! Lesquels n’avaient donc que leur propre expérience et la ligne du parti… pardon, du ministère ou du rectorat ! Un peu court pour former de futurs profs… Et, évidemment, il coûte beaucoup moins cher de supprimer ces formations que de tenter de les améliorer…

Nouveaux profs, je suis de tout cœur avec vous… même si cela ne change pas grand chose ! Et j’espère très fort que, dans vos collèges ou lycées, vous rencontrerez des collègues qui pourront vous aider dans ces démarrages difficiles…

De la formation…

mardi, mai 25th, 2010

J’espère que personne ne me jugera atteinte d’un ego surdimensionné si je me lance dans cette question de la formation des profs… Mes réflexions sont toutes personnelles, et marquées évidemment par mon « expérience »… toute personnelle elle aussi !

Je parlerai donc de la formation des profs (et non des instits – pardon, des « professeurs des écoles » !) telle que je la vois au jour d’aujourd’hui… Cette vision pouvant évidemment évoluer au fil du temps – et peut-être au fil de vos commentaires !

Que demande-t-on à un prof ?

D’abord, d’être compétent dans la matière qu’il enseigne. D’où la nécessité d’avoir, dans cette matière, un niveau de connaissances très largement supérieur à celui de ses futurs élèves. Non pas, d’ailleurs, que ces connaissances en tant que telles vont lui être utiles dans son enseignement : de ce que j’ai étudié en Fac, bien peu de choses sont repassées, d’une manière ou d’une autre, dans mon enseignement. Mais ce savoir « purement intellectuel » donne des pistes d’analyse, des modes opératoires, qui permettent de « dominer » la matière et de savoir la penser.

Ensuite… eh bien, ensuite… de savoir enseigner cette matière ! Et c’est là que le bât blesse ! Car s’il faut 2 ans pour apprendre un métier manuel et se préparer à un CAP… apprendre le métier de prof n’est plus, aujourd’hui, d’actualité ! Ce qui est pour le moins regrettable, puisqu’on confie à ces gens l’avenir d’un pays…

Comme je l’ai déjà dit, je suis passée, après le Bac, par un stage de formation d’instituteurs à l’École Normale Catholique. Et j’estime y avoir eu une formation valable, dont je tirerai plusieurs éléments.

Ce stage durait un an. Les cours y tenaient la plus grande place, mais nous avions aussi 3 stages de 15 jours en école (1 en CP, 1 en CE, 1 en CM), plus un d’une semaine en maternelle (« pour connaître » : nous n’étions pas destinées à enseigner en maternelle). J’y reviendrai…

Les cours, donc. Un enseignement que j’ai trouvé essentiel pour ma vie professionnelle a été celui des grands systèmes pédagogiques. Connaître ce qu’ont pu écrire ou réaliser Platon, Freinet, Rousseau, Rabelais et autres Montessori sur la pédagogie me semble essentiel. J’ai bien dit « connaître » (« naître avec »), et non « savoir ». Tous ces gens qui ont réfléchi à l’enseignement, d’une manière ou d’une autre, ont tous quelque chose à nous apporter, quelle que soit l’époque à laquelle ils ont vécu. En mettant l’accent sur telle ou telle composante de l’esprit humain, sur tel ou tel aspect de l’homme, ils nous font réfléchir, trouver des idées que nous n’aurions sans doute pas eues par nous-mêmes. Ils nous apprennent surtout (et c’est là une notion qui me semble oubliée depuis pas mal d’années) qu’il N’ y a PAS de pédagogie magique et unique. A chacun, selon son tempérament, sa façon de penser et d’être, de « piocher » dans les idées de l’un et de l’autre pour en faire son propre « système ». Qui sera évidemment appelé à évoluer au fil du temps, d’autres idées surgissant de par le monde (je me souviens avoir longuement médité, plusieurs années après, sur la lecture de Libres enfants de Summerhill…).

