D’hier à aujourd’hui

Non, non, je n’ai pas déserté, et ne suis pas non plus en « grève de blog » ! Tout simplement, j’ai eu le plaisir d’accueillir quelques jours des cousins dans ma petite maison… et, bien sûr, le blog est passé « après » !

Je voudrais revenir – sans grand espoir de convaincre qui que ce soit… – sur cette question évoquée sur le Post : « Programmes scolaires, c’était mieux avant ? » J’ai lu – et parfois répondu (à) – les commentaires, célébrant l’école et les écoliers d’hier, et les livres de classe : les enfants « en » savaient plus… sans compter, évidemment, qu’ils étaient bien plus sages qu’aujourd’hui…

Par exemple, un lycéen d’aujourd’hui, nous dit-on, ignore totalement la fameuse « règle de 3″ qui a abreuvé nos années d’école. Normal : les termes de « règle de 3″ ne sont plus utilisés ; on parle, si je me souviens bien de « rapport en croix », ou quelque chose de ce genre : le calcul est à peu près le même, sauf qu’il est basé, plus logiquement, sur les 4 termes de l’énoncé, et non plus seulement sur 3. Je ne suis pas prof de maths, ne comptez pas sur moi pour une belle démonstration ! En tous cas, un lycéen sait encore faire ce type de calcul… si on ne le défie pas avec une terminologie qu’il ignore ! Si on demande à des gens de ma génération de souligner dans un texte les « déterminants »… ils en seront incapables, vu qu’ils ignorent le sens du mot ! Mais ils sauront très bien souligner les « adjectifs possessifs », « articles définis » et autres choses qu’ils ont apprises en classe.

Je n’ai pas « apprécié » toutes les réformes que j’ai connues en tant que prof… d’autant qu’il m’a fallu apprendre les nouvelles dénominations dans les manuels scolaires, vu qu’il n’y avait pas de formation spécifique. Cependant, pour la question des « déterminants », j’ai trouvé cette « réforme » logique et plus conforme à la langue : un « adjectif possessif » n’a rien d’un « adjectif » : ce n’est pas un « adjoint » du nom, c’est un mot qui se place avant le nom, indique son nombre et son genre ; il est beaucoup plus proche, de par son rôle, d’un « article défini » que d’un « adjectif qualificatif ». Les changements de dénomination dans l’enseignement ne tiennent pas forcément du désir saugrenu de tels ou tels « réformateurs » en puissance : ils s’appuient souvent sur de nouvelles découvertes, sur de nouvelles logiques de la matière enseignée.

« Ils ne savent plus les dates ! » J’avoue que je ne les ai jamais beaucoup sues… De même que je n’ai jamais appris les listes de départements, préfectures et sous-préfectures (programme du certificat à mon époque… mais je ne l’ai pas passé !) que mes parents me reprochaient d’ignorer… Mais les écoliers d’aujourd’hui sont beaucoup mieux que nous aptes à saisir les enchaînements de causes et effets d’un événement historique. Ils « comprennent » mieux ce qu’on ne nous faisait « qu’apprendre ».

C’est que l’école reflète, en partie au moins, l’évolution de la société. La psychologie, par exemple, n’avait pas droit de cité dans les années 50 (et encore moins avant !). On a redécouvert ce que disait déjà Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». Apprendre, c’est d’abord comprendre, « prendre avec soi ». L’enseignement a tenté de développer l’intelligence comme préalable au savoir. Au mécanisme du « par cœur » et des listes interminables, on a préféré s’adresser à la compréhension de l’élève…

Aussi parce que les besoins de la société n’étaient plus les mêmes : l’école de Jules Ferry avait pour objectifs de « former des citoyens » aptes à se débrouiller par eux-mêmes, à appliquer des règles d’hygiène élémentaires, à être capables de communiquer avec des gens d’une autre région en utilisant une langue commune. Une fois cela acquis, la société a eu d’autres besoins : l’évolution technique et scientifique réclamait une main-d’œuvre plus qualifiée, apte à comprendre le maniement de tel ou tel engin. Il ne suffisait plus alors de « savoir » un nombre limité de choses, mais de pouvoir apprendre de nouvelles choses, même adulte. D’avoir donc développé des capacités d’appréhension et de compréhension…

