Où l’on reparle de la Duchesse…

En attendant vos commentaires et suggestions sur les façons de « mettre au travail » un enfant qui n’en a pas envie, je reviens à « ma Principale bien-aimée » (« la Duchesse », pour son adjoint).

D’une Duchesse (celle d’Alice au pays des merveilles ?), elle avait certes le sens des classes sociales… Si quelques professeurs avaient droit au statut de protégés, il n’en allait pas de même parmi les autres personnels, « menu peuple » indigne de son attention et tout juste bon à obéir. L’intendante et la secrétaire arrivaient parfois à se faire entendre, mais c’était tout juste. Je ne sais par qui elle se trouvait régulièrement en possession d’un certain nombre de magazines ; ce qui est sûr, c’est que la gardienne avait droit aux « Nous Deux », « Intimité », « Femme Actuelle » et autres lectures jugées « de son niveau »… Et qu’elle devait évidemment remercier de ces largesses… sachant parfaitement que les « Géo », « Paris-Match »… allaient à d’autres destinataires, sans doute plus « élevées » intellectuellement…

Elle arrivait rarement avant 9 h du matin (elle avait un logement de fonction sur place), partait souvent vers 16 h, rentrait chez elle pour manger. Si c’était « le jour du coiffeur », on ne la voyait pas de l’après-midi. Il est vrai qu’elle devait beaucoup s’ennuyer, enfermée dans son bureau à ne rien faire…

J’ai déjà dit que les réunions, jusqu’à environ 15 personnes (après, on ne tenait vraiment plus, même en serrant bien les chaises les unes contre les autres), se tenaient dans son bureau, de peur qu’elle manque un appel téléphonique (je ne me souviens pas qu’il y en ait eu, mais bon…). Dont les conseils de classe…

A cette époque, les conseils étaient en deux parties : à le deuxième seulement, on faisait entrer délégués d’élèves et de parents. Il arrive encore aujourd’hui qu’on fasse attendre un peu les délégués, pour évoquer des cas particuliers qui n’ont pas à être connus des élèves ni des parents, mais c’est assez rare, alors qu’il y a… 25 ans (en gros…), c’étaient vraiment deux parties distinctes. La Principale, qui ne devait pas apprécier plus que ça la présence obligatoire des délégués, avait singulièrement déformé le déroulement de ces conseils : en fait, le « vrai » conseil avait lieu, avec discussions, et la Principale remplissait l’avis général en bas des bulletins. Puis les délégués entraient… et elle lisait les appréciations, tout bonnement ! Je me souviens encore, ma première année, de la colère d’un père d’élève de 3ème, qui avait dû prendre son après-midi pour assister au « conseil » de fin d’année, où se décidait donc l’orientation des élèves… et qui avait vu passer les 18 ou 20 élèves en autant de minutes !

Le « fait du prince » jouait aussi pour les orientations, d’ailleurs. Je me souviens, cette même année, d’une élève de 3ème aux résultats trop médiocres pour envisager un passage en seconde. Elle avait tout juste 15 ans, aucune idée de ce qu’elle voulait faire, et la meilleure solution nous semblait être le redoublement, à la fois pour lui donner le temps de réfléchir et celui d’améliorer ses résultats. Mais il n’en était pas question ! Les parents de la gamine ayant posé je ne sais quel problème l’année précédente, la principale ne voulait absolument pas d’elle en 3ème ! Et puisque la famille ne demandait pas une orientation et BEP ou CAP, elle inscrivit « vie professionnelle » sur le bulletin, bien que des collègues lui aient représenté que c’était impossible, la gamine étant encore soumise à l’obligation scolaire ! Je crois d’ailleurs me souvenir qu’elle redoubla, effectivement, dans l’établissement…

Une autre année, toujours en 3ème, elle n’envoya pas le dossier d’une gamine qui lui avait déplu elle aussi, je ne sais pour quelle raison. Je ne connaissais pas la gamine (je n’avais plus droit aux 3èmes !), mais il me semble qu’elle avait un handicap, je ne sais de quel ordre. Elle demandait un BEP. Le professeur principal de la classe, s’inquiétant de ne pas avoir de nouvelles de l’affectation de l’élève, alla voir la principale… qui lui dit qu’elle n’avait pas envoyé le dossier, vu que la gosse (ou ses parents) étai(en)t vraiment très désagréable(s). Le professeur insista, car tous les autres élèves avaient reçu leur affectation :

« On dira qu’elle est refusée, suggéra la principale.

– Impossible ! Si l’élève est refusée, le dossier lui revient ! »

Alors, la principale, en confidence :

« Ça ne fait rien, on fera un faux… »

Vu la manière dont le professeur raconta l’entretien en salle des profs, et le bruit qui se fit autour de l’affaire, je doute qu’elle ait effectivement « fait un faux »…

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3 Responses to “Où l’on reparle de la Duchesse…”

  1. odile dit :

    Tout simplement atterrant!

    ça va réconcilier un certain nombre de personnes avec l’éducation nationale…

  2. Sophie V. dit :

    … Bon, depuis que tu en parles … Une question me brûle les lèvres … Ne serait-ce pas Mme D…? – en poste à mon époque effectivement ? – si c’est le cas (et maintenant que je suis « de l’autre coté »…) je me rends compte à quel point certain(e)s sont capables de « déglinguer » à tout va, assoiffé(e)s de pouvoir qu’ils (elles) sont …
    Bref, en particulier, j’apprends que Mme D. t’aura bien pourri la vie ; ça me tue.

  3. Future ex-prof dit :

    Gagné !

    Et… au risque de te « tuer » un peu plus (attention, quand même !)… je te dirai que c’est la seule personne qui ait réussi à me faire douter de moi, au point de chercher (en vain !) quel autre métier je pourrais faire… Cette période de doute n’a pas été très longue, mais j’en garde un très mauvais souvenir, vu que mon métier était la seule chose que je n’aie jamais remise en question…

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