S.O.S. PROFS (3)

Dans ces conditions, et devant l’impossibilité de « suivre » les élèves (mot d’ordre de la fin du 20ème siècle), de grandes disparités se firent jour entre les enfants selon leur classe sociale et leur milieu familial. Les parents qui tenaient à ce que leur enfant fût instruit, pour pouvoir suivre plus tard des études longues, s’aperçurent bien vite que l’enseignement dispensé était très nettement insuffisant : il fallait pouvoir, bien avant les diplômes ou concours qui sanctionnaient des années d’apprentissages, contrôler ce que l’enfant avait réellement acquis. On vit renaître alors une profession bien oubliée, celle des précepteurs : de jeunes étudiants, frais sortis des Universités, se virent offrir des ponts d’or par certaines famille pour prendre en charge leur rejeton. Un précepteur « bien organisé », c’est-à-dire ayant su se placer dans cinq ou six familles, gagnait, pour les mêmes 30 heures hebdomadaires, environ 20 fois plus qu’un professeur. Heureusement, le bruit ne s’en répandit pas trop vite : cela aurait découragé les derniers enseignants, et risqué de jeter par terre un système qui ne tenait plus que par miracle.

Parallèlement, le gouvernement tenta de trouver d’autres remèdes à une situation de plus en plus catastrophique. Des recherches furent entreprises, en liaison avec les grands media, pour envisager de nouvelles formes d’enseignement. La fascination des enfants et des jeunes pour la télévision ne s’étant pas démentie depuis une bonne cinquantaine d’années, c’est ce canal que choisit le Ministre de l’Education Nationale pour pallier les problèmes de l’instruction. Une quinzième chaîne, Savoir +, fut créée, avec un programme très précis qui, de 8 heures du matin à 23 heures, 7 jours sur 7, diffusait les cours jugés indispensables à tous les niveaux. Les derniers professeurs purent partir tranquillement à la retraite après avoir enregistré tous leurs cours : la relève était assurée… si l’on peut dire, puisque eux-mêmes, en fait, l’assuraient…

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