La psychologie de l’enfant… Ben oui, c’est quand même utile d’en avoir une petite idée ! Quand nous commençons à enseigner, notre enfance est déjà assez lointaine, et nous n’en avons de toutes façons qu’une vision très subjective. Nous avons, par exemple, souvent oublié nos difficultés d’apprentissages, nos petits (ou gros) échecs. Il est très utile de se les rappeler quand on est face à des élèves, histoire de ne pas exiger d’eux ce que nous-mêmes n’avons pas su faire à leur âge…

Mais, évidemment, l’étude de la psychologie de l’enfant va bien plus loin que cela : elle nous permet de situer les étapes de formation de l’individu, et entre autres de sa formation intellectuelle, de savoir à quels âges on peut aborder tel ou tel type de démarche intellectuelle ou manuelle. Connaître aussi les modes de « révoltes » des ados, comment ils s’expriment et ce qu’ils peuvent signifier, est primordial… Une réflexion sur la violence et la sexualité ne serait pas inutile… On a appris depuis longtemps que l’enfant n’était pas « une argile molle » : encore faudrait-il, avant de se retrouver face à 30 gugusses hurlant, avoir une vague idée de ce qu’il est…

Droit et règlements : il est indispensable de connaître un certain nombre de lois régissant notre métier, nos statuts, nos programmes. Et il me semble très important d’avoir une connaissance de l’histoire de l’enseignement dans notre pays, et des différentes réformes importantes qui y ont eu cours. Ne serait-ce… que pour relativiser l’importance ou le bien-fondé de la réforme en cours…

Enfin, la « didactique », la préparation plus directe à l’élaboration de cours, de progressions. Cela ne s’improvise pas, et se retravaille d’année en année. Mais… il faut bien commencer et, pour cela, il est indispensable de savoir comment s’y prendre ! Comment répartir l’heure de cours entre différentes activités, comment focaliser l’heure sur un point ou une attente précise, quels types de réponses attendre des élèves…

Les stages. Nous avions, disais-je, 3 stages de 15 jours. Pendant ces stages, nous suivions l’emploi du temps de l’institutrice qui nous accueillait. Les premiers jours, nous regardions et écoutions. Ensuite, nous étions chargées de « faire la classe » nous-mêmes quelques heures, suivies de discussions avec l’instit. A la fin du stage, une inspectrice venait assister à une de nos « leçons », et s’entretenait avec nous des points forts – et faibles ! – qu’elle avait remarqués.

(Vous remarquerez peut-être que je parle toujours au féminin… c’est que la mixité n’était pas encore très à la mode, à l’époque !)

L’année suivante… nous étions chargées de classe ! Et, ma foi, assez bien formées pour nous en tirer sans trop de casse ! A la fin de l’année, l’inspectrice venait, et nous donnait (je n’ai pas souvenir d’exceptions !) le CAP (Certificat d’Aptitude à l’enseignement Primaire)…

C’est ce « modèle » que je propose (j’ai sûrement oublié beaucoup de choses sur cette année de formation…) pour la formation des profs…

En résumé :

  • une formation intellectuelle dans la matière, assurée par l’Université
  • une formation pédagogique d’un an assurée par l’Éducation Nationale, comprenant :
  • – la connaissance d’une douzaine (au moins…) de systèmes pédagogiques
    – le droit, la réglementation, les réformes et l’histoire de l’enseignement en France
    – la psychologie de l’enfant
    – la pédagogie pratique : il me semble indispensable que ces cours soient organisés par matière, les questions étant très différentes d’une matière à l’autre
    – 3 stages de 15 jours minimum (1 en collège, 1 en lycée, 1 en lycée technique) pendant lesquels le stagiaire suit l’emploi du temps de son tuteur, et assure lui-même quelques heures de cours ; l’idée d’une inspection à la fin de chaque stage me paraît intéressante, pour aider le stagiaire à « voir » ce qu’il a fait (et cela permettrait peut-être à l’enseignant de ne pas voir dans l’inspecteur quelqu’un qui n’a pour but que de le « sanctionner »…).

    Une autre question serait celle des formateurs… J’y reviendrai peut-être un autre jour…

    Chez nous, on aime son métier…

    samedi, mai 22nd, 2010

    J’évoquais récemment la question de la formation des médecins qui coûtait (trop) cher : on en « importait » donc de l’étranger, et de plus en plus de futurs médecins allaient se former à l’étranger…

    La question a été résolue de façon beaucoup plus radicale dans l’enseignement : la formation coûte cher ? On la supprime !

    A la rentrée prochaine, quelques milliers de jeunes ayant réussi leur concours vont donc se trouver à « faire » leurs 18 heures hebdomadaires (15 pour les agrégés) dans un collège ou un lycée.

