Des classes « faibles »… oui, mais…

J’ai dit que regrouper des élèves faibles si l’on n’avait rien de plus à leur proposer était non seulement inutile, mais dommageable pour les élèves, la classe, les enseignants concernés, et même l’établissement ! Car ces « zozos » ainsi armés de la force du groupe vont tenter de faire régner leur loi partout.

Il en va tout autrement si on leur fournit des objectifs clairs et accessibles.

Notre collège a comporté, pendant des années, une CPPN (Classe Pré-Professionnelle de Niveau) et une CPA (Classe Préparatoire à l’Apprentissage). Les élèves ne pouvaient y être admis qu’à partir de 14 ans pour la première, 15 ans pour la seconde. Le cursus le plus courant était 6ème, 5ème, CPPN et CPA. Mais il est arrivé que des élèves soient admis en CPPN après la 6ème, s’ils avaient l’âge requis (donc 2 ans de retard).

Cette classe marchait bien. Et ce, malgré leurs très nombreuses difficultés. En CPPN, ils bénéficiaient d’un enseignement adapté, et se construisaient peu à peu un avenir professionnel. S’ils avaient atteint un niveau acceptable en fin d’année, ils rejoignaient une 4ème CAP dans un lycée professionnel. Sinon, ils allaient en CPA, où des stages alternaient avec l’enseignement donné au collège.

Mais… Oui, il y a un « mais », et de taille ! Leur professeur (qui leur enseignait à peu près toutes les matières, sauf les disciplines sportives et artistiques) était formée pour ! Non seulement elle avait appris à les faire travailler selon leurs capacités – et leurs lacunes ! – mais encore, elle savait parfaitement les aider dans leur orientation, connaissait les entreprises qui pouvaient les accueillir en visite ou en stage. C’était épuisant, elle me l’a souvent dit, et je crois qu’elle a été plutôt soulagée quand elle s’est reconvertie en professeur de technologie…

Autre chose : on ne mettait pas n’importe qui en CPPN ! Le professeur en question assistait à tous les conseils de classe de 5ème en fin d’année, et, si le conseil de classe cherchait à se « débarrasser » d’un élève « à problèmes » en l’envoyant en CPPN, elle intervenait et rappelait les objectifs de la classe. Pas question d’y « fourrer » (excusez le terme, mais je sais que parfois, ailleurs, c’est ce qu’on a fait !) les paresseux, les agités, les « cas sociaux » ou psychologiques ! Je ne veux pas dire que l’on ne prenait en CPPN que les élèves travailleurs, calmes,… évidemment ! Mais ils étaient recrutés selon leur niveau, leurs possibilités, leurs objectifs. La CPPN n’était pas, chez nous, une « classe-dépotoir » !

Quand la professeur « traditionnelle » s’est reconvertie… la classe s’est retrouvée « mise au pot commun »… et attribuée à des enseignants par matière. J’eus ainsi le privilège de lui enseigner le français une année (et 3 mois… car l’année suivante a été interrompue par mon arrêt-maladie). Heureusement, la « titulaire » lui enseignait la technologie, et était le professeur principal : elle me fut d’un grand secours car, malgré mon « expérience », j’ignorais à peu près tout sur la façon de mener ce genre de classe…

Tout de même, je suis assez fière de leur avoir appris les figures de style… Mais oui ! Métaphores, comparaisons et autres antithèses furent à notre programme… en étudiant les publicités ! Et ils firent un excellent travail d’analyse sur des tas de pubs découpées dans des revues !

Les CPPN ont disparu, les 4èmes CAP aussi, d’ailleurs…

21 Responses to “Des classes « faibles »… oui, mais…”

  1. vmartial dit :

    Et c’est tant mieux

  2. Ex-prof dit :

    Pour certains, peut-être…

  3. conali dit :

    Mais les profs n’ont pas toujours « joué » le jeu : Et dire qu’ils ont voulu me faire redoubler cette classe. Heureusement mais parents ont dit non ! Car pour moi : CAP – BEP – BAC – DE Infirmier – DE Cadre infirmier – DU médecine tropicale et parasitologie et DU médecine d’urgence !

