60 ans : la vie devant moi ???

Je viens de lire un article dans le dernier Marie-Claire (oui, je lis aussi des magazines « féminins » !) intitulé « Feriez-vous un enfant après 50 ans ? ».

Photos de « jeunes quinquagénaires » souriantes, leur enfant dans les bras, de moins jeunes sexagénaires (et plus…) pas toujours souriantes… J’apprends que « le record du monde » est actuellement détenu par une Indienne qui a eu des jumeaux à 70 ans (elle a détrôné une Roumaine qui avait eu une fille à 67 ans)… Fivettes, ovocytes congelés, achetés… la science d’aujourd’hui permet beaucoup de choses, impensables il y a quelques décennies…

Un encart dans l’article rappelle que, dans la Bible, Sarah, épouse d’Abraham, tombe enceinte à 90 ans, et Élisabeth, « avancée en âge », donne naissance à Jean (qu’on appellera « le Baptiste »). Si même le Dieu du Livre se permet ces écarts, alors…

Voici un extrait de la conclusion de l’article :

« Ce qui est vilipendé d’un côté est donc encensé de l’autre, démontrant encore une fois la puissance du tabou condamnant la transgression biologique. Quoi qu’on en pense, les mères âgées sont des pionnières : elles mettent en oeuvre une égalité réelle avec les hommes, elles témoignent aussi d’une société où la procréation est de plus en plus maîtrisée et marchandisée. […] Dans un avenir plus ou moins proche, il est probable que de plus en plus de femmes tordront le cou à leur horloge biologique et programmeront leur vie en fonction de leurs priorités successives. Elles congèleront leurs propres ovocytes, feront carrière et deviendront mères à l’âge de la retraite. »

Bien sûr, les sexagénaires d’aujourd’hui n’ont plus que de lointains rapports avec celles d’il y a 50 ans ou plus… et je veux bien croire que leur condition physique leur permet de vivre une grossesse et de s’occuper d’un enfant.

La question de l' »égalité réelle avec les hommes » me semble davantage sujette à caution… Pour obtenir cette « égalité réelle », on pourrait peut-être aussi stériliser d’office les hommes de plus de 45 ou 50 ans, non ? J’imagine les tollés que susciterait un projet de ce genre !

Et je ne suis pas sûre non plus que le « blocage » (d’après le sondage, 90 % des Françaises interrogées pensent que « les femmes ne devraient pas essayer d’avoir un enfant après la ménopause »), s’il y a blocage, soit une conséquence d’un tabou sur la transgression d’une loi biologique…

Peut-être s’agit-il d’une réflexion sur les conséquences…

Personnellement, c’est à l’enfant, que je pense. A cet enfant né de parents de 50 ou 60 ans (voire plus…). Cet enfant que des parents visiblement plus âgés que ceux de ses copains viendront chercher à l’école. Cet « enfant de vieux » qui devra assumer son histoire : même si les vieux de demain seront « moins vieux » que ceux d’aujourd’hui, il y a des chances pour qu’ils soient, malgré tout, moins adaptables que des plus jeunes…

Et surtout : cet enfant qui, à 20 ans, au lieu de songer à son avenir, à son devenir, à sa propre vie, devra prendre en charge la vieillesse de ses parents. Ils auront alors 70 ou 80 ans, auront vraisemblablement des problèmes de santé : il faudra songer peut-être à leur faire intégrer un établissement spécialisé, une maison de retraite…

Quand la question s’est posée pour ma mère, il y a une dizaine d’années, j’ai trouvé extrêmement difficile cette période. Heureusement qu’avec ma sœur nous pouvions partager nos réflexions : notre mère pourrait-elle revenir chez elle, après son séjour à l’hôpital ? Une aide journalière suffirait-elle ? Fallait-il chercher une maison de retraite ?…

