Cocus, mais contents ?

Enquête réalisée par le Nouvel Obs, à partir d’un sondage Viavoice auprès de plus de 5000 actifs : 73% des personnes interrogées se déclarent heureuses dans leur travail…

Les « grands gagnants » :

1. les cadres de la fonction publique (hors enseignants et professionnels de santé) : 90%

2. les agriculteurs : 86 %

3. les enseignants : 85 %

(Excusez-moi pour le titre provocateur… mais il s’est tellement imposé que je n’ai pu lui résister… bien que je n’aie jamais été fan de Sardou !)

J’avoue avoir été davantage surprise par le résultat des agriculteurs que par celui des enseignants… mais il est vrai que je n’ai quasiment aucune connaissance de cette profession…

Donc, disions-nous, les enseignants sont heureux dans leur métier…

Avec 2 gros bémols : les conditions matérielles… et la reconnaissance par les supérieurs !

Qui sont les supérieurs ? Essentiellement, des gestionnaires : chefs d’établissement, recteurs, ministres (je mets au pluriel, parce que, quand même, j’en ai « connu » beaucoup ! Et que chacun a tenu à faire sa propre réforme !)… Le terme de « gestionnaire » n’est pas ici péjoratif : mais qu’on reconnaisse qu’il y a quelques différences entre « gérer une classe », « gérer un établissement » et « gérer un ensemble de centaines – de milliers ! – d’établissements ».

Un enseignant sera « reconnu » par ses supérieurs, le plus souvent, parce qu’il s’inscrit dans une ligne fixée par lesdits supérieurs. Rarement pour ses qualités personnelles ou son travail avec ses élèves. D’autant que, hormis les directeurs du primaire, lesdits supérieurs n’ont parfois jamais fait face à une classe… De plus, le chef d’établissement a pour mission de répercuter les « consignes » venues d’en-haut… rarement du goût des enseignants… si bien que la grogne des enseignants contre les nouvelles données se traduit en affrontement contre la direction de l’établissement… Je pense notamment à ces conseils d’administration où l’on discute de la répartition des classes et des services : le rectorat donne une « enveloppe globale » d’heures à répartir (en suivant bien sûr un certain nombre d’obligations). Cette « enveloppe globale », que j’ai vue diminuer d’année en année en termes de H/E (c’est-à-dire heure par élève), est rarement du goût des enseignants, qui voient diminuer ou disparaître dédoublements et heures de cours… et augmenter le nombre d’élèves par classe ! Mais « l’administration » n’a pas d’autre choix que de « faire avec ce qu’on lui donne » ! D’où incompréhension mutuelle, affrontements et rancœurs…

Quant aux inspecteurs, si on les range dans les « supérieurs », eux aussi s’appliquent à se conformer aux directives qu’ils reçoivent, gardant pour eux leurs états d’âme, s’ils en ont ! Et se trouvent donc, le plus souvent, en décalage complet avec l’enseignant qu’ils viennent inspecter… sauf si ce dernier, par chance, applique scrupuleusement toutes les nouvelles manières de suivre le dernier programme en date et ses recommandations… C’est sans doute davantage le cas maintenant : les enseignants héritiers de 68, et donc peu enclins à courber l’échine devant supérieurs et nouveaux règlements, se raréfient forcément…

Le problème, entre autres, est qu’il est fort difficile d’évaluer la « compétence » d’un enseignant, même si ces « évaluations » ont lieu chaque année… J’ai connu une époque où la principale donnait les « bonnes classes » aux « bons professeurs » : excellent choix, vu que les résultats (au brevet, par exemple) étaient bien meilleurs dans ces classes que dans les autres… Mais… cela était-il dû aux élèves ou aux profs ??? Comment le savoir ???

La multiplication, ces dernières années, des tâches administratives dévolues aux enseignants (entre autres : appels et cahiers de textes numériques, qui obèrent le temps d’enseignement) permet, certes, d’évaluer sur ce point les enseignants… Mais est-ce vraiment là l’essentiel ?

Les enseignants, descendants des « hussards de la République », ont bien des choses à reprocher à la façon dont on les traite… Reconnus dès le début pour leur utilité (entre autres, pour assurer l’avenir de l’instruction publique, gratuite et obligatoire, mais aussi, très vite, pour donner des conseils d’hygiène et de vie, et toucher ainsi les parents par le biais des enfants), ils n’ont eu droit que tardivement à une « reconnaissance financière », toute relative… Certes, ils n’ont plus besoin d’assurer leur subsistance en remplissant, en outre, les fonctions de secrétaires de mairie… Mais tels adultes qui poussent de grands cris sur nos « privilèges » (vacances, par exemple !) cherchent pour leur progéniture d’autres métiers, plus gratifiants et rémunérateurs, que celui-là !

