Archive pour la catégorie ‘Grammaire’

Drôle d’oiseau !

Mercredi 15 mai 2013

Comme vous le savez peut-être déjà, les oiseaux ont table ouverte par chez nous. Ce qui me donne l’occasion de les photographier… et de vous en montrer quelques images.

Mais la semaine dernière, c’est un drôle d’oiseau qui est venu se mettre à table… Jugez plutôt :

- Un rat ! Un rat ! ont crié les voisins.

- C’est un RAT ! ont-ils confirmé, effrayés. Et dans ce mot RAT tremblaient des peurs ancestrales.

- Ils font des portées de 8 !
- On va être envahi !
- Ils sont porteurs de je ne sais plus quelle maladie !
(la peste ? Brrr ! Nous voilà revenus quelques siècles en arrière !)

Un des voisins, « agent chargé de la collecte des déchets » à Paris, nous informe que les « agents chargés de l’entretien du réseau d’égout » sont justement vaccinés contre cette maladie…

(Étant tout à fait incapable de reconnaître un mulot d’une souris, je me suis bien gardée d’avoir une opinion quelconque sur la bête. Mais j’avais tout de même reconnu qu’il ne s’agissait pas d’un oiseau, ni d’un chat.)

Pas vilaine, la bestiole. Attendrissante, même…

… surtout quand on sait que ce qu’elle dévore si goulûment… Ce sont des graines empoisonnées (et encore, je vous passe d’horribles détails sur la « cuisine » qu’on lui a confectionnée !)… A l’heure qu’il est, elle doit être morte depuis un bout de temps… J’espère que cela aura été rapide…

Avant les graines, on avait essayé la tapette (à rats, bien sûr, pas à souris !). Mais j’ai couru affolée chez un voisin après avoir vu un merle gourmand manquer de se faire décapiter par l’instrument…

Combien d’oiseaux auront goûté à ces graines ? Je préfère ne pas le savoir…

Attention ! Ne croyez pas que je milite pour la prolifération de ces bestioles dans notre voisinage (attirées par nos composteurs, paraît-il)… C’est juste que je ne suis pas très sûre de la nature de ladite bestiole… et que, par ailleurs, je me souviens d’un ancien élève qui, à son époque punk, se baladait avec un rat blanc sur l’épaule…

* * *

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un extrait des Misérables, que je donnais à mes élèves en guise d’introduction à la leçon sur le complément d’agent :

Cependant le petit ne dormait pas.
- Monsieur ! reprit-il.
- Hein ? fit Gavroche.
- Qu’est-ce que c’est donc que les rats ?
- C’est des souris.
Cette explication rassura un peu l’enfant. Il avait vu dans sa vie des souris blanches et il n’en avait pas eu peur. Pourtant il éleva encore la voix :
- Monsieur ?
- Hein ? reprit Gavroche.
- Pourquoi n’avez-vous pas un chat ?
- J’en ai eu un, répondit Gavroche, j’en ai apporté un, mais ils me l’ont mangé.
Cette seconde explication défit l’œuvre de la première, et le petit recommença à trembler. Le dialogue entre lui et Gavroche reprit pour la quatrième fois.
- Monsieur !
- Hein ?
- Qui ça qui a été mangé ?
- Le chat.
- Qui ça qui a mangé le chat ?
- Les rats.
- Les souris ?
- Oui, les rats.

Victor Hugo, Les Misérables

De la Grammaire…

Mercredi 29 juin 2011

Il y a quelque temps, ma sœur m’a apporté un article paru dans Télérama (27/4/2011) intitulé « Peut-on sauver la grammaire ? »

La journaliste dresse un tableau assez catastrophiste des « incompétences » des lycéens et étudiants (y compris futurs instituteurs…) quant à la maîtrise de l’orthographe, bien sûr, mais aussi de la syntaxe, des conjugaisons, de toute l’organisation de la phrase… et donc de la pensée. Car, bien évidemment, l’écrit (comme l’oral), ne fait que refléter, aussi précisément que possible, le raisonnement, l’enchaînement de la pensée.

Je ne me permettrai sûrement pas de contester quoi que ce soit dans ce tableau : d’abord, je n’ai pas connaissance de textes de lycéens ni d’étudiants ; ensuite, les raisons données par la journaliste pour expliquer cet état de fait me sont familières.

Tout d’abord, la réduction drastique, au fil des ans, du nombre d’heures d’enseignement du Français. J’en ai déjà parlé. La journaliste explique : « entre 1976 et aujourd’hui, les horaires dévolus au français entre le CM2 et la troisième ont diminué de 800 heures, soit l’équivalent d’une année et demie de cours de français ! ».

Là, tout de même, il y a un léger problème de chiffres… J’ignore quelle est la source de l’auteur, mais 800 heures… c’est tout de même beaucoup ! Si on estime à environ 37 semaines de classe par an, cela porterait le nombre d’heures de français par semaine à plus de 14 heures ! Horaire jamais vu en collège ! Ceci dit, mon calcul entre 1970 et aujourd’hui des heures de français en collège arrive, globalement, à l’équivalent d’une année de moins. Et un professeur des écoles pourrait sans doute y ajouter une année, en tenant compte des réductions dans le primaire.

Je sais, je sais : on ajoute des matières (l’informatique, par exemple), on en valorise d’autres (l’éducation physique et sportive, la technologie), et il faut bien prendre les heures quelque part, vu qu’on ne peut demander à des enfants de faire une semaine de 40 heures ! Mais cette réduction drastique des heures d’enseignement du Français rejaillit forcément sur les « compétences » (pour employer le mot à la mode !) grammaticales et syntaxiques du lycéen et de l’étudiant, où grammaire et syntaxe, considérées comme « acquises », ne sont plus enseignées !