  4. dd dit :

    J’etais en cppn et j’ai rencontré des professeurs formidables ils m’ont donné l’envie de continuer mes etudes et de devenir professeur à mon tour.

  5. Ex-prof dit :

    Merci de ce témoignage ! J’ai connu d’anciens élèves de CPPN qui avaient fait ensuite un Bac Pro, et j’en ai été très contente.
    Les voies sont multiples, il ne faut pas l’oublier ! Je suis allée au collège dans un CEG (collège d’enseignement général, et non secondaire !), ce qui ne m’a pas empêchée par la suite de faire des études… et de devenir prof !

  6. NATHAN dit :

    JE VAI BIEN TOT Y ALLER JE SUIS TRISTE

  7. Ex-prof dit :

    Je ne comprends pas… Les CPPN n’existent plus…
    Vous pouvez écrire un commentaire en précisant « ne pas publier » si vous désirez que je vous réponde personnellement.

  8. moi, je me suis retrouvée en cppn après avoir redoublé ma 6éme car vu mes résultats scolaires , le collège de mormant ,(nicolas fouquet) en seine et marne, a trouvé ce seule moyen avant de me trouvé à la porte à 15 ans 1/2. Alors je vous le demande que dites-vous de cela ???

  9. j’ai une question où est l’aide dont l’on parle sur ce site et où sont ces professeurs si formidables car dans mon cas se sont les professeurs qui m’ont envoyés dans cette classe et ils m’ont dit que c’était la

  10. seule solution avant mes 16 ans (c’est à dire la porte) aujourd’hui j’en ai 46 et je me retrouve en dans la situation de faire une formation pour me sortir du chomage à répétition !

  11. Ex-prof dit :

    Je crois que mon article répond en partie à votre question : pour que ces classes fonctionnent, et donnent leurs chances à des enfants « en difficulté » (pour faire court), il faut des professeurs formés, des objectifs clairs et accessibles, des élèves prêts à tenter d’atteindre ces objectifs. Ce n’a malheureusement pas toujours été le cas ! Vers la fin des années 80, par exemple, il n’y avait que 8 professeurs formés pour ces classes dans mon département… Et beaucoup plus d’établissements qui ouvraient des CPPN et des CPA… Classes qui fonctionnaient (mal !) faute d’un enseignant formé à des objectifs et des méthodes particuliers…

    Je vous souhaite bon courage et bonne chance pour votre formation… et ses suites !

  12. marvin dit :

    Bonjour. Je suis passé par la CPPN après la 5eme… Je bénie le ciel d’être passé par cette classe… Elle m’a remis à niveau grâce à un professeur formidable… Mr David au collège Schweitzer à Créteil. C’était en 1991.. Après la CPPN j’ai fais une 4 eme et 3 eme techno en étant 1er pendant 2 ans, ce qui m’a permis de réintégrer une seconde générale!!!… J’ai eu mon bac g et terminé avec une licence d’anglais à l’université Mc gill de Montréal…

  13. Ex-prof dit :

    Merci beaucoup de ce témoignage ! Effectivement, comme je l’ai dit, j’ai connu un certain nombre d’élèves que la CPPN a aidés à remettre en selle… A condition évidemment que les professeurs soient formés pour cette classe particulière, et qu’elle ne soit pas un « fourre-tout » où l’on « range » des élèves qui n’ont rien à y faire, leurs problèmes se situant ailleurs.

