Des cours préparés une fois pour toutes…

Un de mes cousins me disait un jour : "Tu n’as plus de préparations à faire, elles sont faites depuis longtemps ! La littérature n’a pas changé depuis !"

J’ai arrêté depuis longtemps de discuter au sujet des "perpétuelles vacances" et du "peu d’heures de travail" des profs. Discussions stériles, car l’interlocuteur, persuadé qu’il a raison et que les profs sont grassement payés (forcément, ils sont fonctionnaires ! On sait bien que les fonctionnaires sont payés à ne pas faire grand-chose, et les profs sont les plus paresseux de tous !) sur ses impôts à lui (nous n’en payons pas, c’est bien connu !) n’entend pas les réponses qu’on peut lui faire. Mais il m’arrive encore d’être surprise par une petite phrase comme celle citée plus haut.

Ou cette autre, d’un médecin du travail. J’allais le voir parce que, suite à une sciatique paralysante, je demandais un séjour de rééducation.
"Quelle matière enseignez-vous ?
- Le français.
- Ah ! Vous êtes tout le temps assise, alors !"

Ben tiens ! Le prof de français fait ses cours assis, n’écrit pas au tableau (c’est vrai que je n’y écris pas assez, d’ailleurs !), ne passe pas dans les rangs ou dans les groupes. Un métier de femme-tronc ou de cul-de-jatte, en somme !

Le pire, c’est que je suis sûre que la majorité des gens pense comme ce médecin et comme mon cousin. Les cours, on les prépare en début de carrière, et après, roule jeunesse ! On n’a plus qu’à les reprendre d’année en année, sans y toucher ! Quatre ou cinq ans de travail (et encore ! je ne suis pas sûre qu’on nous en attribue autant !), et 35 ans de repos…

Pour en revenir à la littérature… D’abord, je ne me considère absolument pas comme un professeur de littérature : en collège, j’estime qu’on a d’autres urgences… Mais j’étudie – et fais étudier – des œuvres. Très variées, d’ailleurs, et pas forcément toutes étiquetées Littérature. J’ai déjà expliqué que je choisissais une œuvre en fonction des centres d’intérêt de la classe : si une partie importante des élèves a envie de lire des romans policiers, je choisis un roman policier…

Le premier critère, après évidemment un niveau de lecture adapté aux élèves (et l’existence en collection poche bon marché…), est qu’il faut que l’oeuvre me plaise, à moi professeur. Mon expérience avec l’initiation au latin (voir ces chapitres…) m’a appris qu’on transmet trop facilement aux élèves ses propres sentiments. Pour mettre toutes les chances de mon côté, je choisis donc une œuvre que j’aime : il me sera plus facile d’entraîner les élèves (ne soyons pas fous : quelques élèves !) vers la lecture…

Le second critère est la richesse de l’oeuvre : quels travaux, quelles études, peut-elle entraîner ? Quand j’en ai une vague idée, je peux commencer mon travail d’étude.

Je dis bien : étude, et non préparation de cours, je n’en suis pas encore là ! Je relis l’œuvre, en notant au fur et à mesure les centres d’intérêt possibles, en opérant des relevés systématiques des centres découverts. Ce travail me permet d’affiner mes objectifs vis-à-vis de la classe. Je choisis alors les grands axes d’étude, les types de travaux (écrit, oral, travail individuel, de groupes, étude globale, d’extraits…) et peux alors répartir dans une grille horaire trimestrielle les objectifs de chaque heure.

Le travail d’étude proprement dit me prend généralement une vingtaine d’heures. Mais il m’est arrivé, en travaillant non plus essentiellement sur une oeuvre, mais sur un thème, de passer 2, 3, voire 4 fois plus de temps (je pense au thème du double, ou de l’esclavage, par exemple, qui m’ont demandé des heures de recherches).

Mais, me dirait mon cousin, une fois que ce travail est fait, il est tout prêt pour les années suivantes !

Oui, bien sûr… à condition que j’aie envie de répéter toujours la même chose… Ce qui ne m’intéresse pas vraiment…

2 commentaires sur “Des cours préparés une fois pour toutes…”

  1. Marido dit :

    Je suis moi-même en « dernière année ». Vos réflexions me comblent d’aise… »Enseigner sa langue maternelle ne doit pas être très fatigant… » sic, un de mes frères,manager international au traitement proportionné aux heures passées dans les avions…Mais c’est mon mari, non-prof, qui est devenu, au fil du temps,le meilleur « défenseur » des profs. Je ne regrette rien et l’exercerais à nouveau si…Cordialement. Marido

  2. Future ex-prof dit :

    Merci de votre témoignage… Effectivement, enseigner sa langue maternelle ne pose aucune espèce de problème… Il suffit de laisser parler les élèves, je suppose ?

    D’ailleurs, je me demande quelle matière est fatigante à enseigner : ne suffit-il pas de répéter ce que nous ont dit nos propres professeurs?

    Bonne dernière année, et merci à votre mari de prendre notre défense !

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