Une autre explication donnée par la journaliste est le « décloisonnement » de l’enseignement du Français au collège en 1995 (si loin, déjà ?) et l »observation réfléchie de la langue » en primaire en 2002. Je laisse les professeurs des écoles s’exprimer sur cette dernière question, que j’ignore totalement. Pour le collège, je me suis déjà exprimée sur l’organisation de l’enseignement en « séquences », où l’on doit bâtir des progressions qui relient les différentes composantes entre elles. Par exemple, si on travaille sur le récit, on lira et on écrira des récits, évidemment, on étudiera l’expression du temps, la conjugaison du passé simple, l’orthographe des mots indicateurs de temps… Ce ne sont là que de petits exemples, juste pour donner une idée aux non-profs !

Cette réforme a séduit de nombreux enseignants : intellectuellement, elle est très satisfaisante, car elle relie entre elles des composantes habituellement coupées les unes des autres, chacune ayant sa propre progression. Pédagogiquement, à mon humble avis (que je partage… et ai appliqué toutes ces dernières années !), elle ne tient pas la route : d’abord, les impératifs de la séquence ne permettent pas de traiter tous les points du programme dans toutes les composantes. Ensuite, disparaît forcément la progression – que je juge fondamentale ! – de l’enseignement de la grammaire. Si l’on étudie l’expression du temps, c’est-à-dire, surtout, les compléments circonstanciels de temps, il faut, à mon avis, avoir déjà travaillé les compléments circonstanciels ; et, avant, les autres compléments (dits « essentiels »… mais c’est là encore une terminologie que je n’ai jamais utilisée !) ; et, avant encore, le groupe sujet-verbe… Tout cela ne fait pas partie de la séquence : peut-être, au détour d’une autre séquence, étudiera-t-on l’un ou l’autre de ces points… mais comment l’élève pourra-t-il structurer ces apprentissages éclatés ? La règle pédagogique qui veut qu’on aille du plus simple au plus complexe me paraît ici tout à fait valable… Et qu’on s’appuie sur le cours précédent pour entamer le suivant…

Je ne sais plus très bien où l’on en est de ces histoires de « séquences » : je sais que cela s’est modifié depuis que je suis partie, mais je crois qu’il en subsiste encore quelque chose…

Autre point qu’évoque la journaliste : l’introduction de « notions savantes mal stabilisées, déformées, très mal adaptées au niveau des élèves » (citation d’Éric Pellet, enseignant en grammaire et linguistique). Il est logique que l’enseignement de la grammaire évolue au fil des recherches linguistiques et autres. Mais parfois, on a introduit dans les programmes des notions trop abstraites, ou trop complexes, ou des dénominations aussi arbitraires que les précédentes, mais pas forcément plus éclairantes. La notion de « complément d’objet second », par exemple (dont je crois avoir déjà parlé). Elle recouvre essentiellement celle de « complément d’objet indirect ». Ainsi, dans « Je donne un gâteau à mon frère », « un gâteau » est « complément d’objet direct », « à mon frère », « complément d’objet second ». Mais dans « Je parle de mon devoir à mon père », « de mon devoir » est un « complément d’objet indirect » et « à mon père » un « complément d’objet second » : à quoi sert alors cette notion de « complément d’objet second » ? D’autant que je peux sans acrobatie syntaxique, inverser l’ordre des compléments : dans « Je parle à mon père de mon devoir », les fonctions sont inversées…

Ce n’est là qu’un tout petit exemple : l’article mentionne aussi les notions d’ »énonciation » ou de « progression thématique », intéressantes, certes, mais un peu trop complexes pour être abordées avant la 3ème !

Je n’ai pas travaillé sur les « nouveaux programmes » de 2008, qui reviennent à des notions traditionnelles… dont certaines sont totalement périmées, comme le « complément d’attribution », hérité du datif latin, et n’ayant pas vraiment de sens en grammaire française…

La journaliste aborde aussi, rapidement, la question de la formation continue des enseignants : si j’ai – plus ou moins – subi un certain nombre de réformes dans l’enseignement de la grammaire… je n’ai eu pour les appliquer que les manuels des élèves (et parfois le « livre du maître »)… Il serait peut-être (!) souhaitable qu’avant de faire appliquer une réforme « de fond » on y sensibilise les enseignants !

Notre ministre, paraît-il, traite d’ »amphigourique » le discours grammaticalement correct et « défend la syntaxe familière de Nicolas Sarkozy »… Mais la réflexion ne se bâtit pas sur des messages publicitaires ou des SMS ! Il lui faut une syntaxe plus solide, plus construite, pour s’élaborer, pour comprendre nettement les rapports entre les éléments, qu’ils soient philosophiques, mathématiques ou autres !

La journaliste conclut, « rassurante », que « pour une minorité capable de s’offrir les services d’officines privées florissantes, comme le Projet Voltaire, organisme qui propose la première certification payante en langue française », la grammaire continue de s’étudier… Rassurant, en effet…

Je lui laisse le mot de la fin :

« La guerre de la grammaire a commencé. Une guerre de classes… »

Mon ami Alphonse…

Lundi 11 avril 2011

Si un de mes anciens élèves (enfin, disons des 20 dernières années…) vous dit qu’il n’a jamais entendu parler d’Alphonse Allais, n’en croyez rien : il aura peut-être oublié, mais il y a peu de chances qu’il n’ait pas lu ou entendu quelque écrit de cet auteur à un moment ou à un autre…

Voici quelques extraits de cours, où « mon ami Alphonse » a fourni un texte de départ, d’exercice ou d’illustration…

Grammaire en 6ème :

LES DÉTERMINANTS

Si russe

Lorsque tu vois un chat, de sa patte légère
Laver son nez rosé, lisser son poil si fin,
Bien fraternellement embrasse ce félin.

