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Avoir la foi…

Mardi 28 juillet 2009

Le commentaire de Frédérique, posté hier, me fait réfléchir (outre qu’il me cause un très grand plaisir !) :

« merci seulement d’avoir cru en nous quand tous laissait penser le contraire!!! »

Oui, c’est vrai, au plus loin que je remonte dans ma vie de prof, j’ai toujours eu – et conservé – la foi !

Au point que j’ai du mal à comprendre les enseignants qui ne l’ont pas, cette foi ! Pour moi, c’est une composante fondamentale du métier…

Peut-être en ai-je hérité de par mon éducation catholique ? A moins que je ne l’ai bue au biberon dans ma famille ?

En tous cas, il me paraît évident que c’est une de mes constantes !

D’abord, bien sûr, la foi en mon métier : enseigner, c’est croire que l’on peut apporter des « choses » à des élèves : connaissances, méthodes, mais aussi ouvertures sur le monde, la vie, les autres. Je repense à cette collègue qui m’assénait : « L’orthographe, c’est inné ! ». Avec ce genre de pensée, j’aurais vite arrêté de « faire de l’orthographe » ! Je ne comprends même pas comment cette collègue a pu enseigner quelque chose de si totalement inutile…

Non, pour moi, être prof, c’est croire fondamentalement qu’on peut changer les choses, les faire évoluer. Ne jamais se décourager devant les échecs, quels qu’ils soient, mais toujours essayer d’y réfléchir, d’imaginer leurs raisons, et d’envisager des réponses possibles. Reprendre les cours, les contrôles, les exercices, de façon à les améliorer.

C’est d’ailleurs une des grandes chances de ce métier : attaquer à chaque rentrée de nouvelles classes, c’est pouvoir améliorer ce qu’on a fait l’année précédente, ou les années précédentes : tenter de comprendre ses erreurs (quand toute une classe « se plante » à un contrôle… il y a des chances pour que le prof soit en cause !) et d’y remédier…

Et, bien sûr, corollaire évident de cette foi dans le métier : la foi dans les enfants !

Car, si je pense que mon métier est d’apporter des « choses » aux élèves qui me sont confiés… il faut bien que je croie en la possibilité pour ces élèves d’apprendre, de changer, de se développer, d’évoluer !

Pour TOUS les élèves !

Il est très gratifiant de voir quelques élèves – les « bons » – répondre à nos attentes: ils écoutent, répondent, apprennent, ont de bonnes notes… et nous donnent l’impression d’être « de bons profs »… Des miroirs déformants… mais embellissants, en quelque sorte !

Mais ils ne représentent généralement qu’une très petite fraction d’une classe… Et, effectivement, se pose alors la question : est-ce que je m’arrête à ce miroir (je suis un bon prof… et les élèves qui ne répondent pas à mes attentes sont de « mauvais élèves », indignes de mon attention) ? ou est-ce que je travaille pour que tous ces « autres élèves » progressent eux aussi, à leur manière et à leur rythme ? Si j’y arrive, peut-être alors – et alors seulement – serai-je « un bon prof »…

Ces enfants, ces ados que j’ai devant moi sont en plein développement. Nul ne peut prévoir avec certitude leur devenir, même pas eux, même pas leurs parents. TOUT est possible, à cet âge, rien n’est joué. C’est parce que j’en suis intimement persuadée que je peux tenter de les en persuader. Car l’élève « en échec constant » a généralement une piètre idée de lui-même et de ses possibilités : la première chose à faire est donc de lui redonner confiance en ses capacités. Confiance fluctuante, évidemment – il a déjà un lourd passif, et se décourage à la première difficulté -, mais confiance quand même, pour qu’il enregistre quelques réussites qui le remonteront dans sa propre estime.

J’en ai eu, de ces élèves en échec scolaire, déçus, découragés, passant leurs cours à dessiner, bricoler… ou embêter les voisins (voire la classe et le prof !). Cette année encore, mon zozo de 3ème… Mais il lui est arrivé plusieurs fois, quand par hasard il entendait une question que j’avais posée et y réfléchissait un peu, de donner la réponse juste : « Vous avez vu, madame ! ». Et de se retourner vers la classe, triomphant…

Ces petites « reconnaissances » ne vont sans doute pas modifier l’orientation scolaire de ces élèves… mais je crois (oui, je crois…) qu’elles modifient leur perception d’eux-mêmes, et qu’elles leur redonnent quelques forces pour l’avenir…

Quant à la plus grande partie d’une classe, généralement « moyenne », elle est bien évidemment aussi susceptible de s’améliorer ! L’élève « moyen » (qui n’est d’ailleurs pas forcément « moyen » dans toutes les matières – d’où le grand intérêt de la discussion avec les collègues sur tel ou tel élève…) peut aussi se révéler « bon » dans tel ou tel type de travail. D’où aussi l’intérêt de varier les approches : l’enseignement du Français est un vrai « cadeau » pour cela, avec ses différentes composantes…

Je me souviens de cette élève de 4ème, aux résultats « moyens-médiocres », qui a joué un rôle important dans Le Bal des voleurs, d’Anouilh : au début, elle apprenait certes son texte, mais le récitait… comme une récitation, justement ! Le jour du spectacle, elle « crevait les planches », et a été la plus remarquée ! Cela n’a pas changé son avenir scolaire… mais je reste persuadée que cela a beaucoup changé sa manière de se percevoir elle-même !

Non, je ne suis pas magicienne, je n’ai jamais transformé un élève « mauvais » ou « moyen » en « bon » (enfin, je crois…). Mais j’espère avoir donné à quelques-uns les moyens de croire en eux-mêmes…

Une simple question de foi…