De père français

Comment ai-je pu, jusqu’à la semaine dernière, ignorer Michel del Castillo ? Auteur d’une vingtaine de livres, romans et récits autobiographiques. Une écriture à la fois puissante et simple, qui donne à sentir plus qu’à voir. Un Écrivain…

De père français m’a bouleversée, et m’a donné envie de lire d’autres oeuvres de cet auteur.

Voici les premières phrases :

« J’ai rendez-vous avec mon assassin. C’est mon père et il s’appelle Michel.
Tous mes livres, depuis 1973, sont écrits du point de vue de ma mort. Jusqu’alors, je me raccrochais à des fictions pour me donner l’illusion de la vie. Ensuite, je me suis résigné ; j’ai fini par admettre que j’étais mort à l’âge de neuf ans, assassiné. »

Non, ce n’est pas un récit de mort-vivant… encore que… C’est le récit autobiographique d’un homme qui va répondre à la lettre de son père, la première depuis 40 ans…

Les parents de Michel n’avaient apparemment que bien peu de dispositions à être parents… C’est le cas de beaucoup, direz-vous… Oui, mais un enfant qui naît en 1933, en Espagne, de père français et de mère espagnole, voit sa destinée s’assombrir davantage… Son père rentre en France, la guerre d’Espagne éclate… Encore quelques années, et ce sera la guerre en France, où la mère de Michel croira trouver refuge… Mais rien n’est simple dans cette période, et tout se complique horriblement pour un enfant ballotté de droite et de gauche, dénué de repères et d’affection…

Beaucoup d’ellipses, dans ce récit : peut-être des épisodes développés dans d’autres récits…

A 20 ans, Michel se décide à partir d’Espagne pour aller retrouver son père à Paris, bien que ce dernier n’ait jamais répondu à ses lettres d’appel au secours. Ils ne se sont jamais revus depuis plus de 10 ans. Et, malgré les désirs du jeune homme, un fossé immense les sépare : pas seulement celui de l’abandon, du remariage de son père. Celui, plus grave de deux hommes entièrement étrangers l’un à l’autre, que tout sépare, de l’éducation reçue aux prises de position, aux idées, au mode de vie… Le jeune homme partira…

Mais, 40 ans après, son père lui écrit pour lui proposer une sorte de « réconciliation ». Il est veuf, approche des 90 ans, vit seul, en mauvaise santé, peine à payer son loyer… et se souvient qu’il a un fils, auteur célèbre…

Malgré les conseils de ses amis, Michel répond, et va voir son « père » (qu’il appelle parfois, plus justement, son « géniteur »…).

C’est toutes ces tranches de vie qu’évoque ici l’auteur. Avec une grande retenue. Car, s’il est révulsé par nombre des prises de position de son père, par son caractère, il est aussi victime de son rêve d’enfant : avoir un père… Le « portrait » de son père n’est donc entaché que de peu d’impressions personnelles, et se résume le plus souvent à des phrases qu’il a prononcées, terribles et dérisoires.

Un livre émouvant, autant par l’histoire contée que par le style, tout en pudeur.

Si vous l’avez lu, j’aimerais savoir ce que vous en pensez…

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