Moralité

S’il se nettoie, c’est donc ton frère.

LE GROUPE NOMINAL

Le monsieur et le quincaillier

(…)
- Je désire acquérir un de ces appareils qu’on adapte aux portes et qui font qu’elles se ferment d’elles-mêmes.
- Je vois ce que vous voulez, Monsieur. C’est un appareil pour la fermeture automatique des portes.
- Parfaitement. Je désirerais un système pas trop cher.
- Oui, Monsieur, un appareil bon marché pour la fermeture automatique des portes.
- Et pas trop compliqué surtout.
- C’est-à-dire que vous désirez un appareil simple et peu coûteux pour la fermeture automatique des portes.
- Exactement. Et puis, pas un de ces appareils qui ferment les portes si brusquement…
- … Qu’on dirait un coup de canon ! Je vois ce qu’il vous faut : un appareil simple, peu coûteux, pas trop brutal, pour la fermeture automatique des portes.
- Tout juste. Mais pas non plus un de ces appareils qui ferment les portes si lentement…
- … Qu’on croirait mourir ! L’article que vous désirez, en somme, c’est un appareil simple, peu coûteux, ni trop lent, ni trop brutal, pour la fermeture automatique des portes.
- Vous m’avez compris tout fait. Ah ! et que mon appareil n’exige pas, comme certains systèmes que je connais, la force d’un taureau pour ouvrir la porte.
- Bien entendu. Résumons-nous. Ce que vous voulez, c’est un appareil simple, peu coûteux, ni trop lent, ni trop brutal, d’un maniement aisé, pour la fermeture automatique des portes.
(…)
- Eh bien ! montrez-moi un modèle.
- Je regrette, Monsieur, mais je ne vends aucun système pour la fermeture automatique des portes.

Alphonse Allais, Pas de bile !

(Si des profs de Français me lisent, ils trouveront sans doute que ce texte est « épatant » pour étudier la composition du groupe nominal…)

Grammaire en 4ème-3ème :

IMPARFAIT DU SUBJONCTIF

Complainte amoureuse

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes!
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez!
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m’assassinassiez!
Alphonse Allais, La Barbe et autres contes

(J’adore ce poème, que les élèves découvraient comme un texte d’une langue étrangère… Le nombre de S dans le dernier verbe les époustouflait ! Je ne sais plus pourquoi, il y a 2 ans, je l’ai donné à mes 5èmes… Une élève a trouvé qu’on pouvait « mieux faire » avec 7 S au lieu de 6 : « assassinasses »… Impressionnant, non, tous ces S ?)

L’EXPRESSION DE LA CAUSE

« Causez de la question du pôle Nord avec un esprit superficiel et vous entendrez des bourdes dans ce goût :
 » Il y a énormément de glaces dans les régions polaires parce qu’il y fait très froid.  »
Alors que c’est tout le contraire qui se passe.
Réformons donc ainsi le propos de l’esprit superficiel :
 » Il fait très froid dans les régions polaires parce qu’il s’y trouve énormément de glaces.  »
Il va de soi, en effet, que, si au lieu d’innombrables icebergs, il régnait dans ces latitudes un courant d’eau chaude, ou simplement d’eau tiède, tel celui du Gulf Stream, MM. les ours blancs du Septentrion jouiraient d’une température dont la bienveillance les autoriserait à échanger leur lourde pelisse contre un léger pet-en-l’air en coutil blanc. »

Alphonse Allais, Dégelons le pôle, in Allais…grement

Exercice de lecture (niveaux divers) :

REPÉRER LA PRÉSENCE DU NARRATEUR
1. Complète le texte suivant dont on a supprimé les marques du narrateur :
Dans l’humble crémerie où je prends chaque jour … modeste repas du matin, … venai… de commander poliment au garçon … deux coutumiers œufs à la coque lorsque, brusquement, un grand jeune homme blond d’aspect fort doux et même timide qui se trouvait à la table voisine de la … se leva, et, sans dire un mot, … décocha, dans la région du cœur, un coup de revolver.
Heureusement, soit que ce pistolet fût de fabrication inférieure, soit que les munitions dont il était chargé appartenaient au genre camelote, la balle, sans pénétrer dans … organisme, se heurta sur l’une de … côtes (que … a… fort dures) et ne … détermina qu’une violente contusion.

Alphonse Allais, Allais…grement

Un exemple de nouvelle (4ème-3ème) :

