Chez nous, on aime son métier…

J’évoquais récemment la question de la formation des médecins qui coûtait (trop) cher : on en « importait » donc de l’étranger, et de plus en plus de futurs médecins allaient se former à l’étranger…

La question a été résolue de façon beaucoup plus radicale dans l’enseignement : la formation coûte cher ? On la supprime !

A la rentrée prochaine, quelques milliers de jeunes ayant réussi leur concours vont donc se trouver à « faire » leurs 18 heures hebdomadaires (15 pour les agrégés) dans un collège ou un lycée.

J’entends d’ici les ricanements des étrangers (je veux dire : ceux qui ne sont pas dans l’éducation dite nationale) : « 18 heures par semaine ? C’est pas trop fatigant, ça ! Faudrait les voir dans un « vrai » boulot, avec 40 heures, pas 18 ! »

Par pitié pour ces béotiens, je redirai donc, comme nombre de mes collègues le font chaque jour, que, pour assurer 18 heures de cours… il faut les préparer ! On ne déboule pas comme ça dans une classe « Ouvrez vos livres à la page tant, on va lire la leçon ». Il faut avoir réfléchi au programme, à la progression dans l’année, au découpage des notions à enseigner ; puis, pour la notion « du jour », avoir cherché les différentes façons de l’envisager, quels démarrages possibles, quelle progression dans la séance, quel type d’interventions des élèves, quelles traces écrites, quels exercices, quelles suites à donner… etc. ! 18 heures de cours, cela fait au minimum 20 heures de préparations… Si les « vieux briscards » peuvent se reporter à ce qu’ils ont fait les années précédentes, les « petits nouveaux, eux, ont tout à découvrir et à inventer !

Et… je ne parle pas des corrections, qui accaparent beaucoup de temps, plus encore les premières années, où l’on tâtonne forcément !

Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

C’est le slogan que je propose pour ces nouveaux jeunes qui vont débarquer en septembre prochain…

Pour eux, on a inventé le 4/3 temps : 3/3 de temps à enseigner, 1/3 de temps (une demi-journée par semaine) à être « formé » (???). 42 heures de « formation »… à partir de novembre ! (les deux premiers mois, ça compte pas !)

Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

« Dans la mesure du possible », indique le Recteur de mon académie, on prévoit un abattement de 2 heures sur ces 18. Dans la mesure du possible… Sinon, le « stagiaire » (?) fera ses 18 heures et touchera peut-être 2 heures sup. Si oui… ce sont les collègues qui devront assurer ces 2 heures sup ! Dans la pratique, cela voudra dire dans certaines matières comme les maths, le français, la langue vivante, l’éducation sportive, l’histoire-géographie, une classe donnée aura un prof à certaines heures, et un autre (voire 2 !) pour les 2 heures restantes…

Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

Il faudra aussi ménager des heures « libres » par semaine où le petit nouveau pourra rencontrer son « tuteur » : donc des heures de « trou » dans l’emploi du temps, qui allongeront leur temps de présence. Mais chez nous…

Le « tuteur », lui (qui n’aura évidemment aucun allégement de service !), sera rémunéré pour 45 heures de tutorat sur l’année… Un peu plus d’une heure par semaine, donc. Largement suffisant, sans doute, pour discuter des orientations générales, de la progression, de la mise en oeuvre, et pour assister à certains cours du « tutoré »…

Notre recteur envisage d’ailleurs de faire de ces tuteurs des chargés de mission de l’inspection académique… Des sous-inspecteurs, en quelque sorte. Qui auront donc à évaluer leur tutoré. Plus de « conseiller pédagogique » (c’était une des fonctions de l’Institut de Formation)… le tuteur, coiffant une autre casquette, en fera office…

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Imaginez – deux secondes, mais imaginez quand même ! – ce type de « formation » pour les médecins… Qui débarqueraient dans un hôpital munis de leurs seules connaissances universitaires et se retrouveraient responsables, comme leurs collègues (pardon ! leurs confrères !) des soins aux malades et aux blessés… Une demi-journée de « formation » au bout de 2 mois… Une rencontre hebdomadaire avec un « vrai » médecin travaillant dans le même hôpital…

Ah ! Ben, c’est pas pareil ! Un médecin peut faire de grosses bêtises !

Et un prof ? Sans même parler de la pertinence de son enseignement, ne peut-il par exemple décourager durablement un élève ?

Peut-être… mais ça se voit pas…

Oui… Plus difficile d’attaquer un enseignant en justice parce qu’il a marqué négativement un élève. Un médecin qui s’est planté, il y a généralement des « traces »…

***

Quel respect peut-on avoir pour une profession qui manque à ce point de respect pour elle-même ? J’ai déjà parlé de l’époque où l’on a embauché des institutrices « sur le tas » : un ministre avait décidé d’accorder l’équivalent d’un DEUG (2ème année de Fac) aux mères de 3 enfants (si vous voyez le rapport, faites-moi signe !) ; elles bénéficièrent royalement(et encore, pas toujours !) de… 3 jours de « formation » !!!

Chez nous, on aime son métier, on ne compte pas ses heures !

Et on se fiche bien de l’impact que ces « réformes » peuvent avoir sur les enfants !

Puisque ça ne se voit pas

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6 Responses to “Chez nous, on aime son métier…”

  1. Axel dit :

    Allons, allons, quelle mauvaise foi ces enseignants ! On ne supprime pas la formation, on l’a-mé-lio-re voyons !
    Il paraît même (mais je ne suis pas sûre à cent pour cent de la source) que chaque établissement doit réserver un poste plein à ces futurs stagiaires, un poste où se succèderont pseudo-stagiaire, remplaçants, et étudiants pendant que d’autres remplaçants se partageront les classes du tuteur une partie de l’année. Une catastrophe programmée – en plus de la disparition d’une relative équité pour le mouvement national.
    Mais je dois être de plus mauvaise foi encore, je crois que tout cela est cyniquement voulu, parce que les élèves qui vont en pâtir n’appartiendront pas aux familles qui ont les moyens d’assurer les cours particuliers – en supposant qu’elles ne choisissent pas toutes le privé de luxe…

  2. Ex-prof dit :

    En tous cas, dans mon académie, pas de remplaçants prévus : « stagiaires » et « tuteurs » ont droit à un plein temps toute l’année, « formation » et « tutorat » en plus !

    Est-ce qu’on va ventiler de ces « stagiaires » dans les fameux « établissements d’excellence » ???

  3. Axel dit :

    J’ai vérifié : les internats d’excellence recrutent sur profil, pas de stagiaires donc !

  4. Ex-prof dit :

    Ben tiens !

  5. celestine dit :

    j ai vérifie mémé je se pas ci se bon

  6. Ex-prof dit :

    ?????????????????????????????????

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