S.O.S. PROFS (4)

Dix ans plus tard, il fallut faire le bilan de cette innovation – la France avait été la première au monde à généraliser cette forme d’enseignement, utilisée déjà sur les hauts plateaux des Andes ou dans d’autres endroits réputés inaccessibles. Si l’on s’en tenait uniquement aux résultats des « diplômes de fin d’études » (suites de tests passés sur ordinateur), le bilan était plus que désastreux : parmi les enfants de 15 ans, 10% obtenaient leur diplôme; parmi ceux de 18 ans, 5%, et on arrivait à peine à 1% pour ceux de 23 à 25 ans. Encore fallait-il tenir compte, pour que le bilan fût juste, de la situation sociale des parents : le fait que les enfants soient aidés par un précepteur entrait pour 90% dans la réussite aux tests…

Certes, les enfants aimaient la télévision, et ils étaient toujours aussi fascinés par l’image… Mais, livrés à eux-mêmes devant le poste, seuls ou avec leurs « copains », ils désertaient vite la 15ème chaîne pour en regarder une autre… ou bien allaient jouer dehors, pour retrouver l’ébauche de vie sociale dont la disparition de l’école les avait privés. Même les plus « sages », s’ils parvenaient à rester 5 ou 6 heures par jour devant les images de Savoir +, ne pouvaient prêter une attention continue aux discours plus ou moins monotones des professeurs. Seuls ceux qui étaient accompagnés par un précepteur suivaient effectivement tous les cours, d’autant que le précepteur était à même de contrôler ensuite ce qui avait été retenu, de réexpliquer et de vérifier. En fait, télévision ou pas, 15ème chaîne ou pas, seuls les précepteurs étaient gages d’un apprentissage réel.

Les recherches se multiplièrent, tant dans le domaine de la pédagogie que dans celui de la psychologie. On en vint à mettre au point de nouveaux programmes, très attrayants, dont l’objectif n’était plus un apprentissage conscient, mais qui s’adressaient davantage au subconscient des élèves pour leur inculquer quelques notions civiques indispensables. Les enfants apprirent à rester immobiles et attentifs devant le poste, passionnés par les aventures de leurs héros favoris. Ainsi, ils n’apprenaient peut-être pas à lire, mais du moins parvint-on à endiguer la vague de délinquance juvénile entraînée par une trop grande liberté d’action, incontrôlée et incontrôlable.

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