De l’accord du participe passé…

En lisant les commentaires du blog de l’instit’humeurs, j’ai eu comme des envies de répondre vertement à certains…

Je me suis retenue…

C’est vrai : toujours les mêmes propos accablant les enseignants qui ne fichent rien, ne savent rien, sont tous syndiqués pour défendre leurs privilèges… ça me fatigue !

Le tout au sujet du beau discours de Sarkozy fustigeant une fois de plus lesdits enseignants, qui n’enseignent plus l’excellence, comme leurs héroïques prédécesseurs, les instituteurs de la 3ème république (en a-t-il beaucoup connu ???) qui aimaient la République, EUX !

Je ne sais pas où notre ex-président est allé chercher cette idée d’excellence : les instituteurs d’autrefois (sont-ils si différents de ceux d’aujourd’hui ???) n’avaient qu’un but : amener l’ensemble de leurs élèves, villageois ou citadins, au meilleur niveau possible pour chacun d’entre eux. Non que l’enseignement fût « individualisé » comme on l’entend aujourd’hui, mais les enfants qui semblaient capables d’apprendre avaient droit à des travaux un peu plus difficiles, ou un peu plus longs. Le grand « mérite » de l’instituteur était de pouvoir présenter au certificat d’études quelques élèves soigneusement choisis comme susceptibles de l’obtenir. Et, dans les milieux « populaires », on se réjouissait quand un enfant avait obtenu de si bons résultats… qu’on lui proposait d’aller à l’École Normale… pour être instituteur(trice) ! J’en veux pour preuve les nombreux comptes-rendus d’inspecteurs de Seine-et-Oise que j’ai lus (les comptes-rendus, pas les inspecteurs !). Et… si l’on relit La gloire de mon père, de Marcel Pagnol, c’est bien cette école « pour tous », et non « pour les meilleurs », qui y est décrite…

Et le participe passé, me direz-vous, que vient-il faire dans cette affaire ?

Eh bien… il vient dans les commentaires dudit blog, justement. Citations :

C1 : Effectivement, l’école a bien changé

C2 : Sans doute vous-même,n’êtes-vous plus à l’école depuis longtemps, pour avoir oublié les règles élémentaires de l’accord du participe passé …(« elle a bien changé »)

C1 : Veuillez m’excuser en effet pour cette grossière erreur d’accord

C3 : Mais, » elle a bien changé « , c’est juste!

C4 : l’école a bien changée !! et l’orthographe aussi

La règle que j’ai apprise à l’école (dans les années 50 !) disait ceci :
« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct SI celui-ci est placé avant. »

La même règle est toujours enseignée, même si on dit COD au lieu de complément d’objet direct, et que la formule varie plus ou moins. Souvent, dans un premier temps, les élèves du primaire apprennent que « Le participe passé employé avec AVOIR ne s’accorde pas avec le sujet » : tant qu’ils ne savent pas reconnaître un complément d’objet direct… la règle complète n’a pas de sens…

Bon, ça, c’était « de mon temps » et « aujourd’hui ». Mais avant ?

Le Memento de poche du certificat d’études de ma mère (qui a passé ledit certificat en 1932) affirme :
« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, quand ce complément le précède. »

Le Cours primaire de Grammaire Française de J. Dussouchet (rédigé conformément à l’arrêté ministériel du 25 juillet 1910) indique :

« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct d’objet quand il en est précédé. »

L’Abrégé de la grammaire française de mon arrière-grand-père (décédé en 1900… donc le livre est antérieur !) stipule :

« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, s’il en est précédé. »

Enfin, le Cours Classique et raisonné de langue française (première partie : Grammaire élémentaire) édité en 1861 précise :

« Joint à AVOIR, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet, dont il exprime seulement l’action.
Étant précédé de son complément direct, le participe joint à AVOIR s’accorde avec ce complément, dont il marque l’état, en même temps qu’il exprime l’action du sujet. »

(Désolée : ma bibliothèque ne contient pas de références plus anciennes…)

* * *

Une chose au moins n’a pas changé, depuis les « instituteurs qui aimaient la République » : les difficultés que nous, Français, jeunes ou moins jeunes, avons à appliquer cette règle !

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6 Responses to “De l’accord du participe passé…”

  1. Schwadig dit :

    Bonjour.

    Effectivement, mon expérience m’a montré que les élèves de notre époque retiennent surtout « le PP s’accorde » et oublient « à condition qu’il y ait un COD placé devant ».

    Ils chantent très bien cette partie du code quand on le leur demande, mais ne savent pas qu’elle est secondaire.

    Ils zappent comme on l’a zappé pour eux la règle primordiale « le PP ne s’accorde pas quand le verbe contient l’auxiliaire AVOIR ». Je ne reviens pas sur les difficultés de reconnaissance des formes verbales composées, du bon auxiliaire, etc.

    J’aime bien le Cours dr 1861…

  2. Ex-prof dit :

    Le cours de 1861 ajoute un sens, ce qui est très intéressant. Mais la formulation me semble un peu trop complexe, pour le primaire comme pour le collège… Et après… l’orthographe étant censée acquise, on ne l’enseigne plus…
    (J’avoue ne pas me souvenir si, de mon temps, on l’enseignait encore en 2nde ou en 1ère…)

  3. Catherine dit :

    Bonjour! J’enseigne le français langue étrangère en Hongrie. (Je suis Hongroise.) Ici on fait retenir la même règle (« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct d’objet quand il en est précédé. ») aux élèves. Il est intéressant pour moi de voir que cet accord cause des problèmes mêmes à quelques Français 🙂

    Continuez à écrire votre blog; je vous lis régulièrement 🙂

  4. Ex-prof dit :

    C’est effectivement une règle bien difficile à maîtriser, pour la plupart des élèves (et donc, par la suite, des adultes…). Le passage par le sens, comme l’indique la règle citée du cours de 1861, peut aider :

    « Il a descendu la poubelle » : qu’est-ce qui EST descendu ? – La poubelle. – Si « la poubelle » est AVANT « descendu » (« La poubelle qu’il a descenduE… »), on fait l’accord. Sinon, on ne le fait pas…

    C’est aussi une gymnastique, mais qui s’appuie sur le sens au lieu de s’appuyer sur les fonctions. Elle peut aider certains élèves (et adultes…).

  5. Axel dit :

    Sans (trop de) rapport mais quelle bonne idée d’avoir conservé les manuels des parents et grands-parents !
    Ma grand-mère m’avait donné son livre d’histoire et un manuel pour l’éducation des jeunes filles lorsque j’étais jeune adolescente, mais mon père a tout jeté lors d’un déménagement sans se rendre compte que c’était un vrai trésor pour moi…

    Pour l’orthographe au lycée, nous n’en avions pas et mon professeur de troisième ne cessait de nous le répéter : vous devez connaître toutes les règles cette année, c’est votre dernière chance (!)

  6. Ex-prof dit :

    Et encore, je n’ai pas tout conservé ! J’ai la chance que ma famille maternelle ait gardé livres et papiers divers… ce qui m’a grandement aidée quand j’ai commencé mes recherches généalogiques ! Encore aujourd’hui, aidant à vider l’appartement de ma tante (partie en maison de retraite), j’ai récupéré des carnets de notes et cahiers des années 30… J’ai aussi, de la même époque, un « agenda scolaire », donné (vendu ?) aux instituteurs, une personne de ma famille ayant (comme son père…) exercé ce métier. J’ai toujours été fascinée (héritage familial oblige !) par ces vieux papiers…

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