Zerro fôte !

Un article du NO d’avril m’apprend qu’à l’université de Villetaneuse, l’enseignement de l’orthographe et du français est obligatoire pour les étudiants de première année… Ils font trot de fôtes…

Je me souviens (mais j’ai déjà dû le dire) que ma mère, secrétaire de direction dans un centre de recherches, tempêtait souvent contre les ingénieurs qui faisaient beaucoup de fautes… Il s’agissait pourtant de gens nés dans les années 30-40, peu suspects d’avoir subi une « méthode globale » imaginaire… Et il lui arrivait souvent de devoir aller voir le « fautif » pour tel problème d’accord… que sa « formation scientifique » (ou son absence de… ma mère n’est allée à l’école que jusqu’à 13 ans, la mort de son père l’ayant poussée sur le marché du travail) ne lui permettait pas de résoudre : selon le sens, le mot devait s’accorder avec tel ou tel mot… ce qui changeait radicalement le sens du rapport…

L’enseignement de l’orthographe s’arrêtant à la fin du collège, il me semble évident que les élèves qui n’ont pas eu la chance d’acquérir à ce moment-là les « réflexes » d’écriture auront du mal à les acquérir par la suite, d’autres disciplines requérant leur énergie. C’est particulièrement vrai dans le domaine scientifique, où l’apprentissage de notions très complexes mobilise toute la concentration des lycéens et étudiants (et celle des profs !). Dans les formations littéraires, on porte un peu plus attention à « la forme », autant chez les étudiants que chez les enseignants (ceux-ci conditionnant ceux-là).

La « démocratisation de l’enseignement » (entendez par là le nombre de plus en plus important de jeunes accédant au lycée, puis à la Fac) conduit évidemment à ce que de plus en plus de jeunes « ignorants » en orthographe suivent un enseignement supérieur.

Par ailleurs, ne pas oublier que les heures d’enseignement du Français, tant en primaire qu’en collège, se sont réduites au fil des ans : entre 1969 et 2009 (ma « carrière »), l’équivalent d’une année de moins au collège ! Logiquement, on peut en déduire qu’un élève de 3ème sortant du collège en 2009 a le niveau d’un élève de 4ème sortant du collège en 1969… Mais… même pas en orthographe ! Car, entre temps, on a ajouté tellement d’autres notions à enseigner que, forcément, le nombre d’heures consacrées à l’orthographe a nécessairement diminué ! Si j’ai commencé à travailler en consacrant 1 heure par semaine à l’orthographe, je n’ai pu par la suite y consacrer qu’une heure par quinzaine pour les niveaux de la 5ème à la 3ème…

Enfin, autre élément qui a son rôle à jouer : les enfants écrivent beaucoup plus aujourd’hui qu’avant : SMS, courriels, blogs… Toutes ces écritures qui n’ont à répondre à aucune norme autre que celle de la compréhension du correspondant ne s’inquiètent évidemment pas des formes à respecter : l’orthographe n’apparaît plus alors comme une nécessité de communication, mais comme une matière purement scolaire, détachée de la « vraie vie ».

Oui, cela me paraît une bonne idée de faire entrer cet enseignement en Fac… D’autant que les étudiants, ayant davantage de recul sur la « matière », doivent se trouver plus motivés pour progresser…

Mais… il faudrait tout de même réfléchir au nombre d’heures qu’on accorde à l’enseignement du Français au primaire et au collège…

Sans parler de la réflexion sur les méthodes d’enseignement…

… et sans parler de la formation des enseignants !!!

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One Response to “Zerro fôte !”

  1. Bonjour à toutes et à tous
    Cela me rappelle la Secrétaire du Service dans lequel j’ai débuté, dans un Centre de Recherches de La Plaine-Saint-Denis (93) et qui avait sur son bureau un dictionnaire Larousse, pour vérifier l’orthographe des écrits des Ingénieurs Chercheurs, des Chefs de Division et du Chef de Service.
    Sincères salutations
    Bernard Herrou

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