Et donc, à la vision quelque peu indifférenciée de sa classe qu’avait l’instituteur du début du 20ème siècle, s’est peu à peu substituée une vision beaucoup plus individualisée des élèves, tendant non plus à amener tout le monde au même point, mais à développer chez chacun les qualités qu’on pressentait chez lui. Cela correspond aussi à l’évolution des mentalités : le « peuple » du 19ème siècle n’existe plus ; il s’est différencié en nombreuses « catégories »… qui évoluent constamment ! On n’est plus dans un enseignement « de masses », mais dans un enseignement qui vise à permettre à chacun de mener une vie autonome… et d’être capable de se « reconvertir ».

L’accès de plus en plus aisé aux différentes sources d’information a évidemment interféré avec l’éducation des enfants. De plus en plus, ils « savent » des choses que ne leur ont apprises ni leurs parents, ni leurs enseignants. Ils sont en « prise ouverte » sur le monde, chose qui nous était bien impossible à « mon époque ». Il appartient alors à l’éducation (parentale ou scolaire) de les aider à comprendre et hiérarchiser ces informations acquises.

Vous qui avez plus ou moins mon âge, vous souvenez-vous des « journaux pour la jeunesse » des années 50 ? Il était très exceptionnel d’y trouver une allusion quelconque à l’actualité de la France, et encore moins du monde. Il existe aujourd’hui des journaux (des vrais : qui paraissent tous les jours !) et des magazines dédiés aux enfants de tous les âges, qui ont pour but de les éclairer sur tels ou tels événements, telles recherches, telles découvertes…

Les enfants d’aujourd’hui savent-ils moins de choses que les enfants d’hier ? Je dirais au contraire qu’ils en savent beaucoup plus ! Mais pas forcément les mêmes choses. Et c’est là ce qui nous déroute. Nous voudrions qu’ils sachent les mêmes choses que nous : d’abord, cela nous permettrait de « briller » à leurs yeux en leur montrant que nous en savons « encore plus » ; et surtout, cela donnerait plus de valeur à l’enseignement que nous avons reçu (et donc : cela nous donnerait plus de valeur !) puisqu’il aurait perduré jusqu’à aujourd’hui…

Une petite anecdote pour finir ce chapitre (j’y reviendrai, sur un thème un peu différent) : cet été, Matteo (5 ans) m’a demandé de lui lire un livre ; il a choisi dans sa « bibliothèque » un livre sur les dinosaures… Eh bien ! Je peux vous assurer qu’à 5 ans, il en sait beaucoup plus sur le sujet que moi à 61 ans !

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Un commentaire sur “D’hier à aujourd’hui”

  1. Brice dit :

    J’ai parfois l’impression qu’il y a une boulimie des connaissances.

    Les professeurs ont pour instruction de faire ingurgiter une dizaine de chapitres à leurs élèves en une année scolaire. Pourvu que tout soit avalé, c’est l’essentiel. Après, il ne faut pas non plus s’étonner que l’élève se met à régurgiter (vomir, même) tout ce qu’on a voulu lui faire passer de force dans la tête, sans avoir bien compris les notions et surtout l’intérêt.

    « On a pas le temps de tout finir ? Bah alors on va se presser les fesses et speeder dans le cours !! OK !? »

    Exemple : voilà une liste de chiffres : 25492378912335

    Supposons que ces chiffres soient un chapitre à apprendre. Vous allez donc apprendre cette liste de chiffre à la c*n par coeur, parce que « c’est important pour votre culture ». Puis quand le chapitre sera fini et qu’on passera à un autre, hop, vous allez tout oublier pour passer aux suivants. Par contre, les savoirs utiles à la vie, eux, ont évite de les aborder. Rien ne vaut un bon logarithme népérien, pas vrai ?

    « Miam, miam, à table ! », dit le boulimique.

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