Travaux de groupes

J’ai déjà raconté comment, confrontée pour la première fois en Fac aux nécessités et difficultés du travail en groupe, j’avais décidé que cet apprentissage devait se faire au plus tôt et qu’il m’appartenait, à moi, future prof, d’y sensibiliser mes futurs élèves.

« De mon temps », il n’était nullement question de travailler en groupes, d’une manière ou d’une autre. La relation d’apprentissage était claire : maître -> élève, et toute collaboration avec un ou plusieurs autres élèves était bannie, voire honnie sous les termes de « tricherie » ou « copie ». Nous n’étions pas en classe pour établir des relations avec nos pairs, mais pour assimiler et régurgiter les enseignements du maître.

(Encore une fois, ce n’est pas là critique négative de ma part : les objectifs de l’enseignement varient selon les époques et selon la vision qu’en ont les politiques, en fonction d’une situation particulière.)

J’ai donc, dès ma première année d’enseignement (j’avais 20 ans), commencé à faire pratiquer dans mes classes le travail de groupes. Et j’ai appris, au fil des ans, à aider mes élèves dans ce difficile apprentissage.

Pourquoi le travail de groupes ?

D’abord, parce que nous vivons dans une société où il est indispensable de travailler avec d’autres : dans nos métiers, mais aussi dans les associations, syndicats, groupes politiques ou religieux… Nous ne sommes plus dans un monde où seuls quelques « esprits éclairés » avaient pouvoir de décision ; nous avons – globalement – un certain niveau de connaissances et de réflexion qui nous permettent de prendre connaissance d’une question, d’y réfléchir, et de discuter de la réponse à y apporter. Et ce n’est pas forcément la personne la plus instruite qui trouvera la meilleure solution. Il est donc indispensable de savoir écouter et comprendre la parole des autres, de réfléchir à ses implications, de la comparer à notre propre pensée, de trouver points communs et divergences. Le but n’étant plus d’imposer une idée, mais de trouver, ensemble, la meilleure possible.

Cette mise en relation étant très difficile (il faut parvenir à faire abstraction de soi le temps de réfléchir à la parole de l’autre… et relativiser sa propre pensée), un apprentissage est donc nécessaire… et le plus tôt est le mieux, compte tenu du fait que notre caractère s’affirme au fil des ans, nous rendant de moins en moins malléables… et de plus en plus imperméables à la pensée des autres…

Ensuite, il faut savoir que l’enseignant n’est pas tout-puissant : j’entends par là que, quels que soient sa formation, sa motivation, ses qualités de pédagogue, il peut échouer à faire comprendre telle notion (consigne,…) à un élève. Mais qu’un autre élève, mieux au coeur du problème de la compréhension, parviendra à expliquer clairement à son camarade la notion ou la question.

La mise en relations imposée par le travail de groupes bénéficie généralement à l’ambiance de la classe. Le rapport (de force !) maître-élève s’efface devant un autre type de rapports, plus égalitaire… et l’élève a (enfin !) droit à la parole.

Suivant la nature du travail demandé, travailler en groupes permet de travailler plus vite, ou de réaliser un travail quasiment impossible à un élève seul.

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Voilà quelques pistes de réflexion que j’ai suivies au cours de ces quarante années d’ »exercice ». J’y reviendrai un autre jour…

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4 commentaires sur “Travaux de groupes”

  1. Valérie dit :

    Bonjour, Je fais aussi travailler l’histoire et surtout la géo en groupe. Un premier travail généralement de débrousaillage sur le continent que l’on va étudier, une fiche d’identité. Je melange garçon et fille (important au collège car sinon chacun reste dans son coin) et faible et fort. Les élèves doivent utiliser le manuel pour trouver les informations que je demande comme la densité, nombre d’habitant, climat etc. J’aime ces moments de partage. En histoire je fais cela sur des textes compliqués, difficiles, chaque groupe ayant un texte différent et ensuite on le présente à la classe. Bien sur je les guide par des questions. Bref j’aime le collège pour cela car c’est un travail impossible au lycée, pas le temps. Je me suis pourtant aperçu que peu de prof aime faire travailler les élèves en groupe, il faut pour cela accepter de s’effacer, de n’être qu’un guide. C’est dommage car je trouve qu’après ce genre de séance on en sort renforcer et le rapport élève-prof aussi. MErci pour votre blog, je l’aime beaucoup et il me rapproche petit à petit de la reprise. Bonne soirée

  2. Ex-prof dit :

    Merci de votre commentaire. Effectivement, le travail de groupes n’est pas pratiqué par tous… Je me souviens qu’il y a une bonne vingtaine d’années, lors d’une réunion avec l’inspectrice, certains collègues attendaient que je mentionne mes travaux de groupes comme « pratique novatrice » dans le collège (ce qui prouve, au passage, qu’eux-mêmes n’en pratiquaient pas…). J’étais restée silencieuse, non pas par timidité ou esprit de contradiction, mais tout simplement parce que déjà, à l’époque, cette forme de travail ne me semblait absolument pas nouvelle… d’autant que je la pratiquais déjà depuis longtemps… et que je ne l’avais pas inventée !

    Mais c’est vrai qu’il y a changement de statut : « faire cours », s’adresser à la classe entière, c’est entrer dans un moule connu ; lancer un travail de groupes, c’est établir un autre type de rapports, plus individuel, et… on perd le rôle principal, évidemment !

    Je reviendrai sur ce sujet, car c’est une pratique que j’ai toujours utilisée, dans toutes mes classes, et que j’ai trouvée très enrichissante pour tous, élèves et prof compris !

  3. Axel dit :

    Je suis bien convaincue de l’utilité et de la richesse du travail en groupe. Mais je le pratique de moins en moins : le niveau sonore en est le premier inconvénient, le manque de temps ensuite (4 heures seulement cette année en 5° et en 4°…), et les élèves qui ne se supportent pas enfin.
    Voilà déjà plusieurs années que j’ai l’impression (?) que les élèves – et pas seulement eux… – ne savent plus parler sans crier, et c’est pire lorsqu’ils se retrouvent en groupe : le temps de faire comprendre à l’un qu’ils s’entendent parfaitement en parlant plus bas, tous les autres ont monté le volume !
    Pour le dernier point, c’est peut-être particulier à notre recrutement RSS mais les élèves se disputent à tous propos et même les amis d’hier peuvent s’insulter durement et en venir aux mains pour un oui ou un non.
    Alors finalement les inconvénients l’emportent et les travaux de groupe se réduisent comme peau de chagrin en cours d’année.

  4. Ex-prof dit :

    Un des premiers apprentissages est effectivement de parler bas… Et j’avoue que c’est pénible les premières fois ! Dès que le ton montait (très vite !), je lançais des « Doucement ! »… de plus en plus fort, évidemment… Quand cela devenait ingérable, je menaçais de revenir en travail individuel… menace que j’appliquais au 3ème ou 4ème avertissement… Et j’autorisais à nouveau le travail en groupes – après rappel des consignes et menaces ! – au bout de 5-10 minutes environ… En général, le pli était pris à la 2ème ou 3ème séance… mais les « Doucement ! » sévissaient de temps à autre au cours d’une séance…

    Évidemment, le dernier collège où j’ai enseigné n’était pas un collège difficile… et ceux que j’ai connus plus difficiles… c’était il y a longtemps ! Mais, même dans les classes CPPN ou Techno, j’ai pu faire travailler les élèves en groupes… J’ai sans doute eu beaucoup de chance…

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