Où l’on reparle… d’une principale…

Ben oui, pour changer un peu, je vais vous reparler d’une principale (depuis longtemps en retraite, y a prescription !). Vous savez, celle qui ne frappait pas aux portes…

Mon premier contact avec elle fut téléphonique… et je me souviens de ma surprise ce jour-là.

Après les préambules sur ma nouvelle affectation, le fait que j’allais bénéficier des « bonnes classes » prévues pour l’excellente collègue que je remplaçais, la principale entra dans le vif du sujet :

« L’année dernière, nous avons eu deux [ou trois, ma mémoire est imprécise sur ce point] petits bébés…

– …

– Vous avez des enfants ?

– Non…

– Vous êtes mariée ?

– Non…

– Ne vous inquiétez pas, on vous trouvera un gentil petit mari ! »

Texto ! Je vous jure !

Malheureusement (ou heureusement ?), elle n’en trouva pas… D’ailleurs, nos rapports ayant très vite tourné à l’aigre, je crois qu’elle arrêta aussitôt de chercher…

Mais imaginez un peu : vous croyez débarquer dans un collège, et on vous annonce une pouponnière couplée à une agence matrimoniale ! Y a de quoi surprendre, non ?

Je débarquai donc dans un collège où il y avait de « bonnes » et de « mauvaises » classes (les bonnes classes, moins nombreuses, étaient composées de latinistes et germanistes), de « bons » et « mauvais » profs : les bons profs avaient les bonnes classes et, la preuve qu’ils étaient bons… c’est qu’ils avaient de meilleurs résultats au brevet que les autres…

Je me rangeai très vite dans la catégorie des « mauvais » profs : la 2ème année, je n’eus plus de 3èmes ; la 3ème année, je n’eus plus de 4èmes… Heureusement (j’ose !) que sa santé l’obligea à nous « abandonner », car elle aurait peut-être été obligée d’adjoindre une petite section de maternelle (vous savez : les couches et les biberons) au collège, exprès pour moi !

Notre désaccord était total : elle voulait que j’enseigne le Français comme on le lui avait enseigné. Entre autres, que je fasse étudier Montaigne en 5ème… Je n’ai jamais su si elle confondait Molière et Montaigne, ou si ses souvenirs étaient un peu brouillés : personnellement, on m’a fait aborder Montaigne en 1ère… et c’était déjà assez difficile, de langue et de pensée. En 5ème ??? Une version type « Reader Digest », peut-être ???

Il y eut un jour, pourtant, où j’aurais pu me « rattraper » et regagner une certaine estime de sa part…

Ce jour-là, l’inspectrice de Français nous réunit dans le bureau de la principale (toutes les réunions où elle devait – ou voulait – être présente se déroulaient dans son bureau, de crainte qu’un appel téléphonique ne lui échappe si elle était dans une autre pièce… pas de portables, à l’époque !). Bien tassés (le bureau n’était pas conçu pour des réunions de plus de 3 ou 4 personnes…), nous écoutâmes religieusement la Bonne Parole. Je ne sais plus du tout de quoi il fut question… hormis que cela concernait forcément l’enseignement du Français ! Mais à un moment, l’inspectrice posa une question : y avait-il parmi nous des enseignants qui pratiquaient de « nouvelles méthodes » ?

La principale me regarda. Et son regard était une invitation : elle gagnerait quelques points si des enseignants répondaient à l’inspectrice ; et j’étais son joker…

Mais je restai muette…

Après la réunion, une collègue (une « bonne » !) me reprocha de n’avoir pas répondu alors. Et comme je lui rétorquais que je ne faisais rien de bien neuf :

 » Quand même ! Tu fais du travail de groupes ! »

Du travail de groupes ! Cela pouvait encore être considéré comme une « nouvelle méthode » dans les années 80 ! Alors que les initiateurs de cette forme de travail étaient tous morts, ou à peu près ! Alors que je travaillais de cette façon depuis plus de 10 ans !

Non, honnêtement, je ne pouvais me targuer devant l’inspectrice de « nouvelles méthodes » ! Même pas (et surtout pas, pour être honnête !) pour me « réhabiliter » aux yeux de la principale !

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