Raisonnons logiquement !

Au programme des 3èmes ce matin : le raisonnement…

Je détaille dans ce cours plusieurs types de raisonnements, comme le syllogisme, le raisonnement par induction ou déduction, etc.. C’est un peu ardu, mais les exercices qui suivent sont assez amusants…

Comment ? Vous ne savez plus ce qu’est un syllogisme ?

Mais si, voyons :
Tous les hommes sont mortels.
Or, Socrate est un homme.
Donc, Socrate est mortel.

Vous voyez ? ça vous revient ! J’en étais sûre !

Nous faisons donc un exercice oralement, les élèves font ensuite, par 2 ou 3, un deuxième exercice du même genre, puis ils lisent le cours et font une bonne demi-douzaine d’exercices. Le tout en 2 heures (quand même !).

Au bout d’une heure, ils étaient donc plongés dans leurs exercices, la température s’élevait dans la classe tant leurs cerveaux chauffaient. La sonnerie retentit…

Eh bien non ! Pas un ne bougea, ni même ne leva le nez ! J’attendais la traditionnelle demande « On peut avoir une pause, madame ? »… et rien ! C’est moi qui ai dû la leur proposer, pour éviter une surchauffe des cerveaux…

Et la deuxième heure s’est passée dans la même concentration ! Bien sûr, je n’ai pas eu le temps de m’asseoir une seconde, passant de groupe en groupe pour vérifier les réponses ou aider des élèves « en panne ». Mais c’est rudement motivant, de voir une classe aussi concentrée !

Demain, nous lirons « De l’esclavage des nègres », de Montesquieu. Je m’offre chaque année le plaisir d’étudier ce texte en 3ème… et de voir, progressivement, les élèves comprendre que l’auteur joue de l’ironie… Car la première réaction, après lecture du texte, est généralement « Il est raciste ! », et peu d’élèves comprennent d’emblée que Montesquieu critique violemment l’esclavage (et ceux qui en vivent… et ceux qui laissent faire !).

Allez ! Je ne peux résister au plaisir de vous redonner à lire ce texte que vous connaissez sûrement :

De l’esclavage des nègres.

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l’on faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.

Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?

Montesquieu, De l’Esprit des Lois, livre XV, chapitre V

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One Response to “Raisonnons logiquement !”

  1. Axel dit :

    Ah tiens, nous étudions la même chose (enfin non pas le texte !) et tu dois être drôlement convaincue – et donc convaincante – pour que les élèves ne se précipitent pas à la sonnerie ! J’ai pourtant une classe de 3° avec une majorité de « bons » élèves mais ils ne cessent de dire que « c’est trop difficile » pour eux…

    Pour l’ironie, je suis passée par La Guerre de 14-18 de Brassens, mais même après la deuxième heure, j’ai bien vu que rares étaient ceux qui avaient vraiment compris ce qu’est l’ironie… Enfin, ça viendra, je ne m’inquiète pas trop pour cette classe, mais quand je pense qu’ils sont (effectivement) au-dessus de la moyenne du collège…

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