Classes de niveaux ?

Je parlais hier d’une « bonne classe ». Je n’ai découvert ce concept que dans mon 3ème collège : dans les 2 premiers, où le même établissement accueillait le primaire, il n’y avait qu’une classe de chaque niveau. A l’exception cependant d’une « classe de transition » dans mon premier collège, comportant 2 « divisions » : 6ème et 5ème. Dans ma 6ème, il y avait quelques élèves venant de « 6ème de transition » : j’avoue ne pas avoir fait de différence entre elles et les autres… Est-ce que toutes les élèves de transition rejoignaient ensuite le cycle « normal » ? Si je l’ai su à l’époque, je ne m’en souviens plus…

Dans mon 3ème collège (toujours privé, mais mixte, et comportant plusieurs classes de chaque niveau), j’ai eu des 5èmes « de type 3 » : je crois qu’il s’agissait là d’une nouvelle mouture des « transitions »… mais sans transition ! Les élèves y étaient plus faibles que dans une autre 5ème, plus agités aussi.

Le collège du Pas-de-Calais qui m’accueillit avait aussi ses classes de germanistes et de latinistes, généralement meilleures que les autres. Mais il me semble qu’il y avait déjà des « mélanges » entre germanistes et anglicistes, par exemple, ou latinistes et non latinistes. Une année, on a tenté une 5ème regroupant 18 élèves en difficulté, dont je fus professeur principal. Les autres professeurs étaient tous volontaires – sauf malheureusement en anglais, où le professeur désigné, furieux, mit son point d’honneur à enseigner et à noter comme dans les autres classes… Dans les autres matières, nous tentions de nos adapter, de varier méthodes et exercices, et parlions beaucoup entre nous, afin de coordonner nos efforts. Le seul avantage, à mon avis, fut de nous mettre à même de connaître les problèmes familiaux, sociaux, psychologiques de nos élèves, et de leur permettre de passer l’année le moins mal possible. Quant à rattraper un niveau théorique de 5ème… je crois honnête de dire que nous n’y réussîmes pas, malgré toute notre bonne volonté…

Enfin, dans l’académie de Versailles, je connus la phase classes de niveaux, puis de classes « hétérogènes ». J’eus peu de « bonnes classes » : la principale de l’époque n’étant pas d’accord avec ma façon d’enseigner me punit en me donnant des « petites classes » et des « mauvaises classes ». Les « bons professeurs » avaient de « bonnes classes » ; et, preuve qu’ils étaient bons, ils avaient de meilleurs résultats au Brevet que les « mauvais professeurs » dont je faisais partie (sauf que moi, je n’avais pas de problème avec le Brevet, vu que dès la 2ème année je n’avais plus de 3èmes, et fus ensuite cantonnée aux 6èmes et 5èmes…).

Ensuite, donc, classes « hétérogènes », avec des variantes cependant dont je parlerai sans doute.

Alors : classes de niveaux ou classes hétérogènes ? Qu’est-ce qui est le mieux ?

Je dirai que, pour les « bons élèves », la question ne se pose pas vraiment. C’est vrai que la compétition sera plus forte dans une « bonne classe » que dans une classe hétérogène, qu’ils risquent moins d’être perturbés par des élèves agités. Mais, dans la plupart des cas, le bon élève continuera sur sa lancée, et réussira, quelle que soit la classe.

Le problème est autrement plus grave pour les « moyens » et les « faibles ». Les moyens : il n’y a pas de « tête de classe » devant eux ; ils n’ont pas d’exemples de réussite sous les yeux, ils n’ont généralement pas le sens de la compétition. Ils ronronnent, ils s’endorment, et réussissent moins bien que dans une classe où les « bons » les stimulent.

Quant aux « faibles »… On aura déjà de la chance s’ils ne concourent pas (car ils ont, eux, le sens de la compétition…) à celui qui aura le plus de zéros, le plus de fautes, la plus mauvaise note. Si on parvient à éviter ce premier écueil, le second surgit : qu’a-t-on à leur offrir ? Quelles autres perspectives leur ouvre-t-on ? De quels autres moyens dispose-t-on (temps, enseignants spécialisés, matériel, que sais-je ?) qui leur permettent d’envisager un avenir ? Si la réponse est « rien »… alors, inutile de les regrouper, sous peine d’exacerber leurs problèmes… et d’assurer une année épouvantable aux enseignants en ayant la charge !

Que feront-ils de mieux dans une classe hétérogène ? Eh bien… on pourra les amener, de temps en temps (ne rêvons pas : pas à chaque cours ! et rarement sur une heure entière !) à fournir un travail, « comme les autres », et même, parfois, à y réussir. Ils auront autour d’eux des élèves « normaux », bons ou moins bons, intégrés dans l’espace scolaire, et seront amenés à adopter des attitudes moins destructrices et provocatrices que s’ils se retrouvent tous ensemble…

Je pense à mon « zozo » de 3ème, à qui j’ai fait rendre son contrôle de grammaire aujourd’hui par la principale : sa fierté quand il s’est rendu compte qu’il avait une meilleure note que la traditionnelle « meilleure élève » de la classe ! Dommage pour « la meilleure », qui avait oublié de préparer son contrôle, mais elle s’en remettra assez vite. Quant au « zozo »… admettez qu’il est nettement plus valorisant de « battre » une « bonne élève » plutôt qu’un « mauvais » ! Si son image de lui a gagné un point, quelle chance ! pour tout le monde !

2 Responses to “Classes de niveaux ?”

  1. Axel dit :

    Décidemment, j’aime beaucoup ce blog !
    ça fait du bien de lire une collègue qui dit clairement les choses (l’effet futur-ex peut-être ?)
    J’ai connu les types I, II et III lorsque j’étais élève, les classes de niveaux et les classes soi-disant hétérogènes depuis que j’enseigne. Et même ces principaux (ou adjoints…) qui « jouent » avec l’attribution des classes pour distinguer leurs favoris…
    Avant de passer le Capes, je travaillais dans une entreprise. Un collègue plus âgé a essayé de me mettre en garde, mais sans l’avoir vécu jamais, au grand jamais je n’aurais pu le croire… Hélas oui, il y a des gens mesquins et des injustices partout.

  2. Future ex-prof dit :

    Merci de ton appréciation ! J’apprécie beaucoup ta fidélité à mon blog !

    C’est vrai que l’effet future-ex joue sûrement un rôle… mais je n’ai jamais été « suiviste », et encore moins « carriériste » ! Ce métier, je l’ai choisi, je l’aime, et je l’ai toujours aimé, même quand « on » (restons vagues…) me mettait des bâtons dans les roues. L’essentiel pour moi a toujours été les enfants, la classe, et tant pis si ça ne plaisait pas à diverses instances… J’ai toujours essayé d’agir selon ma « conscience » (ou quelque chose de ce genre, même quand j’étais à contre-courant…

    Comme disent certain(e)s de mes collègues… une « rebelle », quoi !

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