Réfléchissez… réfléchissons…

Une petite provoc de la part d’un lecteur ? Allez, je me laisse faire, et je réponds à Brice…

1. La réflexion est quelque chose de personnel, par définition. La réflexion des autres ne peut être utile que si on ré-fléchit.

2. Pour réfléchir, il faut mettre en oeuvre des fonctions mentales complexes, qui ne se découvrent ni au berceau, ni d’un seul coup en passant à l’âge adulte. Cela s’apprend, comme marcher ou manger à la cuiller.

3. On ne peut réfléchir qu’à partir de ce qu’on sait, ou croit savoir. Autrement dit, la première phase de la réflexion n’est rien d’autre que ce qui se pense et se dit dans notre entourage.

4. Pour qu’il y ait réflexion, il faut qu’il y ait contradiction (partielle ou totale) entre deux opinions. Si tout le monde est d’accord avec moi sur un sujet, il est inutile que j’y réfléchisse davantage… A moins… à moins que je tienne habituellement pour mauvais (ou au moins sujets à caution) les avis de tout ce monde.

5. Le prof n’est pas là pour « convertir » les élèves à quelque idée que ce soit, mais pour les aider à s’ouvrir au monde (je sais, c’est un peu grandiloquent, et peut-être illusoire…).

Donc :

Que les élèves « évacuent toutes les bêtises qu’ils peuvent couver dans leur tête » est « normal » (bien que je n’aime pas ce mot…). C’est la première phase, et elle est indispensable. Le but du jeu n’est pas qu’ils pensent comme moi, mais comme eux… Ceci dit, ils ne pensent et ne disent pas tous la même chose, et ils peuvent déjà se répondre dans cette première phase… qui les amène à la seconde. Les échanges à ce niveau sont d’autant plus importants que les ados accordent beaucoup de crédit à leurs pairs… beaucoup plus qu’à leurs profs !

Je ne laisse évidemment pas mes élèves « patauger dans leur ignorance », ce serait un comble ! D’abord, une discussion, un débat, n’arrivent pas « comme ça », parce que le matin, en me lavant les dents, je me suis dit : Et tiens, si on faisait un débat ? Il y a forcément eu des lectures auparavant, textes narratifs, explicatifs, argumentatifs… extraits de romans, d’articles de journaux, que sais-je ?

Qu’est-ce que ça veut dire « expliquer vous-même un thème comme La Peine de Mort » ? Que pourrais-je bien expliquer sur ce thème ? Je ne suis ni Voltaire, ni Victor Hugo, ni Camus… et ne vois pas quelles « explications » pourraient être utiles à quiconque… Des informations, oui (d’où les articles de journaux ou les références historiques), des bases de réflexion (d’où les textes argumentatifs)… Tout ce « matériel » pouvant alors être utilisé comme argument dans la discussion.

Enfin, à chaque fois que j’ai organisé un débat dans une classe, non, « les trois-quarts [ne sont pas restés] la bouche close jusqu’à la fin de l’heure »… mais 4 ou 5, oui, sûrement ! D’abord, les tables sont alors disposées en carré, afin que chacun voie les autres ; ensuite, les élèves eux-mêmes acceptent mal les « silencieux » dans un débat, et se chargent de les interpeller. Enfin, si le sujet les intéresse, s’ils ont été assez préparés, ils ont envie de confronter leurs opinions à celles des autres.

Ai-je assez répondu à la provoc de Brice ?

Non, j’ai oublié de dire une chose : j’interviens aussi peu que possible dans le débat (sauf, évidemment, pour donner la parole et rétablir le calme, si nécessaire) et, généralement, sous forme de questions.

Quand j’étais dans le Nord, nous avions fait ainsi un débat sur ce thème de la peine de mort, dans une classe de 4ème. La discussion avait été animée, et j’étais intervenue sans doute un peu trop. Quelques élèves continuèrent à discuter avec moi après la fin du cours, et l’une d’elles me dit finalement :

« C’est pas juste, vous, vous êtes prof, vous avez les mots ».

C’était il y a plus de 30 ans, mais je n’ai jamais oublié cette réflexion, et je fais d’autant plus attention à ne pas exposer/imposer mes opinions qu’effectivement, « j’ai les mots »…

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One Response to “Réfléchissez… réfléchissons…”

  1. Laura dit :

    J’ai toujours trouvé que le fait de faire des « débats » à l’école était un peu… idiot. Surtout au collège. A chaque fois qu’un de mes profs nous annonçait ça, je soufflais de lassitude… déjà parce que généralement, toutes les « réflexions » émises n’étaient pas vraiment « réfléchies », et puis de toute façon, moi, je ne disais jamais rien. Pas par paresse ou timidité (quoique) mais surtout parce que je ne me sentais pas « armée » pour cela. J’avais l’impression que pour pouvoir débattre sur un sujet, il fallait avoir une connaissance quasi-parfaite dudit sujet (après, cela, c’est sans doute uniquement personnel), et vu que je ne pouvais pas avoir acquis, à 13 ans, tout un tas de connaissances, je ne me sentais vraiment pas « apte » à débattre de quoique ce soit.
    J’ai lu quelque chose, je ne sais plus quand, sur un prof de l’antiquité grecque probablement (mais j’émets des réserves sur la période) dont l’enseignement se déroulait ainsi : d’abord ses élèves suivaient auprès de lui un enseignement uniquement basé sur l’écoute, i.e., aucun élève n’avait le droit de prendre la parole car l’enseignant estimait qu’ils n’étaient pas encore capables de le faire. Ensuite seulement, après des années d’écoute et d’acquisition de connaissances, ils étaient autorisés à « débattre ».
    Je ne dis pas qu’il faut appliquer cela à l’école d’aujourd’hui quand même…