Des dettes et des dates…

(J’aurais bien écrit « dattes » pour le plaisir de la symétrie… mais cette fôte vous aurait enduits d’horreur, chers lecteurs…)

Cette « histoire », lue dans les Nouvel Obs du 16 mai et du 6 juin, me laisse perplexe, et j’espère que l’un ou l’autre d’entre vous pourra m’éclairer un peu.

De quoi est-il question ?
Des allocations chômage.

« De mon temps », quand on était au chômage (mais oui, mais oui, ça m’est arrivé ! Avant que j’obtienne le précieux CAPES au 3ème essai !), on allait s’inscrire à l’ANPE et on touchait des « allocations journalières », augmentées des allocations ASSEDIC si l’on avait la chance que l’employeur précédent y ait cotisé (ce n’était pas mon cas… ). On devait pointer toutes les semaines à la mairie et, évidemment, avertir si l’on avait trouvé un emploi.

Je ne sais pas grand chose de « Pôle Emploi », mais le fonctionnement a l’air d’être plus complexe. Par exemple, l’entreprise qui a employé un chômeur ne déclare sa « fin de mission » qu’une semaine après. Il y a sûrement des raisons pour cela. Et les chômeurs en sont avertis. Mais… il arrive qu’ils l’oublient… Et que, pressés d’obtenir un autre emploi (et, accessoirement, de manger d’ici là), ils aillent se déclarer chômeurs dès la fin de leur « mission »…

Où est le problème ? me demanderont peut-être ceux qui en savent encore moins que moi sur ce sujet…

Le problème est que, pendant cette semaine d’intervalle, le chômeur touche des indemnités qu’il ne devrait pas toucher. Et qu’un « beau » jour on lui demande de les rembourser… Et cela peut atteindre plusieurs milliers d’euros !

Le « cas » détaillé dans l’article du 16/5 expose la situation de Jean, 31 ans, qui n’a pu suivre son entreprise lors de sa « délocalisation » en 2009, faute de logement social. Au chômage, donc. 800 € par mois, dont 400 pour le loyer. Impossible de nourrir femme et enfant avec ça : la femme a pris son bébé sous son bras et est allée vivre chez sa mère.

Et voilà que début 2013, une lettre recommandée de Pôle Emploi lui demande de rembourser 3 300 € pour « allocations indues »… On veut bien étaler le remboursement : 133 € par mois, pendant 2 ans… Mais c’est encore trop pour Jean, dont les missions d’intérim sont irrégulières… et les frais, malheureusement trop réguliers !

D’après Pôle Emploi, il y a actuellement environ (tenez-vous bien !) 500 000 demandeurs d’emploi en dette avec l’organisme, pour un montant moyen de 596 €… et un total de 300 000 000 € !!!

Cela vaudrait peut-être le coup de revoir la façon de procéder, non ???

Je ne comprends pas bien l’histoire du délai d’une semaine (comment le chômeur se nourrit-il pendant cette semaine ???), mais admettons… Quand il vient se déclarer à nouveau chômeur, l’employé ne lui reprécise pas ce délai ? Il n’a pas, sur son ordinateur, les détails des emplois et des allocations de la personne qu’il a en face de lui ? Il ne l’avertit pas qu’il est déjà en dette ? Car enfin, si le chômeur était averti alors qu’il n’est en dette que d’une centaine d’euros, sans doute le remboursement serait-il plus aisé… Alors qu’évidemment, quand il se trouve en dette de plusieurs milliers d’euros, il ne voit pas comment s’en sortir !!!

L’article rappelle d’ailleurs que l’intitulé « indus » a remplacé en 2010 le « trop-perçu » après qu’un demandeur d’emploi se fut suicidé à la réception d’une lettre recommandée lui réclamant un « trop-perçu » de… 8 944,70 € !!!

Le billet de Delfeil de Ton du 6/6 parle d’une chômeuse de 51 ans, devant rembourser environ 1 500 € d’indus… Comme elle s’y refusait, on lui envoya l’huissier. Comme elle n’accueillait pas très bien (on se demande pourquoi ???) ledit huissier, celui-ci (enfin, celle-ci, plus exactement) revint avec des gendarmes.
C’en fut trop pour la chômeuse : arrêt cardiaque et extinction définitive de la dette le 30 mai dernier…

Pour finir sur une note plus gaie, je retourne à l’article du 16/5 : une autre chômeuse, devant rembourser 2 648 €, a eu droit à un échelonnement de sa dette lui permettant d’en rembourser… une partie ! Car si payer 1 centime par mois ne devrait pas lui poser trop de problèmes… la durée du remboursement n’est pas assurée : 22 000 ans !!!

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