Autobiographies et autres lectures…

Je lis rarement des autobiographies. Je ne suis pas curieuse de la vie d’inconnus. J’en lis parfois, en ce qu’ils sont des témoignages d’une époque ou d’un problème particulier : je pense à Un secret, de Philippe Grimbert, par exemple.

C’est pourquoi je suis la première étonnée de poursuivre ma quête de Michel del Castillo… Après De père français, j’ai dû lire 5 ou 6 autres ouvrages de cet auteur… et en lirai sans doute d’autres encore. Et je ne cherche que ceux qui se rapportent à son histoire personnelle, sous forme romancée ou non.

Je me suis pareillement surprise à lire avec un réel plaisir Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan, que j’avais pris un peu par hasard à la bibliothèque. Ce n’est pas réellement une autobiographie, puisque l’auteur tente d’écrire l’histoire de sa mère, et non la sienne… Mais les deux se mêlent forcément. Et plus encore parce que l’auteur évoque ce qu’elle a appris des entretiens avec sa famille, les documents que les uns et les autres lui ont confiés pour son projet.

En parlant hier avec la bibliothécaire, j’ai cru comprendre ce qui m’accrochait chez ces deux auteurs (outre l’histoire, bien particulière, de Michel del Castillo) : leurs questionnements, leurs hésitations, leurs retours sur eux-mêmes, leurs perceptions du passé, des gens qu’ils avaient côtoyés. Ni l’un ni l’autre ne donne à lire une « vérité vraie » ; l’un comme l’autre savent qu’en ce domaine, la vérité n’est que partielle, partiale, et même fugace : tel sentiment violent écrit, par exemple, dans un journal intime, n’éveille plus aucun écho chez l’adulte qui le relit. Bousculé par des événements ultérieurs, le passé se modifie, se transforme, oblitère certains faits, en exalte d’autres…

Si ma vie n’a aucun rapport avec celles de ces deux auteurs, je me sens cependant engagée dans leur démarche : leurs incertitudes, je m’y retrouve… En fait, elles m’apprennent beaucoup sur les miennes…

Voici les notes que j’ai prises sur mes dernières lectures :

Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan

L’auteure (je sais que cette orthographe va faire pester certains lecteurs… mais j’assume !) tente de reconstruire la vie de sa mère, qui s’est suicidée à 60 ans. Elle essaie de comprendre comment cette femme, tantôt proche, tantôt insaisissable, en est venue à cette vie chaotique, traversée par des épisodes de démence, pour finir dramatiquement seule.

Elle fait appel à ses propres souvenirs et impressions, à ceux de sa sœur, de ses oncles et tantes. Mais aussi à quantité de documents écrits, photographies, films, qui laissent percevoir une ou plusieurs facettes de ce personnage. Kaléidoscope d’où ne peut sortir qu’une image fragmentaire, interprétée et personnelle.

L’auteure-narratrice navigue entre les moments racontés et celui de l’écriture : elle s’interroge sur son projet, sur ce que lui ont dit les uns et les autres, sur la finalité de ce récit qui traverse des moments douloureux pour la famille. Elle découvre l’enfance de sa mère, troisième de 7 enfants, les deuils de la famille, les silences étouffant ce qui ne doit être dit.

Un livre prenant. Non pas bouleversant, car l’auteure ne cherche pas à émouvoir le lecteur. Elle le prend plutôt à témoin de sa quête, et le renvoie ainsi à sa propre histoire familiale.

Tanguy, de Michel del Castillo

Un « roman » qui participe à la quête de l’auteur de sa propre histoire. Ici, c’est surtout le séjour en camp de concentration, en Allemagne, qui est conté. Puis l’enfermement dans un « orphelinat » en Espagne. Enfin, brièvement, le retour en France, chez son père, puis chez son oncle.

Toujours aussi bouleversant…

* * *

J’ai parlé dernièrement d’Enfant 44, de Tom Rob Smith. Il ne faudrait surtout pas croire que je me suis arrêtée à la phrase citée ! J’ai beaucoup apprécié ce « polar » d’un genre bien particulier :

L’auteur part d’une histoire vraie, celle d’Andrei Chikatilo, assassin de plus de 50 femmes et enfants en Russie dans les années 90. Mais il en fait une autre histoire, dont il gomme (entre autres) viols et anthropophagie.

Le récit suit Léo, fonctionnaire du KGB, qui n’a jamais remis en cause le bien-fondé de ses missions. Cependant, à la suite d’une disgrâce, il se retrouve avec sa femme dans un petit village à des centaines de kilomètres de Moscou, et découvre un crime qui ressemble comme un frère à celui qu’il a nié à Moscou, sur les ordres de ses chefs (les criminels en série ne pouvant exister que dans les pays capitalistes…). Peu à peu, il tente d’enquêter discrètement, découvre d’autres crimes semblables, dans des lieux variés. Mais, chaque fois, un criminel a été découvert et exécuté…

Cela remet en cause toute sa foi dans son pays, et il va maintenant quêter inlassablement la vérité, malgré les risques qu’il encourt, ainsi que sa femme, qui l’accompagne dans sa quête.

Roman passionnant par ce fond historique et politique (Russie de 1953) et par l’évolution du personnage, devenu « contestataire » bien malgré lui.

Bonnes lectures !

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