La parano, ça se soigne ?

Les aventures de Sifi et de « la vieille conne » m’ont bien amusée. Nous connaissons tous des personnes comme celle qu’elle décrit, murée dans leurs certitudes, incapables du moindre sursaut d’humour, voire d’humanité simplement…

Elle m’a rappelé mes « démêlés » avec Anne-Marie… C’était il y a plus de 30 ans, j’avais donc une petite trentaine d’années…

A cette rentrée-là, donc, une nouvelle collègue, prof de Lettres (ou Lettres Classiques), Anne-Marie. Son premier poste, peut-être. Un peu plus jeune que moi.

C’est dans les jours suivant la rentrée qu’a éclaté « l’Affaire de l’étiquette » : un vrai drame !

Ce matin-là, Anne-Marie est arrivée en salle des profs, et s’est dirigée vers son casier. Et là… ô douleur ! Figurez-vous que l’étiquette portant son nom avait DIS-PA-RU ! Comme elle en informait, presque en larmes, la salle des profs, quelques collègues lui ont répondu que, sans doute, l’étiquette était tombée…

« Mais non ! J’ai regardé sous les casiers : elle n’y est pas ! »

Elle semblait totalement désemparée, ce qui nous laissait perplexes : il arrive que des étiquettes tombent, soient balayées… On prend un bout de papier, on écrit son nom dessus, on place le papier dans le support… On n’en parle même pas, pas plus qu’on ne pense à commenter le stylo qui nous échappe et roule sous une table…

« Je ne comprends pas… Qu’est-ce que je vous ai fait ? Je viens d’arriver, je ne connais personne, et pourtant quelqu’un a pris mon étiquette ! Pourquoi vous m’en voulez ? »

Je résume : la tirade a été beaucoup plus longue, et larmoyante, mais je vous certifie que j’en ai rapporté la teneur…

Je ne sais plus si quelqu’un a tenté de répondre à ce désespoir : nous étions tous figés, incapables de comprendre ce qui pouvait bien se passer dans sa tête !

L’épisode suivant, c’est avec moi qu’il s’est passé (il y en a sans doute eu d’autres avec d’autres collègues, mais je n’en ai pas eu connaissance… ou j’ai oublié !). La répartition des services voulait qu’elle ait en charge, une heure par semaine, la moitié de ma classe de 6ème, pour un « soutien », ou quelque chose de ce genre. J’en avais parlé avec elle, et lui avais laissé le champ libre… comme j’aurais aimé qu’on fasse avec moi, dans le cas inverse… Elle avait acquiescé…

Aussi, quelle ne fut pas ma surprise d’être convoquée chez le principal, peu de semaines plus tard : Mademoiselle F. s’était plainte que je lui laissais tout le travail à faire, en plus de ses cours à préparer, que je « l’exploitais », en quelque sorte…

Le principal comprit fort bien ma surprise, mais me conseilla de préparer cette heure assurée par Anne-Marie…

Personnellement, j’aurais préféré qu’on me laisse libre, mais bon… Cela ne me posait pas vraiment de problème : avec mon demi-groupe, je créais des fiches de jeux variés, faisant appel à la logique, à l’orthographe, à l’observation… Que je tire ces fiches en 12 ou 24 exemplaires (réforme Haby : 24 élèves par classe…) sur la « machine à alcool » ne me dérangeait pas. Je me suis quand même étonnée auprès d’Anne-Marie qu’elle ne m’ait pas parlé de ce « problème »…

Mais finalement, cela me donna plus de travail que prévu… Car dès la séance suivante, Anne-Marie vint se plaindre (directement, cette fois ? je ne sais plus…) que je ne lui avais pas fourni le corrigé des fiches ! Comme je tirais les fiches à l’avance, je gardais un exemplaire où je notais le corrigé… je pensais bêtement qu’elle faisait de même… Mais non ! Cela lui prenait trop de temps !

Il fallut donc aussi – pour éviter un nouveau « drame » – que je lui prépare un corrigé…

Il ne s’était pas passé un mois depuis la rentrée, et j’en avais déjà « ras la casquette » de cette nouvelle collègue !

Un autre « drame » éclata au sujet du CDI : je ne sais plus à quel propos précisément : avais-je réservé le CDI pour ma classe ? Avais-je emprunté une série de livres (les élèves n’achetaient pas les romans à étudier : on les leur prêtait) ? Toujours est-il que la documentaliste est venue me voir : Anne-Marie était en larmes, persuadée que je lui en voulais, que je sabotais son travail…

Mais cette fois, j’avais enfin compris ce que l’incident des premiers jours m’avait fait supposer : la pauvre était affligée d’une parano galopante… Et elle aurait encore bien des occasions de le prouver…

Mots-clefs : ,

2 commentaires sur “La parano, ça se soigne ?”

  1. lulubie dit :

    C’est tout de même un peu triste, car dans ce cas, la personne finit elle-même par produire chez l’autre la réaction qu’elle redoute le plus.

  2. BBK.mel dit :

    Anne Marie… elle existe en de nombreux exemplaires, malheureusement pour elle et pour ses collègues. Nous avons la notre. Le pire, c’est lorsque deux Anne-Maries se croisent dans un même établissement…

Laisser une réponse