    J’entends d’ici les ricanements des étrangers (je veux dire : ceux qui ne sont pas dans l’éducation dite nationale) : « 18 heures par semaine ? C’est pas trop fatigant, ça ! Faudrait les voir dans un « vrai » boulot, avec 40 heures, pas 18 ! »

    Par pitié pour ces béotiens, je redirai donc, comme nombre de mes collègues le font chaque jour, que, pour assurer 18 heures de cours… il faut les préparer ! On ne déboule pas comme ça dans une classe « Ouvrez vos livres à la page tant, on va lire la leçon ». Il faut avoir réfléchi au programme, à la progression dans l’année, au découpage des notions à enseigner ; puis, pour la notion « du jour », avoir cherché les différentes façons de l’envisager, quels démarrages possibles, quelle progression dans la séance, quel type d’interventions des élèves, quelles traces écrites, quels exercices, quelles suites à donner… etc. ! 18 heures de cours, cela fait au minimum 20 heures de préparations… Si les « vieux briscards » peuvent se reporter à ce qu’ils ont fait les années précédentes, les « petits nouveaux, eux, ont tout à découvrir et à inventer !

    Et… je ne parle pas des corrections, qui accaparent beaucoup de temps, plus encore les premières années, où l’on tâtonne forcément !

    Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

    C’est le slogan que je propose pour ces nouveaux jeunes qui vont débarquer en septembre prochain…

    Pour eux, on a inventé le 4/3 temps : 3/3 de temps à enseigner, 1/3 de temps (une demi-journée par semaine) à être « formé » (???). 42 heures de « formation »… à partir de novembre ! (les deux premiers mois, ça compte pas !)

    Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

    « Dans la mesure du possible », indique le Recteur de mon académie, on prévoit un abattement de 2 heures sur ces 18. Dans la mesure du possible… Sinon, le « stagiaire » (?) fera ses 18 heures et touchera peut-être 2 heures sup. Si oui… ce sont les collègues qui devront assurer ces 2 heures sup ! Dans la pratique, cela voudra dire dans certaines matières comme les maths, le français, la langue vivante, l’éducation sportive, l’histoire-géographie, une classe donnée aura un prof à certaines heures, et un autre (voire 2 !) pour les 2 heures restantes…

    Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

    Il faudra aussi ménager des heures « libres » par semaine où le petit nouveau pourra rencontrer son « tuteur » : donc des heures de « trou » dans l’emploi du temps, qui allongeront leur temps de présence. Mais chez nous…

    Le « tuteur », lui (qui n’aura évidemment aucun allégement de service !), sera rémunéré pour 45 heures de tutorat sur l’année… Un peu plus d’une heure par semaine, donc. Largement suffisant, sans doute, pour discuter des orientations générales, de la progression, de la mise en oeuvre, et pour assister à certains cours du « tutoré »…

    Notre recteur envisage d’ailleurs de faire de ces tuteurs des chargés de mission de l’inspection académique… Des sous-inspecteurs, en quelque sorte. Qui auront donc à évaluer leur tutoré. Plus de « conseiller pédagogique » (c’était une des fonctions de l’Institut de Formation)… le tuteur, coiffant une autre casquette, en fera office…

    ***

    Imaginez – deux secondes, mais imaginez quand même ! – ce type de « formation » pour les médecins… Qui débarqueraient dans un hôpital munis de leurs seules connaissances universitaires et se retrouveraient responsables, comme leurs collègues (pardon ! leurs confrères !) des soins aux malades et aux blessés… Une demi-journée de « formation » au bout de 2 mois… Une rencontre hebdomadaire avec un « vrai » médecin travaillant dans le même hôpital…

    Ah ! Ben, c’est pas pareil ! Un médecin peut faire de grosses bêtises !

    Et un prof ? Sans même parler de la pertinence de son enseignement, ne peut-il par exemple décourager durablement un élève ?

    Peut-être… mais ça se voit pas…

    Oui… Plus difficile d’attaquer un enseignant en justice parce qu’il a marqué négativement un élève. Un médecin qui s’est planté, il y a généralement des « traces »…

    ***

    Quel respect peut-on avoir pour une profession qui manque à ce point de respect pour elle-même ? J’ai déjà parlé de l’époque où l’on a embauché des institutrices « sur le tas » : un ministre avait décidé d’accorder l’équivalent d’un DEUG (2ème année de Fac) aux mères de 3 enfants (si vous voyez le rapport, faites-moi signe !) ; elles bénéficièrent royalement(et encore, pas toujours !) de… 3 jours de « formation » !!!

    Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

    Et on se fiche bien de l’impact que ces « réformes » peuvent avoir sur les enfants !

