Des nouvelles des nouveaux…

Article du Nouvel Obs :

« 8300 profs sans formation

Le mal des débutants

Par mesure d’économie, les nouveaux enseignants sont catapultés dans les classes sans y avoir été préparés. Payés 1500 euros par mois pour 15 à 18 heures de cours par semaine, ils rament »

Petite précision sur ce chapeau : ce n’est pas 15 à 18 heures, mais 15 (pour les agrégés) OU 18 heures (pour les certifiés).

Ceci dit, l’article décrit la panique qu’on pouvait supposer…

« Un élève s’est approché de moi avec un cahier, je me demandais ce qu’il voulait. C’était le cahier de textes de la classe que je suis censée remplir à la fin de chaque cours », raconte Antonia, 29 ans. Cette nouvelle enseignante d’anglais a décroché son capes en juillet. Elle a été nommée à la rentrée dans un collège en ZEP de l’académie de Créteil. Pendant les quelques heures de formation express juste avant la rentrée, on lui a répété : « Faites un plan de classe. » Scrupuleuse, elle a essayé d’en imposer un en rangeant par ordre alphabétique ses élèves de troisième. La séance a viré à l’émeute. »

Curieux, cette incitation au « plan de classe » : se présenter face à un public inconnu, aux réactions inconnues, et commencer à vouloir modifier la « géographie » de la classe… Comment peut-on donner de tels conseils ? Au moins aurait-il fallu envisager avec ces « nouveaux profs » les conséquences possibles d’un tel « bouleversement » ! Je sais bien que des collègues pratiquent ce « système », dont je ne vois toujours pas l’utilité, sauf comme remède éventuel (et provisoire ?) à une situation difficile. Mais… ces collègues ont déjà la fameuse « autorité » acquise au fil des ans !

Conclusion :

« Mais l’autre jour, après une nouvelle journée calamiteuse, elle a voulu démissionner. « Je ne me voyais pas retourner au collège. On m’aurait donné six heures, c’était jouable. Mais dix-huit, c’est mission impossible. » Le 15 septembre, Antonia a demandé un congé maladie. »

Voilà une rentrée réussie ! Et comme, dans ce genre de situation, la terreur augmente en approchant du terme du congé… il y a des chances pour qu’Antonia demande de nouveaux congés… en attendant, peut-être, de démissionner.

Il doit y en avoir d’autres, des Antonia, dans nos collèges et lycées ! De jeunes diplômés, désireux de bien faire, aimant leur futur métier… et découvrant qu’ils n’ont pas prise sur leurs élèves… Et je ne suis pas sûre que les videos de l’Institut national de la recherche pédagogique puissent les aider beaucoup…

Quel gâchis ! A peine ont-ils commencé un métier dont ils rêvaient, que ces jeunes se voient déstabilisés, inquiets pour leur avenir, cherchant déjà une autre idée de métier… Et aucune aide psychologique à attendre, évidemment !

Et, bien sûr, des classes sans profs, qui peuvent plus ou moins se glorifier d’avoir fait craquer celui qu’on leur avait parachuté… Toutes prêtes à « mettre le paquet » sur le prochain…

A côté de ces situations extrêmes (mais sans doute trop nombreuses !), les surprises de Jacques paraissent anodines :

« En attendant, les stagiaires font cours en aveugle. « Je n’ai aucune idée de la façon dont un enfant de 11 ans apprend », poursuit Jacques l’historien, tout surpris d’être interrompu par des élèves de sixième qui lui demandent : « Est-ce qu’il faut écrire le titre en rouge ou en vert ? » « 

Tout enseignant en collège s’est trouvé, un jour ou l’autre, interrompu par une question de ce genre… Un des « musts » étant : « Je suis en bas de la page, qu’est-ce que je fais ? ». Forte envie, évidemment, de lui conseiller d’écrire sur la table… mais attention : j’ai déjà parlé de l’imperméabilité à l’ironie de nombreux élèves de cet âge !

Par contre, l’ignorance dont Jacques témoigne quant aux modes d’apprentissage est beaucoup plus dommageable…

Entendons-nous : je ne défendrai pas la façon dont certains IUFM abordaient les questions pédagogiques. J’ai trop entendu d’aberrations à ce sujet. Sans doute en grande partie, d’ailleurs, parce qu’on avait omis de former les professeurs ! Lesquels n’avaient donc que leur propre expérience et la ligne du parti… pardon, du ministère ou du rectorat ! Un peu court pour former de futurs profs… Et, évidemment, il coûte beaucoup moins cher de supprimer ces formations que de tenter de les améliorer…

Nouveaux profs, je suis de tout cœur avec vous… même si cela ne change pas grand chose ! Et j’espère très fort que, dans vos collèges ou lycées, vous rencontrerez des collègues qui pourront vous aider dans ces démarrages difficiles…

Tags: , , , ,

7 Responses to “Des nouvelles des nouveaux…”

  1. Schwa Digamma dit :

    Bonjour!
    C’est un plaisir de vous lire, comme toujours, vos réflexions nous permettent de vous connaître mieux.
    Le sujet d’aujourd’hui me donne envie d’y aller de mon infime grain de sel.
    Quand les innocents nouveaux profs racontent leurs premières et terribles expériences, on a toujours l’impression qu’ils n’ont jamais, de toute leur existence, mis les pieds dans une classe. Ils sont nés au monde de L’Éducation le jour de leur nomination? Ils n’ont jamais été élèves? Ils n’ont jamais observé leurs propres profs, pour faire ou ne pas faire comme eux? Leur mémoire personnelle s’est effacée?
    J’avoue que j’ai un peu de mal à admettre qu' »Antonia » puisse se montrer aussi amnésique.
    Même chose pour « « Je n’ai aucune idée de la façon dont un enfant de 11 ans apprend », poursuit Jacques l’historien».
    Eh bien, mais, comme Jacques apprenait à son âge!
    Je ne jette pas la pierre, je demande un soupçon e bon sens…

  2. Schwa Digamma dit :

    …un soupçon de bon sens, pardon.

