Archive pour le mot-clef ‘Au pays’

Lentraite

Mercredi 25 novembre 2009

Je viens de finir le dernier roman de Tahar Ben Jelloun, Au pays.

Mohammed est un Marocain qui vit en France depuis 40 ans. Sa femme l’a rejoint, plusieurs de leurs enfants sont nés en France. Un « beau » jour (pas vraiment « beau » pour lui), il apprend qu’il est à la retraite, lentraite, comme il dit.

Cet homme droit et juste, qui n’a eu comme occupation que le travail et les prières (c’est un musulman très pieux) voit son univers s’écrouler : comment vivre sans travailler ? Que faire de ce temps « donné » ? Ses enfants sont presque tous partis, ils ont « fait leur vie », pas forcément comme le concevait Mohammed, qui n’a jamais su leur parler vraiment. Ils sont Français, ont adopté depuis longtemps les us et coutumes français : qu’ont-ils encore de commun avec lui ? Depuis longtemps, ils ne viennent plus au bled avec lui chaque été : passés les premiers jours, ils s’y ennuyaient…

Mohammed revoit sa vie, par bribes désordonnées : il ne comprend pas. Il ne voit pas comment vivre désormais.

Jusqu’à ce qu’il se trouve un but : retourner au bled, et construire, pour lui et toute sa famille, une grande maison qui accueillera tout le monde…

* * *

Impossible, évidemment, de ne pas me « projeter » plus ou moins dans ce roman… ne serait-ce que pour me rappeler toutes les chances que j’ai eues, que n’a pas eues Mohammed…

Les plus évidentes : je suis dans mon pays, j’en parle la langue, je sais lire et écrire.

J’avoue que, pendant très longtemps, mon métier a été le centre de ma vie, de mes occupations, de mes pensées. Mais j’ai toujours eu la lecture pour m’en évader, ne serait-ce que le temps d’un livre… Parfois, aussi, j’ai écrit : poèmes, nouvelles, et même roman… J’ai eu aussi quelques activités manuelles : couture, tricot, tissage, jardinage… bricolage, même !

Et, petit à petit, d’autres occupations sont venues s’ajouter : l’informatique, la création d’images sur ordinateur, la généalogie. Je savais qu’il y avait, quelque part devant moi, cette période où mon métier me lâcherait : il ne fallait surtout pas que ce moment me laisse nue, désemparée…

Je n’étais cependant pas pressée de prendre ma retraite. Mais j’enviais les collègues en « cessation progressive d’activité » (CPA pour les intimes) qui avaient beaucoup moins d’heures… et surtout : moins de classes ! Or, je n’ai jamais réussi à m’adapter aux 4 classes (2 à mes débuts, puis 3, puis 4) : impossible de m’investir de la même façon, de suivre les enfants individuellement… Aussi rêvais-je de cette CPA miraculeuse qui me ferait retrouver mon enthousiasme, ma disponibilité « d’avant »…

Quand l’heure de la CPA a sonné, ses conditions avaient bien changé… Mais ce qui primait pour moi, c’était 3 classes au lieu de 4… Je m’y suis donc engagée, sachant que la retraite sonnerait obligatoirement 3 ans plus tard.

L’année dernière, j’ai ouvert mon blog, pour m’aider à réaliser (rendre réelle) cette cessation totale d’activité, cette fin de ma vie de prof, à qui j’avais tant donné, de qui j’avais tant reçu…

Et voilà :je suis à la retraite…

Pour le moment, je me sens surtout « en vacances »… comme beaucoup de gens que je connais : ils ont vécu une bonne partie de leur première année comme des vacances…

Mais je n’ai pas, comme Mohammed, besoin de m’interroger sur comment passer mon temps : il passe tout seul, et tout aussi vite qu’avant ! Mes activités « annexes » sont devenues centrales, et voilà tout…

Quant à l’avenir… je verrai plus tard…