S.O.S. PROFS (1)

Je vous avais parlé de la petite nouvelle d’anticipation qui figurait dans la plaquette diffusée en 1989 par la Coordination de l’Essonne. En voici le début.

S.O.S. PROFS

C’est dans les années 1980 que certains responsables gouvernementaux français commencèrent à s’alarmer devant la difficulté croissante de recruter des enseignants pour les générations futures. En fait, le problème était latent depuis une bonne décennie, vu qu’on n’avait cessé d’exiger plus de diplômes, de disponibilité, de compétence et de travail des enseignants, tout en les payant de moins en moins, comparativement aux autres catégories professionnelles de même niveau d’études. Evidemment, quand un jeune parvenait au terme de ses années d’université et qu’il comptait ce qu’il pouvait gagner en tant que professeur ou ingénieur dans une entreprise, il avait vite fait de choisir. Même l’attrait des congés, longtemps considérés comme un privilège exorbitant, ne suffisait plus : à quoi servaient tant de vacances si on ne disposait pas de l’argent nécessaire pour en profiter pleinement ? Quant au bénévolat, conséquence d’une conception quasi apostolique et mystique du métier, il avait fait long feu : on se souciait d’efficacité et de réussite sociale, et non plus d’évangéliser les masses.

C’est pourtant sur ce thème de l’évangélisation que le gouvernement entreprit une campagne publicitaire destinée à recruter de jeunes chômeurs munis de diplômes pour en faire de nouveaux enseignants. « Enseignez, jeunesse ! », telle était la conclusion des spots télévisés ou radiodiffusés, qui rappelait curieusement le « Allez, enseignez toutes les nations » d’un certain Jésus, dit le Christ, à ses disciples, quelques centaines d’années plus tôt. Mais les publicitaires avaient beau essayer de parler de modernité de la profession, de liens avec le monde industriel (carence qui se faisait au contraire sentir de plus en plus lourdement, faute de moyens), de travail « en équipes » (ne correspondant absolument pas à la réalité, étant donné la multiplication des tâches dévolues aux enseignants), la campagne fut un échec retentissant. Deux milliards de francs dépensés en pure perte, ou presque, car une centaine de jeunes bacheliers prêts à n’importe quel emploi se présentèrent comme volontaires. Ils furent acceptés, cela va sans dire, bien qu’ils n’eussent pas le niveau d’études « exigé ». Mais on n’en était déjà plus à ce genre de détails. Des bruits couraient, comme quoi, dans certaines régions, on avait rappelé des professeurs à la retraite, ou engagé des militaires pour pouvoir assurer la totalité des enseignements prévus dans les différents secteurs.

(A suivre…)

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