Les Templiers

En voilà un qui était un type, et un rude type, et d’attaque ! Vingt fois je l’ai vu, rien qu’en serrant son cheval entre ses cuisses, arrêter tout l’escadron, net.
Il était brigadier à ce moment-là. Un peu rosse dans le service, mais charmant, en ville.
Comment diable s’appelait-il ? Un sacré nom alsacien qui ne peut pas me revenir, comme Wurtz ou Schwartz… Oui, ça doit être ça, Schwartz. Du reste, le nom ne fait rien à la chose. Natif de Neuf-Brisach, pas de Neuf-Brisach même, mais les environs.
Quel type, ce Schwartz !
Un dimanche (nous étions en garnison à Oran, le matin, Schwartz me dit :  » Qu’est-ce que nous allons faire aujourd’hui?  » Moi, je lui réponds :  » Ce que tu voudras, mon vieux Schwartz.  »
Alors nous tombons d’accord sur une partie en mer.
Nous prenons un bateau, souquez dur, garçons! et nous voilà au large.
Il faisait beau temps, un peu de vent, mais beau temps tout de même.
Nous filons comme des dards, heureux de voir disparaître à l’horizon la côte d’Afrique.
Ça creuse, l’aviron! Nom d’un chien, quel déjeuner !
Je me rappelle notamment un certain jambonneau qui fut ratissé jusqu’à l’indécence.
Pendant ce temps-là, nous ne nous apercevions pas que la brise fraîchissait et que la mer se mettait à clapoter d’une façon inquiétante.
- Diable, dit Schwartz, il faudrait…
Au fait, non, ce n’est pas Schwartz qu’il s’appelait.
Il avait un nom plus long que ça, comme qui dirait Schwartzbach. Va pour Schwartzbach !
Alors Schwartzbach me dit :  » Mon petit, il faut songer à rallier.  »
Mais je t’en fiche, de rallier. Le vent soufflait en tempête.
La voile est enlevée par une bourrasque, un aviron fiche le camp, emporté par une lame. Nous voilà à la merci des flots.
Nous gagnions le large avec une vitesse déplorable et un cahotement terrible.
Prêts à tout événement, nous avions enlevé nos bottes et notre veste.
La nuit tombait, l’ouragan faisait rage.
Ah! une jolie idée que nous avions eue là, d’aller contempler ton azur, ô Méditerranée !
Et puis, l’obscurité arrive complètement. Il n’était pas loin de minuit.
Tout à coup, un craquement épouvantable. Nous venions de toucher terre.
Où étions-nous ?
Schwartzbach, ou plutôt Schwartzbacher, car je me rappelle maintenant, c’est Schwartzbacher ; Schwartzbacher, dis-je, qui connaissait sa géographie sur le bi du bout du doigt (les alsaciens sont très instruits), me dit :
- Nous sommes dans l’île de Rhodes, mon vieux.
Est-ce que l’administration, entre nous, ne devrait pas mettre des plaques indicatrices sur toutes les îles de la Méditerranée, car c’est le diable pour s’y reconnaître, quand on n’a pas l’habitude ?
Il faisait noir comme dans un four. Trempés comme des soupes, nous grimpâmes les rochers de la falaise.
Pas une lumière à l’horizon. C’était gai.
- Nous allons manquer l’appel de demain matin, dis-je, pour dire quelque chose.
- Et même celui du soir, répondit sombrement Schwartzbacher.
Et nous marchions dans les petits ajoncs maigres et dans les genêts piquants. Nous marchions sans savoir où, uniquement pour nous réchauffer.
- Ah! s’écria Schwartzbacher, j’aperçois une lueur, vois-tu, là-bas ?
Je suivis la direction du doigt de Schwartzbacher, et effectivement une lueur brillait, mais très loin, une drôle de lueur.
Ce n’était pas une simple lumière de maison, ce n’étaient pas des feux de village, non, c’était une drôle de lueur.
Et nous reprîmes notre marche, en l’accélérant.
Nous arrivâmes, enfin.
Sur ces rochers se dressait un château d’aspect imposant, un haut château de pierre, où l’on n’avait pas l’air de rigoler tout le temps.
Une des tours de ce château servait de chapelle, et la lueur que nous avions aperçue n’était autre que l’éclairage sacré tamisé par les hauts vitraux gothiques.
Des chants nous arrivaient, des chants graves et mâles, des chants qui vous mettaient des frissons dans le dos.
- Entrons, fit Schwartzbacher, résolu.
- Par où ?
- Ah! voilà… cherchons une issue.
Schwartzbacher disait : « Cherchons une issue », mais il voulait dire : « Cherchons une entrée. » D’ailleurs, comme c’est la même chose, je ne crus pas devoir lui faire observer son erreur relative, qui peut-être n’était qu’un lapsus causé par le froid.
Il y avait bien des entrées, mais elles étaient toutes closes, et pas de sonnettes. Alors c’est comme s’il n’y avait pas eu d’entrées.
À la fin, à force de tourner autour du château, nous découvrîmes un petit mur que nous pûmes escalader.
- Maintenant, fit Schwartzbacher, cherchons la cuisine.
Probablement qu’il n’y avait pas de cuisine dans l’immeuble, car aucune odeur de fricot ne vint chatouiller nos narines.
Nous nous promenions par des couloirs interminables et enchevêtrés.
Parfois, une chauve-souris voletait et frôlait nos visages de sa sale peluche.
Au détour d’un corridor, les chants que nous avions entendus vinrent frapper nos oreilles, arrivant de tout près.
Nous étions dans une grande pièce qui devait communiquer avec la chapelle.
- Je vois ce que c’est, fit Schwartzbacher (ou plutôt Schwartzbachermann, je m’en souviens maintenant), nous nous trouvons dans le château des Templiers.
Il n’avait pas terminé ces mots, qu’une immense porte de fer s’ouvrit toute grande.
Nous fûmes inondés de lumière.
Des hommes étaient là à genoux, quelques centaines, bardés de fer, casque en tête, et de haute stature.
Ils se relevèrent avec un long tumulte de ferraille, se retournèrent et nous virent.
Alors, du même geste, ils firent sabre-main ! et marchèrent sur nous, la latte haute.
J’aurais bien voulu être ailleurs.
Sans se déconcerter, Schwartzbachermann retroussa ses manches, se mit en posture de défense et s’écria d’une voix forte :
- Ah ! nom de Dieu! messieurs les Templiers, quand vous seriez cent mille… aussi vrai que je m’appelle Durand…!
Ah ! je me rappelle maintenant, c’est Durand qu’il s’appelait. Son père était tailleur à Aubervilliers. Durand, oui, c’est bien ça…
Sacré Durand, va ! Quel type !

