Posts Tagged ‘Classe’

Pas d’appel hier…

samedi, juin 19th, 2010

Je n’ai pas fait l’appel hier…

Et je ne le ferai plus, ni demain, ni un autre jour…

Non, non, pas de nostalgie soudaine, juste une association d’idées : « l’appel », pour un prof, ce n’est – a priori – pas celui du 18 juin, mais celui qu’il pratique – plus ou moins régulièrement – dans ses classes…

Pour moi, l’appel a toujours été limité aux premières semaines de cours : il est alors non seulement systématique, mais encore répétitif : il s’agit que j’associe chaque tête à un nom – ou au moins un prénom. Cent dix têtes en moyenne, généralement inconnues. Parfois, j’ai retrouvé un frère ou une sœur d’un « ancien », ce qui favorise la mémorisation… et me permet d’avoir des « nouvelles » dudit ancien… (Les dernières années, il m’est même arrivé d’avoir le fils ou le neveu d’un « ancien »…) Le premier appel est donc une prise de contact (préalablement, je me suis présentée, ai écrit mes nom et prénom au tableau… ce qui n’a jamais empêché tel ou tel élève, des mois plus tard, de « découvrir » triomphalement mon prénom, pêché à je ne sais quelle source de renseignements…

Au cours de cette première heure, tandis que les élèves remplissent la fiche que je leur ai distribuée, je reprends ma liste et tente de retrouver certaines têtes. Mes erreurs, mes oublis, les amusent. Ils tentent même parfois de m’induire en erreur. Quand j’ai réussi à mémoriser la majeure partie de la classe, je tente, liste en main toujours, de les appeler rangée par rangée, et non plus par ordre alphabétique. Encore plus d’erreurs et d’oublis, évidemment… A la fin de la première heure, j’ai procédé ainsi à 5 « appels » au moins… tout en sachant très bien que j’en aurai oublié beaucoup d’ici la prochaine heure… car je vais voir ensuite une nouvelle classe, et recommencer la procédure ! Parfois, il se passe plusieurs jours entre la première prise de contact et le cours suivant… auquel cas tout est à refaire, ou presque…

Les dernières années, j’avais demandé aux élèves de conserver les mêmes places pendant les 3 premières semaines… cela aide pour la mémorisation… mais n’est pas toujours évident : la disposition des salles de classe change…

(J’ai toujours laissé mes élèves libres de se placer où ils voulaient ; il a dû m’arriver 2 fois en 40 ans de les « placer », pour des raisons de fonctionnement difficile. Ma « théorie » est qu’un élève travaille mieux – parce qu’il se sent mieux – s’il est à côté d’un copain ou d’une copine ; évidemment, il risque aussi davantage de bavarder… mais bon, je me sentais capable d’assumer ce « risque ». Par contre, comme il m’arrivait assez souvent de leur demander un travail où ils pouvaient échanger avec le voisin, ce travail me semblait plus productif s’ils avaient choisi leur voisin…)

Au bout de 3 semaines, l’essentiel est fait… même si j’ai encore des hésitations sur le patronyme des 3 Stéphane ou Marine…

C’est un peu fastidieux… mais j’étais récompensée par le regard lumineux de l’élève que j’avais appelé par son prénom : très important pour eux d’être « reconnu », de sortir de l’anonymat…

Passées ces 2 ou 3 semaines, plus besoin de faire l’appel : un rapide coup d’œil me permettait de noter l’absence de tel ou telle (même s’il m’est arrivé d’en « zapper » une…). Je me trompais encore parfois, certes (sans compter que j’ai eu des difficultés avec des jumeaux ou jumelles que je distinguais mal… surtout quand je n’en avais qu’un ou une en face de moi…), mais cela de tirait pas à conséquence : les élèves s’en amusaient plutôt : « Vous vous êtes encore trompée, Madame ! »

Et j’avoue que je restais un peu interloquée, au conseil de classe, quand tel ou tel prof – qui n’avait pas plus d’élèves que moi – avait besoin de la photo des élèves pour savoir de qui on parlait…

Blog de prof : le Retour !

mardi, mars 16th, 2010

Bonjour à vous !

Et merci de venir me faire une petite visite, après 2 mois (ou presque) de silence…

Non, je n’étais pas partie en Alaska ni au fin fond d’un désert australien ; je ne gisais pas non plus fiévreusement dans mon lit ; je n’étais pas submergée par les tâches diverses qui comblent la vie d’une retraitée (quoique…)…

Non, rien de tout ça : j’étais tout simplement « hackée » !