    Plus de classe de ce type maintenant, ni de 4ème et 3ème techno… Une TRÈS grosse erreur, à mon avis…

  14. titi dit :

    Alors moi perso j’ai fait 6eme ;6eme ; 5 eme ; Cppn. Je n’avais pas de bons résultats en 6 et 5 eme. Par contre en Cppn , la j’avais moins de matière qui ne servent à rien d’ailleurs, on été moins en classe, on avait plus de cours d’ateliers ( cuisine. Maçonnerie. Peinture. Couture . Etc ) . Moi ça m’a très bien servi. Je suis sortie de cette classe avec 16 de moyenne et même plus dans d’autres matières..Alors que avant je ne depasser pas les 10, moi ça m’a très bien servi. Après j’ai été en apprentissage, j’ai eu mon C.A.P avec des très bonne notes…maintenant il est vrai que certains collège s’en fouttent de ces classes, et d’autres non …..mais en tout cas c’était surement mieux que maintenant on on mets tout les mauvais ensemble et on s’en fou de leur avenir…..

  15. Ex-prof dit :

    Merci de votre témoignage. Oui, les classes comme CPPN, CPA, 4ème et 3ème CAP, ont été une « respiration » pour nombre d’élèves, et les ont amenés à un métier.
    Le problème… c’est que, parfois, on y a mis des élèves qui n’avaient rien à y faire, à part y mettre le bazar…
    L’autre problème, c’est qu’on a trouvé que ces structures revenaient trop cher…

    Reste que, à mon humble avis, le fait qu’on ait supprimé de l’école et du collège les « travaux manuels » (ou quelque soit leur appellation), c’est-à-dire un apprentissage qui permettait aux élèves de « faire quelque chose avec leurs mains » (menuiserie, cuisine et autres…) a été une grave erreur, et on en paie toujours les conséquences ! En effet, un élève qui peinait en maths et en français, par exemple, avait la possibilité de révéler des talents dans une autre discipline : son image de lui en était changée… et aussi l’image qu’on avait de lui ! Ce qui lui permettait d’envisager un avenir…

  16. D'accord ou pas d'accord dit :

    Désolée de contredire ces tableaux idylliques, mais par expérience, la classe CPPN n’était pas faite pour l’épanouissement des élèves, mais simplement pour faire la jonction jusqu’à 16 ans, âge de la fin de la scolarité obligatoire. Elle a été mise en place à une période où trouver du travail à 16 ans était encore plus ou moins envisageable, ce qui arrangeait l’éducation nationale. Peu d’élèves avaient la possibilité de rebondir et de se (re)construire d’une manière plus positive que ce qui avait été imaginé pour eux. Quant à la question du travail manuel, il est certes essentiel, essentiel dès le début l’existence et de celui de la scolarité et non pas en fin de parcours, ce qui devient dans ce cas synonyme de dévalorisation et déclassement social. Et puis l’appellation « Classe Pré-Professionnelle de Niveau », pour apprendre aux filles, à passer la serpillière, allumer un four, faire de la couture a minima ou visiter une usine était juste une façon de faire perdurer un peu plus le patriarcat, en préparant les futures ménagères à ne s’intéresser à rien d’autre qu’à leurs tâches. Oui c’est très bien que cela n’existe plus.

  17. Tureia dit :

    Elève peu studieux à l’époque (années 70), j’ai été dirigé en CPPN où j’ai appris le travail manuel. Des professeurs intéressants, d’autres beaucoup moins. Ce qui ne m’a pas empêché de poursuivre mes études : CAP – BEP – BAC – DE Infirmier – Plusieurs Diplômes Universitaires. Comme quoi !