    Puisque ça ne se voit pas

    De l’enseignement de l’orthographe…

    jeudi, octobre 29th, 2009

    Future prof a repris avant-hier son blog… que je croyais bien abandonné depuis septembre ! Elle nous livre ses réactions à un cours sur l’orthographe, à l’IUFM. Très intéressant. Je vous en conseille la lecture…

    Qu’est-ce que c’est, l’orthographe ? D’après la formatrice, « l’orthographe, ce n’est rien d’autre qu’un code arbitraire élitiste, et profondément discriminatoire. En plus, ça coute* cher à enseigner.  »

    (Note : les mots suivis d’un astérisque sont écrits selon la réforme orthographique de 1990.)

    Que l’orthographe soit un code, arbitraire de surcroît, nul n’en doute ! Et quelle que soit la langue, il a bien fallu, à un moment ou un autre, décider de la façon dont s’écrivaient les mots ! D’autant que la langue était parlée dans diverses régions dont les prononciations différaient parfois beaucoup ! Pour que le texte écrit par un Auvergnat soit compréhensible pour un Lorrain, par exemple, il valait mieux fixer une orthographe unique, et non laisser chacun écrire « comme il entendait » ! Pour moi qui compulse actes d’état-civil ou religieux de diverses époques, j’ai vu pas mal de changements de nom, d’un acte à l’autre, dus à une mauvaise compréhension du scripteur… sans doute originaire d’une autre région que le déclarant, lequel ne savait souvent pas écrire (encore moins relire ou épeler !), voire même signer !

    « Elitiste » : pourquoi « élitiste » ? Le code lui-même n’est pas élitiste. Il est complexe, certes. Et, évidemment, il a été conçu au fil des siècles par une « élite », les grammairiens. Qui ont voulu, plus ou moins selon les époques, respecter règles et orthographe latines dans une langue qui s’éloignait de plus en plus de ses origines. Notre orthographe est fille de notre histoire, et la langue a adopté nombre de termes étrangers, au fil des invasions, des guerres, et du commerce avec d’autres pays. Sans parler des termes régionaux…

    Que l’utilisation qui en a été faite soit « élitiste », certes ! Il faudra qu’un jour je me penche sur cette période du 19ème siècle où la dictée devint une Institution… et où un zéro en dictée recalait inexorablement un candidat dans nombre de concours et examens. Encore récemment, pour être pompier, il fallait passer au travers de ces fourches caudines (j’ignore si c’est encore le cas).

    « Profondément discriminatoire » ? Plus que les mathématiques ou la physique ? Je crains que tout enseignement soit, par nature, « discriminatoire », dans ce sens où il fera forcément la différence, à un moment ou à un autre, entre « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas ». Les gens, enfants ou adultes, ne sont pas « égaux » devant un enseignement, quel qu’il soit. Les uns auront plus de facilités à abstraire, d’autres à concevoir des mécanismes pratiques, d’autres encore à mémoriser des listes, d’autres à s’appuyer sur des raisonnements… Selon la matière enseignée (sans parler de la pédagogie de l’enseignant !), la même personne pourra avoir des « résultats » très divers ! Je ne vois pas très bien en quoi l’enseignement de l’orthographe serait plus discriminatoire qu’un autre… à moins que, là encore, on se réfère à son utilisation comme éliminatoire à des examens et concours…

    « Ca coûte cher à enseigner » (désolée, je n’applique pas la réforme…) : ah ! l’argument massue ! Dans notre système actuel, où l’on chiffre le coût d’un redoublement pour dissuader les établissements scolaires de faire redoubler les enfants, ça, c’est un vrai argument ! C’est vrai que, du Cours Préparatoire à la Troisième, de nombreuses heures auront été consacrées à l’orthographe ! Qui pourraient donc être supprimées, ce qui ferait une sérieuse économie !

    Je reviendrai plus tard sur d’autres passages de ce très intéressant billet. Mais, pour terminer avec un avis très personnel, pour moi qui suis « visuelle », l’orthographe est fortement liée aux objets que le mot désigne. Ainsi, si je pense « éléfant », je vois mon éléphant s’affiner et prendre des airs de gazelle ; à l’inverse, une « giraphe » ferait ressembler ma girafe à une vache bigarrée…

    D’ailleurs, le « nénufar » prôné par la réforme de 1990 ne s’étale plus nonchalamment pour couvrir un étang : il se hisse au contraire, gracile et gracieux, à la forme de l’ancolie…

    Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ?

    samedi, juin 27th, 2009

    Jeudi matin, quand chaque élève de 5ème a eu dit « une chose qu’il avait apprise cette année » (dans les heures de Français, évidemment !), une élève a posé cette question :

    « Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ? »

    Ce n’est pas la réciproque de ma question, vous l’avez sans doute remarqué : je n’avais pas demandé « qu’est-ce que JE vous ai appris ? »…

    J’ai bredouillé je ne sais quoi, sans doute qu’il était l’heure de ranger la salle… ou bien les autres élèves ont couvert ma voix… Toujours est-il que je n’ai PAS répondu… à cette très pertinente question !

