De l’instruction

Poursuivant mes recherches sur Gallica, je tombe sur un texte de Lacretelle, que je me fais un plaisir de porter à votre connaissance (ou à votre souvenir).

De l’établissement des connoissances humaines, et de l’instruction publique dans la constitution française

Pierre-Louis Lacretelle, 1791

Tous les passages sont extraits du Discours Préliminaire.

Ce seroit déjà beaucoup d’avoir à examiner les moyens et les ressources de l’esprit humain, pour mettre un enfant au niveau de l’instruction de ses maîtres, pour amener l’homme au point d’aller au-delà de ce qu’l a appris ; pour préparer un enfant à tout ce qu’il lui importe d’apprendre dans la société, pour conduire l’homme à rassembler en lui toutes les connoissances de son siècle.

[…]

Il s’agit de savoir d’une part, comment une nation, par ses institutions, peut se saisir de l’intelligence ordinaire, des penchants naturels des hommes, pour leur apprendre ce qu’ils doivent pratiquer ; pour leur faire aimer ou haïr ce qui leur est bon ou funeste ; pour les soumettre à ses loix, pour les faire entrer das sa direction : et d’une autre part, comment elle peut s’emparer de la science humaine dans toute son étendue et sa fécondité ; comment elle doit l’organiser, pour qu’elle fournisse sans cesse à l’ordre social tous les moyens de perfection dont il a besoin ; pour que toutes les richesses de la science s’appliquent continuellement à cette destination.

[…]

J’ai reconnu que la société devoit reposer sur la science humaine ; que la science humaine devoit être l’ame du corps politique ; que l’éducation, loin d’être séparée dans son cours du développement de la science, n’étoit que son principal instrument, et pour s’étendre, et pour agir sur les hommes et les choses ; que la science, le meilleur des élémens de la société, le plus ferme appui d’une constitution, ne devoit connoître d’autres bornes que celles de l’intelligence humaine ; qu’elle devoit avoir pour moyens toutes les forces d’une société bien ordonnée. Enfin, la prenant où elle est pour la conduire jusques où elle peut aller, j’ai conçu que, soit dans sa manière de conserver ses richesses, soit dans celle de les augmenter, soit dans celle de les répandre, elle pouvoit recevoir une rénovation aussi heureuse que celle qui s’opère aujourd’hui dans notre système social.

Ayant, pour ainsi dire, à constituer la science humaine, à la constituer dans une grande nation, et un siècle très-riche en progrès et en lumières, j’examine quels sont les rapports de la science avec la société ; comment ces rapports se modifient dans une société très-étendue, très-civilisée ; les services que la société peut obtenir de la science par une instruction publique, qui, en développant toutes les ressources de celle-ci, les applique toutes entières aux besoins de celle-là. Ayant à approprier la culture des connoissances humaines, et l’instruction publique à la constitution nouvelle de l’empire français, j’ai recherché les avantages de la science, les recours de l’instruction, pour affermir et perfectionner une semblable constitution.
Considérant ensuite la science en elle-même, mais relativement à cet emploi social auquel tout doit la ramener, j’en examine toutes les parties, j’en cherche les liens ; je montre comment ces liens se renforcent par cette destination commune. Je cherche dans leurs principes éternels, dans leur développement actuel, quelle doit être leur direction ; quelle elle doit être aussi dans une société qui en feroit l’instrument de sa prospérité ; comment elles doivent y être cultivées, enseignées, administrées, pour se conserver, se perfectionner et s’accroître ; pour augmenter sans cesse leur utilité par leur gloire.

[…]

Je me place sur-tout au milieu du nouvel ordre de choses que la constitution vient de fixer, pour y conformer le régime de l’instruction nationale. Dressant mon établissement sur l’ordre constitutionnel du royaume, je lui donne pour principal objet le premier intérêt de la constitution, celui d’élever le peuple jusqu’à ses principes, de préparer, par l’amélioration du peuple, la perfection où elle doit tendre elle-même. J’ai soin qu’en conduisant toutes nos connoissances à leur plus grande hauteur, il les simplifie, pour les répandre par-tout où elles peuvent se communiquer ; qu’il porte dans chaque lieu les notions utiles ; qu’il réserve celles qui ne feront qu’ajouter à la richesse de l’esprit humain, pour les lieux où elles peuvent être convenablement recueillies ; qu’il appelle tous les hommes qui lui sont nécessaires ; qu’il rejette tous ceux qui lui seroient inutiles ;

[…]

Les personnes, ainsi que les choses, ont souvent aussi attiré mon attention. Il est des classes entières, dont mon sujet m’a conduit à examiner les droits, les intérêts et l’emploi. Tels sont les jeunes gens, premier objet de mon travail ; je n’ai pas seulement examiné ce que doit être pour eux l’institution que je propose, mais ce qu’ils doivent y être. Telles sont les femmes, dont l’éducation n’a jamais eu ni règles, ni principes, et qui doivent trouver leur place dans l’établissement des connoissances humaines, d’après celle qui leur appartient dans l’ordre social. Tels sont les ecclésiastiques, dont la position change, qu’il faut ratacher à la société par des vues plus justes et plus sages, qui, par un autre plan, et avec une utilité spéciale, peuvent rentrer dans l’éducation publique. Tels sont les gens de lettres, par qui l’esprit humain se développe, dont l’influence est si puissante pour la société, et que par conséquent un bon régime politique doit adopter.

Très intéressantes, les idées de ce monsieur… La suite une autre fois, peut-être…

Tags: ,

Leave a Reply