Alphonse Allais, Le parapluie de l’escouade, 1893

(Non, vous n’en saurez pas plus ! Il n’y a pas de suite… J’aime cette liberté que prend Alphonse Allais à « balader » son lecteur…)

Jeux de mots (niveaux divers)

Chaque fois que les gens découvrent son mensonge,
Le châtiment lui vient, par la colère accru.
Je suis cuit, je suis cuit !gémit il comme en songe.

Moralité :

Le menteur n’est jamais cru.

Poésie (niveaux divers)

Vers olorimes

« Ainsi que dans le cochon où tout est bon depuis la queue jusqu’à la tête, dans mes vers, tout est rime, depuis la première syllabe jusqu’à la dernière. »

Conseils à un voyageur timoré qui s’apprêtait à traverser une forêt hantée par des êtres surnaturels*

Par les Bois du Djinn, où s’entasse de l’effroi,
Parle et bois du gin !… ou cent tasses de lait froid.

*(Le lait froid, absorbé en grande quantité, est bien connu pour donner du courage aux plus pusillanimes.)

Exhortation au pauvre Dante*

Ah ! Vois au pont du Loing ! De là, vogue en mer, Dante !
Hâve oiseau, pondu loin de la vogue ennuyeuse.

*(La rime n’est pas très riche, mais j’aime mieux cela que de sombrer dans la trivialité.)

(Je n’ai pas retrouvé de cours où figurait ce dernier « poème »… mais je suis sûre de l’avoir fait apprécier par des élèves… au moins en l’écrivant au tableau – et en lisant le contenu de la parenthèse, évidemment !)

* * *

J’ai cherché en vain un texte que je me souvenais avoir donné en 4ème ou 3ème sur la rime… Je pouvais toujours chercher : c’est un texte de Courteline, que je vous livre aussi :

Qu’est-ce qu’une rime ?

« La rime est la rencontre de trois lettres semblables en queue de deux mots différents.
- Parfaitement. Oyez plutôt :
Monsieur Georges Courteline
A l’âme républicaine

- J’ai dit trois lettres, croyant dire quatre. C’est la langue qui m’a fourché !
- A la bonne heure ! Voilà qui change tout… et je le prouve :
J’ai débuté dans Ruche
Vous étiez même assez mouche

- Voyez pourtant, quand cela ne veut pas ! Tout à l’heure, croyant dire quatre, je disais trois et, à présent, croyant dire cinq, je dis quatre…
- Évidemment : témoin, le distique que voici :
Mêlés au bruit des orchestres
Tintent les cristaux des lustres

- C’est tout à fait par exception que les désinences de cinq lettres ne parviennent pas à former rimes. En tout cas, supposez-les de six et je vous garantis que, pour le coup, l’exception cesse d’être possible.
- Ainsi qu’il appert clairement de ces deux vers improvisés :
L’humidité des isthmes
Ne vaut rien pour les asthmes

- Vous êtes un esprit contrariant ! Vous me concéderez pourtant, je l’espère, que des rimes faites des sept mêmes lettres sont ce qu’on peut appeler des rimes ayant du foin dans leurs bottes.
- Et je le démontre sur l’heure :
Les poules du couvent
Ont des œufs qu’elles couvent

- Oui ? Eh bien, il faut en finir. Voulez-vous parier mille francs que des rimes composées de huit lettres pareilles constituent ce qui se fait de mieux dans le genre ?
- Je parie que non : je gagne et je prouve :
Les intérêts publics résident
Dans les pouvoirs du président

Donnez-moi mes mille balles !
- Flûte ! Vous m’agacez ! Allez vous faire lanlaire, vous n’aurez pas un radis ! »

Georges Courteline, cité dans Tout sur tout (France-Loisirs, 1986)

C’est qu’Alphonse aussi s’est amusé avec les « fausses rimes » :

Dans les environs d’Aigues-
Mortes, sont des ciguës
Auxquelles tu te ligues.
Tout vrai poète tient
A friser le quotient
De ceux qui balbutient.

Alphonse Allais, in Le Captain Cap, ch. 27, 1902

Mais… si Courteline s’est arrêté à 8 lettres pareilles, mon ami Alphonse fait beaucoup mieux :

Distique d’un genre différent des précédents pour démontrer l’inanité de la consonne d’appui*

Les gens de la Maison Dubois, à Bone, scient,
Dans la froide saison, du bois à bon escient.

*(C’est vraiment triste, pour deux vers, d’avoir les vingt-deux dernières lettres pareilles, et de ne pas arriver à rimer.)

Alphonse Allais, Sept brefs poèmes, in Allais…grement

En prime, un poème sur le même thème, toujours d’Alphonse, trouvé sur Internet (pas le courage d’aller rechercher la source dans mes livres !) :

Rimes riches à l’œil

Étonnant le jury par sa science en dolmens (èn)
Le champion de footing du collège de Mens, (ens)
Gars aux vaillants mollets, durs tel l’acier de Siemens, (èns)
A passé l’autre jour de brillants examens. (in)
Que je sois foudroyé sur l’heure, si je mens ! (en)
In corpore sano, vive Dieu ! sana mens. (ins ancienne prononciation gallicane, voir examen)

P.S. J’entends murmurer quelques personnes dans l’assistance et prétendre que sur ces six vers, pas un ne rime. Ne vous ai-je point prévenu que ce petit poème était dû à M. Xavier Roux, le poète sourd-muet de Grenoble ? En matière de rimes, les sourds, comme l’indique leur nom, ne connaissent que d’ophtalmiques satisfactions.

* * *
Si je vous ai donné envie d’aller voir d’autres écrits de cet humoriste, j’en serai heureuse !