Bref, bref… Voici les résultats dudit sondage pour les enseignants :

Moyenne Enseignants Classement
% % (sur 23)
Globalement, dans le cadre de votre travail actuel, diriez-vous que vous êtes heureux ? 73 85 3
Activité professionnelle qui passionne 63 79 7
Reconnu par ses supérieurs (4 professions majoritairement non concernées) 35 31 15/19
Bonnes relations entre collègues 82 86 9
Conditions matérielles satisfaisantes 67 66 16
Travail non pénible 58 63 12
Travail non précaire 76 90 7
Travail utile à la société 79 91 3

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4 Responses to “Cocus, mais contents ?”

  1. Marif dit :

    Gestionnaire, quelle misère… Supérieur, quelle horreur… administratif, quel terme agrégatif !!!

    Peut-être ai-je lu trop vite, retrouvant votre saine indignation.

    Ce n’est qu’un sondage qui tente de refléter un sentiment moyen.

    Si on le regarde de près je constate que les profs ont un très fort sentiment d’utilité. Les gouvernements qui se sont succédés ont affirmé haut et fort cette priorité à l’éducation… même si les moyens n’ont pas toujours suivi, même si les formes de travail ont évolué.

    Au quotidien, une « supérieure » (qui a tout de même enseigné 30 ans face à des loupiots en chair et en os) constate que les nouveaux profs sont d’une grande ténacité, qu’ils sont prêts à donner de leur temps et de leur énergie… pour une grande cause et un salaire que personne n’envie.

    La même enquête présente le plaisir à aller au travail (85% d’enseignants heureux, qui plus est 86% appréciant les relations au travail !).

    Le seul gros bémol est celui de la reconnaissance. Mais qu’est ce que celà signifie ??? Pourrait-on travailler dans un établissement sans respect mutuel du travail des uns et des autres ? Je ne le pense pas. La reconnaissance évoquée est-elle celle du salaire ? de l’évolution de carrière ?
    Dans les établissements, de mon point de vue elle passe par mille petites attentions portées au confort professionnel de chacun, évidemment dans la limite des moyens dont on dispose, elle passe aussi par la confiance qui s’exprime dans les échanges, par le travail de réflexion partagée.

    @u plaisir de vous relire,

  2. Ex-prof dit :

    Si vous n’avez pas lu trop vite… c’est que je me suis mal exprimée ! Et j’en suis désolée, car j’ai, à diverses reprises, témoigné de mon bonheur d’avoir croisé sur mon chemin des « supérieurs » avec lesquels je me suis sentie « en phase », en tant qu’enseignante…
    Je croyais, dans ce billet, avoir expliqué pourquoi ce sentiment de non-reconnaissance, non par la mauvaise volonté ou la non-volonté de l’une ou l’autre des parties, mais par leurs rôles, très différents. Et que « gérer une classe » impliquait des positions et des actions très différentes de la gestion d’un établissement ou de plusieurs établissements… Et je croyais ne m’être « indignée » que contre certaines réformes, certaines façons, « en haut lieu », de considérer les enseignants comme un troupeau qui n’a d’autre choix que de suivre les directives ministérielles…
    Bon. Je n’écris sans doute plus assez pour affûter correctement ma plume ! Désolée !

    Il n’en reste pas moins que ce sondage – qui n’est, effectivement, qu’un sondage parmi d’autres – montre que « les » enseignants sont fiers de leur métier et de leur travail… Cela valait la peine d’en parler, non ?

  3. reine dit :

    Suite à une démission , je pensais reprendre du service en tant que prof …(j’ai déjà exercé 4 ans, et j’avais lâché parce que mon salaire était insuffisant …seule, 4 enfants à élever…) Mais je me souviens avoir été très heureuse à cette époque …le bonheur de transmettre le savoir, grande solidarité des collègues, échanges intellectuels de bon niveau et surtout peu d’heures de service et vacances nombreuses payées !!! ne pensez vous pas que ceci explique cela?

  4. Ex-prof dit :

    Décidément, je me suis mal exprimée ! Non, que les enseignants figurent dans le trio de tête des « travailleurs heureux » ne m’étonne pas ! J’ai été, pendant 40 ans, une enseignante heureuse ! Le travail avec les enfants m’a passionnée, j’ai beaucoup échangé avec mes collègues, et je n’aurais souhaité pour rien au monde (même pour un salaire double ou triple !) exercer un autre métier ! Si l’on s’y « donne » vraiment (et particulièrement en Français, où on est moins tributaire d’un manuel à suivre), on peut remettre en cause sa manière d’aborder le programme, ses méthodes, sa façon d’être avec les élèves… et progresser ! Ce que ne permettent pas forcément des tas de métiers…
    Pour moi, pas de problème : c’est le plus beau métier du monde !!!

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