Quelques fleurs…

C’est bientôt mon anniversaire, alors permettez-moi de me jeter quelques fleurs…

J’espère que vous ne tenez pas ce blog pour la Vérité Pédagogique descendue sur Terre, et que vous ne me prenez pas pour SuperProf… Des erreurs, j’en ai commis, et j’en commets encore… comme, je pense, tous ceux qui travaillent sur/avec « la matière humaine »…

(Je ne regarde pas la télé… mais je lis les commentaires dans mon magazine. Dans celui évoquant le documentaire « Déni de grossesse », la journaliste évoque cette jeune femme entrée un jour à l’hôpital à cause de violentes douleurs : deux médecins diagnostiquent des coliques néphrétiques… mais c’est le 3ème qui a raison : la « colique néphrétique » est une petite fille d’aujourd’hui 5 ans… Remarquez, dans ma famille, il y a un « fibrome » qui doit avoir dépassé les 50 ans…)

Donc, même si j’essaie, le plus souvent, de « faire pour le mieux », conformément à ce que je pense, je ne suis pas pour autant sûre de le faire… Comme je l’ai déjà dit, j’essaie de ne jamais oublier que j’ai des personnes en face de moi. Mais je n’ai évidemment aucune prise sur ce que ressentent les élèves…

Parfois, je vois bien que « le courant passe », et j’en suis heureuse : avec cette classe-là, je peux aller plus loin, leur demander des choses plus difficiles. Parfois, le courant ne passe pas, et je bataille toute l’année pour réveiller une classe endormie. Enfin, il arrive aussi que la classe me soit sourdement hostile… C’est le plus dur. Après avoir tenté toutes les manières d’entrer en dialogue, d’éclaircir les éventuels malentendus, il me faut conduire cette classe et ses récalcitrants vers les objectifs fixés, malgré la mauvaise volonté évidente…

C’est dans une classe de ce genre qu’était « Carole » (ce n’est pas son prénom), qui m’a écrit en octobre, via Copains d’avant.

Une classe que j’avais presque oubliée… parce que je préfère en général évacuer les mauvais souvenirs. Et c’en était un !

Je n’ai plus en tête la composition exacte de la classe, mais je sais qu’une bonne partie des élèves venaient de la même 4ème, avec laquelle j’avais monté une série de sketches (écrits par les élèves) sur le thème de la médecine. Une 4ème qui « marchait bien », donc, vu le temps et l’énergie que demande ce genre de projet. J’étais évidemment heureuse de les retrouver en 3ème… mais ai vite déchanté : le courant ne passait plus avec mes « anciens » (et plus particulièrement quelques « anciennes », qui utilisèrent surtout leurs capacités à « faire du mauvais esprit », comme on dit…), et je ne réussis pas non plus l’accroche avec les nouveaux… Tous les profs – sauf un – rencontraient les mêmes difficultés que moi… mais les petit(e)s futé(e)s arguaient que, justement, si ça marchait bien avec tel prof, ça prouvait que ce n’étaient pas les élèves qui étaient en cause…

Et donc, voici qu’en octobre surgit de ce passé « presque oublié » d’il y a une douzaine d’années, Carole. Qui m’écrit alors :

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi : vous avez été ma professeur il y a quelques années à []. Il me semble que j’aie été suffisamment détestable pour que ce soit le cas…!

Moi, je fais partie de ceux que vous avez marqué. Oui, par vos tenues, et par votre personnalité. Par votre différence avec certains autres profs, dont on ne sentait pas de réel engagement avec nous, dans cette classe, avec K J, G L, N D, …. que j’imagine, on a dû qualifier de difficile, peut-être… A cette époque, je vous l’avoue, je ne vous aimais pas. Mais, je m’en suis rendue compte plus tard, c’est car je me le refusais… car je n’arrivais pas à vous faire face. J’adorais le français, mais j’adorais encore plus mes copains, et je ne me donnais pas les moyens de réussir. Disons que je préférais ne rien faire, plutôt que risquer de me planter…. Et j’avais la sensation que malgré tout, vous croyiez en nous, et que l’on vous décevait.

J’ai reçu un certain nombre de messages d’anciens élèves, à cette époque. Mais j’ose avouer que c’est celui qui m’a le plus touchée. J’avais tellement eu l’impression d’un échec, avec cette classe (même si la plus grande partie avait « scolairement » assuré le minimum), que j’étais – que je suis encore – sous le choc : malgré tout, j’avais quand même réussi à faire passer quelque chose…

Dans un courriel plus récent, Carole me lance à nouveau quelques fleurs :

Je pourrais résumer en disant que, par définition, l’homme a tendance à être un peu con entre 12 et 18 ans, que le rôle des enseignants (entre autres) est le tirer de là le plus vite possible, et que beaucoup ne le tentent pas. Vous, si. Et ceux qui sont passés dans votre classe se sont certainement dit, à un moment où à un autre, « Je compte, je suis quelqu’un ». C’est important.

Je n’oserais espérer que Carole a raison dans ces deux dernières phrases.

Mais, de tout cœur, je le souhaite…

Merci, « Carole » !

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2 commentaires sur “Quelques fleurs…”

  1. odile dit :

    C’est un beau cadeau d’anniversaire!

  2. lulubie dit :

    C’est une très belle reconnaissance, très plaisante pour un enseignant.

    Joyeux anniversaire à toi…

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