Un méchant hacker avait parsemé mon blog de virus divers (et un autre – ou le même – avait d’ailleurs pareillement attaqué mon site d’exercices de français !), en rendant l’accès impossible… comme vous avez pu vous en rendre compte si vous avez voulu me visiter à cette période…

Plusieurs fois, j’ai « réparé » les dégâts… pour les retrouver le lendemain, voire quelques heures plus tard…

Un méchant, hein ? Vraiment très très méchant !

J’espère que cette fois tout est « clean », et que je vais pouvoir reprendre la conversation avec vous…

Dans le désespoir qui était le mien, je n’allais même plus voir les blogs de mes collègues ! Et j’ai été surprise et ravie de voir aujourd’hui que Profette avait fait un retour sur la Toile. Très motivée par la réforme qui se met en place…

Je passe sur les détails : allez lire vous-mêmes ses articles, et vous comprendrez sa révolte !

Je ne retiens que 2 éléments : la déstructuration de la classe et les « groupes de compétences ».

Je ne dis pas qu’il faille sacraliser la classe en tant que telle : il y a peut-être des améliorations à envisager. Mais « une classe, un prof » a le gros avantage de permettre des relations entre élèves, entre prof et élèves (et vice-versa). L’école n’est pas une usine où l’on peut changer telle production pour telle autre, attribuer un jour à M. X la fabrication des boîtes de soupe à la tomate et, un mois plus tard, celle des soupes aux asperges. Chez nous, les « boîtes » sont des gens, des personnes, et si on les manipule comme des boîtes, il ne faut plus en attendre grand chose. Chacun a des souvenirs précis de tel prof, tel instit, qui nous a révélé un monde… ou qui nous en a fermé un, d’ailleurs ! Chacun a des souvenirs de telle ou telle classe où il a vraiment « donné son jus », parce qu’il y était bien.

Il faut du temps, pour établir des relations. Quand il m’est arrivé d’avoir des classes, ou des groupes, une heure par semaine, pendant quelques semaines, j’ai rarement pu établir des relations, sinon avec quelques élèves plus demandeurs pour une raison ou une autre. Cela n’empêche évidemment pas de travailler, mais c’est une autre dimension, plus réductrice, qui se met en place. Si l’on a un objectif précis, à court terme, cela n’est pas très gênant (mais dérangeant tout de même, pour le prof comme pour les élèves, de ne pas pouvoir nommer un élève sans regarder sur une liste ou un plan de classe !).

Un élève, c’est une PERSONNE : en tant que telle, il a besoin d’être reconnu. Il a aussi besoin de pouvoir évaluer l’adulte qui est en face de lui : cela fait partie de sa construction personnelle. Et pour pouvoir l’évaluer… il lui faut du temps, à lui aussi !

Quant aux « groupes de compétences »… ils me laissent sceptique… J’aimerais bien d’ailleurs qu’on m’explique la différence entre ce qu’on appelle aujourd’hui « compétences » et ce qu’on appelait avant « acquis ». Pour les acquis, cela me semblait assez clair : une série de cours, exercices… avait été mise sur pied, et le prof pouvait contrôler qui avait – ou n’avait pas – acquis ces notions ou ces savoir-faire. La notion de compétence me semble curieusement dénuée de tout rapport avec un enseignement : comme si les élèves avaient – ou n’avaient pas – certains « dons » (génétiques ? familiaux ? autres ?)… Pour avoir participé à la validation des « compétences » du B2i, je me suis trouvée confrontée à cette question : oui, tel élève « savait » naviguer sur Internet, envoyer un courriel, rechercher une information. Parce qu’il avait un ordinateur à la maison ? Parce qu’un membre de sa famille ou de son entourage lui avait appris tel ou tel procédé ? Parce qu’il avait étudié cela en technologie ou ailleurs ? Je crains que ces compétences détectées pour le B2i recoupent certains milieux socio-culturels, vu qu’elles sont apparemment coupées de tout apprentissage scolaire…

Par ailleurs, regrouper les élèves selon leurs « compétences »… cela me paraît furieusement ressembler aux « classes de niveaux » qu’on avait fini par abandonner il y a déjà pas mal d’années ! Et pour cause : si « les bons » pouvaient s’émuler en se confrontant les uns aux autres, le marasme total régnait chez les « moyens »… et la désespérance chez les « faibles » !

Je parlerai un autre jour des « groupes de remédiation » que j’ai connus…