    Qu’est-ce qu’ils m’ont appris, mes élèves ?

    Hors de question de détailler, évidemment : j’en serais tout à fait incapable !

    Mais : oui, c’est évident, mes élèves m’ont beaucoup appris !

    Et tout d’abord qu’ils avaient, comme moi, leur famille, leurs amis, leurs soucis, leurs rêves, leurs jeux, leurs ennuis… et même leurs moments de paresse, de vague à l’âme, d’envie de dormir, de s’amuser…

    Et donc, qu’ils étaient tous différents, même si je pouvais faire des regroupements par « niveaux » ou quoi que ce soit d’autre. Qu’aucune « étiquette » ne pouvait en résumer un seul.

    Que donc, chacun attendait de moi quelque chose, qui n’était pas forcément exactement la même chose que le voisin…

    Au fil des ans, ils m’ont appris à comprendre les « blocages » qui pouvaient survenir… et à les aider (pas les blocages : les élèves !).

    Ils m’ont appris (oh combien !) la patience…

    Ils m’ont appris, par leurs réflexions, leurs résultats, à peaufiner mes cours… et mes contrôles !

    Ils m’ont appris à les aborder chaque jour d’un oeil « neuf », débarrassé des problèmes qui avaient pu surgir la veille (sauf quand il y avait besoin de revenir sur ces problèmes !).

    Ils m’ont appris à ne pas leur tenir rancune, que ce soit pour leur comportement, pour leurs silences, leurs bavardages… ou leurs mauvais résultats.

    Ils m’ont appris à écouter, vraiment, ce qu’ils avaient à me dire, sur leur histoire personnelle ou sur leurs apprentissages.

    Ils m’ont appris à « tenir mes distances »… et en même temps, à prendre en compte leur demande de « complicité » (en tout bien tout honneur, cela va sans dire !).

    Ils m’ont appris…

    Ils m’ont appris tant de choses !

    Ils m’ont appris à être prof… et, finalement… à être moi…

    A tous mes élèves, ceux de cette année comme ceux de la lointaine année 1969-70, et à tous ceux que j’ai croisés entre ces deux années frontières :

    MERCI !

    Débattons… du débat

    vendredi, mai 29th, 2009

    Eh bien, c’est un vrai débat, qui s’engage sur… les débats !

    Est-il besoin de rappeler que mon vécu de prof n’est en rien un « modèle », et que, s’il me correspond, il ne correspond pas forcément à d’autres profs ?

    Laura évoque l’enseignement dans l’antiquité grecque… mais ma formation est toute autre ! J’ai été formée, comme je l’ai dit au début de ce blog, par une conception « humaine » de l’enfant (l’enfant est une personne), par mai 68 (que je ne rejette absolument pas !) et par une MJC qui avait pour objectif l’éducation populaire, et ouvrait même son conseil d’administration à des ados.

    Ma conception de l’enseignement découle de cette formation particulière. J’ai, certes, une « matière » à enseigner. Mais cette « matière » consiste surtout à développer la réflexion des élèves, que ce soit à partir d’un texte, d’une fonction grammaticale ou d’une règle d’orthographe. Et pour qu’ils puissent réfléchir… il faut bien leur donner la parole ! Si je suis seule à parler, il y a fort à parier que 25 élèves au moins vont perdre le fil… et avoir tout oublié à la fin de l’heure !

    Ceci dit, pour en revenir aux « débats », je ne pense pas en avoir jamais organisé avant la 4ème, et ils « collent » particulièrement avec le programme de 3ème, où l’on travaille l’argumentation (je sais, maintenant, on doit parler du « discours argumentatif » dès la 6ème… mais… je trouve que c’est « un peu » tôt…). Et, bien sûr, cela exige certaines « qualités » de la part de la classe : si les élèves forment des « clans » étanches, s’ils ne s’écoutent pas, s’ils dénigrent systématiquement tel ou telle dès qu’il (elle) ouvre la bouche… inutile de tenter le débat !