Groupes de remédiation

Vendredi 26 mars 2010

J’ai vainement cherché dans mes archives-ordinateur le « protocole » de cette expérience, histoire d’être un peu plus précise… Il figure sans doute dans mes archives-papiers… mais là, c’est un travail de spéléologie qui nous entraînerait un peu loin… Vous voudrez donc bien excuser les souvenirs parfois un peu vagues…

Je crois que nous avons mené deux fois cette expérience : une fois à trois, et une fois à quatre. Une collègue avait expérimenté ce dispositif dans un autre établissement, et nous avions adopté ce projet.

Les principes :
- Notre projet concerne la grammaire en 6ème ;
- Nous avons forcément constaté que certains enfants peinaient à reconnaître certaines notions, ce qui les handicapait sérieusement pour la suite de leurs apprentissages ;
- Le « soutien », tel qu’il était conçu alors, ne nous paraissait pas une bonne réponse au problème : difficile de mobiliser et motiver des enfants sur un apprentissage… alors que leurs copains, pendant ce temps, rentrent à la maison ! Ils se sentent souvent « punis », ce qui n’est pas la disposition d’esprit rêvée pour apprendre…
- Les « groupes de remédiation » seront donc constitués sur l’emploi du temps de Français, et non en plus.
- Ils rassembleront des élèves des 3 (ou 4) classes concernées, qui n’ont pas acquis une certaine notion (constat fait à la suite d’un contrôle). Un prof reverra avec eux ces notions, une heure par semaine, pendant 5 semaines environ ; cette séquence se terminera par un nouveau contrôle.
- En aucun cas, les élèves « en remédiation » ne seront des élèves en échec plus ou moins constant : par définition, le groupe sera à chaque fois constitué de « nouveaux » élèves… même s’il peut arriver qu’un enfant s’y retrouve plusieurs fois dans l’année…
- Le groupe sera restreint à 10-12 élèves, afin de faciliter au maximum le travail individualisé.
- Le prof « en remédiation » sera un des profs concernés, à tour de rôle.
- Les autres élèves seront répartis dans des « ateliers » divers de Français (pas forcément de Grammaire).

Les contraintes de mise en œuvre :
- une heure de cours alignée pour les profs/classes concernés ;
- un travail commun de programmation sur l’année, de choix des notions à reprendre, d’élaboration des contrôles ;
- une mise en commun des ressources de chacun (cours et exercices) ;
- une heure dégagée pour une 4ème (ou 5ème) personne pour encadrer un groupe « atelier » : le groupe de remédiation réunissant peu d’élèves, il est hors de question de « gonfler » les autres groupes.

Ces dispositions ont bien aidé les élèves en difficulté ponctuelle, qui ne se sentaient pas pour autant « exclus » ou « punis », vu la courte durée de vie du groupe. Le contrôle final, axé sur des notions plus limitées que le contrôle préalable, était globalement réussi. Les ateliers, où les élèves d’une classe se retrouvaient avec un autre prof que le leur, ont bien marché (contes, écriture, lecture, théâtre, poésie…) et se sont renouvelés dans l’année.

Bilan « globalement positif » donc… mais les contraintes d’emploi du temps et la nécessité de dégager une heure par semaine pour un autre prof (ou un surveillant : à l’époque, je crois qu’on n’avait pas encore les « assistants d’éducation »…) ont eu raison de ce projet…

Si on pouvait faire le compte du nombre de « réponses » trouvées par les uns et les autres, et abandonnées faute de moyens…

De l’élégance de la grammaire

Lundi 14 septembre 2009

Je suis en train de lire L’élégance du hérisson. Je sais, je suis un petit peu en retard mais mieux vaut tard que jamais…

Un passage m’a fortement intéressée hier.
Dans la pensée profonde numéro 10 de la jeune adolescente surdouée (c’est dans le chapitre consacré à la Grammaire et effectivement il est tout à fait question de la grammaire), je cite :

« Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d’en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux : parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, riche, subtil ! ». Moi, rien que de savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes… »

« une voie d’accès à la beauté »… Je ne suis pas très sûre d’avoir donné ce sentiment à mes élèves… En étais-je suffisamment consciente, et convaincue, d’ailleurs ? N’étais-je pas un avatar de Mme Maigre, répondant à l’inévitable question sur l’utilité de la grammaire : « Ça sert à bien parler et bien écrire. » ?

Peut-être que je vais mettre ce passage en introduction à mon site de Français… quand j’aurai le courage (le « temps mental », surtout !) de m’y remettre…

Où un simple contrôle de grammaire… en dit beaucoup !

Dimanche 26 juillet 2009

Laissant errer mon esprit vagabond à la recherche de quelque petite chose à vous raconter, me revient en mémoire un certain contrôle de grammaire, donné en 4ème il y a… quelques années !

Depuis très longtemps, mes contrôles de grammaire se décomposent en 2 parties, chacune notée sur 20 : la première, intitulée « Reconnaître », comporte plusieurs exercices visant à mettre en œuvre les méthodes d’analyse censées être acquises après plusieurs leçons ; la seconde, intitulée « Manipuler », fait travailler les transformations et les utilisations des notions apprises dans des phrases.

L’avantage de ces deux parties est qu’elles permettent de dissocier les « compétences » (pour utiliser un terme à la mode !) d’analyse des compétences d’écriture. Bien sûr, un élève qui n’a aucune idée de ce qu’est un complément d’objet aura du mal à écrire une phrase en comportant un… Mais, dans l’ensemble, la plupart des élèves réussissent plus ou moins bien l’une des deux parties. Cela me permet aussi de voir où se posent les problèmes pour l’un ou l’autre, en cas (fréquent) de grande différence de résultat entre les deux parties.

