Sur la route de la gestion mentale

J’avais été convaincue par les propos d’Antoine de la Garanderie parce qu’il m’avait "prouvé" que je fonctionnais essentiellement en visuelle : l’apprentissage de l’orthographe ne m’avait posé aucun problème, par contre, j’étais incapable de répéter un mot étranger, par exemple, dont je ne pouvais imaginer l’orthographe – fût-elle fausse. Il me restait à vérifier ses propos auprès d’autres que moi – et que mes co-stagiaires, tout aussi convaincus.

Justement, peu de temps après, j’avais deux enfants à la maison pour le week-end : deux garçons de 6-7 ans dont l’un lisait assez bien et l’autre n’arrivait pas à lire. Antoine de la Garanderie nous avait parlé des enfants auditifs au CP, qui ne parviennent pas à assimiler la lecture : quand on leur demande, le soir, par exemple, de "relire" la leçon du jour, on a l’impression qu’ils disent "n’importe quoi". En fait, ils ne disent pas "n’importe quoi" : ils se souviennent des mots ou des phrases étudiés en classe, et les redisent… mais comme ils n’ont pas "codé" la forme des mots… ils ne les disent pas forcément au bon endroit…

Les deux garçons étaient donc plongés dans la lecture d’Astérix. Je m’approchai de celui qui avait des difficultés et lui demandai si, dans les deux pages qu’il avait sous les yeux, il reconnaissait des mots. Il parcourut des yeux les bulles : non, il ne reconnaissait rien. Puis soudain, arrivant à la dernière vignette :
"Là, c’est "A l’attaque!"
– Ah? Comment tu le sais?
– Parce qu’il y a un A, et puis un L et encore un A, alors je me suis dit "A l’attaque!"

"je me suis dit…"

Un "auditif"… Par la suite, j’ai rencontré beaucoup d’auditifs qui avaient eu des difficultés en CP : tous ceux que je connais qui ont redoublé leur CP étaient des auditifs… Et comme la plupart des enseignants sont des visuels, ils enseignent naturellement pour des visuels, sans savoir que certains de leurs élèves ne comprennent pas un certain nombre de choses qui leur paraissent pourtant, à eux, enseignants, évidentes (évidentes : qui se voient!).

Par exemple : vous écrivez au tableau le plan d’une leçon, vous faites des titres, numérotés, des retraits pour les sous-titres, et encore des retraits pour des contenus. Vous passez dans les rangs… et vous vous énervez contre quelques élèves qui négligent vos beaux retraits et copient tout contre la marge : "Mais enfin! Tu ne vois pas ce qui est au tableau?"

Bien sûr que si, ils voient, quand ils regardent… mais tous vos beaux retraits ne leur disent rien, ils ne sont pas porteurs de sens pour eux…

J’ai donné quelques cours particuliers à une élève de 5ème, que je reconnus assez vite comme auditive. Je parlerai peut-être des cours particuliers : ils m’ont permis de découvrir certains problèmes… et d’apprendre à les traiter. L’élève en question devait faire le plan d’un texte. Le problème était qu’elle n’arrivait absolument pas à comprendre ce qu’on attendait d’elle : qu’est-ce qu’était un plan?
Elle lut le texte, puis me le raconta. Je m’aperçus alors qu’elle avait parfaitement compris, mais était incapable de retrouver dans le texte les différentes parties : l’auditif n’ayant pas de repères visuels, il est obligé de tout relire à chaque question pour trouver la réponse; alors que le visuel saura qu’il lui faut la chercher dans le 2ème paragraphe, par exemple. Pour faire le fameux "plan", nous nous basâmes donc uniquement sur l’oral : lui faisant redire l’histoire, je lui demandai de retrouver les différents épisodes et de les formuler sous forme de titre. Ce qui ne lui posa aucun problème.

Et l’orthographe, alors?

J’y viens, j’y viens…

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