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D’hier à aujourd’hui… (suite)

Mercredi 22 septembre 2010

Tout d’abord, merci d’être revenus si nombreux lire mes petits billets : me voici revenue à plus de 1500 visites par mois, ce que je n’osais espérer…

Votre silence sur mon précédent billet « D’hier à aujourd’hui » me laisse penser que vous n’êtes pas vraiment d’accord avec ce que j’y ai écrit… Je sais, je vais un peu à rebrousse-poil de ce qui se dit généralement… Vous rappellerai-je que certaines de mes ex-collègues me baptisaient « la rebelle » ?…

C’est que je me méfie des idées toutes faites, dans lesquelles il est si commode de se couler… Je ne sais plus si ma grand-mère reprochait à ma mère de ne pas savoir « autant de choses » qu’elle, mais je me souviens parfaitement que mes parents s’indignaient de me voir ignorer des listes de dates et de départements… Et, bien sûr, j’ai vu des gens de mon âge reprocher des choses semblables à leurs enfants… et lesdits enfants en vouloir à l’école d’aujourd’hui de ne pas en apprendre « autant » à leurs propres enfants… Je pense donc qu’il s’agit davantage d’un phénomène du « ressenti » inter-générationnel que d’un constat objectif. De même que les « de mon temps » décrivent généralement une vie idyllique… en oubliant les côtés contraignants et violents de cette vie « d’autrefois »…

Pour autant, encore une fois, je ne dis pas que l’école d’aujourd’hui est « meilleure » que celle d’hier : elle s’est simplement adaptée, plus ou moins bien, à une société qui a beaucoup évolué, et qui n’attend plus les mêmes choses de ses membres. S’il est devenu, globalement, plus important de « comprendre » que d’ »apprendre », c’est que la société d’aujourd’hui évolue beaucoup plus vite qu’hier, et qu’il est nécessaire que les gens aient les capacités nécessaires pour mettre à jour leurs connaissances et apprendre de nouvelles choses. Voilà pourquoi l’enseignement a tenté de s’individualiser, autant que possible. Voilà pourquoi, aussi, les enseignants protestent autant quand on augmente le nombre d’élèves dans une classe : si ce nombre n’était pas forcément gênant pour vérifier la bonne mémorisation de listes, il empêche totalement de vérifier la bonne compréhension de faits et de règles.

Qu’il y ait besoin des deux, « par cœur » et compréhension, c’est vraisemblable. Dans quelle mesure ? Là encore, il y a matière à réflexions…

Il est une autre faculté qu’on a tenté de développer depuis une quarantaine d’années : celle de la création.

« Autrefois », on ne demandait absolument pas à l’enfant d’inventer et de créer : on lui faisait reproduire des modèles, suivre des règles pré-établies. Il était jugé selon sa capacité à reproduire ce qu’on lui avait montré.

J’ai déjà parlé de la chance extraordinaire que j’avais eue, en 5ème, d’avoir une institutrice (en cours complémentaire, nous avions des institutrices en 6ème et 5ème, les enseignants ne se diversifiant – un peu – qu’en 4ème) toute jeune et pleine d’idées. Elle nous fit écrire, sur un cahier spécial, un « roman de chevalerie ». Je ne me souviens pas que ce travail ait été évalué d’une manière ou d’une autre ; c’était un travail personnel, auquel des heures étaient consacrées, que nous pouvions illustrer à notre gré. Je pense que peu de gens de ma génération ont eu ainsi un rapport avec la « création »…

Les bouleversements dans les manières de penser des années 70 ont conduit à valoriser la « création ». Le « texte libre » en a été un des avatars : intéressant en primaire parce qu’amenant l’enfant à utiliser de manière personnelle les outils de lecture et d’écriture, il a vite montré ses limites en collège, où l’on a tenté de concilier création et apprentissage. Ainsi, avant de demander aux élèves d’écrire une nouvelle policière, par exemple, on leur en faisait lire plusieurs, les amenant à découvrir comment elles étaient construites, quels éléments s’y retrouvaient, comment le récit évoluait. Le « cadre » ainsi déterminé (non pas de manière rigide et autoritaire, mais en relation avec les textes lus), on pouvait demander aux enfants d’écrire…

Les mêmes idées ont été mises en œuvre en arts plastiques et en éducation physique (enchaînements, acrobaties, danses…). Dans d’autres matières (les maths, par exemple), la « création » a été axée sur des raisonnements à « inventer », à partir d’observations.

Quel intérêt ? demanderez-vous peut-être. D’abord, évidemment, l’appropriation d’observations et de méthodes. Ensuite, me semble-t-il, le développement de capacités personnelles à aborder telle ou telle tâche. Si l’écriture d’un « roman policier » ne conduit pas forcément l’enfant, plus tard, à écrire, par exemple, une lettre de motivation, je pense tout de même que les questions qu’il aura dû se poser, les moyens qu’il aura dû mettre en œuvre, lui seront utiles pour maîtriser l’écriture d’un texte totalement différent : il aura intégré, mieux que l’enfant qui n’a fait que « reproduire des modèles » (et qui risque donc d’en rester prisonnier), le processus de « création ».