La deuxième partie, donc, comporte souvent des exercices où il faut créer une phrase, à partir d’éléments donnés. Le plus souvent, je retrouve des phrases ressemblant à celles vues en classe, ou des phrases « bateau », du type « Le petit chat est dans la cour. » Mais il arrive, rarement, que ces phrases soient très personnelles, et dévoilent quelque chose de l’élève…

Dans ce contrôle précis, un exercice demandait d’écrire une phrase comportant un attribut du complément d’objet à partir de verbes donnés : considérer, trouver… (je n’ai pas la liste en mémoire !).

Et voici la phrase (de mémoire !) que je découvre chez une de mes élèves :

« Mes parents adoptifs me considèrent comme leur vraie fille. »

Tout à fait atypique, comme phrase ! Et très étonnante !

A ma connaissance, Maelle (ce n’est pas son prénom) n’a pas du tout été adoptée ; j’ai eu sa sœur, Laurence, deux ou trois ans plus tôt, ai rencontré leurs parents plusieurs fois…

Il me semble aussitôt nécessaire de contacter les parents. En parler avec Maelle ne me semble pas une bonne réponse : que pourrais-je lui dire ? Que pourrait-elle me répondre ?

Je demande donc à la maman de venir, et lui fais lire cette phrase (correcte par ailleurs du point de vue de l’exercice !).

Et la maman soupire… Quand Maelle était petite, sa « grande sœur » Laurence lui racontait qu’elle avait été adoptée, qu’elle n’était pas la « vraie fille » de leurs parents… Les parents, surprenant ce discours, avaient rétabli la vérité… et croyaient fermement que toute cette histoire était oubliée… Mais il apparaissait que l’histoire inventée par Laurence avait influencé durablement Maelle… et continuait à faire des dégâts…

La maman me remercia de l’avoir alertée, et de nouvelles « mises au point » eurent lieu dans la famille…

Une petite phrase… qui en disait beaucoup, finalement !

Préparations…

Dimanche 21 juin 2009

Hier, avant de partir en chasse sur Internet, je voulais vous parler du travail de la journée.

Je ne travaille pas le samedi. Enfin : pas au collège ! Pour les non-initiés : la plus grande partie du travail de prof se fait en général à la maison…

En fait, je repensais à ce cousin qui m’avait dit il y a quelques années :

« Oui, enfin, tu n’as plus de cours à préparer, maintenant. La littérature, ça ne change pas ! »

Je ne lui ai pas répondu que, depuis ses années de collège (les années 40), et même depuis les miennes (les années 60)… la littérature avait pourtant un peu « changé » : quelques auteurs en plus, par-ci par là, quelques nouvelles façons d’analyser les textes… J’ai quand même dû lui dire qu’en collège, la « littérature » était moins au programme que la lecture, la grammaire, l’orthographe et la rédaction…

Je pensais à lui, donc, au terme d’une journée entièrement passée (ou presque) à préparer la semaine de révision des 3èmes, qui commence demain… Qu’en aurait-il dit ? Peut-être aurait-il pensé qu’un début d’Alzheimer m’obligeait à tout reprendre à zéro ? Ou que, vraiment, je ne savais pas comment occuper mon temps ?

Ce doit être la 4ème ou la 5ème année que nous faisons cette « semaine de révisions » pendant laquelle les 3èmes n’ont que Français, Maths et Histoire-Géo : 8 heures (en principe) de chaque dans la semaine… Ça se passe généralement bien (d’autant que les moins motivés ont tendance à prendre des vacances anticipées…), mais il faut « assurer » : 2 heures consécutives en général… tout en sachant que ces 2 heures ont été précédées ou seront suivies de 2 autres heures dans une autre matière… Donc prévoir des activités assez variées pour « faire un break » de temps à autre. Sinon, les marmites explosent !

Mes 3èmes sont 17 à avoir demandé de réviser les fonctions, 13 les natures des mots, groupes et propositions, 9 les modes et les temps, 5 les rapports logiques… (non, on n’additionne pas tout ! Ils ont demandé plusieurs thèmes chacun !)

En fait, très peu de demandes sur le programme de 3ème : ce qui leur manque… ce sont les années précédentes ! Et donc, imaginer comment « faire passer » ces notions (dont certaines sont vues depuis la 6ème, sans parler du primaire !) en une semaine… c’est un vrai casse-tête !

Vous me direz que j’aurais pu m’y prendre plus tôt. Certes. En fait, les heures passées sur les ordinateurs devaient servir à une « remise à niveau » en fonction des lacunes de chacun. Et je leur avais demandé de se faire des fiches de révision, pendant les vacances de printemps, sur natures et fonctions, justement…

Mais… c’était sans compter sur leur incapacité à se prendre en charge… Sur les ordinateurs, ils ont souvent préféré les jeux d’orthographe, et ont délaissé la grammaire… Quant aux « fiches de révision »… la plupart étaient des impressions tout droit sorties de sites Internet… que les élèves ne s’étaient évidemment pas donné la peine de lire ! Ils avaient « fait » leur travail : ils avaient une fiche de révision…

Je prévois donc pas mal de galères pour cette semaine… ce qui donne du piment à la chose, évidemment ! Quel intérêt de reprendre telles quelles les fiches de l’année dernière, ou d’une année précédente ?

Il y a un défi : je vais essayer de le relever !

Les jours se suivent…

Mercredi 27 mai 2009

… et ne se ressemblent pas… Heureusement ! D’abord, on s’ennuierait, et ensuite, si mes 5èmes se mettaient à ressembler à mes 3èmes… je crois que je me ferais porter pâle !