  3. Ex-prof dit :

    Je me suis depuis longtemps aperçue qu’en effet, les adultes avaient comme une légère amnésie quant à leurs années d’école… Les parents d’élèves qui s’indignaient du dernier mauvais résultat de leur enfant étaient tout étonnés quand je leur disais : « Ça arrive, un incident de parcours… J’ai connu ça, étant élève… Pas vous ? ». La plupart du temps, un bref retour en arrière leur permettait d’acquiescer, un peu confus… Mais en général, il semble que le « parent-d-élève » n’ait jamais été enfant… et encore moins ado !

    Pour nos jeunes nouveaux, c’est un peu différent : ce n’est pas leur rôle de parent qui a enfoui très loin leurs souvenirs de collégien et de lycéen, mais tout bonnement leurs études et leurs projets d’avenir. Les études de Fac, et particulièrement la préparation d’un concours, ne laissent aucun loisir pour se retourner sur son passé ; les projets d’avenir non plus. C’est plus tard, à mon avis, qu’on peut faire des comparaisons avec ce qu’on a vécu soi-même, et en tirer des « leçons ». Quand on est suffisamment à l’aise dans sa nouvelle fonction pour « se mettre en danger » (d’une certaine façon, je crois que c’est le cas) en essayant de se retrouver à la place de l’élève. Un jeune débutant ne peut se permettre de se mettre à la place de l’apprenant : il doit avant tout trouver sa place de prof.

    Êtes-vous si sûr de savoir comment vous appreniez à 6, 12, 15 ou 18 ans ? Votre manière d’apprendre a évolué au fil des ans et des rencontres ; difficile d’avoir des souvenirs aussi précis… pour des choses qui, à l’époque, vous marquaient nettement moins qu’un match de foot, un feuilleton télévisé ou la lecture d’un roman !

  4. claire dit :

    A propos du plan de classe : dans mon collège ZEP-RAR, tous les profs en font un, le premier jour ou dans la première semaine. C’est le bordel le jour où on le met en place, car ils ne sont jamais satisfaits, mais les gamins savent que c’est une marque de maitrise de la situation, ils cherchent des limites et c’est un moyen de leur en donner un. C’est le cas il me semble dans beaucoup de bahuts difficiles de l’acad de Creteil. Un nouveau collègue qui arriverait et n’en ferait pas serait perçu comme celui chez qui ont peut tout faire par les gamins.
    Par contre, rien ne sert d’en faire un tout de suite dans un bahut où ça ne se fait pas.

  5. Ex-prof dit :

    Oui, je crois avoir omis de le signaler dans mon billet : tout dépend bien sûr de ce qui se fait dans le collège où on est (ce que ne précisaient pas, apparemment, les « formateurs » d’Antonia…). Un « débutant » a tout intérêt, les premiers temps, à se conformer à ce qui se fait dans l’établissement.

    Si je n’ai jamais adhéré à ce « système », je suis bien obligée d’avouer qu’au fil des ans j’ai dû mettre en œuvre d’autres systèmes tout aussi coercitifs : attendre le calme dans le rang avant de faire entrer la classe, attendre le calme dans la salle, tous debout… Petite nostalgie du temps où les élèves entraient dès que j’ouvrais la porte, s’installaient, sortaient leurs affaires… et arrêtaient assez vite leurs bavardages sans que j’aie à intervenir d’une manière ou d’une autre…

  6. Brice dit :

    C’est du grand n’importe quoi.

    Je ne comprends pas ce qui passe par la tête au ministre de l’éducation nationale pour se rabaisser à des telles procédés. Parce que déjà que les profs jusqu’ici n’étaient que très mal formés (IUFM, gloup), maintenant ils n’ont plus rien du tout (enfin, certains).

    Gérer une classe, lui dispenser un savoir, ça ne s’invente pas. Et contrairement à ce que disent les mauvaises langues, « apprendre sur le tas » n’est pas la meilleure solution – loin sans faux. Ce n’est pas parce qu’on a un savoir que comme par magie on est apte à faire cours à 30 adolescents.

    C’est presque un crime d’oser faire ça à des jeunes et futurs profs motivés et pleins de bonne volonté.

    En tout cas, ex-prof, ton blog est intéressant et bien écrit !

    – Brice.

    PS: Pour les profs intéressés, qu’ils sachent que j’ai développé une méthode pour les aider à maîtriser leur classe. Et ils peuvent la consulter gratuitement !

  7. Ex-prof dit :

    Merci de ton commentaire… et de ton appréciation sur mon blog !

    Cela fait des tas d’années que nous, enseignants, avons l’impression que chaque réforme, ou presque, œuvre dans le sens d’une privatisation de l’enseignement, d’une suppression de ce Service Public. Là, je crois qu’on a fait un grand pas dans ce sens : il n’y a qu’à voir fleurir les « formations » offertes (enfin… vendues !) sur Internet pour ces « nouveaux enseignants » !

Leave a Reply