    Enfin, le but du débat n’est pas que l’élève ressorte avec une idée claire, toute faite, sur un sujet ; il est que l’élève apprenne à exprimer une opinion, à l’argumenter, à écouter l’opinion des autres, leurs arguments, à y répondre éventuellement. Ils en ressortiront avec les mêmes idées qu’en y entrant ? Peut-être… mais ils auront entendu d’autres avis, d’autres arguments, qui leur auront donné à réfléchir. Parfois, ils auront aussi entendu le vécu de certains camarades : je pense entre autres à cette classe de 3ème où nous avons beaucoup débattu, et où les élèves s’impliquaient au point de mettre en avant leur propre expérience (pas de la peine de mort, bien sûr !), sans craindre le regard critique de leurs camarades (ni le mien !).

    Par ailleurs, j’ai déjà parlé des « bilans de fin de trimestre », que j’organise systématiquement dans toutes les classes… en fin de trimestre (!). Là aussi, les tables sont en carré, et tout le monde peut prendre la parole. Ce n’est pas vraiment un débat, bien que les opinions s’affrontent parfois, mais une possibilité d’échange sur ce qui a été fait dans le trimestre, et sur ce qu’on pourrait faire au trimestre suivant. C’est le moment où certains osent dire qu’ils n’ont pas compris telle ou telle chose, que c’était trop difficile… Bien sûr, il aurait mieux valu qu’ils le disent au bon moment… mais je trouve important qu’ils le disent « trop tard » au lieu de se taire : peut-être cette parole leur donnera-t-elle le « courage », par la suite, de demander des explications ?

    Mais, encore une fois, c’est mon mode de fonctionnement… Et, de même qu’on ne se moque pas d’un enfant qui trébuche, tombe, quand il apprend à marcher, je ne vois pas pourquoi on tiendrait pour négligeables les efforts que fait l’enfant, ou l’ado, pour apprendre à réfléchir… Il dit des bêtises ? Sans doute, de notre point de vue d’adulte. Mais… c’est normal, il apprend

    Revues pour profs

    mardi, mai 12th, 2009

    Tiens, aujourd’hui, je vais vous parler de notre « presse spécialisée », j’entends : les revues pédagogiques.

    Lors de ma formation d’institutrice, j’ai bien sûr découvert ces revues et fascicules regorgeant d’activités diverses. Une fois maître auxiliaire en collège, ce sont les revues consacrées à l’enseignement du français en collège que j’ai commencé à collectionner.

    Bien m’en a pris : un prof de fac, en année de licence, nous a donné des travaux à faire en groupes. Et j’ai choisi « l’enseignement du français à travers les revues pédagogiques » !

    Qu’attendait exactement ce professeur ? Je ne l’ai jamais su : il a « disparu » très vite… après nous avoir fait acheter le livre qu’il avait écrit sur la langue française ! Comme nous avions, pour ce cours, à valider 50% par le contrôle continu (donc, notre travail de groupe) et 50% par examen… et que nous n’avions aucune idée de ce qui pouvait nous être demandé à l’examen, vu le peu de cours que nous avions eus, c’était un peu la panique !

    Les travaux ont été rendus au secrétariat aux dates fixées… et le prof a ressurgi à la fin de l’année pour nous donner nos notes (mais pas pour nous rendre nos travaux !). Il avait trouvé le moyen de calmer nos angoisses (et la colère qui allait avec) : si je me souviens bien, notre groupe a eu 19/20 !

    N’empêche, j’aurais bien aimé le récupérer, ce travail ! J’ai même caressé un temps le projet d’en faire la réclamation écrite… mais ne l’ai jamais osé…

    Le dossier comportait une centaine de pages : des documents, certes, mais pas mal de pages manuscrites, étudiant consciencieusement les revues pédagogiques…

    Bref, j’ai vite compris que ces revues pouvaient être d’une aide précieuse. Et j’ai découvert, cette année-là, les Cahiers Pédagogiques, d’une visée plus générale, mais fort intéressants. C’est d’ailleurs l’un d’eux qui m’a appris à utiliser un certain nombre d’abréviations dans la correction de copies. Et aussi, ce petit détail : demander aux élèves de tracer une marge à droite de leur copie, réservée à mes corrections (celle de gauche étant pour les corrections des élèves).

    Vous ne voyez pas l’intérêt de ce petit détail ? Eh bien… cela fait gagner du temps, donc rend moins pénible l’attaque du paquet de copies !

