(Parenthèse)

Envie de vous faire partager une de mes récentes lectures…

Les salles d’asile sont en réalité des établissements de première éducation où les enfants des deux sexes reçoivent, jusqu’à l’âge de sept ans, les soins que réclame leur développement physique et moral.
Dans les autres écoles, l’enfant, pendant de longues heures, est condamné à l’immobilité et contraint de se livrer à un travail qui n’a aucun attrait pour lui ; à la salle d’asile, au contraire, on s’est efforcé de suivre plutôt que de contrarier les impulsions de la nature, et de donner satisfaction aux tendances du jeune âge.
Ainsi l’enfant aime le mouvement, l’action, le bruit : il a besoin de varier sans cesse ses occupations, ses jeux, ses attitudes ; il est imitateur et contrefait volontiers les gestes, les manières des autres enfants ; il est questionneur, et demande à tout propos : Qu’est-ce que cela ? Pourquoi cela ?
Cette mobilité perpétuelle, cette turbulence, cette singerie imitative, cette incessante curiosité, sont évidemment des ressorts providentiels, qui ont pour but d’amener le développement intégral des facultés physiques et intellectuelles de l’enfant. Comprimer ces ressorts, c’est entraver ce développement, au détriment de sa santé et de son esprit.
[…]
A la salle d’asile, les leçons ne durent jamais plus de dix à quinze minutes, après quoi viennent les exercices corporels. […]
Les leçons comprennent les premiers éléments de l’instruction religieuse, de la lecture, de l’écriture, du calcul verbal et du dessin linéaire. Des tableaux représentant des sujets tirés de l’histoire sainte, des animaux, des plantes, donnent lieu à des récits ou à des explications simples sur l’histoire naturelle, l’agriculture, la géographie, etc. Puis viennent les leçons de choses, dans lesquelles la directrice, en montrant aux enfants une image représentant un objet, ou cet objet lui-même, leur adresse une série de questions auxquelles ils répondent tous à la fois. […]

(Je passe sur les descriptions de jeux, chansons, travaux manuels, exercices physiques…)

[…]
Oui, la crèche,la salle d’asile et l’école primaire, partout où elles existent simultanément, améliorent et transforment, au moral comme au physique, les générations naissantes. C’est à l’État, c’est aux administrations locales, c’est aux bons citoyens, c’est aux dames surtout, sans l’inspiration desquelles rien de bien ne se réalise, qu’il appartient de provoquer partout la création de nouvelles crèches et de nouveaux asiles.
Sans doute, il y a la question d’argent qui souvent paralyse la bonne volonté des administrateurs. Mais qu’on y songe. Des institutions qui tendent à prévenir la maladie, le désordre et la misère, préparent pour les travaux de l’agriculture et de l’industrie, aussi bien que pour l’armée, des hommes bien conformés, laborieux et tempérants ; de telles institutions rapportent à l’État et aux communes plus qu’elles ne leur coûtent.

Ne voilà-t-il pas de beaux sujets de réflexion ?

Bien sûr, vous aurez traduit « salles d’asile » par « écoles maternelles ». Comme les crèches, elles ont été créées au départ par des personnes soucieuses de ne pas laisser à l’abandon les enfants des classes laborieuses des villes. Puis progressivement prises en charge par l’État.

Par un décret en date du 16 mai 1855, les salles d’asile de France ont été placées sous la protection de l’Impératrice Eugénie.

Vous aviez bien perçu qu’il s’agissait là d’un texte ancien… C’est un article de L.-A. Bourguin, in La Ruche parisienne (Journal illustré paraissant tous les samedis) n° 38, daté du 11 juillet 1857…

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6 Responses to “(Parenthèse)”

  1. Axel dit :

    Même si ce passage là me gêne :
    « préparent pour les travaux de l’agriculture et de l’industrie, aussi bien que pour l’armée, des hommes bien conformés, laborieux et tempérants »

    au moins s’agissait-il de réfléchir sur l’éducation et ses bienfaits et non sur les limites acceptables d’un démantèlement organisé… (cf le désormais fameux document envoyé aux recteurs).

  2. Ex-prof dit :

    Oui, il y a des passages gênants… Le côté religion, rôle des femmes… Mais j’ai trouvé très intéressante une réflexion somme toute relativement élaborée sur les méthodes et enseignements en maternelle… et le « calcul » du gain pour la société !

    Qu’allons-nous gagner, nous, pour les adultes de demain, en rognant sans arrêt sur leur éducation ?

