Lectures au coin du feu…

Au coin du feu… quoique… les deux premiers romans vous réchaufferont sans doute, l’un se passant en Polynésie, l’autre en Sardaigne…

L’Île des rêves écrasés, de Chantal T. Spitz

La 4ème de couverture signale qu’il s’agit là du premier roman écrit par un Polynésien… On peut se demander quel genre de « civilisation » nous leur avons apportée, qui leur donne si peu envie d’écrire… D’autant que le roman insère de nombreux « chants » improvisés par les personnages, donnant à penser qu’il s’agit là d’une forme d’expression traditionnelle et courante… Il est vrai qu’il s’agit d’une civilisation de l’oral, et non de l’écrit…

La parole est au centre du roman, source de bien des malentendus entre Polynésiens et métropolitains : la pudeur des Polynésiens est totalement étrangère aux « colons » qui, dès la première rencontre, veulent tout savoir de l’autre…

Superbe chant d’amour à une île polynésienne, colonisée et défigurée par les Français – et autres occidentaux – qui n’ont jamais cherché à comprendre les habitants…

Histoires d’amour en cascade : une jeune maorie avec un riche Anglais (marié) dont elle a une fille ; cette fille, élevée à l’occidentale, avec un maori qui a fait la guerre en Europe : leur fils, archéologue ayant étudié en France, révolté contre l’installation d’une base nucléaire sur son île (laquelle base a exproprié sa famille)… avec une Française travaillant sur cette base…

Des amours improbables, mais rendues possibles par l’acceptation profonde des maoris de la vie telle qu’elle est… Des récits mêlés de chants et de poèmes.

Une ode à une île massacrée, défigurée, tant dans ses paysages que dans ses habitants, à qui l’on a imposé un mode de vie qui leur était totalement étranger…

La note de l’auteur indique que les personnages de l’histoire ont vraiment existé…

Mal de pierres, de Milena Agus

Une superbe histoire… La narratrice conte l’histoire de sa grand-mère, une jeune fille « pas comme les autres » qui fait fuir ses « prétendants » avec ses poèmes trop crus, ou trop passionnés… Autodestructrice, suicidaire, elle accepte un mariage de raison qui l’éloignera de sa famille, au grand soulagement de celle-ci. Elle rencontrera une très brève histoire d’amour qui la poursuivra toute sa vie, et qu’elle contera à sa petite-fille, seule personne avec qui elle échange…

Mais cette histoire d’amour a-t-elle eu lieu ? La narratrice découvre, à la fin du livre, le cahier de sa grand-mère… et une lettre de l’ »amoureux »…

Les personnages sont attachants, la vie chaotique du personnage principal est prenante, tant elle cherche, à travers l’amour tellement désiré, des raisons de vivre.

Ces deux romans, d’une écriture très féminine (cet adjectif n’étant pour moi, en aucun cas, réducteur !), nous plongent dans des univers étrangers, bien particuliers. Ce n’est pas le moindre de leurs mérites.

Un petit tour au Japon, maintenant ?

Nagasaki, d’Eric Faye

Un fait divers sur lequel brode l’auteur : une femme sans domicile a vécu un an chez un homme sans qu’il s’en aperçoive…

Le protagoniste s’inquiète : il lui manque un yaourt… le niveau de jus de fruits a baissé… Quelqu’un vient chez lui : qui ? Comment ?
L’installation d’une webcam dans sa cuisine, qu’il suit depuis son bureau, lui révèle l’intruse, qu’il fait arrêter par la police… aussitôt pris de remords…

Quand la « délinquante » sort de prison et se dirige vers cette maison où elle s’est cachée pendant un an, elle découvre qu’elle est à vendre… Bouleversée, elle va écrire son histoire au propriétaire : cette maison, autrefois, avait été la sienne…

Le roman est évidemment axé sur les sentiments du personnage principal, le propriétaire : inquiétudes, malaises, remords… Apprendre qu’une inconnue a vécu chez vous pendant un an a de quoi vous bouleverser !

Enfin, pour terminer, un « thriller »… canadien, lui (très internationales, mes notes de lecture du jour !) :

Ne te retourne pas
, de James W. Nichol

Cela commence comme une histoire « toute simple » : un enfant abandonné puis adopté qui, devenu majeur, accède à son dossier et tente de retrouver sa mère, laquelle l’a abandonné quand il avait 3 ans, et dont il garde de très vagues souvenirs.
Mais sa quête se jalonne d’embûches et de curieux incidents, de plus en plus dramatiques. Heureusement, l’accompagne une jeune femme handicapée rencontrée dans la société de taxis où il a trouvé du travail ; elle l’aide dans ses recherches.
Au fur et à mesure que se précise l’image de sa mère, qui l’a eu quand elle avait 14 ans, les obstacles se multiplient, les incidents deviennent accidents : on veut lui faire abandonner ses recherches… Mais qui ?

Excellent thriller… que je n’ai pu lâcher pour les 100 ou 150 dernières pages…

La 4ème de couverture précise :

James W. Nichol est un célèbre dramaturge canadien. Ne te retourne pas, son premier roman, a été inspiré d’une de ses pièces de théâtre, diffusée avec succès sur les ondes de la radio canadienne, et a remporté en 2003 le prix Arthur-Ellis, qui récompense les meilleurs ouvrages de littérature policière au Canada.

Prix largement mérité, à mon humble avis ! Le lecteur se glisse progressivement dans cette histoire qui démarre comme un roman psychologique et se retrouve pris dans une intrigue complexe, dans laquelle il ne peut que se fier au personnage principal… lequel doute de ce qu’il découvre et des tentatives d’explications qu’il élabore…

J’espère vous avoir donné envie de lire l’un de ces romans… Merci de me donner votre opinion, si vous avez lu l’un ou l’autre…

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2 commentaires sur “Lectures au coin du feu…”

  1. Lili dit :

    Bonjour,
    Il y a quelques temps j’ai découvert votre blog par le biais de votre article sur Mohammed Cohen, et j’ai beaucoup aimé la teneur de vos articles. J’ai donc décidé de le suivre de près. J’ai toujours aimé lire, mais, depuis quelques temps je n’arrivais plus à retrouver le plaisir de la découverte d’un bon roman. Et voilà qu’au détour d’une phrase je me retrouve à avoir envie de lire Nagasaki. Je l’ai emprunté à la bibliothèque, et je tenais à vous remercier, car j’ai enfin pu frissonner et soupirer à la lecture de ce livre magnifique. Chaque phrase est d’une délicatesse et d’une pudeur admirable.
    Merci encore.

    Lili

  2. Ex-prof dit :

    Merci de votre commentaire. J’espère que d’autres de mes découvertes vous donneront envie de les lire à votre tour. Auquel cas je serai ravie d’accueillir vos commentaires !

    Et si vous avez un « coup de cœur » à me recommander… n’hésitez pas !

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