    Car, il faut bien l’avouer : la correction des copies n’est pas vraiment un plaisir ! Et encore : en français, il nous arrive de tomber sur des rédactions intéressantes, des poèmes, des « nouvelles policières » ou fantastiques, ou… Mais, le plus souvent, la perspective d’un paquet de copies à corriger ne réjouit pas vraiment… Il peut être très agréable de faire des recherches pour préparer un cours, ou l’étude d’un livre ; de lancer une activité en classe, ou de « faire un cours »… Très rarement de corriger des copies…

    Vous ne voyez toujours pas le rapport avec la marge à droite ? Eh bien, il est nettement plus rapide et plus « naturel », en lisant de gauche à droite, d’annoter à droite la ligne ou le paragraphe qu’on vient de lire ! C’est tout bête… Annoter à gauche revient à masquer de votre main la suite du travail. En notant à droite, vous avez toujours l’ensemble du travail sous les yeux.

    Il y a beaucoup d’autres informations, conseils, études, dans les revues pédagogiques, bien sûr ! Mais ce genre de petit détail… qui d’autre qu’un prof pourrait vous le conseiller ?

    Préparations (suite)

    samedi, janvier 3rd, 2009

    Depuis plusieurs années, j’inclus dans ma préparation du 2ème trimestre en 3ème la « Semaine de la Presse ». Organisée par le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information ), elle permet à un établissement scolaire (de la maternelle au lycée) de recevoir un exemplaire de plusieurs journaux, un « accompagnement pédagogique » développant plusieurs actions possibles et, depuis un an ou deux, un CD comportant – entre autres – des photos de presse.

    Cette semaine aura lieu en 2009 du 22 au 28 mars, et je compte bien y faire participer mes élèves.

    Je ne suis pas une fan des activités dirigées ou imposées, mais je trouve intéressante la démarche du CLEMI, qui fournit nombre de fiches pour étudier l’un ou l’autre aspect des médias (sans oublier Internet, évidemment !).

    Pendant la semaine de la Presse, mes élèves se répartissent en groupes (de 4 élèves maximum) et reçoivent une « feuille de route » qui leur indique le travail à me rendre à la fin de la semaine. A eux d’organiser comme ils le veulent les heures de Français de la semaine.

    Qu’est-ce que je leur demande ?

    Cela varie selon les années. Quelques exemples :

  • analyser la Une d’un quotidien
  • rechercher dans des quotidiens (je leur demande d’en apporter chacun un, de la semaine en cours ou de la semaine précédente) un exemple d’éditorial, de brève, de reportage, d’interview… et de trouver les caractéristiques de chaque article (personnes utilisées, temps des verbes, ponctuation, etc.)
  • étudier  un article, ses titres et sous-titres, illustrations…
  • écrire 2 articles d’un genre différent à partir d’une même dépêche ; depuis que nous avons accès à Internet, ce travail est beaucoup plus intéressant, car les élèves peuvent aller directement sur les sites d’agence, et choisir une dépêche qui les intéresse
  • comparer 2 articles sur un même sujet dans 2 quotidiens différents
  • étudier et commenter une photo de presse.
  • Je leur fournis, bien sûr, quelques renseignements sur le glossaire de la presse (fourni par le CLEMI), la composition d’un article, les divers types de titres.

    Cette semaine est généralement bien appréciée : le travail par groupes et l’autonomie de l’emploi du temps laissent aux élèves une liberté… qu’ils emploient plus ou moins bien… La plupart des groupes rendent leur travail à la fin de la semaine ou au début de la semaine suivante… mais quelques groupes ont passé un peu trop de temps à discuter (entre autres des résultats sportifs – L’Equipe étant un quotidien incontournable !)… et n’ont pu accomplir que la moitié, voire moins, des travaux demandés.

    On peut faire beaucoup d’autres choses, mais qui demandent souvent beaucoup plus de temps. Et en 3ème, le temps est terriblement compté…

    Au cas où des collègues enseignant les langues étrangères seraient intéressés, je signale que des journaux étrangers peuvent aussi être envoyés (voir la page « Accompagnement pédagogique » sur le site du CLEMI).

    Non, je ne fais pas de propagande : je relate simplement un travail que je trouve enrichissant pour les élèves, et qui les initie à une lecture « critique » des médias. Mais, bien sûr, on n’est pas obligé d’attendre la « Semaine de la Presse » pour cela ! D’ailleurs, il y a bien longtemps que j’utilise, d’une manière ou d’une autre, les médias dans mes cours…

    Asinus sum (suite de suite)

    lundi, septembre 15th, 2008

    J’obtins ensuite ma mutation dans l’Académie de Versailles… et, la 2ème ou 3ème année, je retrouvai le même problème : l’initiation au latin en 5ème… L’information de mon incapacité ne m’avait pas suivie.

