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Encore une à laquelle j’aurai échappé !

mardi, novembre 23rd, 2010

Une quoi ?

Ben, une réforme, tiens !

Bien contente déjà de ne pas avoir à me confronter au désarroi des nouveaux « stagiaires » qui ont débarqué début septembre, pleins d’enthousiasme… et d’appréhension ! J’ai lu ici et là que, parmi eux, un certain nombre de défections s’étaient déjà faites… Cela n’a rien d’étonnant : « balancer » de jeunes diplômés dans des classes sans aucune formation, c’est les envoyer au casse-pipes. Je tire mon chapeau à ceux qui s’accrochent et parviennent à acquérir, « sur le tas », quelques bribes de pédagogie. (Il est vrai que la « pédagogie », supposée empreinte de je ne sais quel esprit démago ou autre, n’est plus à la mode… Anecdote : lors d’une discussion entre profs de français, il y a une quinzaine d’années, une collègue de Lettres Classiques nous a asséné : Vous, vous êtes des pédagogues ; moi, je suis professeur de Littérature. »… Il est vrai que, n’ayant que de bonnes classes – latinistes – de 4ème-3ème, elle pouvait se permettre de faire l’impasse sur la pédagogie… Les autres, enseignant en 6ème-5ème et dans les « mauvaises » 4ème-3ème, ne pouvaient se permettre cette économie…)

Quelle autre réforme ? me demandez-vous.

Celle du cahier de textes de la classe. Numérique, s’il vous plaît !

Dans mon collège, il avait commencé à se mettre en place il y a 4 ans. Uniquement pour les profs volontaires – même si la direction nous y engageait fortement. Je n’avais pas fait partie de cette élite…

Le cahier de textes de la classe a toujours été un problème pour moi : quand le remplir ? Oui, je sais, il suffit de prendre 2-3 minutes pendant le cours… Mais j’ai toujours eu l’impression que ces quelques minutes, je les aurais « volées » à mes élèves… Faire la chasse aux cahiers de textes après la fin des cours pour les remplir me semblait une tâche ennuyeuse et dépourvue de tout intérêt. Je profitais donc des quelques heures de contrôles ou de rédaction pour remplir ces fameux cahiers… avec parfois un mois (voire plus !) de retard… J’étais en tort, je sais ! Et ma principale « préférée », « la Duchesse », se faisait un plaisir de me le faire remarquer, visant mon cahier bien plus souvent que ceux des autres…

Je n’y ai jamais joint, comme il était demandé, les fiches distribuées aux élèves, textes, exercices, contrôles et autres. Les seules fiches que j’y collais étaient les « objectifs du trimestre » où figuraient aussi les dates des contrôles et des travaux de groupes. C’était pas bien. Bon, je n’ai jamais prétendu que j’étais une prof modèle ! D’ailleurs, on n’a jamais fait appel à moi comme « tutrice » ou « conseillère pédagogique », ce qui prouve bien que.

Évidemment, le problème de « quand le remplir » se trouvait réglé avec le cahier de texte numérique : forcément en dehors des heures de cours… faute d’ordinateurs dans les classes ! En salle des profs ou à la maison, donc. Cela m’est apparu comme un nouveau surcroît de travail (tellement de tâches ajoutées, ces 20 dernières années !)… et j’ai donc continué à remplir, cahin-caha, le cahier de textes « papier »…

Mes collègues récalcitrants n’auront plus le choix l’année prochaine : en septembre 2011, le cahier de textes sera numérique.

Bulletin officiel n°32 du 9 septembre 2010
Enseignements primaire et secondaire
Outils numériques
Le cahier de textes numérique
NOR : MENE1020076C
circulaire n° 2010-136 du 6-9-2010
MEN – DGESCO A

[…]

La circulaire parue au Bulletin officiel n°32 du 9 septembre 2010 installe à la rentrée 2011 le cahier de textes numérique, et remplace celle de 1961.

[…]

La présente circulaire a pour objet de préciser les modalités de mise en oeuvre, par l’ensemble des établissements scolaires, du cahier de textes numérique. Il se substitue aux cahiers de textes sous forme papier à compter de la rentrée 2011.

[…]

Le cahier de textes de classe sert de référence aux cahiers de textes individuels. De façon permanente, il doit être à la disposition des élèves et de leurs responsables légaux qui peuvent s’y reporter à tout moment.

[…]

Le cahier de textes de classe sera organisé par discipline et par autre dispositif d’enseignement.
Il sera tenu par chaque professeur concerné et sera à la disposition des personnels de direction et d’inspection qui devront les viser, dans le cadre de leur mission.
L’accès au cahier de textes se fera par l’emploi du temps de la classe et par les disciplines. Un tableau de la charge de travail donnée à l’élève sera accessible.

(C’est quoi, le tableau de la charge de travail ??? On fait ça comment ?)

Le cahier de textes mentionnera, d’une part, le contenu de la séance et, d’autre part, le travail à effectuer, accompagnés l’un et l’autre de tout document, ressource ou conseil à l’initiative du professeur, sous forme de textes, de fichiers joints ou de liens. Les fonctionnalités offertes par les solutions informatiques faciliteront leur mise en page (polices de caractères, soulignement, couleurs, etc.). Les travaux donnés aux élèves porteront, outre la date du jour où ils sont donnés, l’indication du jour où ils doivent être présentés ou remis par l’élève.
Les textes des devoirs et des contrôles figureront au cahier de textes, sous forme de textes ou de fichiers joints. Il en sera de même du texte des exercices ou des activités lorsque ceux-ci ne figureront pas sur les manuels scolaires.

Ouf ! Tout ça ? Je plains – entre autres – les collègues allergiques à l’informatique qui vont devoir faire de la mise en page… et recopier gentiment sur un ordinateur abhorré les textes de devoirs et exercices…

Entre autres, cela pose le problème de la propriété intellectuelle : celle du prof qui a créé sa séance… et celle des auteurs dont il a utilisé les textes ! Une chose est de distribuer un texte à une classe, une autre de le « diffuser » à un tas d’inconnus. Même si l’environnement est dit « sécurisé » (sans autre précision d’ailleurs !). Quand j’ai donné des documents à un collègue, je lui ai précisé que telle ou telle partie du cours avait été prise sur un manuel ou sur un texte d’auteur. Qu’il sache que ces textes, n’étant pas de moi, pouvaient poser question.

À la fin de chaque année scolaire, ces cahiers seront accessibles pendant une année scolaire entière, dans les conditions des cahiers de textes actifs. Ils pourront être consultés par les enseignants, les conseils d’enseignement, le conseil pédagogique, les conseils de classe et les corps d’inspection. Ils seront ensuite archivés et conservés pendant une durée de cinq ans. Il appartiendra en outre au chef d’établissement de déterminer quels sont ceux d’entre eux qui, témoignant d’un enseignement original, méritent d’être versés aux archives de l’établissement.

Et les inspecteurs pourront interroger les profs sur tel cours fait l’année précédente ? Et ils pourront constituer un « best of » à remettre aux nouveaux « stagiaires », à défaut de formation ?

Vous trouverez le texte complet (et celui de son prédécesseur de 1961) sur le site du SNES.
La circulaire est commentée, et, ce qui est assez amusant, les « copiés-collés » d’une circulaire à l’autre sont mis en évidence… Le législateur n’avait sans doute pas le temps de réfléchir à la question du cahier de textes en 2011, il s’est contenté de « rajeunir » la circulaire de 1961…

C’est vrai que l’enseignement n’a pas tellement changé, en 50 ans…