    Par ailleurs, la réflexion de certains individus du début du 19ème siècle (voire fin du 18ème) sur ces enfants livrés à eux-mêmes, qui conçoivent alors des structures gratuites (ou d’une participation très modeste pour les parents) pourrait peut-être s’appliquer aujourd’hui… non seulement par rapport à l’absentéisme scolaire (cheval de bataille très à la mode… pourrait-on concevoir des « alternatives » ?) mais aussi par rapport à ces ados sans travail ni but…

    Cela me semblerait plus constructif que la « solution » des « établissements adaptés » qui me fait peur (voir sondage Ipsos : Êtes-vous favorable ou opposé à ce que ces élèves soient placés dans des établissements adaptés où ils ne perturberont pas les autres élèves et où ils bénéficieront d’un accompagnement spécifique ? http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/poll/8646.asp

  3. Axel dit :

    Le sondage est inquiétant c’est vrai, mais en même temps je comprends les parents qui voient leur enfant revenir régulièrement à la maison en expliquant que tel professeur n’a pas pu faire cours à cause de quelques-uns… Ou les parents qui assistent aux conseils de classe et apprennent médusés que non, on ne peut rien faire pour calmer ces trois ou quatre (voire plus) qui sabotent activement les cours.
    Et puis personne ne leur explique non plus que l’accompagnement spécifique n’existera pas ou que ces établissements adaptés n’auront pas les moyens d’aider qui que ce soit…

  4. Ex-prof dit :

    La technique du bouc émissaire est toujours – et de plus en plus – d’actualité… On cible telle ou telle partie de la population, et on l’envoie dans le désert (ou dans un autre pays)…

    Je n’ai pas enseigné en Zep (ou il y a longtemps : les problèmes n’étaient pas si graves), ni en lycée. Mais je m’étonne quand même que l’Institution n’ait jamais cherché à comprendre et traiter ces problèmes… Ce ne sont que des gamins ! Pas (encore) des délinquants, en général ! S’ils perturbent les cours, c’est qu’il y a des raisons ! Qu’attend-on pour les examiner et tenter de trouver des réponses « positives » (l’exclusion n’en est pas une !) ? Je ne parle évidemment pas ici au niveau des établissements, qui gèrent les problèmes comme ils peuvent, mais du Ministère, qui doit avoir toutes les données ! Les « solutions » du « policier référent » et de « l’établissement adapté » (?), c’est tout ce qu’ils ont trouvé ???

    J’ai discuté il y a quelques années avec un responsable des « Apprentis Orphelins d’Auteuil » : ils reçoivent de plus en plus de ces gamins paumés, de moins en moins orphelins, mais de plus en plus sur la mauvaise pente. Ils font du bon boulot, et « récupèrent » pas mal de ces gosses, qui apprennent des métiers dans le domaine du jardinage, de la nature, etc.. Je ne dis pas qu’il faille calquer le « modèle », mais il serait peut-être intéressant de connaître leurs réflexions sur la question…

    Je ne pense pas que l’établissement « adapté » soit la bonne solution : d’abord parce que l’enfant est exclu du système… et surtout, parce qu’on n’en ouvrira jamais assez (en admettant qu’il soit effectivement « adapté ») : cela reviendrait bien trop cher !

    Par contre, on pourrait, par exemple, ouvrir des établissements plus axés sur le travail manuel, où nos « durs » feraient des stages tout au long de l’année… et découvriraient un peu le monde du travail… Nos anciennes classes de CPA fonctionnaient ainsi : 15 jours de classe, 15 jours de stage… Elles ne marchaient pas si mal… quand les profs étaient formés pour et contrôlaient soigneusement les « recrues » qu’on leur envoyait !

    « Autrefois », les gamins pouvaient sortir du collège en fin de 5ème pour aller au lycée technique préparer un CAP en 2 ans. Ça aussi, ça coûtait trop cher ! Ces classes n’étaient sans doute pas toujours faciles à tenir non plus, mais les gamins y apprenaient un métier…

    Quand va-t-on se décider à comprendre que notre enseignement, de plus en plus intellectuel, ne satisfait qu’un petit nombre d’enfants ? Ils n’ont même plus les « travaux manuels » pour se rattraper ! Est-ce que, par hasard, on penserait qu’un pays ne peut vivre qu’avec des têtes, sans bras ni jambes ni dos ?

    (Euh… excuse-moi, je crois que je me suis un peu laissée emporter…)

  5. Axel dit :

    Heureusement que certains continuent à s’emporter 😉

    Je crois hélas que les responsables savent très bien ce qui ne va pas et comment on pourrait améliorer les choses.
    Ce système d’alternance école/travail concret existe bel et bien, mais ici par exemple il offre 15 places maxi dans l’année pour plusieurs établissements concernés… un « gouffre » financier inacceptable pour ceux qui ont le pouvoir.
    Tout comme la classe relais qui accueille 6 à 8 élèves pour six semaines, éventuellement renouvelables : le responsable très compétent part en retraite l’an prochain, et ô surprise depuis un peu plus d’un an le rectorat mène des expériences pour que ces classes soient prises en charge par les enseignants en heures supplémentaires au sein de leur propre collège…

  6. Ex-prof dit :

    C’est ce qui s’est passé pour les CPPN et CPA : on a supprimé la formation particulière de ces profs, on a envoyé des profs « lambda » dans ces classes… puis on a supprimé lesdites classes… Elles « rapportaient » pourtant… puisqu’elles permettaient de toucher une taxe professionnelle (c’est vrai qu’aujourd’hui… bon… bref…) qui… n’allait pas toujours tout entière dans ces classes…

    Quand j’avais enseigné le français en CPPN, j’avais fait acheter 2 « vrais » ordinateurs pour eux… A l’époque, les autres élèves n’avaient encore droit qu’aux TO7 et MO5… Lesquels ordinateurs j’ai retrouvés au secrétariat quand on a fermé la classe, 1 ou 2 ans après…

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