Lourdes bourdes…

Permettez-moi de répondre à nouveau aux questions que se pose une future prof (voir récents commentaires).

Des bourdes, c’est sûr, on en fait tous, on en a tous fait ! De toutes sortes ! Et l’âge, l’expérience n’en prémunissent même pas ! Un instant de distraction, et toc ! on dit juste ce qu’il ne fallait pas dire ! Aucun souvenir précis ne me remonte à la mémoire à l’instant, mais je sais que j’en ai fait, de ces grosses bourdes…

J’ai déjà parlé de la nécessité de « séparer » la personne de son rôle. Un des nombreux avantages est que la « personne » peut tenter de rattraper la bourde qu’a faite le prof. Si, par exemple, je menace un élève : « Je vais mettre un mot sur ton carnet : il va être content, ton père ! » et qu’il me répond : « Il s’en fout, il est mort ! »… c’est ce que j’appelle une grosse bourde… Il me reste à voir l’élève à la fin de l’heure, à m’excuser de mon propos mal venu, en lui expliquant que je me suis énervée à cause de son comportement. Il faut que j’essaie de « rétablir le contact » que j’ai rompu par ma phrase pour le moins maladroite, et que je m’assure qu’il a compris, que nous sommes, en quelque sorte « réconciliés ».

La bourde « de connaissances » est, à mes yeux, moins grave que la bourde « de psychologie », et beaucoup plus facile à gérer… à condition qu’on ne se pose pas d’emblée comme « maître incontestable du savoir », mais qu’on accepte l’idée que nul n’est infaillible… pas même le prof ! Il m’est arrivé de me faire reprendre par un élève parce que j’avais commis une erreur d’analyse (voire même d’orthographe !) : j’ai assuré l’élève qu’il avait tout à fait raison, que je m’étais trompée, assortissant éventuellement ma phrase d’une pirouette « humoristique ». Si j’ai un doute sur un mot, je demande à un élève de regarder dans le dictionnaire pour en connaître le sens précis ou l’orthographe. Il m’est arrivé aussi, en repensant à un cours, ou en corrigeant des copies, de m’apercevoir que j’avais dit une ânerie : je m’en suis expliquée au cours suivant, maudissant ma distraction qui les avait « enduits d’horreur ».

Quant au premier cours de l’année…

C’est vrai qu’on en fait tout un plat… et je ne veux pas minimiser son importance… juste la relativiser !

Le prof a souvent l’impression que « tout est joué » dans la première heure, qu’il lui faut donc être super-bon dans cette première heure, de crainte de « ramer » toute l’année. En fait, ce sont surtout ses craintes personnelles qui s’expriment ici, beaucoup plus que la réalité. Et la pression qu’il se met risque fort… de lui faire commettre la bourde redoutée !

Non, tout n’est pas joué à la fin de la première heure. Heureusement ! Et, au fil des ans, l’importance de cette première heure diminue… presque jusqu’à disparaître ! Par contre, si on s’est « trompé de rôle » (en jouant le « prof copain » ou le « prof sévère », alors que ce n’est pas le rôle qui convient), il y aura un malaise lorsqu’on retrouvera un rôle plus « juste » : il faudra aux élèves le temps de l’adaptation…

C’est quoi, un rôle « plus juste » ? Ben… celui qui vous convient le mieux ! En fonction de votre caractère, de vos goûts, de vos envies, de votre vision du métier ! Il n’y a pas de « prof parfait », de même qu’il n’y a pas de « pédagogie parfaite » : à chacun de trouver… chaussure à son pied ! (les chaussures des autres vous allant rarement…)

Quant à la gestion d’une classe, je l’ai déjà dit, c’est un travail difficile, qui demande beaucoup d’être à l’écoute. Là encore, pas de recette miracle : celle qui marche avec le collègue peut ne pas marcher avec vous, celle qui marche dans une classe peut être totalement inefficace dans une autre, celle qui a si bien marché depuis un mois avec telle classe peut très bien tomber à plat un jour…

Personnellement, quand je sens un problème « de classe », j’essaie le dialogue avec la classe. Éventuellement, avec quelques élèves que je pense susceptibles de m’éclairer. Si cela ne donne rien, j’essaie d’en parler avec des collègues, avec le professeur principal. Voire avec la principale ou l’adjointe. Il m’est ainsi arrivé de faire des « mises au point » avec l’aide de l’un ou de l’autre. Le prof principal ou la principale a commencé à s’adresser à la classe pour que les élèves exposent le (ou les) « problème(s) », puis j’ai répondu. Les 2 fois auxquelles je pense, il s’agissait d’une mauvaise interprétation de la part des élèves, et la situation s’est rétablie assez vite.