Tout au long de ma vie de prof, j’avoue avoir été souvent émerveillée par les créations de mes élèves : poèmes, récits policiers, de science-fiction, de « fantasy » (désolée, je ne vois pas de terme français qui corresponde), de contes, de fabliaux, de pièces de théâtre… que sais-je ! Cela, « de mon temps », nous n’en étions pas capables… Pas parce que nous étions « moins doués », évidemment ! Tout simplement parce qu’on ne nous avait pas appris à créer…

Et le plaisir… Le plaisir d’inventer quelque chose « à soi », de le montrer aux autres (camarades, parents…), d’être félicité pour sa création… Les yeux qui brillent, le rouge aux joues, la confusion, parfois…

Je vous ai déjà fait lire quelques créations d’élèves… Je vous en montrerai d’autres… archiviste que je suis !

D’hier à aujourd’hui

Mercredi 15 septembre 2010

Non, non, je n’ai pas déserté, et ne suis pas non plus en « grève de blog » ! Tout simplement, j’ai eu le plaisir d’accueillir quelques jours des cousins dans ma petite maison… et, bien sûr, le blog est passé « après » !

Je voudrais revenir – sans grand espoir de convaincre qui que ce soit… – sur cette question évoquée sur le Post : « Programmes scolaires, c’était mieux avant ? » J’ai lu – et parfois répondu (à) – les commentaires, célébrant l’école et les écoliers d’hier, et les livres de classe : les enfants « en » savaient plus… sans compter, évidemment, qu’ils étaient bien plus sages qu’aujourd’hui…

Par exemple, un lycéen d’aujourd’hui, nous dit-on, ignore totalement la fameuse « règle de 3″ qui a abreuvé nos années d’école. Normal : les termes de « règle de 3″ ne sont plus utilisés ; on parle, si je me souviens bien de « rapport en croix », ou quelque chose de ce genre : le calcul est à peu près le même, sauf qu’il est basé, plus logiquement, sur les 4 termes de l’énoncé, et non plus seulement sur 3. Je ne suis pas prof de maths, ne comptez pas sur moi pour une belle démonstration ! En tous cas, un lycéen sait encore faire ce type de calcul… si on ne le défie pas avec une terminologie qu’il ignore ! Si on demande à des gens de ma génération de souligner dans un texte les « déterminants »… ils en seront incapables, vu qu’ils ignorent le sens du mot ! Mais ils sauront très bien souligner les « adjectifs possessifs », « articles définis » et autres choses qu’ils ont apprises en classe.

Je n’ai pas « apprécié » toutes les réformes que j’ai connues en tant que prof… d’autant qu’il m’a fallu apprendre les nouvelles dénominations dans les manuels scolaires, vu qu’il n’y avait pas de formation spécifique. Cependant, pour la question des « déterminants », j’ai trouvé cette « réforme » logique et plus conforme à la langue : un « adjectif possessif » n’a rien d’un « adjectif » : ce n’est pas un « adjoint » du nom, c’est un mot qui se place avant le nom, indique son nombre et son genre ; il est beaucoup plus proche, de par son rôle, d’un « article défini » que d’un « adjectif qualificatif ». Les changements de dénomination dans l’enseignement ne tiennent pas forcément du désir saugrenu de tels ou tels « réformateurs » en puissance : ils s’appuient souvent sur de nouvelles découvertes, sur de nouvelles logiques de la matière enseignée.

« Ils ne savent plus les dates ! » J’avoue que je ne les ai jamais beaucoup sues… De même que je n’ai jamais appris les listes de départements, préfectures et sous-préfectures (programme du certificat à mon époque… mais je ne l’ai pas passé !) que mes parents me reprochaient d’ignorer… Mais les écoliers d’aujourd’hui sont beaucoup mieux que nous aptes à saisir les enchaînements de causes et effets d’un événement historique. Ils « comprennent » mieux ce qu’on ne nous faisait « qu’apprendre ».

C’est que l’école reflète, en partie au moins, l’évolution de la société. La psychologie, par exemple, n’avait pas droit de cité dans les années 50 (et encore moins avant !). On a redécouvert ce que disait déjà Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». Apprendre, c’est d’abord comprendre, « prendre avec soi ». L’enseignement a tenté de développer l’intelligence comme préalable au savoir. Au mécanisme du « par cœur » et des listes interminables, on a préféré s’adresser à la compréhension de l’élève…

Aussi parce que les besoins de la société n’étaient plus les mêmes : l’école de Jules Ferry avait pour objectifs de « former des citoyens » aptes à se débrouiller par eux-mêmes, à appliquer des règles d’hygiène élémentaires, à être capables de communiquer avec des gens d’une autre région en utilisant une langue commune. Une fois cela acquis, la société a eu d’autres besoins : l’évolution technique et scientifique réclamait une main-d’œuvre plus qualifiée, apte à comprendre le maniement de tel ou tel engin. Il ne suffisait plus alors de « savoir » un nombre limité de choses, mais de pouvoir apprendre de nouvelles choses, même adulte. D’avoir donc développé des capacités d’appréhension et de compréhension…