  18. D'accord ou pas d'accord dit :

    Pour vous Tureia l’issue a été positive, pour ma part mitigée même si comme vous à bien des égards les perspectives se sont éclaircies, mais éclaircies à demi. Rétrospectivement, et cela peut faire sourire, je suis passée d’une CPPN à un BAC + 5 sans passer par le fameux graal du BAC.
    1ère étape > survie = + 5. 2ème étape > réparation sur le tard = +5.
    Les diplômes changent le regard des autres sur soi, c’est très bien, tant mieux… et ça fait du bien. Apprendre c’est l’ouverture, l’ivresse en continu, le plaisir, la technicité d’une manière comme d’une autre. Mais le diplôme ne fait pas tout, et pour ma part, je n’ai pas résolu cette fâcheuse faculté à « décrocher », à me maintenir à l’écart. Celle – là même qui m’a conduite dans l’impasse de la CPPN, où l’enseignement se rapprochait largement du primaire, avec seulement une enseignante et aucune chance de se raccrocher au cursus « normal ». Cette expérience « dépressive » m’a fait comprendre qu’il y a un formatage insensé, et qu’il est quasi inévitable. Je m’en suis sortie en mimant l’attitude du formaté et en m’intégrant au cadre. C’est donc en donnant le change que j’ai pu me mettre à niveau. Même avec pas mal de faiblesses j’ai pu jusqu’à présent m’adapter. Par contre, ce qui reste à débloquer, à résoudre, 40 ans plus tard, est essentiel, c’est le décrochage. Puisque, même en faisant attention, cela revient toujours et encore. J’ai commencé à m’atteler au problème. J’espère que cela m’apportera les clés de ce que je n’ai pas compris à 11, 15 ans et qui revient inlassablement. Je crois « dur comme fer » qu’avec des accompagnements personnalisés et suffisamment d’attention portée au moment de la scolarité, un apprentissage d’une forme de rigueur mentale, psychologique, et l’acquisition de réflexes comportementaux, physiques, de rythmes, il y aurait beaucoup moins de décrochage, de sortie de route. Pour mon histoire personnelle, dans le fond, je suis plutôt contente d’avoir encore du chemin à parcourir, quelque chose à creuser et à comprendre pour enfin résoudre la répétition des situations.

  19. ancienne élève "Zozo" dit :

    Bonjour,

    Malgré votre discours de bonne intention, lorsqu’on vous lit, on perçoit tout de suite les représentations que les professeurs peuvent avoir des élèves qui sont en difficulté dans les apprentissages scolaires « Zozos ». Les mots employés, les jugements hâtifs parce qu’on croit savoir analyser la ou les situation(s). A votre décharge, il n’est pas facile de comprendre les freins à l’apprentissage pour ces élèves en difficulté (mécanismes conscients et inconscients), étant donné qu’à priori le professeur que vous êtes n’a très certainement pas ou peu éprouvé de difficulté scolaire mettant en échec votre scolarité. Par ailleurs, il est certain qu’il est moins pénible d’être dans la certitude que toutes les difficultés dans l’acquisition des apprentissages viennent des élèves, cela rassure l’ensemble de l’équipe pédagogique.
    Pour ma part, je garde un très douloureux souvenir de mes années de collège où l’on m’a étiquetée pour le restant de ma scolarité et mise en CPPN (classe qui était dite pour les nuls) parce que comme pour un certain nombre d’élèves dans la même situation, je ne rentrais pas dans le moule scolaire de l’Education Nationale. Cette situation dite d’échec m’a empêchée de poursuivre des études.

  20. Nathalie Leroy dit :

    J’ai été orienté en CPPN après la 6ème. J’avai redoublé le CP et le CM2 et j’aimai pas l’école. Les prof disais que j’étai nulle. J’ai fai le CAP coiffeuse et j’aime bien mon travail. En CPPN, c’était bien, j’avai des bonnes note. Mintenan, les enfants qui ont des difficultés, ils ont mème pas le droit de redoublé. Ma fille a 14 ans. On la fais passé et elle a pas le niveau. Elle galère en 4eme et les profs dise qu’elle sera orienté en 3eme. En attendant, elle apprend rien et elle fais que des betises. Je pense qu’une CPPN serai bien pour elle.

  21. Ex-prof dit :

    Je suis bien d’accord avec vous : on oublie trop souvent qu’il n’y a pas UNE sorte d' »intelligence », mais plusieurs… et que pour de nombreux enfants et adolescents, cela passe par la manipulation d’objets, par la construction, par le corps et les mains… Pour ceux-là, il n’y a plus vraiment de réponse, et les matières, les options ou les parcours qui auraient pu les aider ont disparu au fil des ans…
    Bon courage, et bonne chance à votre fille : si vous pouviez lui trouver un atelier, un club, où l’on travaille autrement (avec ses mains, par exemple), cela pourrait peut-être l’aider.

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