Donc, aujourd’hui, 2 heures de 5ème, avec correction du contrôle de grammaire (qu’ils n’ont pas trop raté, voire même réussi pour la 1ère partie), et Diablogues ensuite.

Toujours égaux à eux-mêmes, les « petits » ! Il a donc fallu que je rappelle plusieurs d’entre eux au silence (et à l’attention !), à différentes reprises, et même que je menace un peu ! Il faut dire aussi qu’ils étaient un peu euphoriques : ayant pris l’habitude d’applaudir aux « bonnes notes » (et ils ont apparemment décidé qu’à partir de 12, c’est une bonne note, même si j’estime que c’était insuffisant en-dessous de 13 pour ce contrôle), ils ont beaucoup applaudi…

Ce que j’aime chez eux, c’est leur intérêt spontané… A un moment, pour corriger une question, j’ai écrit « réussisse » au tableau, en leur faisant remarquer qu’il fallait bien 4 S (la plupart avaient zappé le 4ème). Comme un ou deux s’exclamaient devant tant de S, je ne pus résister au plaisir de leur citer la fin d’un poème d’Alphonse Allais… que voici en entier :

Complainte amoureuse
Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes!
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez!
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m’assassinassiez!

N’est-il pas joli, ce dernier mot, avec ses 6 S ? Et chacun (ou presque) de s’entraîner à le prononcer… Une élève m’a fait remarquer qu’en le conjuguant avec TU, il en comporterait 7 (je l’ai écrit également, pour qu’on admire ces 7 S !), un autre a estimé que la phrase n’avait pas de sens : si on est assassiné, on est mort, donc on ne peut pas parler ! Bref, on a bien passé 5 minutes autour de cette « curiosité »… bien que l’imparfait du subjonctif ne soit pas vraiment au programme de 5ème… Mais il faudra que je leur apporte le texte complet !

C’est un vrai plaisir de se trouver face à une classe qui réagit et se montre curieuse. Bien sûr, il faut de temps en temps calmer le jeu, car ils partent vite dans tous les sens, se répondent les uns aux autres, se dispersent… Mais c’est nettement plus agréable que de faire face à une classe peut-être plus attentive… et muette !

Après, lecture d’un Diablogue : « Au restaurant ». Ils sont évidemment bon public, et rient facilement : avec tous les jeux de mots de Dubillard, c’est gagné !

Il leur reste à apprendre le texte pour mercredi prochain… Je leur fais confiance !

Super-Prof ?

Mercredi 25 février 2009

Toujours les mains dans le cambouis… Bon, passons…

J’ai quand même réussi à interrompre mes prises de tête pour corriger les contrôles de grammaire des 5èmes.

Ben, c’est pas ça qui va me remonter le moral !

On pourrait croire qu’un prof en fin de carrière est passé maître dans la transmissions de savoirs, de méthodes et tutti quanti. Que ses élèves, donc, réussissent nettement mieux que les autres et décortiquent avec aisance analyses de phrases et de mots. Et que le professeur, nimbé d’une auréole de gloire d’un joli rose-coucher-de-soleil, s’apprête à prendre sa retraite avec le sentiment d’un repos bien mérité et une satisfaction orgueilleuse.

On pourrait croire.

Et puis toc ! Voilà le professeur qui tombe de sa gloire en découvrant les contrôles de ses élèves. Comment ont-ils pu me faire ça ?

Bon, n’exagérons rien, ce n’est pas une catastrophe planétaire. Il y en a même assez peu qui ont confondu natures et fonctions, ce qui est déjà un bon point. (Pour être franche, il faut bien avouer que quelques-uns se sont abstenus de répondre à certains exercices, mais bon…) De surcroît, une grande partie d’entre eux a su reconnaître les déterminants démonstratifs, interrogatifs…

Par contre, côté fonctions, c’est la Bérésina ! Confusions entre fonctions dans la phrase et dans le groupe nominal, « oubli » de préciser de quoi le mot est sujet…

Et confusions entre déterminants et pronoms… La consigne précise bien d’indiquer la nature précise des pronoms soulignés… mais cela n’empêche pas de nombreux élèves de répondre « déterminant démonstratif »…

Non, je ne mériterai pas la Médaille du Mérite (ça tombe bien, car personne ne pense à me la donner). Même si j’ai – forcément ! – progressé en 40 ans, je ne terminerai pas Super-Prof.

Je me ferai une raison…

Contrôle de grammaire

Mercredi 14 janvier 2009

Oups ! J’ai failli oublier ma « page d’écriture », qui sera courte, je le crains…

Contrôle de grammaire en 5ème ce matin sur les fonctions dans la phrase…

Bien sûr, les élèves n’apprennent pas suffisamment, bien sûr ils ne préparent pas « bien » leurs contrôles… bien sûr… c’est de leur faute s’ils ont de mauvaises notes ! La preuve : certains ont de bonnes notes, alors hein ?

Mais… tout de même, chaque année je fais le même constat : ce contrôle est globalement raté ! Et j’ai pourtant été un tout petit peu moins sévère que d’habitude…

Une chose pourtant de positive : très peu d’élèves ont confondu natures (classes grammaticales, pour les puristes !) et fonctions. Une consolation…

La plupart de ces fonctions, ils les étudient pourtant depuis le CM 1 : est-ce pour cela qu’ils négligent d’apprendre, pensant qu’ils savent déjà ?

Le pire… c’est que mes élèves, de quelque niveau qu’ils soient, ratent toujours ce contrôle sur les fonctions dans la phrase (en général, celui sur les fonctions dans le groupe nominal aussi, d’ailleurs…).

Serais-je un mauvais prof ?

Il ne me reste pas beaucoup de temps pour m’améliorer…