Et donc, à la vision quelque peu indifférenciée de sa classe qu’avait l’instituteur du début du 20ème siècle, s’est peu à peu substituée une vision beaucoup plus individualisée des élèves, tendant non plus à amener tout le monde au même point, mais à développer chez chacun les qualités qu’on pressentait chez lui. Cela correspond aussi à l’évolution des mentalités : le « peuple » du 19ème siècle n’existe plus ; il s’est différencié en nombreuses « catégories »… qui évoluent constamment ! On n’est plus dans un enseignement « de masses », mais dans un enseignement qui vise à permettre à chacun de mener une vie autonome… et d’être capable de se « reconvertir ».

L’accès de plus en plus aisé aux différentes sources d’information a évidemment interféré avec l’éducation des enfants. De plus en plus, ils « savent » des choses que ne leur ont apprises ni leurs parents, ni leurs enseignants. Ils sont en « prise ouverte » sur le monde, chose qui nous était bien impossible à « mon époque ». Il appartient alors à l’éducation (parentale ou scolaire) de les aider à comprendre et hiérarchiser ces informations acquises.

Vous qui avez plus ou moins mon âge, vous souvenez-vous des « journaux pour la jeunesse » des années 50 ? Il était très exceptionnel d’y trouver une allusion quelconque à l’actualité de la France, et encore moins du monde. Il existe aujourd’hui des journaux (des vrais : qui paraissent tous les jours !) et des magazines dédiés aux enfants de tous les âges, qui ont pour but de les éclairer sur tels ou tels événements, telles recherches, telles découvertes…

Les enfants d’aujourd’hui savent-ils moins de choses que les enfants d’hier ? Je dirais au contraire qu’ils en savent beaucoup plus ! Mais pas forcément les mêmes choses. Et c’est là ce qui nous déroute. Nous voudrions qu’ils sachent les mêmes choses que nous : d’abord, cela nous permettrait de « briller » à leurs yeux en leur montrant que nous en savons « encore plus » ; et surtout, cela donnerait plus de valeur à l’enseignement que nous avons reçu (et donc : cela nous donnerait plus de valeur !) puisqu’il aurait perduré jusqu’à aujourd’hui…

Une petite anecdote pour finir ce chapitre (j’y reviendrai, sur un thème un peu différent) : cet été, Matteo (5 ans) m’a demandé de lui lire un livre ; il a choisi dans sa « bibliothèque » un livre sur les dinosaures… Eh bien ! Je peux vous assurer qu’à 5 ans, il en sait beaucoup plus sur le sujet que moi à 61 ans !

De mon temps… (suite)

Mercredi 18 août 2010

De mon temps
on faisait la lessive dans un grand baquet
avec une planche et une brosse

De mon temps
l’eau chaude ne coulait pas au robinet

De mon temps
les cabinets
(on ne les appelait pas encore « toilettes »)
étaient parfois au fond du jardin

De mon temps
on remontait de l’eau du puits
pour rafraîchir les bouteilles

De mon temps
le téléphone était un luxe
la voiture aussi

De mon temps
les confitures se faisaient
à la maison
Délices de l’écume
de confitures de fraises !

De mon temps
on ne mangeait pas de la viande tous les jours
et le poulet
était réservé aux dimanches
et jours de fête

De mon temps
il n’y avait pas de transports scolaires
on allait à l’école
à pied ou à bicyclette
ou en train,
si c’était plus loin

De mon temps
la télévision était rare
en noir et blanc
avec une seule chaîne
qui ne diffusait des émissions
que quelques heures par jour

(Quand l’homme a mis le pied sur la lune,
nous étions nombreux à nous masser
devant la vitrine du marchand d’électro-ménager
pour voir les images)

De mon temps
il n’y avait pas d’ordinateurs
pas d’internet
pas de téléphones portables
ni de jeux électroniques

J’ai parfois l’impression
de venir d’un autre monde…
Meilleur ? Pire ?

C’était simplement
un autre monde…

De mon temps…

Mardi 17 août 2010

De mon temps
les étés étaient chauds et ensoleillés
les hivers enneigés
batailles de boules
et bonshommes aussi hauts que nous

De mon temps
les enfants n’étaient pas toujours sages
mais ils étaient gentils

De mon temps
les profs étaient
sévères-mais-justes

De mon temps
les enfants restaient à table
jusqu’à la fin du repas

De mon temps
dans mon village
il n’y avait que 4 ou 5 immeubles
de 4 étages
en meulière

De mon temps
on allait chercher le lait
à la ferme

De mon temps
aux malabars
on préférait les carambars
et surtout
les roudoudous

De mon temps
j’étais jeune…