    Je fis contre mauvaise fortune bon cœur. Je me dis qu’il fallait rendre cette heure attractive. J’appelai à moi tous les dieux de la pédagogie, ressortis mes manuels et sollicitai Astérix, qui avait été traduit en latin entre temps. Je rendis cette heure fatidique aussi ludique que possible, je développai des trésors d’ingéniosité.

    Peine perdue. J’obtins à la fin de l’année la même sanction que lors de ma précédente expérience : aucun élève ne voulut choisir l’option latin!

    Et je fus définitivement dispensée de cet enseignement, confié à mes collègues plus compétents.

    Mais cette deuxième expérience ne me fut pas inutile: j’avais découvert que la pédagogie était impuissante à combler le manque de connaissances de l’enseignant…

    Il me reste cependant une honte certaine vis-à-vis des élèves qui me souffrirent comme professeur d’histoire, de latin ou autre. J’espère que mon incompétence n’aura pas entravé leur route. S’il en est qui me lisent – sait-on jamais! – j’espère qu’ils me pardonneront: je ne savais pas ce que je faisais.

    Asinus sum (suite)

    dimanche, septembre 14th, 2008

    Renvoyée pour insolence! En fac! Alors que pendant mes années d’école, j’avais justement appris à ne pas dépasser les limites, à rester juste un fil en-dessous (sauf en cas d’impunité avérée, évidemment!)  et avais réussi à échapper à l’infamante épithète! Et là, où je n’avais montré aucune insolence, mais défendu ma place, on m’accusait d’insolence! Et on me renvoyait! J’ai mis beaucoup de temps à revenir de ma surprise.

    Je n’ai qu’un souvenir très vague du TD où je m’inscrivis ensuite. Vague était d’ailleurs le terme pour décrire le cours: le professeur n’utilisait pas de manuel, les cours étaient très flous… et les absences nombreuses, qui ne semblaient pas l’affecter.

    Le problème restait cependant entier pour Mireille: elle n’avait pas trouvé de "remplaçante" pour lui dicter les exercices à faire ou les leçons à apprendre. Et je n’avais plus autant de temps à lui consacrer, vu mes nouveaux horaires. C’est ainsi que me vint une idée géniale : si j’apprenais le Braille, je pourrais lui transcrire cours et exercices… Elle m’indiqua où trouver le matériel nécessaire, et j’appris le Braille (écriture, pas lecture!) beaucoup plus vite que le latin…

    Et puis… et puis arriva mai… Vous vous souvenez? Mai 68… Plus de cours, ni latin, ni autres…

    Et, à la rentrée suivante, j’appris – oh bonheur! – que le latin n’était plus obligatoire en Lettres Modernes. Je ne montrai aucun zèle pour m’y inscrire!

    Tout cela pour vous expliquer que, le jour où l’on m’annonça que je devrais consacrer une heure par semaine à enseigner l’initiation au latin à mes 5èmes… je me trouvai fort dépourvue (comme dirait La Fontaine)…

    Je repris mon manuel de fac, des manuels pour collège, et me remis courageusement (bien que sans aucun enthousiasme) à mes "études latines", dont il ne me restait que… le refrain de la chanson de Jacques Brel. Un peu léger, comme bagage…

    Au début, j’avais 3 ou 4 leçons d’avance sur mes élèves. Par la suite, je n’en eus plus qu’une.

    Heureusement, ma classe était très agréable, très vivante, et les heures de français rattrapaient, dans mon esprit, les heures besogneuses de latin. Je faisais ce que je pouvais pour rendre cette maudite heure plus attractive (bien sûr, ils apprirent à chanter "rosa rosa rosam" sur l’air de Jacques Brel, mais bon…).

    L’efficacité de mon enseignement montra toute sa force en fin d’année, quand les élèves durent choisir des options pour la 4ème : aucun ne choisit le latin!

    Et je fus dispensée de cet enseignement les années suivantes: un collègue de Lettres Classiques assura cette initiation!

    Quand même : à la rentrée suivante, je retrouvai une bonne partie de mes 5èmes en 4ème. Quand j’entrai pour la première fois dans leur classe, une élève s’exclama, d’un ton où l’horreur le disputait à l’incrédulité:

    "Madame! On ne fait pas de latin, cette année?!!!"

    (No comment)