Ces questions ne sont pas simples, et je ne souhaiterais surtout pas les imposer à un jeune de 20 ans ! Nous étions adultes depuis longtemps, ne pouvions héberger notre mère (sans compter que nous travaillions toutes deux, et l’aurions donc laissée seule une bonne partie de la journée), et il nous a fallu plusieurs mois avant de nous résoudre à visiter des maisons de retraite… Car, là non plus, le choix n’est pas simple…

Comment un jeune, qui n’est qu’à l’aube de sa vie d’adulte, pourra-t-il prendre en charge des problèmes aussi lourds ? Comment pourra-t-il lutter contre l’inévitable sentiment de culpabilité (« je me débarrasse de mon vieux parent ») ? Comment pourra-t-il construire son propre devenir alors qu’un tel fardeau repose sur ses épaules ?

Vous remarquerez que je ne parle pas de la « vieille mère », mais bien du « vieux parent » ! Je trouve qu’il est tout aussi inconséquent, même si c’est très courant depuis des siècles, qu’un homme accepte d’être père alors qu’il est déjà âgé ! Même si, statistiquement, sa femme ait des chances de lui survivre, et de prendre en charge son époux défaillant.

Je ne suis pas sûre que les adultes qui décident d’avoir un enfant si tardivement aient réfléchi à cette question. Dans l’article, on parle de l’éventualité pour l’enfant qu’il soit orphelin : certes, c’est un choc difficile à vivre… mais où l’enfant n’a aucune part de responsabilité. Prendre en charge le devenir de ses vieux parents, c’est autre chose…

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3 Responses to “60 ans : la vie devant moi ???”

  1. Axel dit :

    Question difficile en effet, mais je crois pour ma part que nombre de parents y pensent au contraire. Bien sûr, d’autres ne se posent pas la question mais ce n’est pas une question d’âge à mon avis.
    Quand on choisit d’avoir un enfant, son avenir entre en ligne de compte, et l’espérance qu’on sera encore capable de l’aider pour ses débuts dans la vie, qu’il sera suffisamment solide lorsqu’il lui faudra faire face à notre disparition.
    En tout cas, c’est de cette façon que je le vois, d’autant plus que mon fils est arrivé relativement tard dans ma vie et que j’ai cherché à m’appuyer sur d’autres réflexions, d’autres expériences pour me rassurer. Me rassurer seulement, de toute façon il n’a jamais été question de refuser ce cadeau de la vie…
    Alors évidemment j’ai suivi de près ces histoires de naissance tardive, et imaginé un futur où elles ne seraient plus exceptionnelles. Dans ce cas là je suppose que la société aussi finirait par trouver d’autres cadres, d’autres normes… encore à inventer.

  2. odile dit :

    Une autre inégalité à pointer dans ces pater-maternités tardives, est que, souvent, les hommes qui procréent à un âge avancé, le font avec une femme de 30 ou 40 ans leur cadette. Ce qui pourrait paraître, d’un certain point de vue, rassurant pour l’avenir de l’enfant; qui l’est moins pour l’avenir de la mère.
    Evidemment, l’inverse peut exister aussi, … plus rare!

  3. Future ex-prof dit :

    Je vois une grande différence entre « avoir tardivement un enfant » et avoir un enfant après 50 ans… Je ne serais pas forcément choquée par le fait qu’une femme, ménopausée précoce, fasse appel à la médecine pour avoir un enfant passé 40 ans. On peut raisonnablement espérer, non seulement qu’elle sera encore en vie, mais surtout qu’elle sera encore maîtresse de sa vie quand son enfant sera adulte. Le pari me semble beaucoup plus risqué pour une femme de 50 ou 60 ans !

    La disparition d’un parent peut intervenir à n’importe quel âge, suite à un accident ou une maladie. L’enfant doit en faire son deuil, et c’est toujours difficile, même s’il est adulte.

    Par contre, devoir prendre en charge la vie d’un parent ne me semble pas être une chose « normale » pour un trop jeune adulte. Cela me paraît beaucoup trop lourd pour lui, à un âge où au contraire il doit s’ouvrir vers son propre avenir.

    Mais… ce n’est qu’une opinion… de quelqu’un qui n’a pas d’enfant, de surcroît !

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