Pan ! sur les profs !

Article du NO, rubrique Notre époque

Surtitre : Résistances
Titre : Et si les profs étaient conservateurs ?
Chapeau : La réforme du lycée, même a minima, recueille les critiques des enseignants

Les profs ? Tous des vieux croûtons, des fossiles, des machins accrochés à leurs nombreux privilèges, qui refusent tout changement, se fichent de l’intérêt de leurs élèves, ne voient que le leur… Bien payés à rester tranquillement assis à leur bureau pendant 15 ou 18 heures par semaine (sans compter les nombreuses vacances !), ils aboient dès qu’on veut leur retirer un morceau de leur os.

(Est-ce que la nouvelle épreuve « Agir en fonctionnaire » leur apprendra à – enfin ! – obéir aux ordres sans discuter ? Voir le blog TZR et, pour plus de précisions, le document officiel.)

Oui, tous des vilains ! On comprend mieux pourquoi on en supprime à la pelle depuis quelques années, que des dizaines de milliers de postes sont tout simplement effacés de la carte.

« La défense des disciplines et le programme à boucler restent leur dogme. Sortir de ce sacro-saint cadre semble trop risqué. (…) Peu importe que les élèves croulent sous des emplois du temps surchargés. Peu importe que certains aient besoin de soutien. » dit l’article…

Euh… que je sache, les impératifs de programmes sont fixés par le ministère, et non par les profs ! Que ces programmes soient trop denses pour être appliqués ne relève pas de la responsabilité des profs qui doivent, eux, coûte que coûte, « boucler » leur programme ! J’imagine le tollé si on ébruitait le fait que, ben non, les programmes ne sont pas toujours bouclés, faute de temps ; que tels et tels profs ont « préféré » être sûrs que leurs élèves avaient compris telle partie du programme avant d’aborder la suivante… et que, du coup, lesdits élèves seraient désavantagés aux examens… Quand je vois que, ces dernières années, au modeste Brevet des Collèges, on a pris soin de poser des questions sur des notions vues en 5ème… il a bien fallu, en plus du programme de 3ème, revoir ces notions oubliées…

Quant au soutien…

Soyons clairs : je ne nie pas que les lycéens aient besoin de soutien. Je me réjouirais même de voir qu’on leur prévoit un « enseignement » sur la méthodologie…

… laquelle méthodologie fut au « programme » de 6ème pendant 2 ou 3 ans avant d’être supprimée… Je l’ai « enseignée » (je mets des guillemets, car il ne s’agit pas d’un enseignement comme les autres, mais d’une réflexion sur les « comment faire » : comment apprendre une leçon, faire un exercice, organiser son travail, avoir ses affaires, et toutes ces sortes de choses). Personnellement, j’ai trouvé très utile cette heure hebdomadaire, qui permettait aussi aux enfants de discuter entre eux des façons de faire ; il me semble que les élèves ayant suivi cet enseignement, le peu de temps qu’il a duré, s’en tiraient mieux, non seulement en 6ème, mais les années suivantes. Attendre la seconde pour cela me semble un tout petit peu tardif…

… et, vu les mots d’ordre de non-redoublement, vu qu’un collège est « noté » (et donc son équipe dirigeante et ses profs, par la même occasion) en fonction de son taux de passage en seconde… vu qu’en cas de « résistance » d’un conseil de classe ou d’un chef d’établissement, la commission d’appel tranchera, le plus souvent, pour le passage en seconde d’un élève ayant 8 de moyenne en 3ème… je veux bien croire que de plus en plus de lycéens ont besoin de « soutien » : ils auraient surtout eu besoin qu’on s’occupe de leur cas au collège, au lieu de les envoyer en seconde !

Quant au tutorat… il faut avoir sérieusement oublié ce qu’est un lycée pour imaginer qu’un « enseignant référent » suive le lycéen de la seconde à la terminale : les gens qui ont eu cette idée géniale ont-ils une idée du nombre d’élèves dans un lycée ? Pensent-ils réellement que chacun puisse trouver un « tuteur » ? Cela ferait combien d’élèves par « tuteur » ? Et vu la complexité des horaires en lycée, l’occupation constante des salles, où et quand pourraient se retrouver « tuteur » et « tutoré » ?

L’idée est intéressante et généreuse… mais ne tient pas compte de la réalité ! Au collège, nous avons eu aussi des élèves « tutorés » : quelques élèves présentant des difficultés particulières, pas tous les élèves !

Je ne dirai rien des « stages » de remise à niveau… hors du temps scolaire, donc travail supplémentaire pour les profs…

Ben oui, ils râlent toujours, les profs… En 40 ans, j’en ai vu passer quelques-unes, des réformes… Si un jour j’en ai le courage, je vous ferai un petit bilan… En tous cas, chaque réforme s’est traduite par un surcroît de travail pour les profs… gratuit, bien évidemment !

Dès qu’un prof entend parler d’une réforme, il s’inquiète de ce qu’on va exiger de lui en plus de son travail « normal »… On a beau lui dire « mais non, mais non, c’est juste un peu différent », il sait bien, lui, que cette « différence » se traduit par une addition…

Conservateurs, les profs ? Ben… ils aimeraient bien, à défaut de voir leurs salaires augmenter décemment, ne pas se retrouver, à chaque réforme chargés d’un peu plus de travail…

Même les ânes refusent qu’on leur ajoute sans arrêt une charge à porter…

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