Je n’ai jamais (touchons du bois !) eu de problème de gestion de classe dans le sens de chahut, ou autres choses analogues. Par contre, j’ai eu 3 ou 4 classes dans ma « carrière » avec lesquelles je n’ai pu établir de « contact » : nous sommes restés « étrangers »… C’est difficile à vivre… et je n’ai pas trouvé de recette miracle ! Quant aux « zozos » qu’on trouve un peu dans toutes les classes… ils sont par définition imprévisibles ! Et peuvent très bien ficher le bazar pendant toute une semaine… et fournir un travail, une participation, satisfaisants pendant une heure (ou une demi-heure, n’exagérons rien !). Eux sont difficiles à gérer, mais ne reflètent pas la classe…

Encore une fois, le travail sur soi (qu’est-ce que je veux ? de quoi ai-je peur ? qu’est-ce que j’attends de mon métier ? de mes élèves ?) aide beaucoup à prendre ses distances avec les aléas du métier. Et le fait de se souvenir qu’on n’est pas seul.

Bon courage aux futurs profs ! C’est un si beau métier !

La preuve ? Je vais la semaine prochaine dans le Nord, au mariage d’une élève que j’ai eue en 79-80 ! C’est pas beau, la vie de prof ?

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4 commentaires sur “Lourdes bourdes…”

  1. Laura dit :

    Ah mais oui, ça a l’air très chouette la vie de prof, surtout quand on la lit ici ! Simplement, j’ai du mal à cerner ce que « devrait » être la relation entre le prof et l’élève. C’est ce qui me semble le plus difficile, et le plus intéressant. Vous allez me répondre que cela dépend toujours des cas, des situations, des personnalités, mais comment se « positionner » correctement ? Je suppose que de toute façon, on avise sur place, quand on est devant la classe, sans se poser de questions justement.

  2. Future ex-prof dit :

    Eh non, il n’y a pas de réponse « standard » à ta question !

    Mais j’ai trouvé une page intéressante : des questions auxquelles répondre, qui donnent des indications sur ce qu’on privilégie… et qui permettent donc d’y réfléchir par la suite :

    http://www.pedagopsy.eu/questionnaire_vous_eleves_autre.htm

    Attention ! Ne pas donner à ce questionnaire une valeur de test, mais simplement de cadre de réflexions

    Bonne visite !

  3. lulubie dit :

    Personnellement, en tant que prof, voici comment je définirais ma relation prof-élèves. Je crois que j’aime passionnément mes classes, surtout quand je parviens à y instaurer un climat de confiance, quand je sens que les élèves y sont à l’aise et progressent. C’est une sensation très agréable car l’autorité repose alors sur autre chose que « la carotte et le bâton ».
    Par contre je ne peux pas aimer, au sens affectif du terme, mes élèves, chacun de mes élèves. Je tente, autant que faire se peut, avec chacun d’entre eux de demeurer ferme, bienveillante, à l’écoute, respectueuse etc.… mais je n’ai pas d’amour pour pour chacun d’entre eux, je ne cherche pas non plus à être aimée d’eux !

    Voilà pourquoi je rejoins Future ex-prof lorsqu’elle distingue prof et personne. Je crois que le prof est dans la philanthropie, ou l’agapè des grecs.
    Jamais au grand jamais il ne doit être dans l’affect ou la relation de copinage !

  4. Axel dit :

    « jamais au grand jamais » dit lulubie… Ce n’est pas si simple je crois. En ce qui me concerne j’essaie d’éviter d’avoir en classe les enfants que je connais depuis longtemps avant leur entrée au collège et que j’apprécie parce que je crois en effet qu’il faut distinguer la personne du prof et que ce n’est pas si facile.
    Mais je connais plusieurs collègues qui mettent en avant la relation personnelle. Certains certes le regrettent très vite parce que les élèves oublient vite les limites dans ce cas là. Mais je pense plus particulièrement à un enseignant qui soutient que c’est la seule solution pour éviter les drames, et qui semble en effet avoir bonne presse auprès des élèves. (Maintenant, je ne suis pas dans sa classe, et chat échaudé… des collègues en dépression alors qu’ils étaient presque méprisants envers ceux qui avaient des problèmes de discipline, j’en ai connus aussi…

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